Amadou Sondé est le coordinateur du Collectif étudiant pour une nouvelle Afrique, basé à Lille. Ce collectif regroupe 9 associations d’étudiants africains, et donc 9 nationalités.

Quelle est la situation pour les jeunes étrangers des nationalités représentées dans ton association qui souhaitent étudier en France ?

Selon l’Observatoire Régional des Etudes Supérieures (ORES-NPdC), l’Académie de Lille compte 150 000 étudiants dont 12 736 sont des étudiants étrangers soit 12% du total des étudiants inscrits. Il ya eu une augmentation de plus de 76% en 5 ans dans étudiants étrangers.
Parmi ces étudiants étrangers, 61% viennent du continent africain. Le CENA regroupe 9 associations d’étudiants africains. Les étudiants africains à Lille vivent globalement la même situation : difficultés administratives, logement, précarité…
Seuls quelques étudiants sénégalais et gabonais sont accompagnés. Le Gabon a signé un partenariat avec le CROUS pour la gestion de ses boursiers et le Consulat du Sénégal à Lille accompagne leurs ressortissants. Il existe quelques étudiants africains qui sont boursiers de l’Etat français, et qui sont suivis par le CROUS.

A part ces exceptions, les autres étudiants africains ne bénéficient d’aucun accompagnement. Ils financent leurs études soit en travaillant en parallèle (c’est le cas d’un bon nombre) soit grâce au soutien financier de la famille.
Ce sont ces mêmes étudiants qui sont confrontés à de grandes difficultés dans l’obtention de leur visa depuis leur pays.
Pour beaucoup, ils ont dû faire plusieurs tentatives avant de se voir accorder le visa d’études en France.

Connais-tu le système des CEF rebaptisés Espaces campus France ?

Oui, j’en ai entendu parler. Mais ce système reste méconnu pour le moment par beaucoup, surtout pour les bénéficiaires. Je l’ai su, parce que je suis investi dans le milieu associatif.

Quelqu’un dans ton entourage est-il déjà passé par un CEF avant de venir en France ?

Pour le moment je ne connais personne qui est passé par un CEF.

Que penses-tu de ce nouveau système ?

J’ai beaucoup de réserves par rapport au CEF. Certes il a pour but de faciliter les démarches en les regroupant dans un seul espace. Cependant, il constitue également un filtre de sélection des étudiants étrangers. Les critères restent flous. L’étudiant étranger sera -t-il jugé sur le plan académique ou financier ? Sur la base de quotas par pays ? Seuls les étudiants  » excellents  » auront leur place ?
En somme, j’ai peur que ce système ne soit qu’un espace qui va favoriser la fuite des cerveaux !
A mon avis, une bonne politique d’accueil des étudiants étrangers doit inclure les pays d’origine dans la réflexion en amont.

Les ECF doivent donc inclure un volet d’aide au retour des diplômés, de co-développement ?

Notre association mène des réflexions sur le retour des étudiants africains. Nous avons mis en place une commission pour accompagner les initiatives des étudiants africains et les inciter à la création d’activité en Afrique.
Si les CEF arrivent à intégrer la composante aide au retour des diplômés, ce sera un plus.
Pour moi, le terme co-développement est juste un nouveau mot, et je n’y crois pas. Je ne sais pas ce que renferme le co-développement ? Nous voyons que de plus en plus, les pays occidentaux souhaitent attirer et garder les diplômes étrangers. Tout est fait pour les séduire ! Est-ce ça le co-développement ?
Je pense qu’il faut plutôt encourager et soutenir les initiatives de retour des diplômés afin qu’ils puissent contribuer au développement de leur pays.

Quid de la participation des associations étudiantes dans ce système pour l’améliorer et le rendre plus constructif ?

Il serait important de faire participer les associations d’étudiants étrangers à ces réflexions en organisant des tables rondes et des débats.
Il appartient à ces associations de faire remonter les attentes et craintes des étudiants étrangers. La création d’une plateforme d’échange et de partage permettra à ces associations de collaborer et de construire ainsi un réseau solide d’échange et d’expérience.
Le CENA est prêt à participer à la réflexion sur ce système afin qu’il soit plus constructif.

En savoir plus : http://www.cena-asso.info/

 

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