Interview d’Olivier Borel, trésorier de la fédération des associations étudiantes LGBT Moules-Frites et président du Moove.

 

Quel rôle ont joué les associations militantes dans la progression des droits des homosexuels et l’évolution des mentalités ?

L’action militante a permis de faire progresser les droits des homosexuels, ce qui a conduit à une évolution des mentalités. En 1981, la première Gay pride, qui rassemble près de 10 000 manifestants, incite le candidat à l’élection présidentielle, François Mitterrand à prendre position en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Quand il passe à l’acte, en août 1981, il est très en avance sur la société française, encore largement hostile aux homosexuels. On retrouve le même cas de figure, 18 ans plus tard, avec le PACS institué par le gouvernement Jospin sous la pression des associations de gays et lesbiennes. En 2000, les Français étaient à peine 50 % à être favorables au mariage des homosexuels. En 2006, ils étaient plus de 61 %… C’est une progression considérable ! En 2004, enfin, c’est la demande répétée des militants qui permet d’instaurer la pénalisation des propos homophobes et d’inciter la HALDE à inclure cette forme de discrimination dans son champ d’action. Cela n’a pas permis de résorber toutes les injustices, mais aujourd’hui quand un homosexuel est victime d’insultes, il a un recours pénal !

 

Pourquoi était-il important que des associations soient créées en milieu étudiant ?

Avec l’évolution des mœurs, la médiatisation des homosexuels s’est accélérée. Jusqu’aux années 1980, la seule image qu’on avait était celle de La Cage aux folles : pas de quoi inspirer un ado en questionnement ! Avec l’arrivée de personnages gays et lesbiennes à la télévision et au cinéma, les jeunes ont pu s’identifier de plus en plus tôt, découvrir plus vite leur homosexualité… et les insultes qui vont avec. C’est pourquoi il est devenu très vite indispensable, pour les jeunes LGBT, de créer des groupes d’auto-supports, de socialisation. Au départ, ces associations n’avaient qu’une vocation d’écoute et d’accueil. Ce n’est qu’au début des années 2000, avec la création de la fédération Moules-Frites que les associations ont commencé à vouloir mener des actions qui aillent au-delà de la convivialité. Aujourd’hui les jeunes sont plus actifs que leurs aînés en matière de lutte contre l’homophobie !

 

Pour la Gay Pride 2008, le Moove a choisi comme mot d’ordre  » Pour une éducation sans aucune discrimination « . C’est l’un des combats que vous souhaitez mener dans les années à venir ?

Les lieux d’éducation, qu’il s’agisse des établissements scolaires ou des lieux de socialisation extérieurs, restent encore très sujets aux préjugés homophobes. « Enculé », « PD » restent les insultes stars dans les cours de récréation. Il est donc nécessaire que les éducateurs soient sensibilisés et formés pour pouvoir entendre les victimes de ces insultes et réagir. Or les rectorats restent encore très hostiles aux interventions en milieu scolaire sur ce sujet. Depuis quelques années, nous tentons, par un travail de réseau et de lobbying, de faire évoluer les choses : l’association Couleur gay a gagné un procès contre le rectorat qui refusait de la laisser intervenir, quelques associations sont parvenues à se faire ouvrir les portes des établissements… Avec le Moove, nous avons mis en place une expérience de sensibilisation auprès des MJC qui pourrait être étendue à d’autres établissements. Ça avance… Doucement !

 

Qu’en est-il du droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels ? Est-ce un sujet sur lequel les associations étudiantes LGBT prennent position ?

Bien sûr… C’est la première fois en France que l’on se trouve dans une situation où l’évolution des mentalités précède les décisions législatives : plus de la moitié des Français sont favorables au mariage et à l’adoption, c’est le gouvernement en place qui fait barrage. Il est donc important que nous continuions à nous mobiliser autour de cette question. Pour la Journée Mondiale contre l’homophobie, le 17 mai dernier, nous avons édité des affiches représentant un couple homosexuel avec un bébé et la mention « Il paraît que les gays ne se reproduisent pas… » Cela peut paraître éloigné des préoccupations des étudiants, pourtant, l’interdiction de se marier et d’adopter reste la dernière discrimination légale à l’égard des homosexuels. Tant qu’elle persistera, toutes les actions que nous pourrons mener seront fatalement limitées…

 

En savoir plus :

www.moovelyon.net

www.moules-frites.org

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