Être étudiant et conseiller des entreprises ? C’est possible dans le cadre d’une Junior-Entreprise (JE). Concept original né en 1967, une JE propose à des étudiants de réaliser des études pour des entreprises ou des collectivités locales. Aujourd’hui au nombre de 140, elles sont fédérées depuis 1969 au sein de la Confédération nationale des juniors-entreprises (CNJE). Tour d’horizon d’un espace pédagogique innovant, offrant un réel complément aux formations, et où s’élabore l’esprit entrepreneurial de demain.

De la théorie à la pratique

Association régie par la loi 1901, chaque JE revêt une dimension pédagogique. Olivier Fournier, actuel président de la CNJE, explique que l’expérience en JE est une « formation à la vie de l’entreprise, par une mise en pratique de l’enseignement théorique ». Chacune des missions que se voit confier un étudiant est pour lui la possibilité d’appliquer les apprentissages qu’il a reçus et de se frotter aux réalités de l’entreprise, tout en ayant une première vue concrète d’un environnement économique. Autant d’atouts pour la future insertion professionnelle, voire pour un projet de création d’entreprise.

Créer une junior, c’est donc offrir l’opportunité d’une première expérience significative à des étudiants, mais c’est aussi, explique Antonin Hardy, membre fondateur de Sciences Po Lille Junior conseil, une manière de « participer au rayonnement et à l’image de l’école » et de « montrer aux entreprises les compétences dont les étudiants sont capables ».  Créée en avril 2008 à l’IEP de Lille, Sciences Po Lille Junior conseil est pionnière de l’implantation des JE dans les IEP. Elle a déjà réalisé une douzaine d’études, parmi lesquelles une analyse stratégique dans le secteur des services à la personne pour un fond d’investissement, ou encore une ingénierie de projets pour une fondation dans le cadre de l’application du plan anti-canicule dans une maison de retraite.

Des études variées

Les études réalisées sont variées et portent sur des enjeux commerciaux ou des questions techniques : création de site web, étude de satisfaction, développement de logiciel, étude de lancement d’un produit, etc. La JE d’Euromed, Marketing Méditerranée, a ainsi réalisé récemment une étude pour Vinci portant sur l’amélioration de ses processus d’achats, une autre pour EDF pour lui permettre de s’implanter sur de nouveaux marchés ou encore une étude d’impact de la crise économique sur la région de Nîmes, commandée par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) locale.
Dièse, la JE de l’ENSIEE d’Evry, lauréate 2009 du label ingénieur, a elle développé une base de donnée originale, basée sur la combinaison de deux technologies ou encore créé le site Internet du Conseil national de l’alimentation (CNA), qui lui a valu un sujet dans un journal télévisé.

En fonction de sa stratégie, et de son lieu d’implantation, une junior va privilégier tel ou tel type d’études, sans se priver pour autant de développer de nouveaux pôles. En plus de ses prestations délivrées de longue date dans les domaines du marketing, de l’audit, de la finance, de la stratégie, de la communication et des ressources humaines, Marketing Méditerranée développe actuellement un pôle développement durable et un pôle design. La JE d’Euromed travaille également avec une autre association du campus, Phoenix, dans l’accompagnement de lycéens de ZEP, qu’ils sensibilisent à l’entreprise et à qui ils présentent l’esprit entrepreneurial. Pour Nicolas Sestier et Jean Toulorge, le président et le trésorier, il s’agit, dans la continuité de la création du pôle développement durable, de s’ouvrir aux questions liées à l’environnement social.

S’inscrire dans la durée

La CNJE est extrêmement soucieuse de la solidité et de la pérennité de chacune des JE. En effet, si l’une d’entre elles connaît des défaillances, si un client est mécontent, l’ensemble des structures porteuses de la marque risquent de s’en trouver affectées. L’appellation « JE » est en effet une marque déposée et la CNJE veille à ce que celle-ci demeure une garantie pour les entreprises. Il est donc essentiel qu’une structure qui se créée se donne dès le début les moyens de perdurer. « Il s’agit avant tout, précise Olivier Fournier, d’apporter une aide et de garantir la crédibilité de l’ensemble des JE. Le rôle propre de la CNJE est d’accompagner et de garantir la solidité de la marque, de protéger et de répondre aux questions. »

Avant de bénéficier du label « JE » un projet naissant devra attendre de deux à quatre ans, en passant par les stades de « Junior Création » et de « Pépinière JE ». Une fois ces étapes franchies, la JE doit cependant veiller à conserver l’agrément de la marque. Tous les ans, au sein de chacune des structures, des audits sont réalisés et si celui-ci fait apparaître des problèmes, la JE devient alors une « Junior Initiative » et bénéficie d’un accompagnement particulier afin d’apporter des correctifs aux difficultés qu’elle a rencontrées.

Antonin Hardy explique ainsi que Sciences Po Lille Junior conseil – en passe de devenir une Pépinière JE – a pu bénéficier grâce à la CNJE de conseils, de formations et d’expertises. Toutes les connaissances et pratiques développées au cours de ces quarante dernières années fait l’objet d’une véritable transmission grâce à l’action de la CNJE. Cet accompagnement se fait dans un véritable esprit d’entraide, puisque les JE échangent régulièrement, lors des temps de formation par exemple, se conseillent ou pratiquent des audits croisés. Les JE les plus expérimentées font bénéficier le mouvement de leurs expériences par l’intermédiaire du Comité sénior qui réunit les douze meilleures d’entre elles. Son rôle, explique Anastazia Pikus, présidente de Dièse, est de fournir des conseils aux juniors sur les modes de prospection, la trésorerie, etc. mais aussi de servir de relais auprès de la CNJE, pour faire remonter les difficultés et les problèmes que rencontrent certaines structures.

Concurrence cordiale

Si, comme l’explique Olivier Fournier, entre les JE « la notion de concurrence est appréciée », celle-ci n’est jamais synonyme de rivalité ; il s’agit d’abord de « favoriser l’émulation pour encourager la volonté de chacun d’aller se développer ». De fait, le sentiment identitaire au niveau de la CNJE est important : tous les membres ont conscience de faire partie d’un même mouvement. Il n’est donc pas rare qu’une JE en recommande une autre ou que des études soient réalisées en collaboration.

Sur ce point, le rôle de la CNJE est essentiel. Les nombreuses rencontres qu’elle organise sont des temps de formation et d’échange de pratiques forts, qui soudent les juniors entre elles. Chaque année ont lieu deux congrès nationaux et seize congrès régionaux, à l’organisation desquels les JE et les délégués régionaux, au nombre de huit, sont associés. Lors de ces temps de rencontre, professionnalisme et cordialité vont de pair. L’esprit d’entreprendre n’éclipse pas la fougue de la jeunesse !

L’ouverture à l’université

Présente très majoritairement en écoles d’ingénieurs et de commerce, la CNJE cherche aujourd’hui à s’ouvrir aux universités. Le 16 novembre dernier, lors des 3e journées de l’entrepreneur, Valérie Pécresse et Hervé Novelli, respectivement ministre de l’Enseignement supérieur et secrétaire d’État chargé du Commerce ont annoncé des mesures de soutien à ce que la CNJE déclare être son projet phare pour l’année 2009-2010. Ce soutien au développement des JE dans les universités se traduit sur un plan financier, ce qui permettra à la CNJE d’amplifier sa campagne de communication au sein des universités et de mettre en place des dispositifs de formation et d’accompagnement spécifiques.

Les premières candidatures de création de JE en universités ont été déposées en octobre, pour une intégration officielle prévue en décembre ou janvier. Pour l’instant, les dossiers en cours de traitement sont encore le fait de filières liées à l’économie mais Olivier Fournier souhaite encourager les étudiants en sciences humaines et sociales à rejoindre le mouvement.

Sur ce point, si une piste se dessine à l’EHESS pour créer une JE spécialisée dans le domaine de l’expertise sociale ou géopolitique, la CNJE est encore en recherche d’éléments pour déterminer les types d’études qui pourraient correspondre aux filières de sciences humaines et sociales : questions d’éthique, questions d’organisation du travail, … L’ouverture à l’université ouvre des perspectives de réflexion sur l’entrepreuneriat social, le développement durable ; en somme tous les enjeux voisins des enjeux économiques, tout aussi essentiels pour les futurs entrepreneurs. Désormais, pour les étudiants d’université également, « l’esprit d’entreprise n’attend pas le nombre des années ».

 

* Plus d’informations sur le site de la CNJE et le blog de la CNJE

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