Le système d’accueil des étudiants étrangers en France entre en révolution. Quels sont les principaux changements apportés ? Quel parcours le nouveau candidat aux études en France doit-il accomplir ?
Toutes les précisions concrètes sur chacune des étapes sont à retrouver dans les interviews qui composent le dossier.


1. Point de départ : le pays d’origine


Avant. La procédure n’avait pas vraiment de cadre, ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas et de l’arbitraire.

Poursuivre ses études. Un étudiant étranger qui souhaitait poursuivre ses études en France (non-Erasmus et hors procédures spéciales) faisait d’abord une candidature libre en écrivant directement à une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et pour chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote : il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par la poste à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par l’acceptation ou le refus de sa préinscription. Une fois sa préinscription universitaire en poche, il allait à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière (il est exigé de pouvoir disposer d’environ 400 euros par mois), et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Commencer ses études. Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycle), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant décembre. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel à tous les pays au mois de février : un test de langue et de connaissances assez générique. Si sa note était supérieure à 10, il pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.
Zones floues. En cas de crise dans le pays en question et d’explosion des demandes de visa d’études pour la France, le processus devenait plus chaotique. Hormis ce cas, la seule « discrimination » possible dans l’accès à l’information sur les universités se situait en amont, lorsque l’étudiant venait se renseigner dans les services culturels des ambassades et qu’on le décourageait de façon informelle en lui disant qu’il n’aurait pas les ressources ou le niveau de français suffisant. De manière générale, le processus était peu transparent, l’étudiant avait peu de recours, et en cas de refus de visa, se sentait totalement démuni.

Aujourd’hui. Une convention a été discutée et signée entre la Conférence des Présidents d’Université et le Ministère des Affaires étrangères, qui instaure le principe des CEF, devenus aujourd’hui les Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait ou non décidé d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

Les ECF : Espaces Campus France

Késaco. Le premier CEF (Centre pour les études en France) a été créé en Chine. Le but des CEF devenus aujourd’hui ECF (Espace Campus France) est de faciliter l’accueil des étudiants et de rendre l’enseignement universitaire français plus attractif. Ces espaces sont des services des ambassades de France.
Il s’agit au départ d’une simple application Web visant à dématérialiser le dossier de l’étudiant afin de faciliter le partage d’informations et les procédures d’inscription. Dans chaque pays, le site internet CampusFrance permet à l’étudiant de trouver l’ensemble des réponses aux questions qu’il se pose sur les études en France. L’étudiant se crée un espace personnel sur Internet, à partir duquel un système de messagerie électronique lui permet d’obtenir des réponses précises et rapides à ses questions.
Voici par exemple l’ECF de la Turquie

Concrètement. Un candidat remplit son dossier sur le site, qui est simultanément transmis au service culturel de l’ambassade pour avis et à l’université. Il n’y a plus de risque de perte de documents. Les services de l’ambassade se chargent de l’authentification des documents, de l’entretien de motivation et de l’évaluation du niveau de langue. L’université a ensuite toute liberté d’inscrire ou non l’étudiant.
– Si l’université n’est pas adhérente, qu’elle n’a pas signé la convention, l’étudiant doit d’abord obtenir une pré-inscription selon la procédure habituelle, puis passer par les ECF pour le reste du parcours : évaluation et obtention du visa. Lorsque l’université et les services culturels ont rendu leur avis, le dossier est transmis à l’ambassade pour l’obtention du visa.
– Si la convention est signée par l’université en question, la transmission de tous les dossiers à l’université est automatique, quel que soit l’avis des services culturels et l’université reste le seul décideur du point de vue de l’inscription académique. De plus le système comporte des possibilités de dialogues à propos des dossiers entre les différents intervenants.
L’étudiant a un accès électronique à l’état d’avancement de sa demande de pré-inscription et de sa demande de visa. On note d’ailleurs une augmentation du taux de délivrance des visas étudiants dans les pays CEF/ECF.

Les plus : la transparence revendiquée, le gain de temps précieux, les possibilités de dialogue entre université et consulat, la qualité de l’information (tous les cursus de l’enseignement supérieur français sont accessibles par le moteur de recherche de l’Espace Campus France).
Les moins : outre les interrogations de fond sur l’ingérence pédagogique ou sur la sélection vis-a-vis des universités, l’absence d’uniformité pour l’instant dans la qualité de l’entretien, censé permettre un service d’information, d’orientation et d’aide. Pour l’anecdote, les bugs informatiques lors du lancement. Certains pointent aussi les frais d’inscription à l’ECF, de 75 à 100 euros.

 


Les ECF ont pour mission de :
– Faciliter la mobilité des étudiants désirant poursuivre leurs études en France, en leur proposant un guichet unique pour la pré-inscription et l’obtention du visa, et en améliorant les services qui leur sont offerts.
– Conseiller les étudiants et examiner leurs projets d’études pour veiller à leur réussite.
– Aider les établissements d’enseignement supérieur français dans leur processus de sélection des étudiants étrangers.



2. Une fois en France.

Avant, l’étudiant étranger fraîchement arrivé dépendait du dynamisme des initiatives locales pour voir son installation en France plus ou moins facilitée. Si certaines villes universitaires avaient déjà mis en place des guichets uniques pour permettre aux étudiants de centraliser leurs démarches à l’arrivée, les premiers mois de l’étudiant en France avaient souvent pour nom « galère » et « débrouille ». File d’attente à la préfecture pour le titre de séjour, exigences parfois absudes des banques pour ouvrir un compte, sans parler du logement ou de l’aide sociale.

L’agence campus France, qui regroupe trois acteurs historiques de la mobilité étudiante, vise à rationaliser cela.

L’agence campus France.  L’Agence Campus France regroupe les missions d’accueil des étudiants étrangers qu’accomplissaient jusqu’à présent :
– le CNOUS, qui gère l’aide sociale pour les étudiants, les restaurants universitaires et les cités universitaires,
Egide : Egide se chargeait, pour simplifier, plutôt des boursiers des pays pauvres, et le CNOUS plutôt des autres boursiers,
EduFrance, chargé de la promotion de l’enseignement français à l’étranger.

Guichets uniques. Campus France regroupera à terme un nombre d’entités qui seront identifiées par les CROUS pour être des guichets uniques en région, permettant aux étudiants étrangers de centraliser dans un lieu unique leurs démarches pour le logement, la préfecture, l’aide sociale, la banque… In fine, le but est que ce qui est proposé sur le terrain soit connu par les différents postes à l’étranger.

Titre de séjour. Le visa long séjour pour études obtenu en passant par un ECF permet à l’étudiant qui s’inscrit dans un établissement adhérent à la convention sur les CEF d’obtenir automatiquement, « de plein droit » un titre de séjour en France. En résumé, ça veut dire que ira beaucoup plus vite à la préfecture : ça devrait passer, si vous nous permettez l’expression, comme une lettre à la poste.

Rentrée universitaire. Auparavant, les dossiers des candidats parvenaient aux universités en juillet-août. L’étudiant n’arrivait, une fois le processus consulaire passé, qu’à la mi-novembre : il avait déjà raté la moitié du semestre. Un phénomène qui expliquait aussi pourquoi les étudiants étrangers constituaient une part importante du contingent qui échouait en premier cycle ! Les gains de temps doivent permettre une rentrée sans retard.

Intégration. La charte de qualité de Campus France contient des exigences au niveau de l’effort fait pour intégrer l’étudiant étranger tout au long de son séjour, de l’enseignement du français, du tutorat.

 

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