Cet article fait partie du compte rendu de la rencontre « Développement durable » du 12 et 13 février 2005. Vous pouvez retourner au dossier central pour consulter les autres articles du compte rendu.

Quels modèles économiques pour amener à les populations occidentales favorisées à être actrices du DD ? La décroissance positive est-elle une alternative viable ? Comment inciter les bénéficiaires de la croissance à une consommation modérée ? Quelles pistes pour les associations étudiantes pour agir en faveur du développement économique durable ?

Associations intervenantes :

– La voix des rencontres – ESSEC, Cergy
– Développement durable in situ – Paris
– Amsed – Strasbourg
– Equiterre -Lille

Animatrice : Audrey Philippe Association ReSo

La Voix des Rencontres présentée par Adrien Denavit et Julien Renand

L’association de l’école de commerce de Cergy à été créée, il y a un an pour mener une étude comparative de 6 mois en Équateur, Peru et Bolivie afin de participer ensuite au débat sur le développement économique.

Démarche :

Un premier contact avec les ONG sur place et des associations locales touchées par le système du micro crédit a été réalisé à l’arrivée pendant 2-3 jours. Venait ensuite la rencontre sur les champs avec les premiers bénéficiaires du micro crédit.

Un questionnaire quantitatif a été proposé aux ONG’s ainsi qu’aux bénéficiaires en s’attachant à leurs activités et au taux de réussite. Un temps de parole libre a permis d’avoir les impressions des acteurs locaux.

Un bilan des résultats avec l’ONG locale était ensuite réalisé après avoir visité les acteurs locaux. Il s’agissait de donner des recommandations, de montrer les différents types d’aide existant.

Leur projet était parrainé entre autres par le ministère des affaires étrangères qui leur ont apporté un soutien, notamment méthodologique sur la constitution du questionnaire.

Objectifs du projet :

– montrer les enjeux et les effets du micro crédit
– donner la parole aux bénéficiaires directs
– débat sur la problématique des trois types d’aide : l’appui financier, l’appui technique, la commercialisation.

Quelles sont les conséquences de chaque type d’aide et comment choisir l’une ou l’autre en fonction de la situation locale ?

L’idéal serait d’avoir les trois solutions pour chaque partenaire mais des contraintes locales ne le permettent pas toujours. Le contrôle des aides est fait par les ONG locales qui vont directement sur place régulièrement.

Ddinsitu présentée par Jérémie Bernard

DDinsitu a été créé en octobre 2002 dans l’objectif de réfléchir a une autre forme de développement.

Le projet mené a été une enquête sur une forme exemplaire du DD en Amapa, Amazonie Brésilienne, qui a été soutenu par le gouverneur Capiberibe élu en 1994 (1° gouverneur élu de cet état). Son programme comportait une part importante de protection de l’environnement, en touchant tous les aspects, y compris le développement économique.

Quelques exemples des programmes mis en place sous ce gouvernement :

– Programme de police interactive dans les quartiers afin de laisser derrière la mauvaise image de la précédente police militaire, loin des besoins de la population. L’insécurité des quartiers a par la suite très vite baissé.

– La création d’une école dans un village de la forêt permet désormais aux enfants d’obtenir une formation académique adaptée aux données locales. Une crèche existe pour les toute petits, une classe pour les enfants, une classe pour les adolescents et des cours l’après midi pour les adultes. La formation cible une revalorisation des connaissances culturelles intégrées dans une éducation moderne. Les élèves y apprennent également des gestes très pratiques : comment profiter de l’écotourisme, de la vente du miel, de la récolte des crevettes et de l’usage de la noix de Brésil comme ressource économique etc.

L’exemple de la noix de Brésil :

Les gens la récoltent dans la forêt pour la vendre aux entrepreneurs à un prix très inférieur à sa valeur. Afin de valoriser leur travail et de les rendre plus indépendants, une coopérative à été créée en incluant tous les acteurs de cette chaîne économique ce qui permet à tous d’obtenir un revenu adapté et de respecter le taux de collecte.

– Éviter l’urbanisation et la migration en métropole des gens qui habitent la forêt.

Il aurait fallu beaucoup plus de temps pour véritablement pérenniser de processus en Amapa. Les 8 ans de gouvernement n’ont pas suffit (Capiberibe à utilisé le premier mandat comme période de structuration et le 2e pour la mise en place des projets) .

Le gouvernement de Capiberibe renonce par ailleurs aux projets qui semblent être prometteurs dans un premier temps mais qui sont contraire au DD comme cette entreprise malaisienne qui voulait exploiter la forêt en Amapa en offrant 10000 emplois.

Des impôts, jusque là inconnus des classes aisées d’Amapa ont été mis en place.

Cette enquête a permis de voir ce que nous pouvons faire sur place en France, en nous inspirant de projets étrangers.

Amsed et Ingenieurs sans Frontières présentée par Fanny Bertin

L’AMSED effectue depuis plusieurs années un échange culturel avec l’Algérie et s’occupe de l’accueil des étudiants étrangers en France. Ingénieurs Sans Frontières réalise des projets de développement dans un grand nombre de pays. Le projet auprès de paysans dans la cordillère Andine Équatorienne répond à nue demande de ces derniers auprès de leur prêtre local (d’origine français) pour le financement d’une entreprise locale. C’est en collaboration avec ISF qu’il a été possible de créer une fromagerie, une fabrique de chapeaux et de vêtements ainsi qu’une confiturerie pour couvrir la consommation locale.

Ces activités apportent un revenu fixe aux agriculteurs, le création d’emplois et le réinvestissement des bénéfices dans d’autre projets au profit de la communauté.

Cette démarche permet de protéger la culture locale tout en assurant un développement économique qui améliore les conditions de vie de chacun.

L’autonomisation de projet n’a pas été aisée, surtout en raison du retard de la gestion technique et administrative de l’entreprise par rapport à la production. Si la production progressait, l’administration ne parvenait pas à suivre par manque d’expérience (calcul, alphabétisation). Pour résoudre ce problème, des étudiants français on offert des cours de mathématiques, d’alphabétisation et d’informatique sur place afin de fournir une base à la gestion d’une entreprise.

Equiterre présentée par Antoine Tissier

Equiterre est une jeune association fondée en 2000 afin de faire la promotion et la commercialisation du commerce équitable en France.

Les partenaires sont une filière « Equiterre » au Népal : « Tripathi handicraft », une micro entreprise qui fabrique des sacs en Cotton bio.

L’appui donné par Equiterre consiste en une aide méthodologique (comptabilité), technique (prêt de machines) et financière par l’aide à l’accès au marché Français. Pour réaliser leur projets, Equiterre a une boutique de vente en ligne, participe à des marchés ou à des expositions, organisent des conférences et des défilés de mode équitable – ceci pour montrer que les vêtements équitables peuvent être stylés, de qualité et à un prix abordable. Ils ne se réduisent pas à des vêtement ethniques.

Échanges :

– La Voix des Rencontres

Qu’avez-vous remarqué sur les différences d’impact des différents types d’aide lors de votre étude ?

D’abord ils sont allé voir les associations qui ont été montées par les équatoriens, afin de découvrir leurs modes de vie : les travailleurs et les propriétaires des plantations de café et de banane.

L’aide qui avait le plus grand impact était la formation. Celle des travailleurs mais aussi celle des enfants qui est un véritable investissement sur l’avenir, d’autant que les parents ont souvent plus du mal a suivre les formations que leur enfants car leur niveau éducatif est plus bas. Les thèmes abordés concernaient surtout l’agriculture organique mais également l’alphabétisation, avec un effet secondaire de socialisation non négligeable.

L’impact économique du micro crédit se perçoit surtout au niveau du développement local avec une légère orientation a l’international par le commerce équitable s’ils sont insérés dans un des réseaux du commerce équitable.

L’image des programmes du DD dans les pays du sud ?

L’image du gringo en Amérique du sud et les faux infos (comme en Afrique : les campagnes de vaccination sont la pour stériliser les femmes africaines etc.) ne contribuent pas d’une façon positive à l’image du développement durable dans les pays du sud. Il est donc très pertinent de travailler en cohésion avec les acteurs locaux en les impliquant le plus possible dans la réalisation des projets pour faire en sorte qu’ils s’approprient le projet et s’identifient avec lui.

En ce qui concerne notre comportement il est évidement important de s’adapter bien aux données locaux et faire une étude soigneuse, préliminaire au projet afin d’éviter les malentendus et les fautes du débutant……

– DDinsitu

Comment inciter les gens à participer a un projet comme la police participative ?

La peur d’agir contre la criminalité à été un grand obstacle à surmonter au début, mais le problème était de plus en plus visible dans les rues (gangs, violence accrue au quotidien, impossibilité pour des étrangers au quartier de se rendre dans le quartier, etc.) et les gens ont remarqué petit a petit l’impact d’une telle police interactive et proche des populations. C’est la même chose avec l’exode rural : tant que la vie dans la forêt n’est pas trop pénible, les gens souhaitent rester.

Comment parvenir à e que la population participe activement à la prise de décision aux décisions prises ?

Cela dépend de la situation, les habitants de la forêt ont besoin qu’on leur montre comment améliorer la « cohabitation » avec la nature car ils n’ont jamais été consultés pour leur opinion. Ils ne savent alors pas comment pourraient – ils développer des activités a vise DD sans aide extérieure. Cela peut se faire soit par des programmes gouvernementaux appliqués par des groupes locaux, comme dans le cas d’Amapa (professeurs d’école, policiers ayant reçu une formation spéciale, ONG’s etc.), soit par des initiatives associatives. Le but est toujours de valoriser les ressources locaux, de montrer aux villageois que leur travail est important et de les responsabiliser pour qu’ils puissent être indépendant des grands entreprises qui ne leur payent pas suffisamment pour leur produits..

– Amsed

Quelle est la place de l’exportation des produits ?

Pour ce projet, l’exportation des produits n’est pas encore à l’ordre du jour puisque les consommateurs sont sur place (supermarchés, écoles, etc.).

Comment se décider pour un produit du commerce équitable international si le producteur local français offre la même chose et contribue également au développement local mais cette fois si en France ?

Le choix est difficile à faire, mais certains produits ne sont pas d’origine française (café, thé etc.). C’est à chacun de trouver un compromis entre les produits du marché local et ceux du commerce équitable. Mais la majeure partie des produits consommés par la population n’appartient ni à l’un ni à l’autre, mais proviennent des grands supermarchés.

Comment fonctionne le micro crédit ?

Les micro crédits sont des crédits des montants bas en échange d’une garantie de prêt également basse ainsi que des faibles taux d’intérêt. Ces conditions de prêt permettent un taux de remboursement d’environ 80%.

Qui peut être bailleur d’un micro crédit ?

Il faut se reporter au règlement des organismes de micro crédit pour pouvoir monter un établissement qui en octroie. Les banques conventionnelles prêtent des sommes plus importantes aux banques du micro crédit qui sont ainsi soumise à une garantie de prêt relativement haute (« normale »). Ceux-ci prêtent des petits sommes d’argent aux micros entreprises – les « micro crédits » dont on parlait. Une banque de micro crédits peut être créée par tout groupe de personnes, tout en sachant qu’il faut remplir les conditions du prêt des grandes banques.

Comment sont gérées les micro crédits sur place ?

Le problème a parfois été que le micro crédit était perçu comme un don sans nécessité de remboursement. Il faut alors être sur place pour le relancer. Pour cela, des réunions bimensuelles ont été mises en place entre les bailleurs et les bénéficiaires afin de faire un suivi des prêts.

Quelles sont les garanties pour le remboursement ?

Tout membre d’une ONG, association, etc., qui décide d’octroyer un micro crédit fait signer un contrat de crédit. Les membres doivent également habiter depuis plus de trois années dans la ville où ils souscrivent le prêt.

Comment viser un développement économique à visée durable dans les pays en développement, sans mener à la surconsommation ?

Ces pays n’ont souvent pas l’habitude de surconsommer mais doivent d’abord survivre (bien sur il y a aussi des contre exemples…). Mais d’ailleurs qui sommes de leur interdire notre mode de vie ?

Quel avenir pour le commerce équitable ?

Afin de rendre le Com Eq moins cher et plus authentique, l’objectif est de se développer en éliminant les intermédiaires.

Conclusion

Les thèmes dominants de cet atelier sur le développement durable économique étaient la décroissance positive et les autres alternatives au capitalisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, le commerce équitable, l’importance du respect de la culture dans le développement durable économique.

Les alternatives économiques au système actuel sont diverses. Décroissance positive (moins produire, moins consommer, moins polluer), mise en place de coopératives au local mais surtout système des micro crédits qui facilitent le développement d’une micro économie qui ouvre sur des débouchés locaux. Le commerce équitable est aussi un moyen de soutenir directement l’économie d’un pays en développement, et une façon de créer un lien entre les pays, plus directe et « humaine » qu’à travers des produits commerciaux classiques.

Enfin, pour les projets qui touchent à l’organisation des communautés locales, il est important de respecter et mieux, de valoriser les héritages culturels autochtones pour en faciliter l’appropriation, comme ce fut le cas avec la revalorisation de la noix de Brésil intégrée dans un projet de coopérative en Amapa.

 

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