Vous avez fusionné, si j’ai bien compris, avec le CNOUS et avec Edufrance pour former l’Agence Campus France ?

L’Agence Campus France existe, mais du point de vue juridique, l’entité n’est pas encore complètement intégrée. La structure existe en tant que GIP : les trois opérateurs que sont Égide, le CNOUS et Edufrance participent à son conseil d’administration et à son assemblée générale, ce qui est différent d’une intégration effective. C’est une bonne chose que des opérateurs de la mobilité étudiante, auparavant dispersés, soient aujourd’hui regroupés, mais le processus n’est pas encore terminé.

Quelle est la place d’Égide dans ce nouveau système ?

Nous avons une expérience très ancienne au service des étudiants étrangers, plutôt privilégiés, que sont les boursiers. Une précision importante : Égide ne se situe pas sur le même plan que le CNOUS ou qu’Edufrance, qui ont une mission de service public et d’intérêt général. Les missions d’Égide, association sous tutelle du ministère des Affaires étrangères, sont celles d’un prestataire de services. Nous sommes plutôt un opérateur technique, logistique, au service de l’Etat ou de tout autre organisme souhaitant nous confier le soin de mettre en oeuvre ses actions en mobilité internationale. De ce fait d’ailleurs, nous sommes un opérateur de la mobilité au sens large, les étudiants boursiers ne constituent pas notre seule activité. Nous nous occupons :
– des étudiants, certes, un élément fort et historique de l’activité d’Égide
– des cadres en formation continue qui voyagent pour leur formation
– des chercheurs
– des experts payés par le ministère affaires étrangères. Imaginons par exemple qu’un pays souhaite rationaliser son système de santé publique et veuille inviter des experts français pour qu’ils apportent leur regard sur la question : Égide fournira la logistique pour gérer les billets d’avions, les hôtels, etc.
– de l’accueil en France de délégations étrangères, hors visites diplomatiques. L’équipe d’experts du système de santé français, que nous avons imaginée, pourrait vouloir en retour inviter l’équipe du pays auquel elle a rendu visite. Pour que ses membres se rendent compte de leur propres yeux de ce qui se fait en France, par exemple. La dimension de formation des adultes est une part qui reste importante pour Égide.

Comment va se faire la fusion ?

Si intégration au sein de l’Agence Campus France il y a, ce sera celle de la totalité d’Égide : pour des raisons d’équilibre et de pérennité économique, Égide ne peut se scinder en deux. Nous ne sommes pas un organisme subventionné : tous nos services sont tarifés. Sans but lucratif, puisque nous sommes une association, mais simplement, nous visons l’équilibre. Ainsi, Campus France continuera de porter l’ensemble de nos missions.

Que pensez-vous du nouveau système ?

Je vois deux axes.
1) La question de l’incitation aux bonnes pratiques, de la communication de l’amélioration de l’accueil : on est passé en 10 ans d’un non-statut de cette problématique à une véritable prise de conscience, dans laquelle EduFrance a d’ailleurs joué un rôle considérable. Et c’est à applaudir.
2) La question des moyens techniques, matériels et humains, et leur coût. Arriver à ce que les étudiants étrangers ne fassent plus la queue devant les ambassades ou les préfectures, et que l’information circule de façon correcte d’amont en aval demande la présence de personnel en nombre, formé, et informé.
A travers l’expérience que nous avons sur un public privilégié de boursiers, nous voyons que c’est quand l’infrastructure technique et procédurale est fiabilisée, que ça marche.
Nous gérons 40 000 personnes par an, ce qui nécessite beaucoup d’abnégation, et de relativisme face aux grains de sable éventuels qui peuvent se glisser dans la chaîne.
S’attacher à l’ensemble des étudiants étrangers, boursiers comme non-boursiers (265 000 entrants en 2006), est donc une affaire extrêmement ambitieuse, qui demande beaucoup de travail, de professionnalisme. C’est en cela d’ailleurs qu’Égide peut apporter quelque chose.

Justement, sur quels points vous semble-t-il indispensable d’insister ?

Il serait tout à fait important de pouvoir écouter les besoins des non-boursiers, public sur lequel nous ne sommes pas des spécialistes. C’est avec intérêt que j’ai lu l’interview de Saturnin des Togolais de Poitiers, qui évoquait combien les étudiants étrangers mal informés déchantent en arrivant en France.
Le fait est que la capacité de logement en France est très limitée pour tout le monde, pour l’ensemble des citoyens et résidents français, a fortiori dans les grandes villes. Le coût de la vie en France pour un étudiant étranger non boursier lui fait vivre une réalité difficile, je veux bien le croire. Sur ce point, l’Agence Campus France ne peut pas résoudre le prix du foncier ou le coût de la vie. Mais elle peut accomplir un travail considérable de mise en commun de l’information, et de bon traitement de cette information. Nous constatons que les gens sont mal accueillis quand ils ne sont pas attendus. Une chaîne de traitement de l’information à partir des ECF à l’étranger jusqu’à la ville d’arrivée de l’étudiant, dans le respect de la CNIL bien sûr, permettrait d’accéder à son profil, de savoir qui il est avant son arrivée et de préparer au mieux son installation. Cela ne demande pas des moyens énormes mais beaucoup de travail et de mise en commun. Et il faut du temps aussi, pour faire du bon travail.

Quid de la collaboration avec les associations étudiantes, qui ont bien des choses à dire là-dessus et à apporter ?

Il faut qu’on puisse travailler avec elles pour collecter, écouter, les attentes déçues ou satisfaites. D’ailleurs, les étudiants étrangers se déclarent à 80% satisfaits de leur séjour en France, malgré toutes les « galères ». Créer des points de contact avec les associations étudiantes permet d’entendre, de comprendre, d’analyser les besoins. Il nous faut d’abord nous donner la peine d’étudier, de démêler les bonnes et les mauvaises pratiques. J’espère que Campus France saura trouver les modalités d’un contact mutuellement utile avec les associations étudiantes. Là-dessus d’ailleurs, tout le monde est d’accord. La question est d’arriver à le mettre en oeuvre.


A lire aussi, une interview d’Yves Péchon dans le numéro d’avril de la lettre d’Egide :

Égide adhère au GIP Campus France

La création du GIP Campus France, émanation d’EduFrance, auquel adhèrent désormais le CNOUS et Égide, est effective depuis la signature de la convention constitutive le 16 mars dernier. Yves Péchon, directeur d’Égide, revient sur ce projet.

Les trois opérateurs (EduFrance, le CNOUS et Egide) vont être amenés à travailler ensemble dans le cadre du GIP. Que cela va-t-il changer dans le mode de fonctionnement d’Égide ?

A un premier niveau, les travaux conduits au sein d’un « comité de préfiguration » permettront d’élaborer, d’ici 18 mois, différents scénarios destinés à mettre en place la structure définitive. Nous disposerons ensuite de 18 mois supplémentaires pour mettre en œuvre la proposition qui aura été choisie et validée. Ces travaux ne devraient avoir aucun impact opérationnel sur les missions et le fonctionnement actuel d’Égide, hormis la nécessité d’informer régulièrement le personnel de l’état d’avancement du projet. Il en est de même pour les nouveaux services à destination des étudiants étrangers, qui seront mis en place dans le cadre propre de Campus France. En revanche, la nécessité d’anticiper le bouleversement majeur que représente ce projet de fusion orientera inévitablement nos différents choix stratégiques durant cette phase de transition.

Plus concrètement, de quelle manière les orientations stratégiques d’Égide pourraient-elles être impactées ?

Il devra s’agir en premier lieu de piloter la gestion des investissements comme celle des ressources humaines de l’association dans la perspective d’une fusion à venir. Ceci sans geler pour autant toute initiative. La question se pose également de la place future des activités d’Égide qui n’ont pas grand chose à voir avec les missions de Campus France, comme l’accueil de délégations étrangères et la mise en place en nombre de missions d’experts à l’étranger, même s’il est assuré qu’elles seront poursuivies au sein de la future structure.
Égide est aujourd’hui l’opérateur principal du ministère des Affaires étrangères pour la gestion de ses différents moyens de coopération. L’organisation interne d’Égide s’est d’ailleurs récemment parfaitement ajustée pour répondre à ces objectifs, notamment par un renforcement des liens avec les postes diplomatiques. Nous sommes engagés dans un dialogue étroit et permanent pour répondre aux besoins de notre premier donneur d’ordres, qui n’a aucune raison de réduire ses exigences propres à l’égard de son opérateur, même s’il a pris l’initiative d’une évolution institutionnelle majeure. Il s’agira donc de veiller à ce que le passage vers Campus France, avec une orientation plus large et des priorités différentes, demeure compatible avec les attentes finalement assez diverses du ministère des Affaires étrangères, sans parler de celles d’autres partenaires publics et privés qui trouvent des services utiles auprès d’Égide et contribuent à son équilibre financier.
Or, tout porte à penser qu’il sera demandé à la future structure, comme c’est le cas pour Égide depuis l’origine, de conserver une économie de type commercial, c’est-à-dire de s’en remettre à la tarification des prestations fournies, sans dépendre de subventions. Égide doit déjà faire face à une baisse de son activité pour le secteur de la recherche, suite à l’abandon de programmes de bourses au profit de contrats de travail, réduisant son champ d’intervention. Le processus s’engage donc dans une conjoncture économique assez sensible.

Quels sont, selon vous, les défis techniques majeurs de ce projet ?

Ils portent d’abord indéniablement sur le besoin de rapprochement des outils informatiques et de gestion des trois opérateurs, dans la perspective de création d’un seul établissement. Il s’agit là d’un travail considérable, qui ne pourra cependant être réellement amorcé qu’après validation définitive du projet, compte tenu de l’importance des investissements en cause.
De même, la mise en place d’une chaîne de l’accueil intégrant dans la boucle les CEF, les espaces Campus France à l’étranger et en France, constitue également un chantier complexe. Nous dénombrons environ 60 000 nouveaux étudiants étrangers entrants chaque année : offrir des services adaptés ne serait-ce qu’à un tiers d’entre eux – soit l’effectif annuel des boursiers du gouvernement français -, représenterait déjà un défi logistique et économique majeur.

Quelles nouvelles opportunités ce projet présente-t-il pour Égide et ses salariés ?

Après plusieurs années d’incertitude entourant ce projet de rationalisation des opérateurs de l’accueil international, nous disposons enfin d’une feuille de route claire. Ce qui est déjà, en soi, stimulant, même si des contradictions peuvent apparaître entre les missions actuelles d’Égide et les missions prioritaires de Campus France dans sa version finale. Contribuer à lever ces contradictions représente un défi intéressant. Par ailleurs, la constitution d’une grande agence de la mobilité internationale d’une dimension nouvelle de 250 à 300 personnes, intégrant l’ensemble des métiers en amont et en aval de l’accueil, devrait permettre d’offrir au personnel d’Égide de nouvelles perspectives d’évolution professionnelle.

 

 

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