Renfermés sur eux-même, difficiles à aborder et encore plus à comprendre, les enfants autistes sont souvent dans leur bulle, leur univers. Si les structures médicales existent, la notion de loisirs reste encore trop absente de l’éducation de ces enfants. Pour pallier à ce manque, l’association Alepa (Activités et Loisirs Educatifs pour personnes avec Autisme) apporte des moments de loisirs aux enfants et adultes autistes depuis 1997. Association phare du paysage Poitevin, les enfants participent à des activités de loisirs, puis à leur rythme, apprennent à vivre ensemble et parfois à s’intégrer en milieu de loisirs classiques.

 

Dans ma bulle

La plupart des enfants pris en charge par Alepa sont porteurs d’autisme, un trouble envahissant  du développement (TED). Ces enfants et adultes présentent des difficultés dans trois domaines particuliers. « C’est ce que l’on appelle la triade autistique » explique Virginie.« l’enfant montre des troubles de la communication, il ne parle pas ou a un discours particulier qui n’a de sens que pour lui, par exemple, il répète la fin des phrases. Le comportement est restreint, l’enfant a des particularités gestuelles, comme le balancement des bras, ou bien il présente un intérêt focalisé sur l’eau, sur les maths… Le troisième domaine concerne les interactions sociales, l’enfant éprouve des difficultés à entrer en relation avec les autres, il n’y voit pas l’intérêt ou l’utilité. Pour résumer ce handicap, on peut dire que les autistes sont des personnes qui ne perçoivent pas le monde de la même manière que nous » poursuit-elle.

 

Créer une bulle

Alepa naît en 1997, lorsque des parents d’enfants autistes, voyant qu’aucune structure de loisirs ne peut accueillir leurs enfants, demandent à une professeur de sport de l’université de Poitiers de mobiliser quelques étudiants afin d’organiser des activités sportives pour les enfants. C’est le point de départ de la culture étudiante de l’association « A cette époque, les parents ont pensé que les étudiants étaient bien placés pour répondre à cette demande car ils sont plus souvent disponibles. Aujourd’hui, nous avons gardé cette caractéristique historique de fonctionner avec des bénévoles étudiants issus de différents cursus. » précise la présidente. D’ailleurs, sur 42 bénévoles-animateurs, 35 sont étudiants. Chaque année, un professionnel vient former une vingtaine de bénévoles sur une période de 4 jours. Mais de nombreux bénévoles sont déjà sensibilisés à l’autisme et la majorité se destine à des professions orientées dans le milieu social. Si au départ, en 1997, 4 enfants ont été pris en charge, l’association s’est rapidement développée jusqu’à passer en 2009 à 52 adhérents, enfants, adolescents et adultes autistes âgés de 6 à 56 ans.

Éclat de bulle

« Pris en charge par les institutions, hôpital de jour, IME…, les enfants autistes, comme tous les enfants, ont besoin de temps de détente et de plaisirs que ces structures de soins ne peuvent pas leur offrir et dont ce n’est d’ailleurs pas le rôle » fait remarquer Virginie. Les structures de loisirs à destination du public autiste sont encore trop peu nombreuses. Alepa reste une association phare dans la région jusque dans les départements limitrophes. C’est d’ailleurs pour répondre à la demande de parents trop éloignés pour se rendre sur Poitiers que l’association organise désormais des week-ends loisirs dans les départements de la Charente-Maritime, la Charente et des Deux-Sèvres.
A 6 km de Poitiers, l’association a également ouvert « Éclat de bulle », un centre où enfants et adultes pratiquent des activités sportive et de loisirs.
Au programme, Alepa organise des activités le mercredi pour les adultes, le samedi ou sur des week-ends découverte pour les enfants. Les activités proposées ne diffèrent pas de celles organisées dans un centre de loisirs standard: papier mâché, sport, atelier cuisine, sortie piscine, au zoo…Seule l’approche diffère. Le temps et l’espace sont très structurés, des pictogrammes sont mis en place. « Les enfants autistes sont très sensibles à ce qu’ils voient, les bénévoles utilisent donc les pictogrammes pour communiquer. Par exemple, le triangle représente la cuisine, le rond, la salle d’activité manuelle. Ce système permet de rassurer les enfants au maximum » ajoute Virginie.

Ouvrir et partager sa bulle

Pour Alepa l’objectif final serait d’intégrer tous les enfants autistes en milieu ordinaire. Si cela reste impossible pour certains, d’autres enfants après avoir acquis les bases de la vie en groupe peuvent intégrer une activité avec des enfants en milieu ordinaire. Mettre en place cette activité demande un travail préparatoire en amont: « Un salarié d’Alepa rencontre le club, sensibilise les enfants, puis un bénévole se détache pour accompagner le jeune autiste. Au fur et à mesure qu’il gagne en autonomie, trouve sa place dans le groupe, le bénévole peut s’estomper jusqu’à disparaître  Aujourd’hui, 1 adulte et 2 enfants sont en autonomie et 15 enfants sont en club depuis la rentrée ! Côtoyer d’autres enfants est très bénéfique pour eux, ils doivent trouver leur place. Le comportement des autres enfants évolue aussi, c’est une vraie rencontre » explique Virginie

 

La bulle s’envole
Si les émotions ressenties par ces jeunes restent difficiles à analyser, car ils s’expriment peu, les activités proposées par Alepa leur procurent un plaisir certain. « Les enfants ont tellement bien intégré Alepa dans leur vie qu’ils mettent le pictogramme de l’association chez eux, c’est un temps qui leur appartient » raconte Virginie. Grâce à l’association, les enfant évoluent, s’ouvrent aux autres et deviennent plus autonomes. Pour les bénévoles, cette expérience enrichissante leur permet de « remettre en cause leurs valeurs et leurs préjugés sur le handicap. Les enfants leurs apportent beaucoup de joie et de force. Ils sont une sources d’optimisme qui permet de relativiser les problèmes du quotidien ».

Pour sa part, Virginie apprécie tous les petits moments passés avec les enfants: « Ce qui me touche le plus, c’est quand un jeune qui paraît dans sa bulle, doit être sollicité sans arrêt et puis, il y a une accroche, un regard, des sourires, c’est magique »

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