L’avenir en pointillé des élèves et étudiants de Louisiane.


« …Il est impossible de déterminer exactement quand les établissements publics et les universités de Louisiane touchés par l’ouragan Katrina seront réouverts ce semestre… . »
Le communiqué diffusé par le Commissaire à l’Education de l’Etat, quelques heures après les ravages causés par l’ouragan, n’en finit pas de semer le désarroi au sein de la population scolaire et estudiantine contrainte de déserter les cours d’écoles et les amphis méconnaissables aujourd’hui.
Entre le 29 et le 31 août, l’ouragan a touché le Golfe du Mexique et a littéralement dévasté trois Etats de la côte sud des Etats-Unis : l’Alabama, le Mississipi et la Louisiane, l’équivalent de la moitié de la France.
Trois semaines après le passage de Katrina, les autorités américaines continuent de dresser prudemment le bilan du drame, tandis que les habitants des régions sinistrées s’interrogent sur leur avenir.
En cette période de rentrée scolaire et universitaire, le sort des élèves et étudiants de ces régions reste particulièrement inquiétant.
En Louisiane par exemple, des mesures draconiennes ont vite été prises pour permettre aux jeunes de ne pas désespérer de la situation. Il est prévu l’organisation de cours via le net à partir du 10 octobre, le non-paiement de frais de scolarités pour ceux qui se retrouvent dans d’autres contrées du pays, la possibilité d’organiser des cours sur des sites qui seront loués. Mais une chose est sûre, rien ne sera plus comme avant. Et aucune certitude n’est de mise sur le fait que lesdites mesures pourront être efficaces.

 

Gestes de bonne volonté

 

Vu la délicatesse de la situation, de bonnes volontés se mobilisent pour aider élèves et étudiants à retrouver le sourire et à sauver leur année. On peut citer en France les exemples de l’université d’Orléans et celle des sciences sociales de Toulouse 1. La première espère pouvoir accueillir une cinquantaine d’étudiants tandis que la seconde poursuit ses réflexions dans le but d’envisager des moyens d’action via l’organisation Fac sans frontières. L’ambassade des Etats-Unis en France a confirmé effectivement avoir reçu des appels et lettres pour offrir de l’aide, y compris des opportunités d’études pour des étudiants en détresse.

 

Au Québec, on se mobilise également comme on peut pour les étudiants de la Louisiane. La ministre des Relations internationales, Mme Monique Gagnon-Tremblay, et le ministre de l’Education, du Loisir et du Sport, M. Jean-Marc Fournier viennent d’annoncer l’octroi de bourses de scolarité supplémentaires pour les étudiants en provenance des Etats touchés par l’ouragan meurtrier. Cette offre, valide pour une année, constitue en fait l’octroi de 50 exonérations de droits supplémentaires de scolarité exigés des étudiants étrangers qui débarquent au Québec. Ces bourses peuvent être utilisées par les universités du pays qui en feront la demande auprès du ministère de l’Education. Munis de ces bourses, les bénéficiaires seront alors considérés comme des étudiants québécois, en ce qui concerne les droits de scolarité à acquitter et qui sont d’environ 3000 dollars par an, alors qu’ils sont nettement plus élevés pour les étudiants étrangers. Cependant, l’incertitude plane toujours sur le sort d’étudiants d’origine étrangère (Africains et autres) résidant dans les zones sinistrées. Les quotidiens burkinabés L’Observateur et Le Pays ont fait état de la situation particulièrement touchante de neuf étudiants burkinabés qui avaient tout perdu dans la débandade.

 

Après les attentats du 11 septembre qui ont sérieusement ébranlé le pays, force est de constater que les Etats-Unis demeurent vulnérables et fragiles. Dans la gestion du dossier Katrina, l’administration Bush a fait preuve de lourdeur au point de ne pas pouvoir empêcher la mort de milliers de personnes démunies et désarmées face à l’ouragan et ses conséquences dévastatrices.

 

Des failles dans le système

 

Avant de reconnaître l’incurie de son administration et d’adopter le profil bas, Bush avait essuyé les critiques des populations des zones sinistrées et du maire de la Nouvelle-Orléans Ray Nagin, qui n’a pas hésité à ordonner aux hommes du président de se lever et « bouger [leur] cul. » Courageusement, le chef de l’agence fédérale américaine des situations d’urgence (Fema) a démissionné, tourmenté par le fait que des milliers de personnes n’aient pu être évacuées par bus alors que quelques privilégiés avaient réussi à quiter la ville dès que l’alerte avait été donnée.

 

Autre leçon du drame : la persistance du racisme dans ce pays « arc-en-ciel. » De nombreux témoignages accablants ont fait cas de sauveteurs secourant les quelques Blancs surpris par Katrina tout en ignorant les appels de détresse des Noirs. Dans un pays où des personnalités issues du milieu noir occupent de hauts postes dans l’administration fédérale, on s’étonne que de telles pratiques y aient encore droit de cité. Une habitante qui a raconté sa mésaventure à la presse se veut formelle : « On est encore esclaves dans nos têtes. »
Si au Mississipi ou en Alabama, le racisme peut être encore frontal, du côté de la Nouvelle-Orléans, le phénomène est rampant. Partagés entre colère, dégoût et amertume, beaucoup d’Afro-Américains estiment que l’heure est venue de montrer au monde entier cette autre face de la grande Amérique. Plus téméraire, le maire (noir) de la Nouvelle-Orléans a lui admis que la classe sociale et la race avaient bien joué dans « le fiasco de l’évacuation des afro-américains. » Ni une ni deux, Bush vient de décider que la reconstruction des zones dévastées par l’ouragan devait s’accompagner de l’éradication de la pauvreté persistante et des inégalités raciales portées au grand jour par les nombreux reportages télévisés. Mais il est à craindre que la prise de conscience de ses pauvres du 21ème siècle ne fasse tâche d’huile dans le pays.

 

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