Autonomie ou insertion

Des associations de solidarité, des sociologues, des journalistes s’en faisaient l’écho : la proportion de jeunes en grande précarité s’est nettement accrue ces dernières années. Les syndicats étudiants, eux, reviennent fréquemment à la charge en faveur d’un présalaire accordé aux étudiants.

Le débat s’est récemment enrichi de plusieurs publications et les pouvoirs publics semblent décidés à annoncer des mesures nouvelles. Faisons donc un peu le point sur ce sujet à plusieurs entrées.

On voit se dessiner deux axes principaux de réflexion. Le premier consiste à revendiquer l’autonomie financière des jeunes. Si certains (les Verts par exemple) réclament que le Revenu Minimum d’Insertion soit accessible dès l’âge de 18 ans (contre 25 actuellement), d’autres envisagent la création d’un statut particulier. Un  » statut étudiant « , réclamé par beaucoup d’élus étudiants, qui pourrait s’accompagner d’une allocation d’études pour tous ceux qui y répondent. Ou un  » statut jeune « , proposé notamment par la Fédération des Mutuelles de France (à ne pas confondre avec la Fédération Nationale de la Mutualité Française – FNMF – nettement plus puissante) qui s’assortirait de la création d’une branche  » jeunesse «  de la Sécurité sociale.

Chaque fois est au centre l’idée d’une allocation systématique, accordée, tout compte fait, en fonction de l’âge.
Deuxième axe de recherche, récemment suivi par un rapport du Commissariat général au plan, celui d’une allocation d’insertion  » tout au long de la vie «  liée à la poursuite d’études. Des réflexions originales issues de ce rapport méritent l’attention. Les auteurs montrent que les parcours d’insertion dans la société sont moins simples et définitifs qu’auparavant et soulignent que l’on appelle maintenant  » jeunesse  » la longue période qui s’étend entre 12 et 30 ans ; ils relèvent surtout que les évolutions sensibles chez les jeunes préfigurent sans doute des mouvements plus profonds, concernant toute la société. Par ailleurs, ils préconisent d’encourager fortement la formation continue. Concrètement, les auteurs souhaitent la mise en place d’un  » crédit d’études « . Celui-ci consisterait en l’octroi d’une allocation pour un certain nombre d’années d’études, utilisé soit en une seule fois (formation initiale), soit en plusieurs (avec des années de formation continue).

Les deux pistes distinctes évoquées ne sont pas directement en contradiction même si elles affichent nettement des priorités différentes : autonomie de la jeunesse ou réalité de l’insertion. Il est en outre toujours possible de discuter des montants des allocations et des durées de perception. Mais toutes les deux prônent l’indépendance fiscale des étudiants dès 18 ans et la refonte totale des aides directes qui leur sont allouées.

Une évolution déjà engagée
On complète ce tableau en citant une loi, à l’initiative des députés communistes, qui a décidé la mise en place d’une commission d’étude pour la création d’une allocation d’autonomie des jeunes, un rapport du président de l’Union Nationale des Associations Familiales au nom du Conseil Économique et Social, ainsi que les discussions en cours au Conseil de la Jeunesse (auprès du Ministère) et dans bon nombre d’associations.

Enfin, parmi les mesures récemment annoncées par le gouvernement figurent quelques points relatifs à l’autonomie de la jeunesse. Il semble que soit surtout réaffirmée la nécessité d’augmenter le nombre des bénéficiaires du programme TRACE, destiné à la réinsertion de ceux qui, dès 20 ans, sont déjà  » désaffiliés « , selon l’expression heureuse du sociologue Robert Castel. Mais il apparaît aussi la volonté d’aider à la construction de  » parcours de formation  » pour les jeunes, consolidés par une allocation ouverte plus largement.

Ces choix ne sont aucunement anodins. La priorité donnée à la formation continue bouleverserait le système éducatif dans son ensemble, de même que la mise en place d’un statut du jeune entraînerait des évolutions radicales, par exemple au sein des familles. Peut-on rester hors du débat ? Ces colonnes ont déjà fait état de la crise des institutions et des difficultés que rencontrent aujourd’hui les formes classiques d’engagement, notamment les partis politiques et le syndicalisme. Il serait utile que sur un pareil sujet s’informent, discutent et s’expriment toute sorte de protagoniste. Et cela dépend de chacun d’entre nous.

 

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