INTERVENANT : Santiago Serrano, Chef de projet à la mission départementale des prévention des Toxicomanies en Seine-Saint-Denis.

ANIMATEUR : Jean-Charles Teulier, relais associatif Animafac à Cergy

 

LES FACTEURS MOTIVANT LA PRISE DE RISQUE

 

Selon Santiago Serrano, les conduites à risques sont des échappatoires à l’environnement dans lequel on vit. Nous y sommes plus ou moins sensibles selon notre santé mentale, notre capacité à vivre et souffrir dans cet environnement donné, ainsi que notre potentiel de révolte.

 

Les échappatoires à notre environnement, ou conduites à risques, sont :

– Les psychotropes : Médicaments (la France est le grand consommateur d’antidépresseurs), Cannabis (11 millions de consommateurs dont 3 millions réguliers), Alcool (43 millions de consommateurs) et tabac (16 millions de consommateurs dont une majorité d’abusifs).

Les addictions (manger, faire du sport, la sexualité, la spiritualité… etc).

– L’évasion.

– La violence.

 

Il existe des « modes d’adaptation » qui permettent de mieux vivre son environnement :

– Les pairs (bande d’amis).

– La famille.

– La réalité socio-économique.

Quand la famille et la réalité socio-économique sont défaillantes en tant que modes d’adaptation, on constate un report et une identification aux pairs.

 

Certains évènements peuvent, par ailleurs, servir de « béquilles » ou, au contraire, venir augmenter des tensions déjà existantes :

– La scolarité : résultats, sentiments d’humiliation… etc

– Le « business » : précarité, tensions, taux de chômage… etc

– La parentalité.

 

Comment faire de la prévention des risques adaptée à la population et/ou à l’individu auquel on s’adresse ?

 

Dans bien des cas, la prise de risque résulte d’un acte d’initiation ou d’intégration (première cigarette, cuite avec les amis, etc.). Verbaliser n’est donc pas forcément la bonne solution : non seulement cela ne permet pas d’extérioriser les souffrances, mais cela peut, en plus, précipiter le mal-être de cette personne. Si rien n’est prévu, en plus de cette verbalisation, pour soutenir l’individu à risque, les résultats peuvent parfois s’avérer catastrophiques.

Il faut offrir des ressources à la personne que l’on souhaite sortir de cette situation de prise de risque et, pour cela, le mieux est souvent l’empathie, la faculté à se mettre à sa place et à imaginer comment l’on réagirait dans un cadre identique au sien.

 

Il est possible de mettre en place des indicateurs permettant d’évaluer l’efficacité de la prévention des risques, mais il faut garder en tête qu’atteindre le risque zéro est impossible. Mieux vaut, donc, se demander ce que l’on peut améliorer et réduire dans les comportements de l’indvidu afin qu’il prenne le moins de risques possibles.

« L’empowerment » est un terme anglais désignant la prise d’autonomie, la capacité de l’individu à gérer sa vie finacièrement, professionnellement, affectivement… Pour la prévention des risques, il s’agit d’un bon outil de mesure car il permet, à l’aune des critères de ce qui fait une vie « normale », de voir si l’individu s’insère correctement ou montre au contraire des signes de « comportement à risque ».

 

Exemple pour les usagers de drogues :

Avant que ne soit mise en place une campagne pour « se piquer propre », le taux de prévalence du VIH chez les héroïnomanes était de 36%, un niveau équivalent à celui existant en Ukraine. Pour réduire les risques lors de la consommation, les associations ont fait don de matériel, ce qui a permi de réduire les risques d’exposition au VIH et d’améliorer les conditions d’hygiène des toxicomanes. On ne tend cependant pas vers un risque zéro, cette campagne ayant même posé des problèmes puisque le don de seringues peut être intérprété comme une incitation à la consommation.

On constate, par ailleurs, que les politiques de sevrage n’atteignent, souvent, pas leurs objectifs, notamment par manque d’accompagnement. Des associations de quartier, ayant constaté que la « première marche » du sevrage était souvent trop haute, ont ainsi rajouté une « marche méthadone » , permettant une prise en charge plus progressive.

 

Pourquoi faire de la prévention chez les jeunes ?

 

En occident la prise de risque commence en général vers 14-15 ans pour atteindre un pic juste après 18 ans et diminuer de manière régulière ensuite.

 

Pour une prévention des risques efficace, il faut savoir identifier ce pic et intervenir au bon moment. L’arrivée à l’université, dans un univers où l’on ne connait personne, représente traditionnellement l’un des déclencheurs de ce pic : l’absence du soutien des pairs et la volonté de se greffer à un groupe protecteur amènent en effet bien souvent à une prise de risque.

 

Tous les facteurs de prise de risque ne sont, cependant, pas aussi facile à identifier et à contrôler. L’histoire familiale, les rencontres que l’on fait et les liens que l’on crée, la pression à la réussite imposée par l’entourage, etc. sont autant d’éléments sur lesquels il est difficile d’avoir une emprise.

 

On sait, en revanche que deux facteurs ont tendance à précipiter les individus dans des comportements à risque :

une orientation par défaut qui ne satisfait pas l’individu et le pousse à rechercher des paliatifs à sa frustration

le décalage entre les codes culturels imposés dans les institutions (école, fac…), les pairs, et la famille : cela a pour conséquence de brouiller les repères.

 

Les moyens de sortir des comportements à risque et de se sentir plus « adapté » viennent souvent d’éléments extérieurs permettant de se sentir appartenir à la société, d’avoir des choses à soi : un travail, une famille, un logement…

 

Quelques conseils aux associations de prévention des risques

 

L’un des problèmes des associations de prévention des risques actuellement vient d’un accueil trop général. Beaucoup d’associations se regroupent d’ailleurs autour de critères identitaires (associations LGBT, de cités, de lutte contre l’alcoolisme…). Il est souvent plus facile de trouver sa place auprès de groupuscules.

Pour avoir un impact, il faut comprendre les mécanismes des problèmes. L’accueil est donc très important et peut d’emblée constituer une première étape du soin. Il doit être identitaire et informel.

Par ailleurs, informer ne veut pas dire faire de la prévention : ce n’est pas parce que l’on sait qu’on va mourir en fumant que l’on va pour autant cesser. Il faut, au contraire, chercher pourquoi l’individu fume et comprendre ce qui, dans son histoire, sa vie quotidienne, etc. pourrait l’inciter à arrêter.

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