Cet article fait partie du compte rendu de la rencontre « Développement durable » du 12 et 13 février 2005. Vous pouvez retourner au dossier central pour consulter les autres articles du compte rendu.

En introduction à la rencontre sur le développement durable, la tentative d’une définition de ceci a donné lieu à une discussion animée avec Gaëtan Cheppe, chargé de mission à la Mairie de Lille et Thierry Tenemangoua président d’A2D et modérateur de la discussion.


I. De la relativité du concept de développement durable selon les acteurs

Les définitions des acteurs concernés par le développement durable sont variables selon les intérêts en jeu. Petite comparaison :

Selon BP France
« Le développement durable, c’est tout d’abord produire plus d’énergie, plus de pétrole, plus de gaz, peut-être plus de charbon et de nucléaire, et certainement plus d’énergies renouvelables. Dans le même temps, il faut s’assurer que cela ne se fait pas au détriment de l’environnement. » Source : le compte rendu des travaux des 4e rencontres parlementaires sur l’énergie, jeudi 11 octobre 2001 contribution de Monsieur Michel de Fabiani, président de BP France

Selon AREVA
« Le développement durable, c’est faire qu’une entreprise soit responsable de ce qu’elle fait vis-à-vis d’elle même, de ses salariés et du reste de la société, aujourd’hui, demain et après-demain. » Source : Anne Lauvergeon, PDG d’AREVA, extrait de Développement Durable, 21 patrons s’engagent, Pierre Delaporte et Teddy Follenfant, Editions Le cherche Midi

Selon DuPont Canada (fabriquant de produits chimiques)
« En 2001 nous nous sommes fixé des objectifs d’exploitation visant à assurer la CROISSANCE DURABLE de DuPont au profit des actionnaires et de la société en général, tout en diminuant l’impact environnemental de nos activités le long des chaînes de valeur. Nos objectifs pour 2010 visent à promouvoir la durabilité sur les plans économiques, sociaux et environnementaux de façon globale et dans un esprit de collaboration. » Source : Rapport annuel de DuPont Canada par Jennifer Hooper, directrice de l’équipe de Croissance Durable 2010

Selon EDF
« Un engagement vers le développement durable… pour concilier croissance économique, respect de l’environnement et progrès social. Pour mener de front développement économique et protection de l’environnement, les efforts à mener tiennent globalement en peu de mots : recours aux énergies renouvelables et au nucléaire. »
« L’ensemble des résultats conforte le groupe EDF dans sa stratégie de devenir l’un des plus importants acteurs du secteur électrique mondial (aujourd’hui, 3,5% du marché) et le premier en Europe (aujourd’hui, 18% du marché) et lui permettent d’envisager l’avenir sereinement en posant les bases d’une croissance durable et rentable. »
« …L’énergie ne peut s’envisager qu’au regard du développement durable. Qui dit développement durable dit développement économique… » Source Internet : (www.decroissance.org)

II. La définition du Développement Durable au Sommet de Rio

Le développement Durable est un mode de développement à long terme qui concilie la protection de l’environnement, le développement économique et l’épanouissement social, dans le souci des générations futures et reposant sur les principes de solidarité, précaution, participation et de subsidiarité.

Le Développement économique doit permettre de satisfaire les besoins de base, à savoir : logement, nourriture, santé, éducation, confort et loisirs, et d’assurer l’emploi. Le volet économique vise aussi la limitation des coûts à long terme.

La protection de l’environnement passe par une limitation des pollutions, nuisances et risques, une consommation raisonnable des matières premières en fonction de leur taux de renouvellement et le maintien de la biodiversité, de la santé publique et de la qualité de l’air, de l’eau et du sol.

L’épanouissement social : le développement social vise à une plus grande équité et à une solidarité générationnelle et spatiale (les générations présentes ne sauraient exercer de prééminence par rapport aux générations futures).

Le développement durable aboutit à des pratiques :

– de solidarité (temporelle, spatiale)
– de participation (partenariat, information, participation des citoyens et démocratie locale)
– de précaution (intégrer l’incertitude scientifique dans tout projet)
– de subsidiarité.

III. Historique du développement durable

Le Club de Rome : La conclusion forte du rapport est que la croissance matérielle perpétuelle conduira tôt ou tard à un « effondrement » du monde qui nous entoure, et que, même en étant très optimiste sur les capacités technologiques à venir, l’aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles ne peuvent être infini.

1987-1988 : RAPPORT BRUNDTLAND Lors de cette commission mondiale sur l’environnement et le développement, une notion est évoquée : « our common future » (notre futur à tous). D’un accord commun, les problèmes de développement et d’environnement doivent être traités en un seul et même problème. De cette décision naquit le développement durable.

1987 : MONTREAL Commission mondiale sur l’environnement et le développement durable. Le rapport Bruntland donne la définition suivante : « Le développement durable est celui qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures ».

1992 : RIO Le sommet de la terre sur l’environnement et le développement (CNUED : Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement) adopte les 27 principes de la déclaration de Rio, les recommandations de l’Agenda 21, un programme pour le XXIème siècle (appelé aussi Action 21), les conventions sur la biodiversité, le climat et un texte sur les forêts.

1994 : AALBORG Première conférence européenne des villes durables. « Chaque ville étant différente, c’est à chacune qu’appartient de trouver son propre chemin afin de parvenir à la durabilité », souligne la charte d’Aalborg.

IV. La définition du développement durable : une variabilité du mot économique ?

L’empreinte écologique ?

L’empreinte écologique représente la surface biologiquement productive (la surface biologiquement productive est constituée des sols fertiles, c’est à dire permettant aux plantes de se développer, et des eaux permettant aux animaux marins de se développer) nécessaire au maintien durable de la population à son niveau de vie actuel. C’est la surface nécessaire pour : produire toute l’énergie et les matières premières consommées par cette population, éliminer tous les déchets qu’elle rejette. Elle s’exprime en unité de surface : l’hectare (100m x 100m)

Quelle surface de Terre est disponible pour la production de ressources et d’énergie ?

La Terre a une surface de 51 milliards d’hectares, dont 14,5 milliards de terres émergées. Seuls 12,78 milliards d’hectares sont biologiquement productifs :

– les terres arables : 1,4 milliards d’ha
– les pâturages : 3,36 milliards d’ha
– les forêts : 5,12 milliards d’ha
– les mers productives : 2,9 milliards d’ha

12,78 milliards d’hectares à partager entre les 6 milliards d’habitants de la Terre, cela représente 2 hectares par personne. Ce calcul de l’empreinte écologique équitable est très optimiste car il ne laisse pas de place pour des zones vierges non perturbées par l’homme.

L’empreinte écologique indicateur de durabilité L’empreinte écologique d’un européen est de 4,97ha. Or l’empreinte écologique équitable est de 2ha. Si les 6 milliards d’êtres humains actuels vivaient et consommaient comme les européens, il nous faudrait presque 3 Terres.

En Europe, comme dans tous les pays riches, nous nous approprions donc plus que ce que la nature peut nous offrir ! Cette façon de vivre ne peut pas être reproduite dans le reste du monde car la Terre ne pourrait pas fournir les ressources nécessaires à la satisfaction de tels besoins.

Comment changer la situation et évoluer vers un mode de vie plus durable ? L’erreur des économistes ?

– la non prise en compte du coût environnemental dans la définition du capitalisme
– une erreur scientifique : l’économie est une science. Tous les scientifiques sont observateurs… or la science de l’écologie arrive fin du 19ème siècle, comment peut on omettre l’importance de cette science dans l’économie ? La responsabilité du scientifique est engagée. « Il n’existe pas de soit disante non responsabilité des scientifiques face à l’utilisation, ou à l’exploitation détournée de leur recherche… M. Oppenheimer, chercheur sur le nucléaire, disait à ce sujet : « Si je savais qu’on aurait utilisé ma découverte à des fins militaires j’aurais fait de la broderie plutôt que de la science… »

V. Quelle Définition du Développement Durable apporter ?

« De prime abord, le concept de « développement durable » peut rallier à peu près tous les suffrages, à condition souvent de ne pas recevoir de contenu trop explicite ; certains retenant surtout de cette expression le premier mot « développement », entendant par là que le développement tel que mené jusqu’alors doit se poursuivre et s’amplifier ; et, de plus, durablement ; d’autres percevant dans l’adjectif « durable » la remise en cause des excès du développement actuel, à savoir, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre… L’équivoque de l’expression « développement durable » garantit son succès, y compris, voire surtout, dans les négociations internationales d’autant que, puisque le développement est proclamé durable, donc implicitement sans effets négatifs, il est consacré comme le modèle absolu à généraliser sur l’ensemble de la planète. »…

Source : rapport du Sénateur Marcel Deneux sur L’évaluation de l’ampleur des changements climatiques, de leurs causes et de leur impact prévisible sur la géographie de la France à l’horizon 2025, 2050 et 2100

Conclusion

Est il nécessaire de s’atteler à une définition alors que celle-ci est, par essence même, basée sur une philosophie ? Nous savons tous ici dans la salle que l’adjectif « durable » se définit par la remise en cause des excès du développement actuel, à savoir, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre…

Les actions dans tous les domaines sont importantes. Les associations étudiantes œuvrent dans de nombreux domaines comme le social, la solidarité internationale, l’environnement…

Débat

Quelle définition faire du DD en définitive ?

La définition est variable selon le poids que l’on donne à chaque mot :
– plutôt ciblé sur le développement = interprétation de certaines entreprises
– plutôt ciblé sur la durabilité = définition plutôt portée par les ONG’s et le monde associatif.

Mais est-il nécessaire d’avoir une seule définition ?

Le DD n’est-il pas plutôt davantage une philosophie de vie pour chacun, visant à réduire les excès du développement actuel et protéger ainsi notre planète. Par conséquent, tous les domaines sont concernés par le DD.

Pourquoi avoir choisi des définitions d’entreprises pour définir le DD ?

La mention des définitions des entreprises au début du discours était choisie moins dans l’objectif de donner raison à ces définitions mais plutôt pour illustrer les problèmes fréquemment retrouvés lors d’une définition du DD (importance plutôt sur le développement ou sur la durabilité ?) et pour montrer la grande variabilité d’interpréter ce terme. Finalement la définition n’est pas stricte et le DD devrait pouvoir être adopté par chacun à sa propre manière.

Quelle est l’urgence d’agir ?

Nous sommes aujourd’hui à la dernière ou avant dernière génération d’alerte, ensuite, il sera probablement trop tard. Une sensibilisation massive dès maintenant peut peut-être changer la donne.

Que sont les Eco Achats ?

Ce sont des achats responsables qui comprennent une diminution de la consommation et une consommation plus consciente des produits choisis.

Comment communiquer avec les autres pays sur le thème du DD dans notre situation ?

Les trois secteurs de communication et d’influence restent toujours l’économie, la publicité et la politique. Économiquement les trois principaux produits d’échange entre les pays sont le pétrole, la drogue et l’armement (carte Le Monde). Sur le plan des médias, les discours lobbyistes ont beaucoup de poids, enfin la politique est souvent utilisée comme moyen pour faire patienter les gens pour un temps afin d’avoir les mains libres pour se préoccuper d’autres questions considérées comme prioritaires.

Voila trois pouvoirs fort mais néanmoins influençables par nos actions, par exemple par la création d’un vrai pouvoir de communication dont le rôle principal serait de dénoncer les fausses infos qui circulent et qui donnent une mauvaise image du DD (ex : « le recyclage du papier est polluant »). Cela est possible par un réseau basé sur la transversalité, mais aussi par l’utilisation de la démocratie comme moyen de faire vivre cette transversalité.

Et quoi faire à notre échelle ?

On ne peut se permettre de définir le faux et le vrai. Si chacun ne se met pas chaque jour en cause, on est déjà dans le faux. Plutôt qu’à trouver des manques dans les actions menées par d’autres, il vaut mieux commencer par un changement de son mode de vie personnel. Il est important de ne pas être trop élitiste au risque de ne toucher ou sensibiliser personne. Il faut surtout avoir foi dans ce qu’on fait, ne pas être trop fataliste par rapport aux médias (« …ils nous influencent trop, le grand public ne se laissera jamais convaincre d’une possible alternative … », etc.).

Il faut juste savoir les utiliser pour communiquer sur sa cause, en contre pouvoir d’information, en visant le grand public et au-delà des reportages documentaires trop pointus sur ARTE. Le poids de l’opinion publique peut être très lourd.

Quelles sont les propositions d’actions à proposer aux jeunes associations ?

– Amplification des actions sur tout les niveaux (SI, Environnement, sensibilisation, éducation etc.) sans hésiter à solliciter les structures officielles mises en place à propos du DD (FNE, Ademe etc.), on peut y trouver beaucoup de professionnels convaincus qui mènent des actions à grande échelle.

– Internet permet de joindre et donc de sensibiliser un très grand nombre de personnes à un prix très économique.

– Malgré la crise du politique, il est important d’agir avec dans le monde politique, avec ses armes, pour s’engager pour ses idéaux et trouver des débouchés concrets.

Les associations peuvent-t-elles participer à l’agenda 21 ?

Les acteurs de l’agenda 21 doivent être membres de la société civile. Il y a donc toute légitimité pour les associations étudiantes de participer aux projets dans l’agenda 21 (cf. dossier agenda 21).

Comment une association peut-elle poursuivre sont travail dans une collectivité qui connaît un changement politique (ex d’Amapa au Brésil) ?

En général il y a toujours des changements à accepter mais il est tout a fait possible de trouver une manière de collaboration pour avancer avec de nouveaux responsables politiques, souvent en jouant sur le plan des relations personnelles. Exemple : la collaboration a Lille entre Christian le Chocq (UMP), ancien directeur le l’agence de l’eau, donc sensibilisé aux questions d’environnement. Cette collaboration a mené à une campagne de sensibilisation aux problèmes environnementaux liées à l’eau.

Comment favoriser la prise de décisions en faveur du DD à l’échelle d’une ville, peut être avec l’aide de la pression des entreprises ?

Pour l’instant la pression est peu présente, sauf quelques petites concessions, mais il existe toujours le moyen d’entrer dans le système pour changer les choses avec les moyens disponibles. L’objectif étant d’obtenir le maximum sur ses objectifs lors de négociations. Mais la ville doit aussi prendre en compte la nécessite de revenus sous forme d’impôts (impôts privés et professionnels) : si les entreprises partent, c’est autant d’argent en moins pour les programmes sociaux etc. Depuis la création il y a sept ans du service pour le DD à la mairie de Lille le budget monte progressivement ce qui permet de supporter beaucoup plus des programmes au sein de la ville.

On peut rappeler les points essentiels abordés ici, pour avancer dans notre travail et sensibiliser le public, améliorer nos conditions de travail et voir nos projets aboutir :
– rester unis et fédérer
– travailler en réseau
– être une force de proposition
– mener des actions
– utiliser les outils a votre disposition comme l’Internet, le radio, la télévision, les affiches etc.
– prendre sa place dans la société à travers ses engagements politiques

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir