Roger SUE est chercheur en sociologie et sciences politiques, il est spécialiste des questions de lien social et de société civile.

« Sur la question du rapport entre association et démocratie, le premier sens est généralement de dire que l’association est une conquête de la démocratie. C’est vrai par exemple pour la France puisqu’il faut attendre un certain libéralisme, c’est-à-dire la troisième république, pour arriver à la loi du contrat d’association du 1er juillet 1901.

Mais je voudrais surtout dire l’inverse : c’est l’association qui fonde la démocratie et non le contraire. Et pour affirmer cela, j’ai toute l’histoire pour moi. Les Grecs qui sont au fondement du régime moderne de la démocratie l’ont inventé parce qu’ils ont un lien d’association entre eux, parce que des individus se considèrent comme des alter ego.

Il faut être entre soi, il faut être citoyen grec, etc. C’est une formule limitée qui permet cependant aux gens de se retrouver dans l’idée d’association, c’est-à-dire que dans l’idée du rapport d’alter ego, le rapport d’égalité, le rapport de libre choix de son destin. C’est une exception historique formidable dans cet univers antique.

Et c’est à partir de cette constitution du rapport social que s’invente l’idée que l’on peut trouver des moyens pour que chacun puisse décider sur la vie publique, pas par le vote mais par ce que les grecs appelaient la démocratie directe. L’association vient bien de là et non de la simple loi 1901. Prenons l’exemple de la Révolution française qui s’inspire du modèle athénien. Les philosophes des lumières qui s’intéressent par ce qu’on appellera les doctrines du contrat social sont des gens pétris de culture grecque qui font la révolution au nom de l’association.

S’il y a un seul livre à lire aujourd’hui, peut être aujourd’hui plus particulièrement d’ailleurs, c’est le contrat social de Rousseau. Tout est dedans et nous en sommes encore très loin. Mais si vous avez la curiosité d’ouvrir cet ouvrage, vous verrez qu’il y a le mot association pratiquement à chaque page, presque pas le mot contrat ni le mot démocratie.

Et Rousseau met en avant l’association, parce que si le régime n’est plus une monarchie mais une démocratie, si on fait un contrat, qui sont les contractants ? Si ce n’est pas entre des associés, cela n’en vaut pas la peine. Un contrat n’est ni juste ni égal par nature. Le contractualisme ne veut rien dire, ce qui est important c’est qui contracte. Rousseau avait tout à fait conscience que pour qu’un contrat social, c’est-à-dire un régime politique, ait une pertinence démocratique, il fallait qu’il y ait au préalable un lien d’association. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les théoriciens parlent du double contrat. Le premier consiste d’abord à se reconnaître l’un l’autre comme des individus libres et égaux. Parce que le contrat est par nature un contrat de dupe : c’est un contrat du fort au faible, du riche au pauvre, tout ce que combattait Rousseau à l’époque. C’est la raison pour laquelle Rousseau estime qu’il doit y avoir association avant le contrat. S’il n’y a pas d’association il n’y a pas de démocratie. C’est une pensée extrêmement forte que les révolutionnaires ne peuvent pas appliquer, complètement submergés qu’ils sont par ce contrat social, par la présence des nobles, des pauvres, etc. La révolution française efface ensuite le mur théorique de cette question de l’association qu’elle ne peut pas résoudre. Elle donne sa réponse sans la résoudre en disant que l’Etat est une grande association.

Je continue. Il y a eu, en France, une république associationniste. Il y a eu une république, une seule qui n’aura duré que deux ans et qui a fonctionné sur le mode de l’association, celle de 1848. 1848 est une date importante pour tous les gens qui se réclament de l’association. Pourquoi ? Parce qu’en 1848, les gens se demandent comment la révolution française a pu être un tel échec ? On voulait l’égalité, la fraternité et on se retrouve avec des régimes de travail, de conditions inhumaines, d’inégalités invraisemblables.

Et certains penseurs de 1848 veulent revenir aux fondamentaux, c’est-à-dire à l’idée que s’il n’y a pas d’association il n’y a pas de démocratie. Ces penseurs s’appellent Fourrier, Proudhon, Pierre Leroux, qui se sont dits socialistes, bien avant le socialisme marxiste. Certains pensent que l’appellation de socialisme pour ce mouvement de 1848 est mal adaptée car il ne se situe ni du côté de l’individu, c’est-à-dire des libéraux, ni du côté du socialisme en tant que tel. Il se situe du côté de l’associationnisme, ce que l’on a souvent oublié et qui mérite d’être exhumé.

Il faut se situer par rapport à cette histoire, ne pas la perdre de vue pour voir d’où on vient et ce qu’est l’association. Ces penseurs de 1848 se sont aussi retrouvés face à un mur parce qu’il y avait trop de différences : il était impossible de faire vivre l’association en 1848 même si certaines tentatives ont vu le jour comme les ateliers nationaux avec Auguste Blanqui, etc. Ce socialisme là, au sens non pas politique mais presque philosophique, est un socialisme associationniste qui a été totalement recouvert par le socialisme marxiste et par les expériences des pays de l’est.

Je continue. On pourrait voir que les grandes dates dans lesquelles il y a des avancées démocratiques dans notre Histoire correspondent à des avancées du côté des associations. 1936 par exemple est le début de toutes les associations d’éducation populaire. Un monde nouveau s’ouvre alors parce qu’il y a un peu de temps libéré, parce que les gens vont pouvoir s’investir dans les associations ce qui va mener à des avancées démocratiques.

Je pourrais citer encore 1945 qui connaît un formidable essor des associations dynamisé par la grande volonté de reconstruire une vraie démocratie après cette guerre considérée comme la der des der. Donc, historiquement et presque étymologiquement, la démocratie est, dans ses fondements, indissociable de la relation d’association.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Je dirais qu’on a à faire à une situation contrastée. Elle est sociologiquement extrêmement positive, politiquement extrêmement fragile et dangereuse. Vous aurez senti que je ne parle pas uniquement d’organisations associatives quand je parle d’association, je ne me situe pas uniquement dans le cadre de la loi de 1901. Car pour moi, ce qu’il y a de plus important, c’est le lien d’association. Il ne faut pas oublier que l’association est une modalité du rapport social, du rapport à l’autre avant d’être une organisation.

D’ailleurs la plupart des associations ne sont pas des associations déclarées. Dans le texte de 1901, Waldeck-Rousseau n’imaginait pas que les gens iraient en préfecture pour déposer des statuts. Il prévoyait la liberté de s’associer et de se reconnaître les uns les autres comme associés. Ce n’est que pour aller en justice, pour recevoir des subventions publiques, etc. qu’il est nécessaire de faire une déclaration publique à la préfecture. Mais c’était pour lui une exception. Une bonne partie des associations en France ne sont pas déclarées et fonctionnent, comme on dit, sur le mode informel. Et ce qui est intéressant, c’est le lien qui sous-tend cela. Pas d’organisation associative ni de développement associatif s’il n’y a pas l’idée de ce type de lien. C’est la manière dont évolue le lien social entre les individus qui est intéressante à observer, et ce rapport social entre les individus bouge autour de ce que j’appelle : l’individu relationnel.

L’erreur historique a été d’opposer l’individu et la société. Mais comment voulez-vous développer votre individualité sans la société ? Le prototype de l’individu c’est Narcisse qui se regarde perpétuellement dans une glace et qui a pas là peu de chance de développer son individualité. Proudhon disait que l’individu est d’autant plus libre qu’il a le plus de relations sociales. On est jamais autant soi-même que quand on démultiplie ses rapports à la société. Il n’y a pas d’individualité dans le repli sur soi : c’est de l’égotisme, c’est le narcissisme ! L’individualité ne se développe que dans la relation à l’autre.

On est rentré dans un certain régime d’égalité dû au développement de l’individualité -j’évite le mot individualisme trop connoté péjorativement- mais cette individualité nous a fait énormément progresser dans la relation à l’autre. Pourquoi ? Parce que les gens, aujourd’hui, se prennent pour des individus ce qui n’a longtemps pas été le cas. Seuls les classes supérieures se le permettaient. Les études sociologiques montrent que les gens se prennent pour des individus et ils n’ont pas tort. Le slogan d’une publicité « parce que je le vaux bien ! » fonctionne terriblement parce que les gens se reconnaissent et pensent tous qu’ils le valent bien. Et ça, cela a provoqué un rapport à l’égalité différent.

Avant, on disait l’égalité c’est la similitude et c’est l’identité. Tous pareils. Aujourd’hui, la pensée de l’égalité se fait à partir de la différence. Je suis l’égal de l’autre parce que je suis différent. Et cette différence n’est ni plus ni moins, c’est autre chose. Je suis moi-même original. Je suis moi-même exceptionnel, vous êtes tous des individus, vous êtes exceptionnels au sens propre.

Et ça c’est un nouveau rapport à l’autre qui a beaucoup fait avancer les valeurs. Et ce que je veux dire, c’est que ce nouveau rapport que j’ai appelé l’individu relationnel, c’est un individu qui est évidemment animé par la liberté, qui est animé par l’esprit d’égalité, qui est animé par l’autonomie. C’est ça qui définit le lien d’association. Je ne dis pas que ça s’est développé partout, je dis que ce mouvement là est en marche, et je n’ai pas le temps de développer les raisons sociologiques qui font que ce mouvement là n’est pas prêt de s’arrêter, même si politiquement les correspondances n’y sont pas, mais ce mouvement de fond est en marche et il définit un régime. Ce mot est important. Je ne le prends pas au sens de régime politique. Un peu d’Histoire nous permet d’y voir plus clair. Quand on a différencié l’Ancien et le Nouveau Régime, on ne voulait pas simplement dire qu’on passait de la monarchie à la démocratie ou de la monarchie à la république mais que le Nouveau Régime est un régime de liberté, où le droit d’aînesse n’est plus, où l’individu est reconnu, etc. C’est-à-dire que la révolution française est d’abord une révolution dans les mœurs, dans le lien social. La révolution est là, vous devriez la sentir. Elle est dans la poussée, avec des reculs, des contradictions, des difficultés mais ce mouvement là est en marche. C’est pour ça que je dis que nous changeons de régime.

Le problème est que le changement prend du temps. La révolution française a abouti en 1789 mais vient de la Renaissance, du siècle des Lumières. Notre problème, c’est que ce lien d’association qui est train de se développer ne passe pas aux étages supérieurs.

Il passe peu aux étages de l’association formelle. Il passe difficilement à l’étage institutionnel. Et il ne passe pratiquement pas à l’étage politique. Voilà le problème : il y a une vraie contradiction, une vraie source de conflit avec un risque de déphasage entre ce lien tel qu’il se développe à l’heure actuelle autour de l’association et une réalité sociale qui ne correspond pas. C’est à dire que les changements dans les subjectivités et les mentalités ne s’accompagnent pas de changements sociaux. La réalité sociale, notamment les inégalités, sont toujours là. Les structures sociales n’ont pas bougé. Et on est dans la contradiction d’un nouvel individu dans un vieux monde. Et ce monde va devoir bouger parce que les individus qui se prennent pour ce qu’ils sont, avec le nouveau type de lien social, ne vont pas pouvoir accepter longuement les destructurations.

Mais ce déphasage est aussi porteur de vents mauvais : vous sentez bien que tous ne font pas d’études sociologiques sur les raisons pour lesquelles ils sont insatisfaits. Les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont d’autant plus insatisfaits de conditions qui sont plutôt meilleures qu’avant parce que eux ont progressé ! Les gens sont insatisfaits aujourd’hui des inégalités alors qu’il y en a beaucoup moins qu’avant. On pense que les inégalités se creusent parce que notre regard a changé. L’exemple du harcèlement sexuel le montre bien : bien plus répandu autrefois mais tabou, c’est parce qu’il est aujourd’hui insupportable qu’on en parle et qu’il est plus visible. C’est nous qui avons changé et non la réalité sociale.

Que faire ? Le premier étage est entre vos mains, car le premier étage, c’est vous. Le premier étage, c’est comment on fait passer ce capital social qui est en train de se construire dans la tête des individus.

Les sociologue parlent des associations comme de la famille associations. C’est intéressant, car cela souligne la similitude entre le lien familial et le rapport à l’association. Mes enfants sont mes égaux, libres, etc. et la famille n’est plus sous la doctrine communautariste ou traditionaliste mais sous la doctrine du lien associationniste.

On me parle d’internet. Qu’est-ce qui a fait internet sinon le lien ? Cela permet des relations sélectives, cela permet du réseau. Et cette révolution du relationnel vient bien du formidable lien relationnel préexistant parce que l’être humain vit de ça. Et je dis que le réseau est la métaphore technologique du lien social d’association. Car si vous réfléchissez à la manière dont fonctionne un réseau, il est tout simplement sur le mode de l’associatif : on est libre, on est dans un rapport d’égalité, on est dans un point de la toile mais il n’y a pas de haut ni de bas.

Comment transformer ça ? C’est-à-dire qu’il y a un plus à venir dans une association qui est déclarée, il y a un plus à faire vivre quelque chose qui n’est pas simplement de l’ordre du rapport informel, mais du rapport démocratique, du rapport politique, et je vais dire un mot, du politique. C’est-à-dire qu’il y a un rapport politique à partir du moment où on rentre dans une association parce qu’on conduit quelque chose.

Alors, comment faire ? Je sais ce qu’il ne faut pas faire : c’est évidemment prendre les mêmes méthodes qui sont critiquées par les individus sur la démocratie représentative. Si vous faites fonctionner une association, mais sur le mode du lien d’association, c’est fini.

Les grandes fédérations associatives ne sont pas toujours vraiment associatives. Il n’est pas facile pour des associations un tant soit peu organisées de faire vivre le lien d’association. Il faut un président, un secrétaire général, etc. Est-ce qu’on renouvelle ou pas les instances ? Les responsables associatifs affirment que le cumul des mandats et la démocratie représentative font que ce sont toujours les mêmes hommes politiques qui sont au cœur du système. Il faudrait effectivement que la démocratie représentative soit exemplaire : faire vivre ce que les gens attendent de la relation d’association dans l’association, et la transparence dans la démocratie n’est pas si facile.

Le deuxième point est de passer à un stade supérieur, celui d’une représentation plus large afin de mobiliser les individus. Je crois effectivement que les associations n’ont pas pris conscience du rôle historique qui est le leur.

On croirait être prétentieux en disant cela, mais c’est bien l’hypothèse que j’émets : les associations doivent être au 21ème siècle ce que les syndicats ont été au 19ème et au 20ème siècle. Et j’aimerais surtout en convaincre les responsables associatifs. La dimension de représentation qu’ils doivent avoir par rapport à la société civile est essentielle et doit être plus ambitieuse que ce qu’elle est à l’heure actuelle. Les futurs partenaires sociopolitiques sont nécessairement les associations.

Cela ne veut pas dire que les syndicats ne vont plus exister, mais, cela n’est pas une insulte que de dire qu’ils sont aujourd’hui marginalisés. Je ne le dis pas d’ailleurs pour le milieu étudiant, mais plus volontiers pour le milieu ouvrier. La loi sur les syndicats précède de quelques années seulement la loi sur les associations : 1884 et 1901. Les syndicats sont liés à des causes très précises en lien avec le travail et avec des modes de fonctionnement que l’on a longtemps appelé les « centrales ». Je pense que ce mode n’est plus assez opératoire.

Pour toute une série d’arguments que je n’ai pas le temps d’exposer, les associations ont aujourd’hui à prendre en charge la représentation de la société civile. Il y a en effet un paradoxe : jamais il n’y a eu si peu de ce qu’on appelait autrefois les corps intermédiaires, c’est-à-dire de voies de passage entre l’individu, l’Etat, les représentants et le politique. Avant, il y avait au moins le clergé, les syndicats, les partis politiques, les partis de masse.

Or il est urgent de recréer de la représentation intermédiaire, de récréer des passage entre l’individu et la décision politique publique. Les journalistes aujourd’hui évoquent souvent les partenaires sociaux et associatifs quand il s’agit d’une actualité politique et c’est tout nouveau. Les journalistes ont intégré que les associations constituent aujourd’hui une force de représentation de la société civile et probablement la représentation de l’avenir.

Il faut pour cela faire changer les structures intra associatives. Il y a eu une grande avancée avec le regroupement des associations autour de grandes coordinations, elles mêmes rassemblées autour d’une grande coordination centrale, la CPCA (Conférence Permanente des Coordinations Associatives). Cette structure est essentielle parce qu’elle donne une figure, un visage, une représentation au plan national, à toutes les coordinations associatives : les jeunes, le plein-air, la santé, la famille, les consommateurs, etc.

C’est très important d’abord parce que les associations peuvent discuter de tous les projets de loi comme le précise une charte qui régit les rapports avec les pouvoirs publics. Tous les grands projets de loi en matière sociale sont d’ailleurs d’origine associative. Les lois sur la pauvreté, la loi sur la CMU, etc. ont été écrites par des associations, ne vous méprenez pas, c’est le politique qui a mis ensuite le tout en musique. Ne croyez pas que le politique a plus d’idées que vous n’en avez. Vous êtes plutôt mieux placés pour avoir des idées sur l’univers étudiant et ce qu’il faudrait faire que les politiques ! Les bonnes lois viennent généralement du bas mais il faut les faire monter. Et on ne les fait pas monter si on n’est pas capable aussi de créer de l’institution soi-même, de créer de la coordination, de créer du partenariat, parce que « foutre le bordel » ne suffit pas, et puis parce que quand on « fout le bordel », en général il y en a d’autres qui le récupèrent.

Donc je crois qu’il faut effectivement de la représentation institutionnelle mais il faut aussi avoir conscience de son rôle politique, entendez par là que les associations sont porteuses de valeurs. Quand ces valeurs sont bafouées, il faut le dire. Quand les valeurs qui fondent l’association sont mises en cause, il faut pouvoir le dire et le manifester par différentes voies. Et ça, je crois, que cela n’est pas assez fait dans le cas du partenariat social.

Je termine peut-être sur un mode un peu plus concret pour essayer de dégager quelques pistes. Le conseil économique et social par exemple, qui est quand même une chambre parlementaire, la troisième chambre de la république et dans lequel il y une représentation associative faible, pourrait aller au-delà des rapports qu’il remet, par ailleurs fort intéressants, et proposer des lois. Cela irait dans le sens de ce que j’appellerais une démocratie civile pour revenir à la démocratie politique. Rousseau a pu vous paraître un détour inutile dans mon propos mais il n’est pas inutile de parler de Rousseau qui avait déjà cette idée en tête. Rousseau est devant nous, il n’est pas derrière. Le Contrat Social, il est devant, pas derrière.

Quelle pistes suivre alors ? Les quatre pistes, c’est d’abord travailler sur la reconnaissance. Travailler sur le fait que les gens qui s’investissent dans les associations, ont d’une certaine façon besoin de différents types de reconnaissance. Par exemple, la loi sur le volontariat qui se trouve à l’heure actuelle sur le bureau de l’Assemblée Nationale, permet à des jeunes de partir s’engager un temps dans des structures associatives.

Il faut travailler sur l’autonomie. Il faudra un jour qu’on accepte que les associations ne soient pas dépendantes des pouvoirs publics, ce qui est un vaste chantier parce que la tradition républicaine française veut que les associations soient considérées comme des clients des différents ministères. Que dirait-on de syndicats qui dépendraient des pouvoirs publics pour subsister ? On dirait qu’ils sont vendus ! Je ne dis pas du tout ça des associations, mais vous voyez la difficulté pour les associations de fonctionner, parce qu’elles sont en permanence dans une relation difficile avec les financeurs.

Mon troisième point, c’est effectivement travailler sur le financement. Je crois qu’il faut aller au-delà du financement publique, je n’ai pas le temps de développer, parce qu’il y aurait cinq minutes de questions que tout le monde ferait, mais il faut aller sur les forums. Les Etats-Unis n’ont pas que des mauvais côtés, de ce point de vue. Ils ont une vie associative incroyablement plus développée qu’en France, eh bien allons chercher les bons exemple là où ils sont. Les fondations y sont extrêmement utiles et peuvent aider au développement de la vie associative.

Et enfin mon dernier mot évidemment est sur l’éducation. Il se trouve que je dirige un UFR à l’heure actuelle où a été mis en place le LMD. Un des points positifs du LMD a été marqué justement par la validation pédagogique des engagements associatifs. Il faut demander à ce que les universités marquent plus fortement le fait que la vie associative est un mode de formation extrêmement important pour les étudiants. Tous les DRH vous le dirons : ceux qui sont passés par les associations étudiantes sont très appréciés. Les associations étudiantes sont extrêmement importantes de ce point de vue là et le LMD leur donne l’opportunité d’une vraie reconnaissance.

Enfin, il faut aller plus loin, il ne faut pas rester au niveau de l’université, il faut se battre, mais il faut au-delà que l’on considère que les cursus éducatifs sont une formation permanente où chacun enrichit son portefeuilles de compétences tout au long de la vie. Et ce portefeuille de compétences n’est plus un livret scolaire, il n’est pas simplement rempli par l’institution scolaire ou universitaire. Comme si vous n’appreniez qu’à l’université… Moi je sais ce que j’enseigne, je sais ce qu’un enseignant peut faire passer, et moi, ma compétence, c’est de permettre à des étudiants de passer des examens. Mes étudiants savent passer des examens, ils ne savent pas vivre pour autant.

 

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