Il n’est pas toujours facile, quand on s’expatrie, de trouver les bonnes infos, de faire seul toutes ses démarches administratives et de réussir son intégration dans la ville qui nous accueille pour un cursus supérieur. Ainsi, nombreux sont les étudiants qui s’organisent pour accueillir leurs homologues à l’étranger. Parmi elles, les associations dites « communautaires », qui accueillent les étudiants de leur pays d’origine.

C’est le cas pour les étudiants guinéens qui comptent, partout en France, de nombreuses associations qui développent des services pour accueillir les nouveaux venus. Certaines d’entre elles vont plus loin encore, et tissent des liens avec d’autres structures partenaires pour favoriser l’insertion professionnelle des étudiants guinéens à leur retour dans leur pays, ou bien leur intégration en France.

Toutes ces associations déploient beaucoup d’énergie. De nombreuses initiatives sont développées tout azimut dans l’hexagone, mais sans coordination, et le plus souvent sans réelle connaissance de qui fait quoi sur le territoire.

 

Mais un jour, au Parc Floral…

A l’occasion du Forum des associations étudiantes organisé par Animafac en 2006 au Parc Floral de Paris, plusieurs associatifs étudiants guinéens sont venus de toutes les régions de France. Ils se sont donnés rendez-vous en marge de l’événement pour commencer à bâtir ce qui deviendra bientôt leur réseau: Qui fait quoi? Où? Avec qui? Quelles difficultés ? Comment mieux communiquer? Comment mieux coordonner nos actions? C’est un grand chantier qui est alors lancé, prémice d’un réseau en devenir …

 

Des lignes droites et des collines

Cette rencontre inaugurale a permis de donner corps à ce qui était déjà en germe dans certains esprits : quelque chose devait se construire. Une commission de réalisation du projet fut alors mise en place pour formaliser la création de cette nouvelle structure.

Pourtant, comme dans tout projet, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Chacun est reparti dans sa ville, vers ses études, ses préoccupations; et une fois chacun revenu dans son territoire, pas toujours facile de perpétuer la dynamique insufflée alors! Le projet est toujours bien là mais il sommeille un peu…

 

Des événements qui bousculent

« Les violences policières lors des manifestations de janvier – février en Guinée nous ont rappelé les enjeux et les défis qui interpellent les jeunes guinéens » se souvient Valdo Diallo, chargé des relations extérieures du CNJGF. « Et c’est l’association AJGF (Association des Jeunes Guinéens de France) à Paris notamment, qui a relancé la machine » se souvient Gayo. Dès lors, un organe central provisoire se crée et retranscrit sur le papier les idées émises lors des précédentes rencontres. Un document de base est ainsi rédigé, et une campagne de mobilisation est lancée pour atteindre la majorité des structures associatives guinéennes de France.

 

 

De rencontres en rencontres, de ville en ville, les infos se diffusent et l’idée du réseau associatif prend corps. Parce qu’il faut toujours un peu de temps pour maturer, accoucher de bonnes idées, structurer un plan d’action, les jeunes guinéens privilégient des temps d’échanges courant 2007 et 2008 pour laisser le temps à leur réseau de s’imposer peu à peu comme ue évidence.

 

Naissance du CNJGF (Conseil National des associations de Jeunes Guinéens en France)

Après des mois de silence et autant de mois de travaux pour constituer les statuts, textes fondateurs et autre charte d’affiliation, c’est avec une certaine satisfaction que les associatifs ont inauguré leur réseau le 27 juin 2009 à Paris. « C’est vrai que depuis cette date, on sent un véritable engouement pour le réseau, note Valdo. Et ainsi, beaucoup se reconnaissent dans son plan d’action et de développement, véritable âme du réseau ».

Aboutissement d’un long travail de coordination et fort de projets partagés, ce réseau reconnaît volontiers des similitudes avec le fonctionnement du réseau Animafac « Notre charte s’en inspire beaucoup, reconnaît Gayo. Nous y avons ajouté nos spécificités mais l’essentiel était que chacun se retrouve dans le projet et qu’il n’y ait pas de vélleités de prédominance d’une association sur les autres ». Trouver les points communs, travailler ensemble sur ce qui réunit, c’est un peu le coeur du réseau CNJGF.

A l’occasion de son lancement, le CNJGF a ainsi présenté les résultats d’une première enquête nationale menée auprès des étudiants guinéens en France (problématique avant départ et difficultés rencontrées en France…) Objectif : dégager un projet et solliciter des partenaires afin de répondre aux problèmes de ces étudiants.

 

Des activités qui se situent essentiellement sur l’axe d’accueil des jeunes guinéens en France : appui dans les démarches administratives, accueil dans les villes universitaires… Pour mutualiser les expériences de chacun, des publications de guides sont en projet. Côté insertion professionnelle, le CNJGF entend bien faire perdurer les liens de solidarité au delà de la période d’études.

Mais plus encore, l’engagement des jeunes guinéens en France comme en Guinée se traduit par la nécessité de faire entendre leur voix. « Souvent, dans les mobilisations de la société civile, les jeunes sont en première ligne, concernés dans les textes mais rarement écoutés, rarement partie prenante des politiques qui les concernent! » s’étonne Gayo. Pourtant des espaces existent! On peut citer notamment le PROJEG (Programme Concerté de Renforcement des Capacités des Organisations de la Société Civile et de la Jeunesse Guinéenne) qui leur est particulièrement dédié.

Aussi, c’est cette voix de la jeunesse que veut faire entendre le CNJGF. « Parce que les jeunes ont besoin d’être écoutés dans leurs visions des événements et dans leurs propositions pour l’avenir ». Particulièrement réactives lors de mobilisations nationale et internationale, les associations des étudiants guinéens ont organisé des manifestations un peu partout en France pour dénoncer les répressions sanglantes perpétrées par la junte militaire lors de la rentrée de septembre 2009. Une mobilisation qui ne faiblit pas avec le temps.

Pour aller encore plus loin, les 24 associations membres – pour le moment! – ont planché sur un plan d’action: insertion professionnelle en France et en Guinée, accueil et aide aux démarches administratives en France… Ainsi les échanges se multiplient avec des structures comme Campus France en Guinée pour que les acteurs associatifs et institutionnels conjuguent leurs efforts.

 

Prochainement

Le mois de mars 2010 sera un moment important pour les membres actifs du CNJGF. Outre l’élection des administrateurs, ce sera aussi l’occasion de parler de la mise en oeuvre d’actions. « Il est important de travailler sur les passerelles à construire entre les leaders des associations séniors » précise Gayo.

Mais la mobilisation de la société civile continue et se préoccupe de la situation en Guinée. Ainsi, en province, s’organise la tournée nationale des Forces Vives (collectif regroupant des partis politiques, des organisations de la société civile et des syndicats guinéens, qui lutte pour une Guinée démocratique). Nationalement représenté, le CNJGF a été chargé par le collectif d’organiser cette tournée. Les jeunes guinéens auront à coeur dans cette mission d’aller à la rencontre des milliers de Guinéens résidant en France pour parler des problèmes actuels en Guinée et de la mobilisation en France.

 

Les défis pour l’avenir…

Malgré toute cette énergie dépensée à se retrouver, à se fédérer en réseau, il est souvent difficile pour les membres du CNJGF de garder le rythme, de conserver la dynamique qui les a uni un jour d’été 2006. Dépasser la distance géographique, dépasser les difficultés structurelles que rencontre une jeune association (changement d’interlocuteurs fréquent, fort turn over, transmission difficile…), qui se trouvent d’autant plus démultipliées à l’échelle d’une telle structure interassociative!

Autant de défis qui leur faut relever pour faire vivre le réseau, qui ne demande qu’à perdurer. « Le CNJGF se veut être un véritable mouvement de jeunesse, représentatif, conclut Valdo. Apolitique, mais lobbyiste, il entend peser sur la mise en place d’institutions qui reconnaissent réellement l’implication des jeunes guinéens dans le développement de leur pays. Depuis les événements de ces derniers mois en Guinée, nous sommes désormais reconnus comme un mouvement social guinéen. Dans un pays sans liberté et sans véritable démocratie, il n’est pas possible de porter les projets de développement que nous envisageons. Nous travaillons pour l’établissement d’un climat politique sain»


 

 

Consulter le site du réseau CNJGF

En savoir plus sur le PROJEG

 

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