Olivier Audéoud est Président de l’Université Paris 10, Président de la Commission des Relations internationales et européennes de la CPU, et membre du Conseil d’Administration de CampusFrance.

Vous souhaitiez préciser une distinction au préalable à propos du nouveau système d’accueil des étudiants étrangers ?

Il faut tout d’abord bien différencier deux entités ; les ECF, Espaces campus France à l’étranger, et l’Agence Campus France. Même si ces deux dispositifs vont se rejoindre au final, ils sont issus au départ de deux projets bien distincts et font d’ailleurs l’objet de deux conventions différentes qui sont les résultats de longues discussions et négociations entre les deux ministères (Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et Affaires étrangères) et les trois Conférences d’Etablissement d’enseignement supérieur (CPU – Universités ; CDEFI – Ecoles d’ingénieurs ; CGE – Grandes Ecoles).

Commençons si vous le voulez bien par les ECF ?

C’est une négociation qui a commencé voici 4 ans, pour mettre en place un système qui permet aux étudiants étrangers de postuler directement auprès des universités françaises, grâce au format Internet, plus rapide que le format papier.
La CPU avait pour exigence la reconnaissance aux établissements d’enseignement supérieur et à eux seuls l’entière de capacité d’admission académique.
Avant le système des ECF, la procédure dépendait essentiellement des postes et manquait de transparence.
Aujourd’hui, le système des ECF permet la transparence, puisque le dossier est automatiquement transmis aux établissements qui sont connectés c’est-à-dire qui ont signé la convention CEF.

Combien d’universités sont aujourd’hui connectées ?

43 universités ont signé la convention sur les 80 qui constituent la CPU.

Pourquoi la CPU a-t-elle fini par signer une Convention CEF avec le MAE ?

Les instances de la CPU se sont engagées après un long travail de concertation interne et de négociation pour conclure la convention CEF. Les trois raisons principales de notre satisfaction sont les suivantes.
1) Les universités sont reconnues comme le seul décideur sur le plan académique.
2) Ce dispositif permet de gagner du temps. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. Ce qui faisait que l’étudiant n’arrivait à la fac, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre. Quand on sait qu’ajourd’hui 60% des universités sont passées à un schéma où la rentrée se fait en septembre, cela signifie que les étudiants ont déjà raté la moitié du semestre.
3) Ce dispositif opère la mini-révolution culturelle qui est de permettre un dialogue entre les universités et les postes français à l’étranger sur le suivi des dossiers et des souhaits des établissements. Nous pensons que nous allons mieux accueillir les étudiants étrangers, de ce fait être plus attractifs et en augmenter le nombre.

Sur ce nombre, la quantité d’étudiants étrangers en France ne dépend-elle pas uniquement du consulat et de la politique migratoire de la France ?

Si, bien sûr, mais d’après les chiffres, on ne peut pas accuser les consulats d’être plus restrictifs aujourd’hui. Je constate que pour X étudiants candidats, si l’université dit oui, l’avis ECF suit le plus souvent . Et les consulats ne sont pas particulièrement limitatifs.

Mais l’avis des ECF précède celui des universités, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas aussi catégorique puisqu’il s’agit d’un processus où les universités et les ECF peuvent justement dialoguer. La convention garantit que les postes transmettent de façon systématique aux universités toutes les candidatures dès l’instant où l’étudiant étranger franchit le seuil de l’ECF. Aujourd’hui, certaines universités réalisent qu’elles reçoivent des centaines voire des milliers de dossiers, alors que les diplômes n’ont pas encore été vérifiés. Elles peuvent décider de regarder les dossiers après entretien des postes pour avoir une approche plus complète.
Il s’agit donc plutôt d’une synergie entre les postes qui vérifient la validité des diplômes mais n’ont pas d’avis à donner au niveau académique, et les universités qui font remonter aux postes leurs exigences académiques et examinent les dossiers une fois peut-être que les candidatures totalement farfelues ont été écartées. Cette synergie est en constante évolution ou amélioration, la grille d’entretien par exemple n’est pas définitive : un groupe de travail associant la CPU et les ministères est en train d’élaborer le schéma cadre de l’entretien.
Certes, le système ECF a connu un peu de retard, et en particulier quelques problèmes sur l’aspect informatique, mais c’est un véritable service aux universités, qui permet un dialogue entre l’université et les postes.

Parlons maintenant de l’Agence campus France ?

Campus France est un projet ambitieux et ancien, celui de faire une agence qui ressemble peu ou prou aux agences de promotion de l’enseignement supérieur qui existent pour l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, qui gèrent leurs missions avec beaucoup plus de moyens que la France et ont réussi à mettre en place une réelle attractivité universitaire au niveau international et mondial.
Cette agence est le fruit d’un an et demi de négociations, elle regroupe Edufrance pour la promotion de l’enseignement supérieur, Egide et le CNOUS. Ses missions sont les suivantes :
1) La promotion de l’enseignement supérieur. En ce sens, l’Agence Campus France rejoint le dispositif ECF, puisque dans les postes diplomatiques le personnel chargé du dispositif ECF est aussi chargé de la promotion de l’enseignement supérieur français.
2) Aller plus loin pour développer l’attractivité de la France en concertation avec les établissements et notamment en mettant en place, avec les établissements d’enseignement supérieur et les CROUS, des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger. Et c’est là qu’est la vraie question pour les étudiants étrangers : les conditions d’études mais aussi de vie au quotidien dans le pays qui les accueille. Or nous sommes vraiment en concurrence, le programme que l’Australie est entrain de mettre en place pour attirer les étudiants étrangers est par exemple redoutable.

Quid de l’intégration des associations étudiantes dans le dispositif ?

Tout ce qui peut faciliter les choses sera pris en compte.

Mais le montant de l’inscription ECF, 80 à 100 euros, ne risque-t-il pas d’en décourager quelques-uns ?

Il faut aussi nous comparer au reste, aux montants bien plus élevés demandés par la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Canada pour simplement postuler. Les chiffres que nous avons montrent que les étudiants étrangers ne sont pas découragés par ces frais.

 

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