Emmanuelle Bastide est journaliste spécialiste de l’éducation à Radio France Internationale. Depuis de nombreuses années, elle réalise avec son équipe l’émission l’Ecole des savoirs, très écoutée en Afrique : cette émission a d’ailleurs été le cadre d’un partenariat avec Animafac durant 4 mois en 2005, autour de chroniques sur les fiches pratiques
Ayant travaillé lors d’une précédente émission sur les CEF, rebaptisés aujourd’hui Espaces campus France, Emmanuelle Bastide nous livre les réflexions et interrogations que lui ont inspiré l’aperçu qu’elle a eu de ce système.

« Les ECF prônent la transparence. Ce qui est sûr, c’est que c’est mieux organisé qu’avant : il n’y a plus la queue à quatre heures du matin devant les ambassades. L’accueil est plus professionnalisé, il y a aussi moins de passe-droits. Mais on peut considérer que dès qu’on pose un orteil dans un Espace campus France, on paye. Ce qui n’est pas forcément idiot : comment un étudiant n’ayant pas les moyens de payer les 80 ou 100 euros de droits d’inscription à l’Espace Campus France aurait les moyens de poursuivre ses études en France ?
On peut néanmoins s’interroger sur la disproportion entre les sommes demandées aux étudiants et le niveau de vie dans le pays en question : à Madagascar, où l’inscription ECF coûte 80 euros, le salaire mensuel moyen est de 30 euros. Cela pose question même si on va leur demander beaucoup plus pour vivre en France : ce n’est pas la même problématique.
Là où je m’interroge, c’est pour le cas d’étudiants extrêmement brillants qui n’auraient vraiment pas les moyens d’aligner ces 100 euros de départ : auront-ils la possibilité de demander gratuitement une bourse d’études au gouvernement français ?

Je m’interroge également sur le principe des ECF où le candidat auto-finance entièrement sa candidature : est-ce compatible avec une politique de coopération ? Certes, payer est responsabilisant. Mais avec de tels droits d’inscription, sans passeport assuré pour un séjour d’études en France puisque rien ne garantit à ce stade que l’étudiant obtiendra un visa ou une inscription à l’université, le système peut sembler extrêmement rentable. Qui nous certifie que les étudiants n’ayant aucune chance d’obtenir un visa pour des raisons académiques seront d’emblée écartés avant même d’avoir payé ?

 
Je me demande également dans quelle mesure les règles des ECF seront les mêmes selon les pays. Si nous regardons le professionnalisme des équipes, par exemple, c’est mieux qu’avant. Mais c’est toujours un peu l’improvisation en termes de recrutement : ici c’est un retraité de l’éducation nationale, là c’est tout autre chose…

Ce qui me laisse songeuse également, c’est l’attitude de la Conférence des Présidents d’Université, très réfractaire au départ, et aujourd’hui convaincue. Peut-être les universités ont-elles été rassurées sur le fait qu’elles garderaient leur souveraineté du point de vue de la compétence pédagogique, qu’elles seraient informées de tous les dossiers de candidats passant la porte des ECF, et qu’elles auraient le dernier mot du point de vue de l’inscription de l’étudiant étranger dans leur établissement. Mais qui contrôle aujourd’hui sur place ce qui se passe en amont, à part les ECF ? Et puis, avec ce nouveau système, un étudiant ne peut plus écrire directement à une université : il doit forcément passer par l’interface ECF et donc payer.

Reste que du point de vue informationnel, il peut s’agir d’une avancée : le CEF du Cameroun, par exemple, ferait même de l’information et de l’orientation concernant les filières de l’enseignement supérieur au Cameroun. « 

Les questions d’aide au retour, de coopération, de transfert et compétences et de co-développement ont été pas mal évoquées à propos des nouveaux Espaces Campus France. A ce propos, tu prônes depuis longtemps la politique de migrations pendulaires : peux-tu nous expliquer ?

« Ca me semble être l’avenir en effet. Le principe est le suivant : laisser les gens aller et venir pour permettre un meilleur transfert de compétences. Un grand spécialiste malien du paludisme, par exemple, se voyait proposer des contrats de deux ans en France durant lesquels il n’était pas prévu qu’il puisse retourner trois mois au Mali pour faire profiter les laboratoires de recherche où travaillaient ses compatriotes de ses avancées. Or l’avenir pour les chercheurs est bien d’avoir la possibilité de se rendre tous les 3 mois, tous les 6 mois dans leur pays d’origine pour permettre un transfert de compétences au fur et à mesure. Ce n’est pas après une installation de cinq ans en France que le transfert est des plus fluides. « 

En savoir plus : ecole@rfi.fr

 

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