Saturnin Agbofoun est secrétaire général de l’ACTP (Association Culturelle des Togolais de Poitiers)

Quelle est la situation pour les jeunes togolais qui souhaitent étudier en France ?

Les jeunes togolais qui souhaitent étudier en France doivent accomplir un parcours de combattant pour atteindre leur objectif. Y parviennent vraiment ceux qui sont endurants et persévérants. 7 candidats sur 10 au moins se sont vu refuser le visa alors qu’ils ont bien obtenu une inscription en université et fourni les nombreuses pièces justificatives, en particulier celles liées aux ressources financières. Le seul argument ou motif du refus qui leur est servi, est que l’octroi du visa est laissé à la discrétion des services consulaires. C’est dire que la sélection est très dure et depuis quelques années très peu d’étudiants togolais, notamment aux premier et deuxième cycle, arrivent à obtenir leur visa pour la France.
Ce qui, du coup, entretient des réseaux d’escroquerie et amplifie le mythe d’El Dorado réservé aux privilégiés dans la tête des autres candidats au départ.
Mêmes les informations en amont, les vraies, sont envahies et mêlées aux fausses avec de folles rumeurs de paradis académiques où l’on fait miroiter des formations surqualifiées aux étudiants. Les plaquettes d’information sont bien disponibles dans l’ambassade, le Centre culturel français, mais la meilleure source d’information aux yeux des étudiants reste les amis, les proches. Et là l’information subit plusieurs transformations et crée d’énormes confusions dans la tête de l’étudiant.
Face à la dureté de la sélection, les étudiants ont développé plusieurs moyens pour contourner les barrières, notamment au niveau des pièces justificatives de logement, parfois même au niveau de la filière vers laquelle ils s’orientent. Ils choisissent à défaut de leur filière normale celle qui semble plus accueillir les étudiants étrangers.
Du côté de la France, je déplore que l’étudiant voulant continuer ses études en France soit facilement assimilé à un candidat à l’immigration.

Connais-tu le système des CEF rebaptisés  » Espaces Campus France  » ?

Le système CEF, j’en ai brièvement entendu parler. Les informations que j’ai reçues me font en première lecture conclure qu’il sagit juste de la traduction en texte de ce qui était déjà mis en place dans certains pays comme le Togo pour trier les candidats au départ. C’est bien dans la logique de contrôle de l’immigration et cela vient valider la thèse : Etudiant étranger = Candidat à l’immigration, ces informations ne m’ont pas surpris en tant que telles.
Apparemment, les choses ne sont pas si simples. Tant mieux si les réformes apportent les solutions réelles aux problèmes qui se posent plutôt que de servir des intérêts politiques et empirer les choses.

Que penses-tu de ce nouveau système ?

Moi, je crois que l’ECF sera un bon système s’il apporte véritablement des solutions aux problèmes qui se posent aux étudiants. Mais s’il reste un instrument politique pour contrôler seulement le flux d’étudiants en partance pour la France sans répondre aux attentes ou espoirs placés en lui, ce sera dommage. Il doit, à mon humble avis, contribuer à bien faire la différence entre les étudiants et les candidats à l’immigration.
Que ce système associe les différents acteurs pour discuter afin d’améliorer les conditions d’accueil des étudiants étrangers est une décision louable. Et je partage à juste titre cette belle intention mais également les différentes propositions émises et en réflexion pour en faire autre chose qu’un simple service pré-consulaire.

Une fluidité est revendiquée par le nouveau système Campus France, qui dématérialise le dossier d’inscription et met les informations à portée d’un clic : penses-tu que c’est à saluer ?

L’information en un clic oui, car l’information en amont est capitale pour les étudiants. Et si elle peut contribuer à dissiper les fausses rumeurs qui créent la confusion dans la tête de l’étudiant, ce sera très bien.

L’espace campus France peut être aussi imaginé comme une espace privilégié pour le co-développement et l’aide au retour des diplômés : l’ECF du Sénégal pourrait par exemple faire facilement parvenir à tous les étudiants sénégalais en master 2 en France des offres d’emploi au Sénégal…

Je crois que les opportunités en réflexion ne sont pas mauvaises en soi. Simplement, que chaque partenaire de cet échange pour le co-développement s’implique raisonnablement et joue sa partition. Que cela ne soit pas le diktat d’une partie qui impose ses idées aux autres comme c’est souvent le cas avec les Etats africains qui laissent les autres décider à leur place. Il faut que les Etats d’origine des étudiants prennent des engagements dans ce sens pour rassurer les étudiants, afin que la politique proposée aux diplômés ne soit pas de les pousser rigidement à faire carrière dans la seule filière qui insère au retour !

L’étudiant peut désormais demander s’inscrire à dix formations différentes beaucoup plus facilement : le risque de ne pas être inscrit est donc moindre. Une avancée selon toi ?

C’est bien de proposer aux étudiants la possibilité de s’inscrire dans 10 formations pour leur donner plus de chances d’obtenir une inscription, mais encore faut-il que ces formations correspondent vraiment à leur profil, et qu’elles répondent aux besoins des pays d’origine. Donc, dans cette collaboration, les Etats d’origine doivent aussi être impliqués pour faire connaître leur besoin en cadres, puisque la question de l’insertion après la formation se pose, et il ne faut pas attendre d’autres occasions pour y apporter des solutions, parce qu’à mon avis orientation au départ et orientation au retour vont de pair.

Autre point que je soumets à ton opinion : la politique migratoire et l’octroi de visa se décide toujours uniquement dans les services consulaires, mais les ECF créent des espaces de dialogue entre université et consulat, et permettent aux universités de plaider pour leurs étudiants, dès juin et non plus en octobre quand tout est déjà joué. Ton verdict ?

C’est bien encore une fois que les ECF s’impliquent dans l’octroi de visa même si la politique migratoire et l’octroi de visa restent du ressort des services consulaires. Seulement, il faut que dans les discussions entre les acteurs, l’on puisse aboutir à rendre plus accessibles les critères de sélection et que le refus soit bien motivé. Ainsi, les étudiants sauront à quoi s’attendre. Cela évitera surtout le stress, la tension psychologique, la dépression… qui précèdent ou accompagnent l’octroi ou non du visa étudiant.

Dans quelle mesure les associations étudiantes pourraient être intégrées au système pour l’améliorer et le rendre plus constructif ?

Pour ce qui est de l’implication des associations étudiantes, je crois qu’elle serait nécessaire dans le domaine de l’information et de l’intégration. En fonction de leurs expériences, les associations étudiantes sont plus en mesure d’apporter des contributions réelles et substantielles à l’amélioration de l’accueil des étudiants.

En savoir plus : http://poitierstogo.blogspot.com/
actp_poitiers@yahoo.fr

 

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