Fini, le parcours du combattant de l’étudiant étranger non Erasmus qui devait s’arracher les cheveux un voire deux ans à l’avance pour comprendre les méandres de l’enseignement supérieur français, écrémer photopieuses et traducteurs assermentés de diplômes, braver les services consulaires ? Puis, une fois en France, écumer préfectures, banques et services d’aide sociale, faire un seat-in pour obtenir une chambre quelque part ?
Aujourd’hui, place à Campus France, l’Agence de l’attractivité de la France voulue par le gouvernement. Objectif : assurer à l’Hexagone une place de choix dans l’économie compétitive du savoir. Le dispositif d’accueil des étudiants étrangers est totalement revisité, avec en particulier les Espaces Campus France, passage obligé dès le pays d’origine pour tous les étudiants étrangers.
Rouage de l’immigration choisie, ces ECF ? Simple service préconsulaire ? Ou véritable espace d’accompagnement, d’information et d’orientation ? Quant à la nouvelle Agence Campus France, que recouvre-t-elle exactement ?

 

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Selon EduFrance, l’inscription d’un étudiant étranger dans une université française relève encore du « parcours du combattant », notamment pour les candidats aux deuxième et troisième cycles.

EduFrance est une structure publique qui vise à promouvoir l’enseignement supérieur français et faciliter l’accueil et le séjour des étudiants internationaux en France.

L’agence lance une nouvelle série de notes d’information -les « Notes d’EduFrance »- dont la première aborde les difficultés que rencontrent les étudiants étrangers pour s’inscrire dans les universités françaises.

Après avoir sélectionné le pays puis la formation de son choix, l’étudiant étranger doit faire face à de nombreuses difficultés souvent dissuasives. Edufrance a analysé cette phase sensible du parcours.

La recherche d’information depuis l’étranger sur les sites internet des universités est rendue difficile par :

– l’irrégularité des mises à jour des informations mises en ligne
– une trop faible traduction en anglais des formations proposées
– la quasi-absence de lien avec les formations pré-linguistiques adaptées
– des candidature et une orientation en ligne peu répandues. Sur ce dernier point, un projet EduFrance de partenariat avec Paris-X et l’ONISEP vise à mettre en place un grand catalogue donnant accès aux 22 000 formations répertoriées dans l’enseignement supérieur français et devrait aider à combler cette faiblesse.

La constitution du dossier de candidature comprend également des procédures dissuasives. L’étudiant qui souhaite s’inscrire à une Université française doit s’y prendre plusieurs mois à l’avance du fait des délais administratifs.

 

 

Le système d’accueil des étudiants étrangers en France entre en révolution. Quels sont les principaux changements apportés ? Quel parcours le nouveau candidat aux études en France doit-il accomplir ?
Toutes les précisions concrètes sur chacune des étapes sont à retrouver dans les interviews qui composent le dossier.


1. Point de départ : le pays d’origine


Avant. La procédure n’avait pas vraiment de cadre, ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas et de l’arbitraire.

Poursuivre ses études. Un étudiant étranger qui souhaitait poursuivre ses études en France (non-Erasmus et hors procédures spéciales) faisait d’abord une candidature libre en écrivant directement à une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et pour chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote : il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par la poste à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par l’acceptation ou le refus de sa préinscription. Une fois sa préinscription universitaire en poche, il allait à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière (il est exigé de pouvoir disposer d’environ 400 euros par mois), et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Commencer ses études. Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycle), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant décembre. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel à tous les pays au mois de février : un test de langue et de connaissances assez générique. Si sa note était supérieure à 10, il pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.
Zones floues. En cas de crise dans le pays en question et d’explosion des demandes de visa d’études pour la France, le processus devenait plus chaotique. Hormis ce cas, la seule « discrimination » possible dans l’accès à l’information sur les universités se situait en amont, lorsque l’étudiant venait se renseigner dans les services culturels des ambassades et qu’on le décourageait de façon informelle en lui disant qu’il n’aurait pas les ressources ou le niveau de français suffisant. De manière générale, le processus était peu transparent, l’étudiant avait peu de recours, et en cas de refus de visa, se sentait totalement démuni.

Aujourd’hui. Une convention a été discutée et signée entre la Conférence des Présidents d’Université et le Ministère des Affaires étrangères, qui instaure le principe des CEF, devenus aujourd’hui les Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

Les ECF : Espaces Campus France

Késaco. Le premier CEF (Centre pour les études en France) a été créé en Chine. Le but des CEF devenus aujourd’hui ECF (Espace Campus France) est de faciliter l’accueil des étudiants et de rendre l’enseignement universitaire français plus attractif. Ces espaces sont des services des ambassades de France.
Il s’agit au départ d’une simple application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Dans chaque pays, le site internet CampusFrance permet à l’étudiant de trouver l’ensemble des réponses aux questions qu’il se pose sur les études en France. L’étudiant se crée un espace personnel sur Internet, à partir duquel un système de messagerie électronique lui permet d’obtenir des réponses précises et rapides à ses questions.
Voici par exemple l’ECF de la Turquie

Concrètement. Un candidat remplit son dossier sur le site, qui est simultanément transmis au service culturel de l’ambassade pour avis et à l’université. Il n’y a plus de risque de perte de documents. Les services de l’ambassade se chargent de l’authentification des documents, de l’entretien de motivation et de l’évaluation du niveau de langue. L’université a ensuite toute liberté d’inscrire ou non l’étudiant.
– Si l’université n’est pas adhérente, qu’elle n’a pas signé la convention, l’étudiant doit d’abord obtenir une pré-inscription selon la procédure habituelle, puis passer par les ECF pour le reste du parcours : évaluation et obtention du visa. Lorsque l’université et les services culturels ont rendu leur avis, le dossier est transmis à l’ambassade pour l’obtention du visa.
– Si la convention est signée par l’université en question, la transmission de tous les dossiers à l’université est automatique, quel que soit l’avis des services culturels et l’université reste le seul décideur du point de vue de l’inscription académique. De plus le système comporte des possibilités de dialogues à propos des dossiers entre les différents intervenants.
L’étudiant a un accès électronique à l’état d’avancement de sa demande de pré-inscription et de sa demande de visa. On note d’ailleurs une augmentation du taux de délivrance des visas étudiants dans les pays CEF/ECF.

Les plus : la transparence revendiquée, le gain de temps précieux, les possibilités de dialogue entre université et consulat, la qualité de l’information (tous les cursus de l’enseignement supérieur français sont accessibles par le moteur de recherche de l’Espace Campus France).
Les moins : outre les interrogations de fond sur l’ingérence pédagogique ou sur la sélection vis-a-vis des universités, l’absence d’uniformité pour l’instant dans la qualité de l’entretien, censé permettre un service d’information, d’orientation et d’aide. Pour l’anecdote, les bugs informatiques lors du lancement. Certains pointent aussi les frais d’inscription à l’ECF, de 75 à 100 euros.

 


Les ECF ont pour mission de :
– Faciliter la mobilité des étudiants désirant poursuivre leurs études en France, en leur proposant un guichet unique pour la pré-inscription et l’obtention du visa, et en améliorant les services qui leur sont offerts.
– Conseiller les étudiants et examiner leurs projets d’études pour veiller à leur réussite.
– Aider les établissements d’enseignement supérieur français dans leur processus de sélection des étudiants étrangers.



2. Une fois en France.

Avant, l’étudiant étranger fraîchement arrivé dépendait du dynamisme des initiatives locales pour voir son installation en France plus ou moins facilitée. Si certaines villes universitaires avaient déjà mis en place des guichets uniques pour permettre aux étudiants de centraliser leurs démarches à l’arrivée, les premiers mois de l’étudiant en France avaient souvent pour nom « galère » et « débrouille ». File d’attente à la préfecture pour le titre de séjour, exigences parfois absudes des banques pour ouvrir un compte, sans parler du logement ou de l’aide sociale.

L’agence campus France, qui regroupe trois acteurs historiques de la mobilité étudiante, vise à rationaliser cela.

L’agence campus France.  L’Agence Campus France regroupe les missions d’accueil des étudiants étrangers qu’accomplissaient jusqu’à présent :
– le CNOUS, qui gère l’aide sociale pour les étudiants, les restaurants universitaires et les cités universitaires,
Egide : Egide se chargeait, pour simplifier, plutôt des boursiers des pays pauvres, et le CNOUS plutôt des autres boursiers,
EduFrance, chargé de la promotion de l’enseignement français à l’étranger.

Guichets uniques. Campus France regroupera à terme un nombre d’entités qui seront identifiées par les CROUS pour être des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger.

Titre de séjour. Le visa long séjour pour études obtenu en passant par un ECF permet à l’étudiant qui s’inscrit dans un établissement adhérent à la convention sur les CEF d’obtenir automatiquement, « de plein droit » un titre de séjour en France. En résumé, ça veut dire que ira beaucoup plus vite à la préfecture : ça devrait passer, si vous nous permettez l’expression, comme une lettre à la poste.

Rentrée universitaire. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. L’étudiant n’arrivait, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre : il avait déjà raté la moitié du semestre. Un phénomène qui expliquait aussi pourquoi les étudiants étrangers constituaient une part importante du contingent qui échouait en premier cycle ! Les gains de temps doivent permettre une rentrée sans retard.

Intégration. La charte de qualité de Campus France contient des exigences au niveau de l’effort fait pour intégrer l’étudiant étranger tout au long de son séjour, de l’enseignement du français, du tutorat.

 

Le système d’accueil des étudiants étrangers en France entre en révolution. Quels sont les principaux changements apportés ? Quel parcours le nouveau candidat aux études en France doit-il accomplir ?
Toutes les précisions concrètes sur chacune des étapes sont à retrouver dans les interviews qui composent le dossier.


1. Point de départ : le pays d’origine


Avant. La procédure n’avait pas vraiment de cadre, ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas et de l’arbitraire.

Poursuivre ses études. Un étudiant étranger qui souhaitait poursuivre ses études en France (non-Erasmus et hors procédures spéciales) faisait d’abord une candidature libre en écrivant directement à une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et pour chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote : il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par la poste à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par l’acceptation ou le refus de sa préinscription. Une fois sa préinscription universitaire en poche, il allait à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière (il est exigé de pouvoir disposer d’environ 400 euros par mois), et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Commencer ses études. Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycle), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant décembre. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel à tous les pays au mois de février : un test de langue et de connaissances assez générique. Si sa note était supérieure à 10, il pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.
Zones floues. En cas de crise dans le pays en question et d’explosion des demandes de visa d’études pour la France, le processus devenait plus chaotique. Hormis ce cas, la seule « discrimination » possible dans l’accès à l’information sur les universités se situait en amont, lorsque l’étudiant venait se renseigner dans les services culturels des ambassades et qu’on le décourageait de façon informelle en lui disant qu’il n’aurait pas les ressources ou le niveau de français suffisant. De manière générale, le processus était peu transparent, l’étudiant avait peu de recours, et en cas de refus de visa, se sentait totalement démuni.

Aujourd’hui. Une convention a été discutée et signée entre la Conférence des Présidents d’Université et le Ministère des Affaires étrangères, qui instaure le principe des CEF, devenus aujourd’hui les Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

Les ECF : Espaces Campus France

Késaco. Le premier CEF (Centre pour les études en France) a été créé en Chine. Le but des CEF devenus aujourd’hui ECF (Espace Campus France) est de faciliter l’accueil des étudiants et de rendre l’enseignement universitaire français plus attractif. Ces espaces sont des services des ambassades de France.
Il s’agit au départ d’une simple application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Dans chaque pays, le site internet CampusFrance permet à l’étudiant de trouver l’ensemble des réponses aux questions qu’il se pose sur les études en France. L’étudiant se crée un espace personnel sur Internet, à partir duquel un système de messagerie électronique lui permet d’obtenir des réponses précises et rapides à ses questions.
Voici par exemple l’ECF de la Turquie

Concrètement. Un candidat remplit son dossier sur le site, qui est simultanément transmis au service culturel de l’ambassade pour avis et à l’université. Il n’y a plus de risque de perte de documents. Les services de l’ambassade se chargent de l’authentification des documents, de l’entretien de motivation et de l’évaluation du niveau de langue. L’université a ensuite toute liberté d’inscrire ou non l’étudiant.
– Si l’université n’est pas adhérente, qu’elle n’a pas signé la convention, l’étudiant doit d’abord obtenir une pré-inscription selon la procédure habituelle, puis passer par les ECF pour le reste du parcours : évaluation et obtention du visa. Lorsque l’université et les services culturels ont rendu leur avis, le dossier est transmis à l’ambassade pour l’obtention du visa.
– Si la convention est signée par l’université en question, la transmission de tous les dossiers à l’université est automatique, quel que soit l’avis des services culturels et l’université reste le seul décideur du point de vue de l’inscription académique. De plus le système comporte des possibilités de dialogues à propos des dossiers entre les différents intervenants.
L’étudiant a un accès électronique à l’état d’avancement de sa demande de pré-inscription et de sa demande de visa. On note d’ailleurs une augmentation du taux de délivrance des visas étudiants dans les pays CEF/ECF.

Les plus : la transparence revendiquée, le gain de temps précieux, les possibilités de dialogue entre université et consulat, la qualité de l’information (tous les cursus de l’enseignement supérieur français sont accessibles par le moteur de recherche de l’Espace Campus France).
Les moins : outre les interrogations de fond sur l’ingérence pédagogique ou sur la sélection vis-a-vis des universités, l’absence d’uniformité pour l’instant dans la qualité de l’entretien, censé permettre un service d’information, d’orientation et d’aide. Pour l’anecdote, les bugs informatiques lors du lancement. Certains pointent aussi les frais d’inscription à l’ECF, de 75 à 100 euros.

 


Les ECF ont pour mission de :
– Faciliter la mobilité des étudiants désirant poursuivre leurs études en France, en leur proposant un guichet unique pour la pré-inscription et l’obtention du visa, et en améliorant les services qui leur sont offerts.
– Conseiller les étudiants et examiner leurs projets d’études pour veiller à leur réussite.
– Aider les établissements d’enseignement supérieur français dans leur processus de sélection des étudiants étrangers.



2. Une fois en France.

Avant, l’étudiant étranger fraîchement arrivé dépendait du dynamisme des initiatives locales pour voir son installation en France plus ou moins facilitée. Si certaines villes universitaires avaient déjà mis en place des guichets uniques pour permettre aux étudiants de centraliser leurs démarches à l’arrivée, les premiers mois de l’étudiant en France avaient souvent pour nom « galère » et « débrouille ». File d’attente à la préfecture pour le titre de séjour, exigences parfois absudes des banques pour ouvrir un compte, sans parler du logement ou de l’aide sociale.

L’agence campus France, qui regroupe trois acteurs historiques de la mobilité étudiante, vise à rationaliser cela.

L’agence campus France.  L’Agence Campus France regroupe les missions d’accueil des étudiants étrangers qu’accomplissaient jusqu’à présent :
– le CNOUS, qui gère l’aide sociale pour les étudiants, les restaurants universitaires et les cités universitaires,
Egide : Egide se chargeait, pour simplifier, plutôt des boursiers des pays pauvres, et le CNOUS plutôt des autres boursiers,
EduFrance, chargé de la promotion de l’enseignement français à l’étranger.

Guichets uniques. Campus France regroupera à terme un nombre d’entités qui seront identifiées par les CROUS pour être des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger.

Titre de séjour. Le visa long séjour pour études obtenu en passant par un ECF permet à l’étudiant qui s’inscrit dans un établissement adhérent à la convention sur les CEF d’obtenir automatiquement, « de plein droit » un titre de séjour en France. En résumé, ça veut dire que ira beaucoup plus vite à la préfecture : ça devrait passer, si vous nous permettez l’expression, comme une lettre à la poste.

Rentrée universitaire. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. L’étudiant n’arrivait, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre : il avait déjà raté la moitié du semestre. Un phénomène qui expliquait aussi pourquoi les étudiants étrangers constituaient une part importante du contingent qui échouait en premier cycle ! Les gains de temps doivent permettre une rentrée sans retard.

Intégration. La charte de qualité de Campus France contient des exigences au niveau de l’effort fait pour intégrer l’étudiant étranger tout au long de son séjour, de l’enseignement du français, du tutorat.

 

Responsable de la cellule CEF au Ministère des Affaires étrangères, Cyril Blondel s’est prêté au jeu de l’interview sur le nouveau système des Espaces Campus France (ECF) à procédure CEF, nouveau nom des CEF. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les ECF et n’avez jamais osé demander, en deux rounds.

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 1 #

 

Cette première partie est composée d’une série de questions auxquelles Cyril Blondel avait répondu lors d’un CEVU extraordinaire le 14 juin 2006 à Paris 8. Des réponses que nous avons jugé bon de reproduire ici avec son accord et ses actualisations :

Quelques mots sur les ECF :

Il s’agit de services de l’ambassade de France s’appuyant sur une application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF, le passage de l’étudiant par ce dispositif est obligatoire dans tous les pays où il est en place, en vue de l’obtention de son visa.

Par qui est faite l’évaluation des candidats dans les ECF ? Des problèmes de sous-traitance de la sélection ont été soulevés dans certains pays.

Par les services de l’ambassade. Dans un certain nombre de cas, ils peuvent avoir recours à des vacataires en fonction du nombre de candidats, mais toujours sous la responsabilité du service de coopération et d’action culturelle.

L’adhésion des universités à l’ECF est-elle obligatoire ?

Non, même si elle est souhaitable car elle facilite les choses pour l’étudiant et l’établissement. La CPU et la DGES ont donc appelé tous les établissements à adhérer. Dans le cas où l’établissement décide de ne pas adhérer, la procédure d’inscription pour l’étudiant étranger est la même qu’actuellement, mais l’étudiant devra de toute façon s’inscrire sur le site de l’ECF avant d’obtenir son visa. Si l’établissement dans lequel se rend l’étudiant a adhéré à la convention CEF, l’obtention de la carte de séjour est de plein droit : les démarches à la préfecture sont simplifiées.

Quelle garantie ont les universités du respect de leurs prérogatives pédagogiques ?

Quel que soit l’avis ECF, tous les dossiers sont transmis aux universités adhérentes et au consulat. Par ce que le dispositif permet la transmission de tous les dossiers avec les avis de chacun et la possibilité de discuter ces avis ou de demander ce qui les motive, il permet une plus grande transparence.

Les CEF ne sont-ils pas un simple rouage de la politique de l’immigration choisie ?

Les CEF émettent un avis permettant d’éclairer tant la décision des établissements que celle des services consulaires. Comme c’était le cas précédemment, les universités restent libres d’inscrire ou non l’étudiant, et les postes diplomatiques et consulaires gardent la décision finale de l’attribution de visa.

L’université a-t-elle un délai pour rendre son avis après le CEF ?

Non, bien que la réduction du délai soit dans l’intérêt de l’étudiant et de l’université.

L’université a-t-elle la possibilité de contacter directement l’étudiant ?

Oui, l’interface offre des possibilités de communication avec l’étudiant par le biais du compte personnel, et l’étudiant fourni ses coordonnées.

Qu’en est-il de l’orientation et de l’information au cours des entretiens avec le CEF ?

Les espaces CampusFrance sont là pour informer l’étudiant. Les responsables d’espaces ont été et seront formés, en partenariat avec l’agence CampusFrance et les signataires de la convention CEF, dans ce sens.

Un niveau de langue minimal est-il imposé ?

Il n’y a plus de niveau minimal. Le résultat du test est transmis à l’établissement d’enseignement supérieur qui décide lui-même du niveau requis en fonction des formations concernées.

Quelles garanties ont les universités de voir tous les dossiers ?

Dès que le dossier est saisi par le candidat, il est transmis automatiquement avant même l’adhésion, sous réserve que l’établissement ait adhéré à l’ECF. Sinon le candidat doit lui-même envoyer un dossier aux établissements de son choix..

Une évaluation du fonctionnement du dispositif a-t-elle été faite ?

Les premiers retours des utilisateurs sont plutôt satisfaisants. Un bilan du fonctionnement des CEF a été fait fin 2006. Il révèle que les étudiants étrangers ont été très satisfaits du fonctionnement des CEF..

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 2 #

 

Suite à cette première série d’informations, voici les questions que nous avons ajouté :


Dans combien de pays des ECF ont-ils été créés aujourd’hui, et quels sont ces pays ?

En 2005, des ECF ont été créés dans les pays suivants : la Chine, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Vietnam.
En 2006, le Mexique, la Turquie, la Corée du Sud, le Cameroun ont vu ouvrir un ECF.
En 2007 jusqu’à présent, des ECF ont ouvert au Brésil, à Madagascar, au Gabon, en Guinée (les demandes ont été très fortes dans ces trois derniers pays), en Colombie, au Canada, aux Etats-Unis, en Syrie, en Inde.
Mais aussi bientôt en République Tchèque et en Suède : puisque aujourd’hui les ECF ont vocation à être des outils d’information et d’inscription en ligne et non plus à être seulement des organes préconsulaires, nous avons souhaité en faire bénéficier les étudiants de l’Union européenne.
Et d’ici fin 2007, des ECF ouvriront en Argentine, au Chili, à l’Ile Maurice, au Mali, au Congo, à Taïwan, en Russie, en Suède et peut-être à Haïti.

Comment se passe concrètement l’adhésion d’une université au système ECF ?

Une convention cadre a été signée entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le ministère des Affaires étrangères et européennes, le ministère de la culture et les trois conférences d’établissements (CPU, CGE, et CDEFI).
Les établissements adhèrent par simple lettre à leur conférence de rattachement. Ils reçoivent alors des codes pour accéder à l’interface web de l’Espace Campus France. Les établissements peuvent alors voir le compte-rendu de l’entretien du candidat, et ont accès à l’ensemble de son dossier. A charge pour l’établissement de s’organiser ensuite pour faire circuler l’information au sein de l’établissement, de traiter le flux de dossiers de candidats auxquels elle aura accès par le biais de l’interface web.
Les établissements savent où en est le traitement des dossiers et quelle est la décision du consulat.

Où en est-on aujourd’hui ?

Il s’agit forcément une année de transition. Nous avons connu des problèmes de connexion informatique, par exemple, qui sont désormais résolus.

De quand date le premier CEF, précurseur des ECF actuels ?

Le premier CEF a été monté en Chine suite à un réel besoin : le nombre de candidat à des études en France avait fortement augmenté, et ils devenait difficile de les recevoir rapidement et dans de bonnes conditions.

Comment se passe le dialogue avec les universités ? Il semble que certaines croulent sous les dossiers de candidats…

Les ECF sont au service des établissements et à la suite d’une demande de la CPU, ceux-ci reçoivent les dossiers des candidats dès leur inscription sur l’interface web. Il est exact que cela a semble-t-il entraîné une hausse des candidatures : il est en effet beaucoup plus simple et meilleur marché de postuler en ligne qu’avec des outils papier. C’est un signe de succès du dispositif.

Comment se passe la traduction des diplômes ?

Auparavant, le candidat devait souvent faire traduire et certifier ses diplômes autant de fois qu’il souhaitait déposer de dossiers. Aujourd’hui, il remplit son dossier en ligne, dans un intranet qui existe en français et dans sa langue. Il poste sa candidature d’un clic dans un deuxième établissement adhérent à la convention, sans devoir reproduire toutes les pièces comme c’était le cas pour un format papier. L’espace CampusFrance vérifie pour les établissements la véracité des informations données par l’étudiant.

Quel est le calendrier de candidature ?

Il est fixé par les établissements, sauf pour la Demande d’Admission Préalable (en 1ère et 2ème année d’université, PCEM1 -médecine-, 1ère année de pharmacie et écoles d’architecture) où il existe un calendrier unique.

Pouvez-vous nous donner un exemple illustrant l’utilité des espaces de dialogues créés par l’ECF ?

L’établissement peut examiner le compte-rendu de l’entretien, le dossier, et dialoguer avec l’espace CampusFrance et le candidat. Les espaces peuvent eux relancer les universités en leur disant qu’il leur reste des dossiers à traiter avant juin.

Que pensez-vous d’un contact plus régulier avec les associations étudiantes autour de ce projet ?

La collaboration avec les associations étudiantes pourrait être très intéressante. Aujourd’hui le système est en devenir, et tout ce qui peut l’améliorer est à tenter. Les associations peuvent directement se mettre en rapport avec l’ECF de leur pays. Ceux-ci pourraient éventuellement relayer leurs messages auprès des étudiants.

 

 

Le système d’accueil des étudiants étrangers en France entre en révolution. Quels sont les principaux changements apportés ? Quel parcours le nouveau candidat aux études en France doit-il accomplir ?
Toutes les précisions concrètes sur chacune des étapes sont à retrouver dans les interviews qui composent le dossier.


1. Point de départ : le pays d’origine


Avant. La procédure n’avait pas vraiment de cadre, ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas et de l’arbitraire.

Poursuivre ses études. Un étudiant étranger qui souhaitait poursuivre ses études en France (non-Erasmus et hors procédures spéciales) faisait d’abord une candidature libre en écrivant directement à une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et pour chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote : il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par la poste à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par l’acceptation ou le refus de sa préinscription. Une fois sa préinscription universitaire en poche, il allait à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière (il est exigé de pouvoir disposer d’environ 400 euros par mois), et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Commencer ses études. Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycle), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant décembre. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel à tous les pays au mois de février : un test de langue et de connaissances assez générique. Si sa note était supérieure à 10, il pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.
Zones floues. En cas de crise dans le pays en question et d’explosion des demandes de visa d’études pour la France, le processus devenait plus chaotique. Hormis ce cas, la seule « discrimination » possible dans l’accès à l’information sur les universités se situait en amont, lorsque l’étudiant venait se renseigner dans les services culturels des ambassades et qu’on le décourageait de façon informelle en lui disant qu’il n’aurait pas les ressources ou le niveau de français suffisant. De manière générale, le processus était peu transparent, l’étudiant avait peu de recours, et en cas de refus de visa, se sentait totalement démuni.

Aujourd’hui. Une convention a été discutée et signée entre la Conférence des Présidents d’Université et le Ministère des Affaires étrangères, qui instaure le principe des CEF, devenus aujourd’hui les Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

Les ECF : Espaces Campus France

Késaco. Le premier CEF (Centre pour les études en France) a été créé en Chine. Le but des CEF devenus aujourd’hui ECF (Espace Campus France) est de faciliter l’accueil des étudiants et de rendre l’enseignement universitaire français plus attractif. Ces espaces sont des services des ambassades de France.
Il s’agit au départ d’une simple application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Dans chaque pays, le site internet CampusFrance permet à l’étudiant de trouver l’ensemble des réponses aux questions qu’il se pose sur les études en France. L’étudiant se crée un espace personnel sur Internet, à partir duquel un système de messagerie électronique lui permet d’obtenir des réponses précises et rapides à ses questions.
Voici par exemple l’ECF de la Turquie

Concrètement. Un candidat remplit son dossier sur le site, qui est simultanément transmis au service culturel de l’ambassade pour avis et à l’université. Il n’y a plus de risque de perte de documents. Les services de l’ambassade se chargent de l’authentification des documents, de l’entretien de motivation et de l’évaluation du niveau de langue. L’université a ensuite toute liberté d’inscrire ou non l’étudiant.
– Si l’université n’est pas adhérente, qu’elle n’a pas signé la convention, l’étudiant doit d’abord obtenir une pré-inscription selon la procédure habituelle, puis passer par les ECF pour le reste du parcours : évaluation et obtention du visa. Lorsque l’université et les services culturels ont rendu leur avis, le dossier est transmis à l’ambassade pour l’obtention du visa.
– Si la convention est signée par l’université en question, la transmission de tous les dossiers à l’université est automatique, quel que soit l’avis des services culturels et l’université reste le seul décideur du point de vue de l’inscription académique. De plus le système comporte des possibilités de dialogues à propos des dossiers entre les différents intervenants.
L’étudiant a un accès électronique à l’état d’avancement de sa demande de pré-inscription et de sa demande de visa. On note d’ailleurs une augmentation du taux de délivrance des visas étudiants dans les pays CEF/ECF.

Les plus : la transparence revendiquée, le gain de temps précieux, les possibilités de dialogue entre université et consulat, la qualité de l’information (tous les cursus de l’enseignement supérieur français sont accessibles par le moteur de recherche de l’Espace Campus France).
Les moins : outre les interrogations de fond sur l’ingérence pédagogique ou sur la sélection vis-a-vis des universités, l’absence d’uniformité pour l’instant dans la qualité de l’entretien, censé permettre un service d’information, d’orientation et d’aide. Pour l’anecdote, les bugs informatiques lors du lancement. Certains pointent aussi les frais d’inscription à l’ECF, de 75 à 100 euros.

 


Les ECF ont pour mission de :
– Faciliter la mobilité des étudiants désirant poursuivre leurs études en France, en leur proposant un guichet unique pour la pré-inscription et l’obtention du visa, et en améliorant les services qui leur sont offerts.
– Conseiller les étudiants et examiner leurs projets d’études pour veiller à leur réussite.
– Aider les établissements d’enseignement supérieur français dans leur processus de sélection des étudiants étrangers.



2. Une fois en France.

Avant, l’étudiant étranger fraîchement arrivé dépendait du dynamisme des initiatives locales pour voir son installation en France plus ou moins facilitée. Si certaines villes universitaires avaient déjà mis en place des guichets uniques pour permettre aux étudiants de centraliser leurs démarches à l’arrivée, les premiers mois de l’étudiant en France avaient souvent pour nom « galère » et « débrouille ». File d’attente à la préfecture pour le titre de séjour, exigences parfois absudes des banques pour ouvrir un compte, sans parler du logement ou de l’aide sociale.

L’agence campus France, qui regroupe trois acteurs historiques de la mobilité étudiante, vise à rationaliser cela.

L’agence campus France.  L’Agence Campus France regroupe les missions d’accueil des étudiants étrangers qu’accomplissaient jusqu’à présent :
– le CNOUS, qui gère l’aide sociale pour les étudiants, les restaurants universitaires et les cités universitaires,
Egide : Egide se chargeait, pour simplifier, plutôt des boursiers des pays pauvres, et le CNOUS plutôt des autres boursiers,
EduFrance, chargé de la promotion de l’enseignement français à l’étranger.

Guichets uniques. Campus France regroupera à terme un nombre d’entités qui seront identifiées par les CROUS pour être des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger.

Titre de séjour. Le visa long séjour pour études obtenu en passant par un ECF permet à l’étudiant qui s’inscrit dans un établissement adhérent à la convention sur les CEF d’obtenir automatiquement, « de plein droit » un titre de séjour en France. En résumé, ça veut dire que ira beaucoup plus vite à la préfecture : ça devrait passer, si vous nous permettez l’expression, comme une lettre à la poste.

Rentrée universitaire. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. L’étudiant n’arrivait, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre : il avait déjà raté la moitié du semestre. Un phénomène qui expliquait aussi pourquoi les étudiants étrangers constituaient une part importante du contingent qui échouait en premier cycle ! Les gains de temps doivent permettre une rentrée sans retard.

Intégration. La charte de qualité de Campus France contient des exigences au niveau de l’effort fait pour intégrer l’étudiant étranger tout au long de son séjour, de l’enseignement du français, du tutorat.

 

Responsable de la cellule CEF au Ministère des Affaires étrangères, Cyril Blondel s’est prêté au jeu de l’interview sur le nouveau système des Espaces Campus France (ECF) à procédure CEF, nouveau nom des CEF. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les ECF et n’avez jamais osé demander, en deux rounds.

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 1 #

 

Cette première partie est composée d’une série de questions auxquelles Cyril Blondel avait répondu lors d’un CEVU extraordinaire le 14 juin 2006 à Paris 8. Des réponses que nous avons jugé bon de reproduire ici avec son accord et ses actualisations :

Quelques mots sur les ECF :

Il s’agit de services de l’ambassade de France s’appuyant sur une application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF, le passage de l’étudiant par ce dispositif est obligatoire dans tous les pays où il est en place, en vue de l’obtention de son visa.

Par qui est faite l’évaluation des candidats dans les ECF ? Des problèmes de sous-traitance de la sélection ont été soulevés dans certains pays.

Par les services de l’ambassade. Dans un certain nombre de cas, ils peuvent avoir recours à des vacataires en fonction du nombre de candidats, mais toujours sous la responsabilité du service de coopération et d’action culturelle.

L’adhésion des universités à l’ECF est-elle obligatoire ?

Non, même si elle est souhaitable car elle facilite les choses pour l’étudiant et l’établissement. La CPU et la DGES ont donc appelé tous les établissements à adhérer. Dans le cas où l’établissement décide de ne pas adhérer, la procédure d’inscription pour l’étudiant étranger est la même qu’actuellement, mais l’étudiant devra de toute façon s’inscrire sur le site de l’ECF avant d’obtenir son visa. Si l’établissement dans lequel se rend l’étudiant a adhéré à la convention CEF, l’obtention de la carte de séjour est de plein droit : les démarches à la préfecture sont simplifiées.

Quelle garantie ont les universités du respect de leurs prérogatives pédagogiques ?

Quel que soit l’avis ECF, tous les dossiers sont transmis aux universités adhérentes et au consulat. Par ce que le dispositif permet la transmission de tous les dossiers avec les avis de chacun et la possibilité de discuter ces avis ou de demander ce qui les motive, il permet une plus grande transparence.

Les CEF ne sont-ils pas un simple rouage de la politique de l’immigration choisie ?

Les CEF émettent un avis permettant d’éclairer tant la décision des établissements que celle des services consulaires. Comme c’était le cas précédemment, les universités restent libres d’inscrire ou non l’étudiant, et les postes diplomatiques et consulaires gardent la décision finale de l’attribution de visa.

L’université a-t-elle un délai pour rendre son avis après le CEF ?

Non, bien que la réduction du délai soit dans l’intérêt de l’étudiant et de l’université.

L’université a-t-elle la possibilité de contacter directement l’étudiant ?

Oui, l’interface offre des possibilités de communication avec l’étudiant par le biais du compte personnel, et l’étudiant fourni ses coordonnées.

Qu’en est-il de l’orientation et de l’information au cours des entretiens avec le CEF ?

Les espaces CampusFrance sont là pour informer l’étudiant. Les responsables d’espaces ont été et seront formés, en partenariat avec l’agence CampusFrance et les signataires de la convention CEF, dans ce sens.

Un niveau de langue minimal est-il imposé ?

Il n’y a plus de niveau minimal. Le résultat du test est transmis à l’établissement d’enseignement supérieur qui décide lui-même du niveau requis en fonction des formations concernées.

Quelles garanties ont les universités de voir tous les dossiers ?

Dès que le dossier est saisi par le candidat, il est transmis automatiquement avant même l’adhésion, sous réserve que l’établissement ait adhéré à l’ECF. Sinon le candidat doit lui-même envoyer un dossier aux établissements de son choix..

Une évaluation du fonctionnement du dispositif a-t-elle été faite ?

Les premiers retours des utilisateurs sont plutôt satisfaisants. Un bilan du fonctionnement des CEF a été fait fin 2006. Il révèle que les étudiants étrangers ont été très satisfaits du fonctionnement des CEF..

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 2 #

 

Suite à cette première série d’informations, voici les questions que nous avons ajouté :


Dans combien de pays des ECF ont-ils été créés aujourd’hui, et quels sont ces pays ?

En 2005, des ECF ont été créés dans les pays suivants : la Chine, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Vietnam.
En 2006, le Mexique, la Turquie, la Corée du Sud, le Cameroun ont vu ouvrir un ECF.
En 2007 jusqu’à présent, des ECF ont ouvert au Brésil, à Madagascar, au Gabon, en Guinée (les demandes ont été très fortes dans ces trois derniers pays), en Colombie, au Canada, aux Etats-Unis, en Syrie, en Inde.
Mais aussi bientôt en République Tchèque et en Suède : puisque aujourd’hui les ECF ont vocation à être des outils d’information et d’inscription en ligne et non plus à être seulement des organes préconsulaires, nous avons souhaité en faire bénéficier les étudiants de l’Union européenne.
Et d’ici fin 2007, des ECF ouvriront en Argentine, au Chili, à l’Ile Maurice, au Mali, au Congo, à Taïwan, en Russie, en Suède et peut-être à Haïti.

Comment se passe concrètement l’adhésion d’une université au système ECF ?

Une convention cadre a été signée entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le ministère des Affaires étrangères et européennes, le ministère de la culture et les trois conférences d’établissements (CPU, CGE, et CDEFI).
Les établissements adhèrent par simple lettre à leur conférence de rattachement. Ils reçoivent alors des codes pour accéder à l’interface web de l’Espace Campus France. Les établissements peuvent alors voir le compte-rendu de l’entretien du candidat, et ont accès à l’ensemble de son dossier. A charge pour l’établissement de s’organiser ensuite pour faire circuler l’information au sein de l’établissement, de traiter le flux de dossiers de candidats auxquels elle aura accès par le biais de l’interface web.
Les établissements savent où en est le traitement des dossiers et quelle est la décision du consulat.

Où en est-on aujourd’hui ?

Il s’agit forcément une année de transition. Nous avons connu des problèmes de connexion informatique, par exemple, qui sont désormais résolus.

De quand date le premier CEF, précurseur des ECF actuels ?

Le premier CEF a été monté en Chine suite à un réel besoin : le nombre de candidat à des études en France avait fortement augmenté, et ils devenait difficile de les recevoir rapidement et dans de bonnes conditions.

Comment se passe le dialogue avec les universités ? Il semble que certaines croulent sous les dossiers de candidats…

Les ECF sont au service des établissements et à la suite d’une demande de la CPU, ceux-ci reçoivent les dossiers des candidats dès leur inscription sur l’interface web. Il est exact que cela a semble-t-il entraîné une hausse des candidatures : il est en effet beaucoup plus simple et meilleur marché de postuler en ligne qu’avec des outils papier. C’est un signe de succès du dispositif.

Comment se passe la traduction des diplômes ?

Auparavant, le candidat devait souvent faire traduire et certifier ses diplômes autant de fois qu’il souhaitait déposer de dossiers. Aujourd’hui, il remplit son dossier en ligne, dans un intranet qui existe en français et dans sa langue. Il poste sa candidature d’un clic dans un deuxième établissement adhérent à la convention, sans devoir reproduire toutes les pièces comme c’était le cas pour un format papier. L’espace CampusFrance vérifie pour les établissements la véracité des informations données par l’étudiant.

Quel est le calendrier de candidature ?

Il est fixé par les établissements, sauf pour la Demande d’Admission Préalable (en 1ère et 2ème année d’université, PCEM1 -médecine-, 1ère année de pharmacie et écoles d’architecture) où il existe un calendrier unique.

Pouvez-vous nous donner un exemple illustrant l’utilité des espaces de dialogues créés par l’ECF ?

L’établissement peut examiner le compte-rendu de l’entretien, le dossier, et dialoguer avec l’espace CampusFrance et le candidat. Les espaces peuvent eux relancer les universités en leur disant qu’il leur reste des dossiers à traiter avant juin.

Que pensez-vous d’un contact plus régulier avec les associations étudiantes autour de ce projet ?

La collaboration avec les associations étudiantes pourrait être très intéressante. Aujourd’hui le système est en devenir, et tout ce qui peut l’améliorer est à tenter. Les associations peuvent directement se mettre en rapport avec l’ECF de leur pays. Ceux-ci pourraient éventuellement relayer leurs messages auprès des étudiants.

 

 

Ismaël Sacko est président de l’Association des diplômés et des étudiants maliens de France

Campus France, ça te dit quelque chose ?

Nous nous sommes déjà penchés sur la question grâce à l’expertise que nous avons développée lors des rencontres Animafac du chantier « accueil des étudiants étrangers » sur ce thème, et nous avons évoqué le sujet lors de réunions avec le réseau Universités sans frontières. J’ai également été interrogé sur Radio Campus Paris au moment des manifestations contre une immigration jetable.
Ce que je peux dire au premier abord est que la situation est difficile dans une économie mondialisée de la connaissance quand pour entrer dans une fac, les étudiants maliens sont mis en concurrence avec des étudiants mexicains, des brésiliens, et ce sur le critère des moyens.

Quelle est la situation pour les jeunes Maliens qui souhaitent étudier en France ?

J’ai des cousines, des frères, qui ne cessent de me solliciter pour venir étudier en France. Or depuis 2000, la sélection est très rude dans les services consulaires français au Mali pour les jeunes qui souhaitent poursuivre leurs études en France. Avec exactement le même dossier à chaque fois, il faut s’y reprendre à trois fois avant d’obtenir le visa. Alors qu’il s’agit d’étudiants ayant de l’argent, ou une formation déjà poussée. Certains se découragent au bout de la première fois, déjà lourde et procédurière, et jettent l’éponge.
J’ai le souvenir d’un étudiant dont les parents avaient déjà versé 1500 euros à l’école de commerce qui l’avait accepté, en guise de garantie vis a vis des 2000 euros que représentaient les frais de scolarité. L’ambassade a finalement refusé de lui octroyer un visa, compromettant son séjour en France. L’école de commerce a donc rendu les fonds, appliquant tout de même une retenue de 300 euros, et l’étudiant est resté faire ses études au Mali, projetant de partir peut-être ensuite aux Etats-Unis. L’étudiant et les parents, dégoutés, ont décidé de ne plus tenter l’inscription en France.
De ce point de vue, le filtre créé par l’Espace Campus France (ECF) semble rendre les choses plus compliquées parce qu’on ne peut plus s’incrire par l’intermédiaire d’amis, de cousins, il faut désormais obligatoirement passer par l’ECF. A première vue, c’est une barrière de plus.


Quel est l’enjeu pour le continent africain d’une refonte de l’accueil des étudiants étrangers en France ?

L’Afrique a l’image d’un continent corrompu par ses dirigeants, mis à sac du fait d’une population peu instruite. Mais la mobilité, la libre circulation est un droit fondamental de l’être humain. A l’heure où la croissance d’un pays passe nécessairement par la formation, une barrière au séjour d’étudiants maliens, sénégalais, togolais ou guinéens sur le sol français pour parfaire leur formation porte préjudice au développement du continent.
D’autant que dans le cadre de la francophonie et de l’histoire commune qui lie le continent africain et la France, la coopération doit en toute logique prévaloir : la priorité doit être donnée pour les Africains de se former en France.
Si cette priorité n’est plus à l’ordre du jour, c’est un coup dur porté au continent dans les 15 années à venir mais aussi à la France, qui a bien besoin de cerveaux étrangers. Il est impératif de rendre les informations et le procédé plus fluide.

Une fluidité que revendique précisément le nouveau système Campus France, qui dématérialise le dossier d’inscription et met les informations à portée d’un clic…

Oui, l’ECF apparaît comme un simple facilitateur d’inscriptions et d’informations, la politique migratoire se décidant ailleurs. Mais il est beaucoup de restrictions qui ne disent pas leur nom, c’est en tout cas toute notre crainte.
D’autant que les associations étudiantes n’ont jusqu’à présent pas été consultées, inclues dans le mouvement. La concertation est primordiale pour éviter que le système soit un échec ou en tout cas perçu comme imposé, et devienne donc l’objet justifié de ces craintes.

L’espace campus France peut aussi être imaginé comme un espace privilégié pour le co-développement et l’aide au retour des diplômés : l’ECF du Sénégal pourrait par exemple faire facilement parvenir à tous les étudiants sénégalais en master 2 en France des offres d’emploi au Sénégal…

Oui, et en ce sens c’est positif. Si le souhait des Espaces Campus France est de travailler avec les associations étudiantes, nous sommes tout à fait partants. Nous avons une expertise à apporter et de quoi constituer une base de données riche. Hier par exemple nous avons reçu une ONG malienne qui cherchait à recruter un gestionnaire : elle a fait appel à nous parce qu’elle connait l’Adem et son lien fort avec les étudiants et diplômés maliens en France. Si c’est une approche constructive, l’Adem est tout à fait disposée à collaborer avec les ECF.
Nous sommes actuellement entrain de concocter un questionnaire précis qui sera lancé mi-jullet dans le réseau des étudiants et diplômés maliens de France à Marseille, Orléans, Lyon, Mulhouse, Paris, pour répertorier les talents de chacun et leur envie de mettre leurs compétences au service de leur pays. Ensuite, nous mettrons ces données à disposition de nos partenaires qui le souhaitent. Nous avons baptisé ce projet « Tremplin ».
Si ce type d’action peut se faire en concertation avec les ECF, c’est une bonne chose. A condition que ce ne soit pas le prétexte pour rendre plus difficile un retour en France du jeune actif quelques années plus tard, si ce dernier le souhaite. C’est une réalité :beaucoup n’osent repartir tout de suite au Mali une fois leurs études finies par peur de voir ensuite les portes de l’Hexagone se fermer à eux. L’aide au retour ne doit pas se transformer en verrouillage des migrations, ni restreindre la possibilité de revenir ponctuellement se former ou avoir une expérience de carrière en France dans l’intérêt bien compris des deux pays, alors même que l’individu a auparavant vécu, travaillé en France, et apprécié la culture de ce pays.

Les migrations pendulaires, ce mouvement de va-et-vient qu’aimeraient privilégier les étudiants étrangers africains et se révèle bien différent d’une immigration définitive, sont donc à plébisciter ?

Au Mali, un programme nommé Tokten, realisé avec le PNUD, va dans ce sens. Il permet aux personnes de nationalité malienne installées en France et ayant un niveau de formation élevé (doctorants, chercheurs, ingénieurs) de venir au Mali dispenser des cours durant une semaine, deux semaines ou un mois. Ce programme est très positif, mais il doit être élargi. Une semaine ou un mois, c’est insuffisant : aujourd’hui des jeunes veulent pouvoir rester 6 mois, un an, deux ans ou trois au Mali pour permettre un réel transfert de compétences. Il est nécessaire de mettre en oeuvre un dispositif pour aider ces jeunes, qui veulent servir leur pays, à le faire.
Le Sénégal, qui met en oeuvre en coopération avec la France une politique de valorisation de sa diaspora intellectuelle, est entrain de réussir ce travail-là. La croissance passe par la formation, qui permet de lutter contre la pauvreté et pour l’alphabétisation. La base de données que nous mettons sur pied va dans ce sens-là.

En savoir plus : http://cnjm-france.over-blog.com/

 

Le système d’accueil des étudiants étrangers en France entre en révolution. Quels sont les principaux changements apportés ? Quel parcours le nouveau candidat aux études en France doit-il accomplir ?
Toutes les précisions concrètes sur chacune des étapes sont à retrouver dans les interviews qui composent le dossier.


1. Point de départ : le pays d’origine


Avant. La procédure n’avait pas vraiment de cadre, ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas et de l’arbitraire.

Poursuivre ses études. Un étudiant étranger qui souhaitait poursuivre ses études en France (non-Erasmus et hors procédures spéciales) faisait d’abord une candidature libre en écrivant directement à une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et pour chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote : il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par la poste à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par l’acceptation ou le refus de sa préinscription. Une fois sa préinscription universitaire en poche, il allait à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière (il est exigé de pouvoir disposer d’environ 400 euros par mois), et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Commencer ses études. Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycle), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant décembre. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel à tous les pays au mois de février : un test de langue et de connaissances assez générique. Si sa note était supérieure à 10, il pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.
Zones floues. En cas de crise dans le pays en question et d’explosion des demandes de visa d’études pour la France, le processus devenait plus chaotique. Hormis ce cas, la seule « discrimination » possible dans l’accès à l’information sur les universités se situait en amont, lorsque l’étudiant venait se renseigner dans les services culturels des ambassades et qu’on le décourageait de façon informelle en lui disant qu’il n’aurait pas les ressources ou le niveau de français suffisant. De manière générale, le processus était peu transparent, l’étudiant avait peu de recours, et en cas de refus de visa, se sentait totalement démuni.

Aujourd’hui. Une convention a été discutée et signée entre la Conférence des Présidents d’Université et le Ministère des Affaires étrangères, qui instaure le principe des CEF, devenus aujourd’hui les Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

Les ECF : Espaces Campus France

Késaco. Le premier CEF (Centre pour les études en France) a été créé en Chine. Le but des CEF devenus aujourd’hui ECF (Espace Campus France) est de faciliter l’accueil des étudiants et de rendre l’enseignement universitaire français plus attractif. Ces espaces sont des services des ambassades de France.
Il s’agit au départ d’une simple application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Dans chaque pays, le site internet CampusFrance permet à l’étudiant de trouver l’ensemble des réponses aux questions qu’il se pose sur les études en France. L’étudiant se crée un espace personnel sur Internet, à partir duquel un système de messagerie électronique lui permet d’obtenir des réponses précises et rapides à ses questions.
Voici par exemple l’ECF de la Turquie

Concrètement. Un candidat remplit son dossier sur le site, qui est simultanément transmis au service culturel de l’ambassade pour avis et à l’université. Il n’y a plus de risque de perte de documents. Les services de l’ambassade se chargent de l’authentification des documents, de l’entretien de motivation et de l’évaluation du niveau de langue. L’université a ensuite toute liberté d’inscrire ou non l’étudiant.
– Si l’université n’est pas adhérente, qu’elle n’a pas signé la convention, l’étudiant doit d’abord obtenir une pré-inscription selon la procédure habituelle, puis passer par les ECF pour le reste du parcours : évaluation et obtention du visa. Lorsque l’université et les services culturels ont rendu leur avis, le dossier est transmis à l’ambassade pour l’obtention du visa.
– Si la convention est signée par l’université en question, la transmission de tous les dossiers à l’université est automatique, quel que soit l’avis des services culturels et l’université reste le seul décideur du point de vue de l’inscription académique. De plus le système comporte des possibilités de dialogues à propos des dossiers entre les différents intervenants.
L’étudiant a un accès électronique à l’état d’avancement de sa demande de pré-inscription et de sa demande de visa. On note d’ailleurs une augmentation du taux de délivrance des visas étudiants dans les pays CEF/ECF.

Les plus : la transparence revendiquée, le gain de temps précieux, les possibilités de dialogue entre université et consulat, la qualité de l’information (tous les cursus de l’enseignement supérieur français sont accessibles par le moteur de recherche de l’Espace Campus France).
Les moins : outre les interrogations de fond sur l’ingérence pédagogique ou sur la sélection vis-a-vis des universités, l’absence d’uniformité pour l’instant dans la qualité de l’entretien, censé permettre un service d’information, d’orientation et d’aide. Pour l’anecdote, les bugs informatiques lors du lancement. Certains pointent aussi les frais d’inscription à l’ECF, de 75 à 100 euros.

 


Les ECF ont pour mission de :
– Faciliter la mobilité des étudiants désirant poursuivre leurs études en France, en leur proposant un guichet unique pour la pré-inscription et l’obtention du visa, et en améliorant les services qui leur sont offerts.
– Conseiller les étudiants et examiner leurs projets d’études pour veiller à leur réussite.
– Aider les établissements d’enseignement supérieur français dans leur processus de sélection des étudiants étrangers.



2. Une fois en France.

Avant, l’étudiant étranger fraîchement arrivé dépendait du dynamisme des initiatives locales pour voir son installation en France plus ou moins facilitée. Si certaines villes universitaires avaient déjà mis en place des guichets uniques pour permettre aux étudiants de centraliser leurs démarches à l’arrivée, les premiers mois de l’étudiant en France avaient souvent pour nom « galère » et « débrouille ». File d’attente à la préfecture pour le titre de séjour, exigences parfois absudes des banques pour ouvrir un compte, sans parler du logement ou de l’aide sociale.

L’agence campus France, qui regroupe trois acteurs historiques de la mobilité étudiante, vise à rationaliser cela.

L’agence campus France.  L’Agence Campus France regroupe les missions d’accueil des étudiants étrangers qu’accomplissaient jusqu’à présent :
– le CNOUS, qui gère l’aide sociale pour les étudiants, les restaurants universitaires et les cités universitaires,
Egide : Egide se chargeait, pour simplifier, plutôt des boursiers des pays pauvres, et le CNOUS plutôt des autres boursiers,
EduFrance, chargé de la promotion de l’enseignement français à l’étranger.

Guichets uniques. Campus France regroupera à terme un nombre d’entités qui seront identifiées par les CROUS pour être des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger.

Titre de séjour. Le visa long séjour pour études obtenu en passant par un ECF permet à l’étudiant qui s’inscrit dans un établissement adhérent à la convention sur les CEF d’obtenir automatiquement, « de plein droit » un titre de séjour en France. En résumé, ça veut dire que ira beaucoup plus vite à la préfecture : ça devrait passer, si vous nous permettez l’expression, comme une lettre à la poste.

Rentrée universitaire. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. L’étudiant n’arrivait, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre : il avait déjà raté la moitié du semestre. Un phénomène qui expliquait aussi pourquoi les étudiants étrangers constituaient une part importante du contingent qui échouait en premier cycle ! Les gains de temps doivent permettre une rentrée sans retard.

Intégration. La charte de qualité de Campus France contient des exigences au niveau de l’effort fait pour intégrer l’étudiant étranger tout au long de son séjour, de l’enseignement du français, du tutorat.

 

Responsable de la cellule CEF au Ministère des Affaires étrangères, Cyril Blondel s’est prêté au jeu de l’interview sur le nouveau système des Espaces Campus France (ECF) à procédure CEF, nouveau nom des CEF. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les ECF et n’avez jamais osé demander, en deux rounds.

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 1 #

 

Cette première partie est composée d’une série de questions auxquelles Cyril Blondel avait répondu lors d’un CEVU extraordinaire le 14 juin 2006 à Paris 8. Des réponses que nous avons jugé bon de reproduire ici avec son accord et ses actualisations :

Quelques mots sur les ECF :

Il s’agit de services de l’ambassade de France s’appuyant sur une application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF, le passage de l’étudiant par ce dispositif est obligatoire dans tous les pays où il est en place, en vue de l’obtention de son visa.

Par qui est faite l’évaluation des candidats dans les ECF ? Des problèmes de sous-traitance de la sélection ont été soulevés dans certains pays.

Par les services de l’ambassade. Dans un certain nombre de cas, ils peuvent avoir recours à des vacataires en fonction du nombre de candidats, mais toujours sous la responsabilité du service de coopération et d’action culturelle.

L’adhésion des universités à l’ECF est-elle obligatoire ?

Non, même si elle est souhaitable car elle facilite les choses pour l’étudiant et l’établissement. La CPU et la DGES ont donc appelé tous les établissements à adhérer. Dans le cas où l’établissement décide de ne pas adhérer, la procédure d’inscription pour l’étudiant étranger est la même qu’actuellement, mais l’étudiant devra de toute façon s’inscrire sur le site de l’ECF avant d’obtenir son visa. Si l’établissement dans lequel se rend l’étudiant a adhéré à la convention CEF, l’obtention de la carte de séjour est de plein droit : les démarches à la préfecture sont simplifiées.

Quelle garantie ont les universités du respect de leurs prérogatives pédagogiques ?

Quel que soit l’avis ECF, tous les dossiers sont transmis aux universités adhérentes et au consulat. Par ce que le dispositif permet la transmission de tous les dossiers avec les avis de chacun et la possibilité de discuter ces avis ou de demander ce qui les motive, il permet une plus grande transparence.

Les CEF ne sont-ils pas un simple rouage de la politique de l’immigration choisie ?

Les CEF émettent un avis permettant d’éclairer tant la décision des établissements que celle des services consulaires. Comme c’était le cas précédemment, les universités restent libres d’inscrire ou non l’étudiant, et les postes diplomatiques et consulaires gardent la décision finale de l’attribution de visa.

L’université a-t-elle un délai pour rendre son avis après le CEF ?

Non, bien que la réduction du délai soit dans l’intérêt de l’étudiant et de l’université.

L’université a-t-elle la possibilité de contacter directement l’étudiant ?

Oui, l’interface offre des possibilités de communication avec l’étudiant par le biais du compte personnel, et l’étudiant fourni ses coordonnées.

Qu’en est-il de l’orientation et de l’information au cours des entretiens avec le CEF ?

Les espaces CampusFrance sont là pour informer l’étudiant. Les responsables d’espaces ont été et seront formés, en partenariat avec l’agence CampusFrance et les signataires de la convention CEF, dans ce sens.

Un niveau de langue minimal est-il imposé ?

Il n’y a plus de niveau minimal. Le résultat du test est transmis à l’établissement d’enseignement supérieur qui décide lui-même du niveau requis en fonction des formations concernées.

Quelles garanties ont les universités de voir tous les dossiers ?

Dès que le dossier est saisi par le candidat, il est transmis automatiquement avant même l’adhésion, sous réserve que l’établissement ait adhéré à l’ECF. Sinon le candidat doit lui-même envoyer un dossier aux établissements de son choix..

Une évaluation du fonctionnement du dispositif a-t-elle été faite ?

Les premiers retours des utilisateurs sont plutôt satisfaisants. Un bilan du fonctionnement des CEF a été fait fin 2006. Il révèle que les étudiants étrangers ont été très satisfaits du fonctionnement des CEF..

 


ESPACES CAMPUS FRANCE # ROUND 2 #

 

Suite à cette première série d’informations, voici les questions que nous avons ajouté :


Dans combien de pays des ECF ont-ils été créés aujourd’hui, et quels sont ces pays ?

En 2005, des ECF ont été créés dans les pays suivants : la Chine, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Vietnam.
En 2006, le Mexique, la Turquie, la Corée du Sud, le Cameroun ont vu ouvrir un ECF.
En 2007 jusqu’à présent, des ECF ont ouvert au Brésil, à Madagascar, au Gabon, en Guinée (les demandes ont été très fortes dans ces trois derniers pays), en Colombie, au Canada, aux Etats-Unis, en Syrie, en Inde.
Mais aussi bientôt en République Tchèque et en Suède : puisque aujourd’hui les ECF ont vocation à être des outils d’information et d’inscription en ligne et non plus à être seulement des organes préconsulaires, nous avons souhaité en faire bénéficier les étudiants de l’Union européenne.
Et d’ici fin 2007, des ECF ouvriront en Argentine, au Chili, à l’Ile Maurice, au Mali, au Congo, à Taïwan, en Russie, en Suède et peut-être à Haïti.

Comment se passe concrètement l’adhésion d’une université au système ECF ?

Une convention cadre a été signée entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le ministère des Affaires étrangères et européennes, le ministère de la culture et les trois conférences d’établissements (CPU, CGE, et CDEFI).
Les établissements adhèrent par simple lettre à leur conférence de rattachement. Ils reçoivent alors des codes pour accéder à l’interface web de l’Espace Campus France. Les établissements peuvent alors voir le compte-rendu de l’entretien du candidat, et ont accès à l’ensemble de son dossier. A charge pour l’établissement de s’organiser ensuite pour faire circuler l’information au sein de l’établissement, de traiter le flux de dossiers de candidats auxquels elle aura accès par le biais de l’interface web.
Les établissements savent où en est le traitement des dossiers et quelle est la décision du consulat.

Où en est-on aujourd’hui ?

Il s’agit forcément une année de transition. Nous avons connu des problèmes de connexion informatique, par exemple, qui sont désormais résolus.

De quand date le premier CEF, précurseur des ECF actuels ?

Le premier CEF a été monté en Chine suite à un réel besoin : le nombre de candidat à des études en France avait fortement augmenté, et ils devenait difficile de les recevoir rapidement et dans de bonnes conditions.

Comment se passe le dialogue avec les universités ? Il semble que certaines croulent sous les dossiers de candidats…

Les ECF sont au service des établissements et à la suite d’une demande de la CPU, ceux-ci reçoivent les dossiers des candidats dès leur inscription sur l’interface web. Il est exact que cela a semble-t-il entraîné une hausse des candidatures : il est en effet beaucoup plus simple et meilleur marché de postuler en ligne qu’avec des outils papier. C’est un signe de succès du dispositif.

Comment se passe la traduction des diplômes ?

Auparavant, le candidat devait souvent faire traduire et certifier ses diplômes autant de fois qu’il souhaitait déposer de dossiers. Aujourd’hui, il remplit son dossier en ligne, dans un intranet qui existe en français et dans sa langue. Il poste sa candidature d’un clic dans un deuxième établissement adhérent à la convention, sans devoir reproduire toutes les pièces comme c’était le cas pour un format papier. L’espace CampusFrance vérifie pour les établissements la véracité des informations données par l’étudiant.

Quel est le calendrier de candidature ?

Il est fixé par les établissements, sauf pour la Demande d’Admission Préalable (en 1ère et 2ème année d’université, PCEM1 -médecine-, 1ère année de pharmacie et écoles d’architecture) où il existe un calendrier unique.

Pouvez-vous nous donner un exemple illustrant l’utilité des espaces de dialogues créés par l’ECF ?

L’établissement peut examiner le compte-rendu de l’entretien, le dossier, et dialoguer avec l’espace CampusFrance et le candidat. Les espaces peuvent eux relancer les universités en leur disant qu’il leur reste des dossiers à traiter avant juin.

Que pensez-vous d’un contact plus régulier avec les associations étudiantes autour de ce projet ?

La collaboration avec les associations étudiantes pourrait être très intéressante. Aujourd’hui le système est en devenir, et tout ce qui peut l’améliorer est à tenter. Les associations peuvent directement se mettre en rapport avec l’ECF de leur pays. Ceux-ci pourraient éventuellement relayer leurs messages auprès des étudiants.

 

 

Ismaël Sacko est président de l’Association des diplômés et des étudiants maliens de France

Campus France, ça te dit quelque chose ?

Nous nous sommes déjà penchés sur la question grâce à l’expertise que nous avons développée lors des rencontres Animafac du chantier « accueil des étudiants étrangers » sur ce thème, et nous avons évoqué le sujet lors de réunions avec le réseau Universités sans frontières. J’ai également été interrogé sur Radio Campus Paris au moment des manifestations contre une immigration jetable.
Ce que je peux dire au premier abord est que la situation est difficile dans une économie mondialisée de la connaissance quand pour entrer dans une fac, les étudiants maliens sont mis en concurrence avec des étudiants mexicains, des brésiliens, et ce sur le critère des moyens.

Quelle est la situation pour les jeunes Maliens qui souhaitent étudier en France ?

J’ai des cousines, des frères, qui ne cessent de me solliciter pour venir étudier en France. Or depuis 2000, la sélection est très rude dans les services consulaires français au Mali pour les jeunes qui souhaitent poursuivre leurs études en France. Avec exactement le même dossier à chaque fois, il faut s’y reprendre à trois fois avant d’obtenir le visa. Alors qu’il s’agit d’étudiants ayant de l’argent, ou une formation déjà poussée. Certains se découragent au bout de la première fois, déjà lourde et procédurière, et jettent l’éponge.
J’ai le souvenir d’un étudiant dont les parents avaient déjà versé 1500 euros à l’école de commerce qui l’avait accepté, en guise de garantie vis a vis des 2000 euros que représentaient les frais de scolarité. L’ambassade a finalement refusé de lui octroyer un visa, compromettant son séjour en France. L’école de commerce a donc rendu les fonds, appliquant tout de même une retenue de 300 euros, et l’étudiant est resté faire ses études au Mali, projetant de partir peut-être ensuite aux Etats-Unis. L’étudiant et les parents, dégoutés, ont décidé de ne plus tenter l’inscription en France.
De ce point de vue, le filtre créé par l’Espace Campus France (ECF) semble rendre les choses plus compliquées parce qu’on ne peut plus s’incrire par l’intermédiaire d’amis, de cousins, il faut désormais obligatoirement passer par l’ECF. A première vue, c’est une barrière de plus.


Quel est l’enjeu pour le continent africain d’une refonte de l’accueil des étudiants étrangers en France ?

L’Afrique a l’image d’un continent corrompu par ses dirigeants, mis à sac du fait d’une population peu instruite. Mais la mobilité, la libre circulation est un droit fondamental de l’être humain. A l’heure où la croissance d’un pays passe nécessairement par la formation, une barrière au séjour d’étudiants maliens, sénégalais, togolais ou guinéens sur le sol français pour parfaire leur formation porte préjudice au développement du continent.
D’autant que dans le cadre de la francophonie et de l’histoire commune qui lie le continent africain et la France, la coopération doit en toute logique prévaloir : la priorité doit être donnée pour les Africains de se former en France.
Si cette priorité n’est plus à l’ordre du jour, c’est un coup dur porté au continent dans les 15 années à venir mais aussi à la France, qui a bien besoin de cerveaux étrangers. Il est impératif de rendre les informations et le procédé plus fluide.

Une fluidité que revendique précisément le nouveau système Campus France, qui dématérialise le dossier d’inscription et met les informations à portée d’un clic…

Oui, l’ECF apparaît comme un simple facilitateur d’inscriptions et d’informations, la politique migratoire se décidant ailleurs. Mais il est beaucoup de restrictions qui ne disent pas leur nom, c’est en tout cas toute notre crainte.
D’autant que les associations étudiantes n’ont jusqu’à présent pas été consultées, inclues dans le mouvement. La concertation est primordiale pour éviter que le système soit un échec ou en tout cas perçu comme imposé, et devienne donc l’objet justifié de ces craintes.

L’espace campus France peut aussi être imaginé comme un espace privilégié pour le co-développement et l’aide au retour des diplômés : l’ECF du Sénégal pourrait par exemple faire facilement parvenir à tous les étudiants sénégalais en master 2 en France des offres d’emploi au Sénégal…

Oui, et en ce sens c’est positif. Si le souhait des Espaces Campus France est de travailler avec les associations étudiantes, nous sommes tout à fait partants. Nous avons une expertise à apporter et de quoi constituer une base de données riche. Hier par exemple nous avons reçu une ONG malienne qui cherchait à recruter un gestionnaire : elle a fait appel à nous parce qu’elle connait l’Adem et son lien fort avec les étudiants et diplômés maliens en France. Si c’est une approche constructive, l’Adem est tout à fait disposée à collaborer avec les ECF.
Nous sommes actuellement entrain de concocter un questionnaire précis qui sera lancé mi-jullet dans le réseau des étudiants et diplômés maliens de France à Marseille, Orléans, Lyon, Mulhouse, Paris, pour répertorier les talents de chacun et leur envie de mettre leurs compétences au service de leur pays. Ensuite, nous mettrons ces données à disposition de nos partenaires qui le souhaitent. Nous avons baptisé ce projet « Tremplin ».
Si ce type d’action peut se faire en concertation avec les ECF, c’est une bonne chose. A condition que ce ne soit pas le prétexte pour rendre plus difficile un retour en France du jeune actif quelques années plus tard, si ce dernier le souhaite. C’est une réalité :beaucoup n’osent repartir tout de suite au Mali une fois leurs études finies par peur de voir ensuite les portes de l’Hexagone se fermer à eux. L’aide au retour ne doit pas se transformer en verrouillage des migrations, ni restreindre la possibilité de revenir ponctuellement se former ou avoir une expérience de carrière en France dans l’intérêt bien compris des deux pays, alors même que l’individu a auparavant vécu, travaillé en France, et apprécié la culture de ce pays.

Les migrations pendulaires, ce mouvement de va-et-vient qu’aimeraient privilégier les étudiants étrangers africains et se révèle bien différent d’une immigration définitive, sont donc à plébisciter ?

Au Mali, un programme nommé Tokten, realisé avec le PNUD, va dans ce sens. Il permet aux personnes de nationalité malienne installées en France et ayant un niveau de formation élevé (doctorants, chercheurs, ingénieurs) de venir au Mali dispenser des cours durant une semaine, deux semaines ou un mois. Ce programme est très positif, mais il doit être élargi. Une semaine ou un mois, c’est insuffisant : aujourd’hui des jeunes veulent pouvoir rester 6 mois, un an, deux ans ou trois au Mali pour permettre un réel transfert de compétences. Il est nécessaire de mettre en oeuvre un dispositif pour aider ces jeunes, qui veulent servir leur pays, à le faire.
Le Sénégal, qui met en oeuvre en coopération avec la France une politique de valorisation de sa diaspora intellectuelle, est entrain de réussir ce travail-là. La croissance passe par la formation, qui permet de lutter contre la pauvreté et pour l’alphabétisation. La base de données que nous mettons sur pied va dans ce sens-là.

En savoir plus : http://cnjm-france.over-blog.com/

 

Emmanuelle Bastide est journaliste spécialiste de l’éducation à Radio France Internationale. Depuis de nombreuses années, elle réalise avec son équipe l’émission l’Ecole des savoirs, très écoutée en Afrique : cette émission a d’ailleurs été le cadre d’un partenariat avec Animafac durant 4 mois en 2005, autour de chroniques sur les fiches pratiques
Ayant travaillé lors d’une précédente émission sur les CEF, rebaptisés aujourd’hui Espaces campus France, Emmanuelle Bastide nous livre les réflexions et interrogations que lui ont inspiré l’aperçu qu’elle a eu de ce système.

« Les ECF prônent la transparence. Ce qui est sûr, c’est que c’est mieux organisé qu’avant : il n’y a plus la queue à quatre heures du matin devant les ambassades. L’accueil est plus professionnalisé, il y a aussi moins de passe-droits. Mais on peut considérer que dès qu’on pose un orteil dans un Espace campus France, on paye. Ce qui n’est pas forcément idiot : comment un étudiant n’ayant pas les moyens de payer les 80 ou 100 euros de droits d’inscription à l’Espace Campus France aurait les moyens de poursuivre ses études en France ?
On peut néanmoins s’interroger sur la disproportion entre les sommes demandées aux étudiants et le niveau de vie dans le pays en question : à Madagascar, où l’inscription ECF coûte 80 euros, le salaire mensuel moyen est de 30 euros. Cela pose question même si on va leur demander beaucoup plus pour vivre en France : ce n’est pas la même problématique.
Là où je m’interroge, c’est pour le cas d’étudiants extrêmement brillants qui n’auraient vraiment pas les moyens d’aligner ces 100 euros de départ : auront-ils la possibilité de demander gratuitement une bourse d’études au gouvernement français ?

Je m’interroge également sur le principe des ECF où le candidat auto-finance entièrement sa candidature : est-ce compatible avec une politique de coopération ? Certes, payer est responsabilisant. Mais avec de tels droits d’inscription, sans passeport assuré pour un séjour d’études en France puisque rien ne garantit à ce stade que l’étudiant obtiendra un visa ou une inscription à l’université, le système peut sembler extrêmement rentable. Qui nous certifie que les étudiants n’ayant aucune chance d’obtenir un visa pour des raisons académiques seront d’emblée écartés avant même d’avoir payé ?

 
Je me demande également dans quelle mesure les règles des ECF seront les mêmes selon les pays. Si nous regardons le professionnalisme des équipes, par exemple, c’est mieux qu’avant. Mais c’est toujours un peu l’improvisation en termes de recrutement : ici c’est un retraité de l’éducation nationale, là c’est tout autre chose…

Ce qui me laisse songeuse également, c’est l’attitude de la Conférence des Présidents d’Université, très réfractaire au départ, et aujourd’hui convaincue. Peut-être les universités ont-elles été rassurées sur le fait qu’elles garderaient leur souveraineté du point de vue de la compétence pédagogique, qu’elles seraient informées de tous les dossiers de candidats passant la porte des ECF, et qu’elles auraient le dernier mot du point de vue de l’inscription de l’étudiant étranger dans leur établissement. Mais qui contrôle aujourd’hui sur place ce qui se passe en amont, à part les ECF ? Et puis, avec ce nouveau système, un étudiant ne peut plus écrire directement à une université : il doit forcément passer par l’interface ECF et donc payer.

Reste que du point de vue informationnel, il peut s’agir d’une avancée : le CEF du Cameroun, par exemple, ferait même de l’information et de l’orientation concernant les filières de l’enseignement supérieur au Cameroun. « 

Les questions d’aide au retour, de coopération, de transfert et compétences et de co-développement ont été pas mal évoquées à propos des nouveaux Espaces Campus France. A ce propos, tu prônes depuis longtemps la politique de migrations pendulaires : peux-tu nous expliquer ?

« Ca me semble être l’avenir en effet. Le principe est le suivant : laisser les gens aller et venir pour permettre un meilleur transfert de compétences. Un grand spécialiste malien du paludisme, par exemple, se voyait proposer des contrats de deux ans en France durant lesquels il n’était pas prévu qu’il puisse retourner trois mois au Mali pour faire profiter les laboratoires de recherche où travaillaient ses compatriotes de ses avancées. Or l’avenir pour les chercheurs est bien d’avoir la possibilité de se rendre tous les 3 mois, tous les 6 mois dans leur pays d’origine pour permettre un transfert de compétences au fur et à mesure. Ce n’est pas après une installation de cinq ans en France que le transfert est des plus fluides. « 

En savoir plus : ecole@rfi.fr

 

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