Cet article fait partie du compte-rendu de la rencontre « Accompagnement à la scolarité » qui s’est déroulée les 13 et 14 octobre 2007 à la Maison des Initiatives Etudiantes.

 

Ce débat a permis de clarifier les enjeux de l’accompagnement à la scolarité et de mieux appréhender l’environnement dans lequel les associations étudiantes évoluent. Quelles finalités, quelles contraintes, quelles différences avec le soutien scolaire ou l’aide aux devoirs, sont quelques-uns des thèmes développés.

 

Intervenante : Mireille Vivant, chargée de mission nationale pour l’accompagnement à la scolarité, Ligue de l’Enseignement

L’accompagnement à la scolarité, au-delà d’un dispositif aujourd’hui intitulé les CLAS (Contrat Local d’Accompagnement à la Scolarité) est une demande sociale forte pour une meilleure réussite et une intégration réussie des enfants et des jeunes. La demande qui est plus particulièrement adressée (association contrat social, collectivité locale…), émane le plus souvent des milieux populaires. Non qu’il n’y ait pas de besoins dans les autres couches de la population mais parce que certaines ont plus de facilité pour trouver des solutions, soit grâce à leur portefeuille, soit dans leur environnement proche.
La difficulté à apprendre, à vivre bien, donc à respecter les cadres de l’école, n’est pas nouvelle, ni plus nombreuse qu’avant. Ce qui est nouveau, c’est le sentiment que les difficultés conduiront à l’échec et c’est la crainte de l’échec qui nourrit cette angoisse et fait émerger cette demande d’aide à la scolarité.

 

Travailler sur les savoir être

 

L’école est un espace de sociabilisation formidable et il faut se battre pour davantage de mixité sociale dans les collèges. Il faut donner suffisamment la parole à ces enfants et ces jeunes pour les aider à la construire. S’ils sont acteurs dans leur groupe le soir après l’école, alors ils auront d’autant plus de chances d’être des acteurs de l’école. Tout doit être mis en œuvre pour qu’ils apprennent à penser, à se penser, à réfléchir, à mettre en mots et non parler avec leur corps.

 

Rendre autonome les parents

 

L’aide à l’accompagnement doit avoir comme objectif plus d’autonomie des enfants et des jeunes, mais aussi des parents. Ils en ont pour la plupart les capacités, encore faut-il qu’ils en aient conscience et qu’ils retrouvent un sentiment de compétence et de légitimité.
C’est pourquoi une large place doit être faite aux parents dans les actions d’accompagnement à la scolarité, non pas dans la technique des devoirs, mais dans ce qui fonde leurs capacités éducatives.

 

Avoir une démarche plurielle

 

L’accompagnement à la scolarité ne doit pas être une école bis, ni l’école après l’école, mais doit retenir l’appétit d’apprendre, permettre une intégration scolaire épanouissante pour l’enfant et le jeune.
C’est dans ce sens que les apports culturels et les pratiques de socialisation font partie de la mission d’un accompagnement à la scolarité, qui intègre la demande d’aide voire de soutien scolaire. Il s’agit donc d’une démarche plurielle, multiforme, inscrite dans les spécificités territoriales et sociales.
Les textes de référence, que sont la Charte de 2002, sont centrés sur l’aide aux devoirs et les apports culturels, nécessaire à la réussite scolaire. Ces deux champs d’intervention complémentaires, à vocation éducative, contribuent à l’épanouissement personnel de l’élève et à de meilleures chances de succès à l’école.
Pour autant, l’accompagnement à la scolarité, qui est une démarche de prévention des conduites d’échec scolaire et sociale, ne doit pas laisser oublier que, ce qui est déterminant, ce n’est pas uniquement le temps passé à faire les devoirs et à vérifier le cahier de texte, ce sont aussi et surtout les attitudes éducatives, qui à l’occasion de chaque évènement de la vie quotidienne, mettent l’enfant ou le jeune en situation de réussite.
Travailler en partenariat avec les différents acteurs Les établissements scolaires, les parents, les acteurs locaux et les jeunes eux-mêmes doivent être associés et invités à évaluer leur scolarité puisque la pertinence du projet est fondée sur le volontariat.

– Donner la priorité aux enfants exposés aux difficultés scolaires et sociales, à ceux ayant du mal à repérer et à accepter les règles et les codes de l’école (il n’est pas question pour autant de formater l’enfant en élève passif mais bien de l’aider à être acteur de sa scolarité)

– Renforcer le rôle éducatif des parents, en faisant émerger leurs savoir-faire

– Créer de meilleures conditions relationnelles entre les parents et l’école par la connaissance et la reconnaissance des uns et des autres, pour une meilleure mixité sociale dans l’école

– Avoir le souci permanent que le groupe soit bien un espace de paroles autour des questionnements et des tensions qui peuvent se construire à l’école.

 

Zoom sur les acteurs de l’accompagnement

 

La qualité de l’offre éducative et aussi la réduction des inégalités à l’école dépendent en partie de la place et du rôle des acteurs de l’accompagnement, encore faut-il bien repérer ces acteurs :

Les bibliothèques, en tant que lieux ressources, espace culturel par excellence, mettent à disposition tous les objets et outils indispensables aux travaux de recherche ;
Les CMS (Centre de Médiation Sociale) sont des acteurs essentiels par leur connaissance des familles les plus en difficulté, ce qui permet d’accueillir dans les dispositifs d’accompagnement à la scolarité, ceux qui en ont le plus besoin ;
Les associations de Parents d’Elèves, qui peuvent être des relais d’information ;
Les associations de quartiers, qui peuvent offrir des lieux d’accueil et les équipements nécessaires.


L’accompagnement à la scolarité et les parents

 

Les parents, même s’ils expriment initialement une demande d’aide aux devoirs, sous-entendent les devoirs pour « réussir ». Il est donc indispensable qu’ils valident le contenu de toute action d’accompagnement à la scolarité. Pour cela, les acteurs de l’accompagnement à la scolarité doivent faire des efforts en termes de visibilité du contenu et être ainsi capable d’expliquer en quoi, telle activité, va permettre plus de réussite pour leur enfant.
Accompagner les parents, c’est se rendre disponible pour ceux qui le souhaitent, pour les accompagner aux réunions de l’école, aux convocations d’un professeur, dans les instances d’orientation… Institutionnellement, ils ont leur place dans le CPCE et CCSD, en plus d’une représentativité qu’ils méconnaissent la plupart du temps.
Pour cela, il faut du lien, des temps de rencontres individuelles mais aussi collectives. Ces moments permettent aussi d’évaluer les actions, si besoin de les recentrer. L’accompagnement à la scolarité et l’école
La pertinence des actions d’accompagnement à la scolarité dépend en grande partie de la qualité des relations avec l’école, de sa complémentarité. Si l’école ne doit pas être le prescripteur unique pour l’accompagnement d’un enfant ou d’un jeune, on ne peut en aucun cas faire l’économie de temps d’évaluation et d’échanges au sujet des enfants accueillis.
Une présentation du projet en début d’année s’impose à l’ensemble des équipes enseignantes : son contenu pédagogique, la place des devoirs, les modalités d’inscription, la forme des temps de concertation, l’accompagnement des parents, la place des acteurs dans les réunions, la mise à disposition possible de certains moyens logistiques… Il ne peut pas y avoir de débat sur les méthodes mais sans doute sur les relations avec l’enfant et les parents. On n’a pas le même regard sur l’enfant (enfant de l’accompagnement scolaire, élève de l’école), sur les parents (parents d’élèves à l’école, parents d’enfant dans le quartier).

 

De nouveaux enjeux s’ouvrent actuellement pour l’accompagnement à la scolarité, le gouvernement s’étant prononcé pour davantage de soutien scolaire dans les établissements, surtout en zone d’éducation prioritaire. De nouveaux dispositifs doivent progressivement être mis en place, dès les vacances de la Toussaint. Même si les enseignants seront prioritaires, les associations étudiantes peuvent se positionner pour intégrer ces dispositifs. Les établissements scolaires peuvent en effet faire appel à des partenaires s’ils n’ont pas suffisamment de professeurs.

 

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