Le Caélif est le plus important réseau d’associations étudiantes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) d’Ile-de-France. En sommeil depuis 2007, le collectif composé d’une dizaine d’associations LGBT d’écoles et d’universités a repris ses activités récemment avec des membres plus motivés que jamais pour lutter contre l’homophobie et les discriminations.

 

 

 

 

En 2006, le Caélif a connu une crise qui a bien failli avoir raison de lui : l’émulation des débuts retombe, l’équipe peine à se renouveller, les activités inter-associatives s’essoufflent, le Caélif reste dans l’ombre. Mais le réseau n’est pas mort, des membres d’associations de grandes écoles se retrouvent régulièrement pour des soirées networking. Des soirées informelles qui prennent un tournant décisif à l’approche du printemps 2008 et de la gay-pride ! L’idée? La construction d’un char inter-associatif aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’hiver aura duré 2 ans et demi, le Caélif renaît sous l’impulsion des présidents des associations LGBT d’HEC, Polytechnique, Sciences Po, Essec, ESCP et ENS. Rapidement, les projets refleurissent et les membres de l’association se remobilisent

 

 

 

Un réseau d’assos LGBT de l’enseignement supérieur

 

Le Caélif a pour terrain d’action celui des assos qui le composent. Historiquement, la grande majorité sont des assos LGBT de grandes écoles, où l’activité associative et les initiatives étudiantes y sont généralement encouragées et valorisées. Parmi les assos LGBT, la situation de celles des grandes écoles est plutôt bonne, comme le confirme Christian, vice-président du Caélif : « en 2009-2010, beaucoup d’assos se sont créées ou réveillées (à l’ESIEE, à l’ENS Cachan, aux Ponts-et-Chaussées, à Supélec, à l’ENSTA…)… d’autres sont en projet (à l’ISC ou à l’ENSTP) ». Le dynamisme du Caélif n’est pas étranger à ce réveil, mais c’est aussi le signe qu’il existe une volonté pour beaucoup d’étudiants de s’investir autour des questions LGBT.

 

 

Dans les universités, les assos LGBT ne sont pas toujours les bienvenues. Si certaines d’entre elles ont réussi à tirer leur épingle du jeu, comme les assos de Paris 10, Etudions Gayment et HBO à Paris 11, parce qu’elles sont organisées autour d’un campus, d’autres n’ont pas survécues, à l’exemple de Dégel à Jussieu.

 

Il y a quelques années, de nombreuses associations LGBT des universités ont cessé d’exister. La présence d’une asso dans ce domaine est pourtant symptomatique de la bonne santé administrative de l’établissement : selon Christian, « une asso LGBT n’a que peu de chances de continuer à exister quand elle se heurte à une administration non sensibilisée aux problématiques LGBT ». Ces administrations, par ignorance, ont tendance à sous-estimer le rôle des assos LGBT auprès des étudiants et ne leur accordent pas l’importance qu’elles devraient.

 

 

En tant que réseau d’associations LGBT, le Caelif est confronté à ces problèmes récurrents dans les universités. Pour éviter ces disparitions et soutenir les nouvelles assos LGBT d’universités, le Caélif a réagi en créant le GLUP. Sous cette formule un peu étrange se cache le Groupe LGBT des Universités de Paris. Son ambition : relancer la vie associative LGBT au sein des universités à travers des actions conviviales, militantes et culturelles. Pour l’instant, le GLUP est une cellule du Caélif mais il est destiné à devenir une association à part entière. Coordonné par 3 étudiants très motivés, le GLUP travaille en étroite collaboration avec les membres du Caélif et voit le nombre de ses membres augmenter chaque semaine. A terme, il a vocation à être présent sur chaque fac.

 

 

 

 

 

La force du réseau

 

 

Collectif d’associations, le Caélif est à la fois un réseau, car les associations qui le composent agissent ensemble, dans un but et un esprit commun, et une communauté de personne parce qu’il anime aujourd’hui un groupe de plus de 800 étudiants et jeunes diplômés, issus des associations membres du Caélif ou d’autres établissements d’Ile-de-France : « L’idée, c’est de ne pas fermer la porte aux étudiants sous prétexte qu’ils n’ont pas d’assos LGBT sur leurs campus » explique Christian. En agissant en réseau, le Caélif remplit son rôle principal d’accueil des assos LGBT, facilitant ainsi la création de synergies associatives.

 

 

Aujourd’hui, il est encore difficile de faire son coming-out : « ce n’est pas pour rien que le taux de suicide chez les jeunes LGBT est 13 fois supérieur à ceux des autres jeunes ! ». Dans les universités, il n’y a généralement aucune unité géographique, les étudiants sont parfois dispatchés sur de nombreux sites, à l’image de Paris 4. Cette structuration des facs favorise le climat d’anonymat des étudiants. Un jeune LGBT ne se sentira pas encouragé à faire son coming out dans un lieu où il ne se sent pas vraiment en confiance. A contrario, les grandes écoles favorisent l’esprit d’équipe et l’appartenance à un groupe ce qui pourrait inciter les jeunes à s’assumer. Pour autant, l’importance qui y est donné d’entretenir au sein de l’école un réseau « carrière » reste disuasif.

 

 

Dans les établissements d’enseignement supérieur, les associations LGBT sont donc comme un point de contact pour un étudiant homo, afin de faciliter son accueil et son intégration. Dans ce domaine, le Caélif regorge de bonnes idées autour d’un concept phare : les soirées. Ce sont des éléments importants de l’activité de l’association qui représentent la force du réseau et permettent de lutter contre l’isolement des jeunes LGBT. « Une soirée où un jeune pourra venir, est une alternative à la prise de contact au local de l’asso dont il n’est pas toujours facile de pousser la porte. Et, pour nos membres, c’est aussi l’occasion d’échanger sur les réalités de la vie, et les pratiques sur les différents campus » explique Christian. Les soirées du Caélif se déclinent sous plusieurs formes, « chacun doit pouvoir s’y retrouver, qu’il ait fait son coming-out ou non ». Les soirées Sésames et Bizoutage par exemple, ont pour point commun la convivialité, mais tandis que l’une obéit à des règles de confidentialité pour permettre à des étudiants qui n’ont pas fait leur coming-out de rencontrer et échanger avec des étudiants d’autres établissements, l’autre réunit le temps d’une soirée dansante, toutes les personnes qui le souhaitent quelle que soit leur orientation sexuelle. L’objectif n’est pas uniquement de permettre aux jeunes Lgbt d’avoir une vie épanouie : il s’agit aussi de sensibiliser largement à ces questions.

 

 

 

 

La sensibilisation, un des piliers du réseau

 

 

Le Caélif est particulièrement ouvert et énergique dans ses actions de sensibilisation. Il est sur tous les fronts : montage de projets associatifs sur les campus, actions militantes à l’occasion des journées nationales de prévention du suicide, du droit des femmes, du souvenir de la déportation etc. Une ouverture au niveau des actions parfaitement assumée et logique selon Christian : « L’homophobie s’inscrit souvent dans un comportement global « hétéro-machiste » que nous pensons nécessaire de dénoncer. Les mouvements pour les droits des femmes et les droits des LGBT sont deux mouvements historiquement liés. Concernant notre mobilisation sur la journée du souvenir de la déportation, en tant que jeunes, nous pensons avoir un devoir de mémoire vis-à-vis de la déportation des homosexuels. Nous sommes très sensibles à cela et voulons contribuer à défaire le silence et l’oubli qui pèse sur cette déportation. Se souvenir, c’est aussi prévenir ».

 

 

Le Caélif s’engage dans de nombreux combats pour la lutte contre les discriminations et n’hésite pas à militer tant dans les établissements d’enseignement supérieur et dans la rue que sur le papier. Durant l’année, ce ne sont d’ailleurs pas moins de 3 campagnes d’affichages qui auront été diffusées. Parmi elles, la campagne Saint-Valentin, une série de 3 affiches visant à promouvoir l’égalité des orientations sexuelles : « il s’agit de dire qu’un Valentin ne va pas toujours forcément avec une Valentine et deux Valentin ou deux Valentine entre eux, ce n’est ni mieux ni moins bien qu’un Valentin et qu’une Valentine ensemble » explique Christian. Afin de donner une ampleur plus importante à la campagne, le Caélif s’est associé à des réseaux nationaux comme Animafac et la LMDE. L’affichage est un moyen de diffusion plutôt efficace auprès des étudiants. L’intérêt du réseau y est clair : l’efficacité des campagnes est amplifiée par le fonctionnement en réseau du Caélif qui a un effet démultiplicateur. Selon Christian, c’est, avec les journaux internes des écoles, le meilleur moyen de toucher un public « élève », mais aussi le personnel enseignant et administratif des établissements. Petit bémol tout de même : « Nos affiches sont trop souvent arrachées. Parfois en quelques heures seulement. C’est très rageant mais finalement, si c’est la preuve que ça gêne, c’est aussi la preuve que ces campagnes ont raison d’exister ! ».

 

Par ailleurs, le Caélif organise les BIM’s (rencontre BIMensuelle), des soirées-débats qui se déroulent le mercredi soir autour d’une question choisie par une asso. Une des dernières en date proposait de s’interroger sur « Etre lesbienne aujourd’hui, ce qu’ils/elles en pensent » avec notamment comme invitée, Stéphanie Arc, journaliste et ancienne vice-présidente de l’association SOS homophobie. Conduites par des associations du collectif, les BIMs abordent des questions aussi variées qu’il y a d’assos LBGT. « Militer contre l’homophobie en milieu étudiant », « côté parents, une autre vision du coming-out », des sujets pour tous ceux qui se posent des questions, étudiants LGBT, parents, hétéros…et qui permettent d’aller plus loin sur les problématiques LGBT.

 

L’avenir ? Le Caélif le voit plutôt en rose avec une foule de projets en perspective !

Le dernier en date : une grande enquête menée en partenariat avec SOS homophobie sur la perception de l’homosexualité en milieu étudiant. « Aucune enquête de ce genre n’existe, sauf à un niveau local, lorsqu’elle est organisée par l’asso LGBT du campus. Là, nous voulons des chiffres, chose essentielle pour pouvoir parler avec les administrations des campus. Les résultats de cette enquête seront communiqués à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le 17 mai », explique Christian.

 

 

A l’heure où le Vatican lie homosexualité et pédophilie, la preuve n’est plus à faire que les discriminations doivent encore et toujours être combattues. Le Caélif a permis de relancer une dynamique d’assos LGBT dans les établissements franciliens d’enseignement sup pour fédérer les énergies et permettre des rencontres diverses et variées, entre étudiants d’écoles et d’universités, entre homos et hétéros, entre étudiants et non étudiants… Alors qui que vous soyez, n’hésitez pas à contacter le Caélif : toutes les énergies sont les bienvenues !

 

 

 

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