Samedi 4 avril a eu lieu le colloque « Apprendre à diriger », les associations de jeunes comme viviers de compétences, organisé conjointement par Animafac, la Joc et la MRJC. L’occasion pour tous de faire le point sur les moyens qu’ont les jeunes de faire valoir, aujourd’hui, les compétences acquises dans le cadre de leur expérience associative et de les valoriser dans un parcours d’insertion sociale et professionnelle.

A l’origine du colloque, une étude de deux sociologues au laboratoire Printemps du CNRS, Fanny Forgeau Zerbib et Catherine Lenzi Fauraz. Intitulée « Spécificités des associations de jeunes, dirigées par des jeunes », cette étude réalisée à la demande d’Animafac, de la JOC et du MRJC, met en lumière les caractères particuliers des associations gérées et animées par des jeunes

Déroulement du colloque

C’est Didier Guillot, adjoint au Maire de Paris en charge de la vie étudiante qui ouvre le colloque en saluant l’étude menée par Catherine Lenzi et Fanny Forgeau. Selon l’adjoint au Maire, cette étude a bien mis en valeur l’intégralité des compétences développées dans un cadre associatif « prise de parole en public, gestion et organisation d’un groupe, gestion de relations publiques, capacité à diriger. Autant de choses que l’on n’apprend pas à l’université, faisant de l’engagement associatif une expérience complémentaire d’une richesse inouïe, qui devrait être davantage reconnue, notamment dans le cadre d’une VAE. »

Lire : Ouverture du colloque par Didier Guillot

Damien Cerqueus, secrétaire national de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) introduit ensuite l’étude sur les spécificités des associations de jeunes et revient à cette occasion sur les motivations qui ont conduit à sa réalisation

Lire : Introduction par Damien Cerqueus

Une fois l’étude introduite, Fanny Forgeau Zerbib et Catherine Lenzi Fauraz, sociologues au laboratoire Printemps du CNRS en présentent les conclusions.

Lire : Présentation des conclusions de l’étude
Lire : Synthèse de l’étude

Suite à la prise de parole des sociologues, Philippe Da Costa, membre du Conseil économique, social et environnemental et directeur national de la Croix-Rouge française, Camille Galap, président de l’université du Havre et la commission « vie de l’étudiant » à la Conférence des présidents d’université, et Martin Hirsch, haut commissaire à la Jeunesse interviennent à leur tour en réaction à l’étude.

Lire : Réactions et discussion autour des conclusions de l’étude

S’écoulant au rythme d’ateliers et de table ronde, le colloque a permis à chacun de prendre conscience non seulement des forces de la jeunesse mais aussi du chemin restant à parcourir pour lui accorder une réelle place dans la vie publique.


Au cours de l’après-midi, les ateliers ont permis de faire le point sur différentes problématiques concernant la jeunesse.

« Les associations de jeunes, école de cadres militants ? »
Intervenants :
Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement
Frédéric Massot, président du CJDES (Centre des jeunes dirigeants de l’économie sociale)
Stéphanie Rizet, sociologue (Paris-VII)

Lire : Atelier 1

 

« Les associations de jeunes à travers le monde »
Intervenants :
Gayo Diallo, président du Conseil National des Associations de Jeunes Guinéens en France (CNAJGF)
Yann Louvel, membre de la coalition Jeunesse Sierra au Canada
Ante Martic, chargé de programme au YFJ (Youth Forum Jeunesse)

Lire : Atelier 2

 

« Les jeunes dans le débat public »
Intervenants :
Véronique Soulé, journaliste à Libération
Olivier Galland, sociologue (CNRS)
Jean Massiet, administrateur de l’association Jets d’encre.

Lire : Atelier 3

 

et une table ronde, « Pourquoi faut-il renouveler la vie publique ? ».
Intervenants :
Julien Bayou, Jeudi noir
Quitterie Delmas, post-MoDem
Philippe Deplanque, président du CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire)
Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF

Lire : Table ronde

 

La journée s’est achevée sur la présentation d’une plateforme de propositions communes : « Pour un développement et une reconnaissance des associations nationales de jeunes en France ». Signée par 10 associations (AIESEC, Animafac, CNJE, Etudiants et développement, Génépi, Iastar, Jets d’encre, JOC, MRJC, REFEDD), cette plateforme constitue la première étape d’une démarche plus large de rassemblement. Les associations réunies autour de cette plateforme entendent s’organiser pour poursuivre un travail collectif afin de mutualiser leurs pratiques, développer une expertise sur leur univers et faire davantage porter leur voix dans l’espace public.

Lire : Plateforme de proposition

A l’issue du colloque l’objectif était atteint. Sensibiliser les institutions, le monde associatif et les jeunes, des compétences de la jeunesse en milieu associatif à travers une étude argumentée. Chaque partie à pu ainsi prendre conscience de ses responsabilités mais aussi de ses capacités d’action et des moyens à mettre en oeuvre pour les faire reconnaître.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

Tout voir

Didier Guillot salue l’initiative de ce colloque, dont il souhaite qu’il puisse permettre une prise de conscience sur l’importance des associations de jeunes. Celles-ci placent au centre de leurs préoccupations l’éducation et l’émancipation, qui est la plus belle idée pour l’homme. Selon lui, à l’encontre d’une vision traditionnelle de l’engagement qui fait de celui-ci une forme de sacrifice, il faut cesser d’opposer émancipation individuelle et émancipation collective. Le principal problème de la culture française du militantisme est d’avoir privilégié le « nous » au détriment du « je », et ainsi négligé la dimension de construction individuelle. Or militer ce n’est pas se sacrifier pour un groupe, c’est donner du temps pour s’engager.

Didier Guillot précise ainsi comment, dans un va et vient permanent entre le « je » et le « nous », les associations de jeunes permettent d’avoir une culture d’engagement en acquérant des compétences. L’étude menée par Catherine Lenzi et Fanny Forgeau a bien mis en valeur l’intégralité de celles-ci : prise de parole en public, gestion et organisation d’un groupe, gestion de relations publiques, capacité à diriger. Autant de choses que l’on n’apprend pas à l’université, faisant de l’engagement associatif une expérience complémentaire d’une richesse inouïe, qui devrait être davantage reconnue, notamment dans le cadre d’une VAE.

Dans le fonctionnement de ces associations, le turn-over est une notion importante, insiste Didier Guillot, car elle suppose une véritable ingénierie de formation, qu’aucune entreprise n’égale. En effet, il faut affirmer sans honte que la culture de l’engagement associatif et l’esprit d’entreprendre sont proches. S’engager dans une association, construire un projet et fonder une entreprise sont des démarches identiques, et la prise de responsabilité dans une association est indéniablement une façon d’apprendre à diriger.

Au final, l’étude, en montrant qu’à 20 ans on est à même d’endosser des responsabilités, doit enjoindre chacun à réaliser qu’il faut faire confiance à la jeunesse. Didier Guillot invite donc à relever ce défi, extraordinaire pour une société qui refuse de donner des responsabilités aux jeunes.

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Avant de présenter les conclusions de l’étude sur les spécificités des associations de jeunes et d’en discuter, Damien Cerqueus souhaite restituer la démarche qui a conduit à sa réalisation. Le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et Animafac se sont rapprochés sur la base de leur point commun : le fait d’être composé uniquement de membres de moins de 30 ans, y compris au niveau des instances d’encadrement.

L’intérêt de l’étude tient ainsi à ce que, en s’interrogeant sur les spécificités des associations de jeunes, elle permet de faire connaître cet univers et de faire porter dans le débat public l’utilité sociétale de ces associations, qui sont encore peu nombreuses en France (à peine une dizaine).

Selon Damien Cerqueus, l’originalité de cette démarche doit être pointée, car il s’agit d’une démarche commune, qui insiste sur les points de convergence plutôt que sur les différences. Les conclusions tirées qui vont être présentées doivent permettre de poursuivre sur cette lancée, en contribuant à l’ouverture d’un débat et en initiant des échanges entre les différents acteurs.

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Sollicitée en février 2008 avec Fanny Forgeau par Animafac, la JOC et le MRJC, qui se sont associées pour comprendre leurs spécificités, Catherine Lenzi a été interpellée par la richesse de ces trois associations aux héritages différents.

Les attentes liées à la commande de l’étude étaient de déceler les spécificités des associations de jeunes, d’éclairer les caractéristiques de leur turn-over, en vue de mieux se connaître entre associations de jeunes et d’obtenir une reconnaissance des pouvoirs publics. Il s’agissait également de déconstruire le préjugé selon lequel les jeunes ne s’engagent plus et de questionner le potentiel de mobilisation des jeunes.

Sur le plan de la méthode, l’angle d’approche choisi au départ à été de partir non pas des trajectoires individuelles des militants mais des organisations pour regarder ce qui s’y passe. Il en est ressorti le rôle socialisateur de ces associations qui apportent de nombreux apprentissages, militants et professionnels et offrent ainsi à leurs adhérents la possibilité de se construire individuellement en structurant un parcours. Il est alors apparu que par leur capacité à associer processus de politisation, de professionnalisation et de construction de soi, les associations de jeunes pouvaient être désignées comme des « écoles de cadres-militants ». Tout en apprenant à diriger, elles initient à une éthique du faire-société.

À propos des répertoires d’action et des motifs d’engagement, l’engagement a révélé que l’opposition entre ancien militantisme – davantage centré sur des revendications collectives et matérielles – et nouveau militantisme – davantage centré sur des questions qualitatives et identitaires – n’est pas essentielle pour cerner la spécificité des associations de jeunes, quand bien même certains se reconnaissent dans le nouveau militantisme et sa méfiance à l’égard des grandes structures très organisées. En réalité, les répertoires d’action et motifs d’engagement de ces associations renvoient à deux matrices anciennes, celle du syndicalisme et celle de l’éducation populaire, qui se déclinent selon deux axes, celui de l’émancipation collective et celui de l’émancipation individuelle, cette dernière étant davantage accentuée chez Animafac et au MRJC, sans que pour autant un projet politique n’y fasse défaut.

Leur originalité se situe donc dans leur capacité à proposer des actions novatrices en puisant dans des répertoires classiques.

Fanny Forgeau revient sur l’apprentissage que font les militants dans ces associations où la notion de formation est centrale. Le caractère central de cette formation s’explique par un fort renouvellement qui entraîne la nécessité d’une transmission entre dirigeants et suppose la mise en place d’une réelle ingénierie de formation. Il s’observe tant au niveau des objectifs formels formulés par les associations que dans l’existence d’importants dispositifs de transmission.

La formation s’effectue à différents niveaux.
Sur le plan politique, elle passe par la mise à disposition d’outils qui sont les éléments d’une école du militantisme :

– Animafac propose des guides pratiques qui sont des répertoires d’actions concrètes, indiquent des façons de faire, et organise des chantiers thématiques
– pour la JOC, la formation fait partie intégrante du cahier des charges annuels, avec pour objectif de permettre des mobilisations fortes et l’élaboration de propositions représentatives de la jeunesse
– au sein du MRJC, la dimension idéologique est pleinement assumée et la formation politique y est forte, même si elle se décline également sur un plan plus informel, faisant qu’au final ses adhérents ont davantage l’impression d’avoir acquis une formation civique qu’une formation politique.

D’une manière générale, les parcours associatifs permettent d’acquérir les moyens de regarder le monde d’une autre manière, en sachant prendre du recul, en acquérant une capacité d’objectivation et en apprenant à développer un mode de pensée propre. Ils permettent également d’acquérir des compétences plus techniques aussi bien en ce qui concerne la compréhension des institutions politiques qu’en ce qui concerne la capacité à mettre en œuvre des actions d’envergure politique. Au sein de ces mouvements, les jeunes apprennent ainsi à mobiliser et impliquer d’autres jeunes dans des actions d’envergure, à gérer toutes les contraintes qu’induit la conduite d’un projet (finances, communication, recherche du consensus) et à communiquer de manière efficace auprès de différents interlocuteurs, notamment des élus, ou devant une audience.

La formation qu’offrent les associations de jeunes est également une formation sur le plan professionnel, qui s’effectue de manière informelle grâce à la socialisation, faisant de celles-ci des écoles de cadre, à même de permettre l’acquisition de compétences, au rang desquelles figurent :

des compétences dans l’expression à l’oral et à l’écrit : savoir parler en public, rédiger un communiqué de presse, répondre à une interview
des capacités analytiques et pédagogiques : avoir une visée d’ensemble, rédiger des dossiers
des compétences d’encadrement : être responsable associatif permet d’apprendre à manager ; même si lesdits responsables préfèrent parler de « coordonner des équipes » ; et donne une formation au métier de cadre dirigeant
des compétences de contrôle de soi : augmenter sa confiance en soi, savoir être diplomate, gérer des stratégies, contrôler ses angoisses et ses ambitions.

Enfin, l’engagement associatif contribue au développement de qualités et de compétences personnelles. Les associations de jeunes mettent en avant l’idée d’émancipation et d’épanouissement personnel. La JOC propose ainsi un dispositif « écoles de vie », avec le support d’un carnet de l’adhérent, qui permet, dans un effort de formulation de soi, de faire un point sur les apprentissages effectués et les compétences acquises.

Animafac, la JOC et le MRJC mettent en avant la dimension personnelle de l’engagement. La construction de soi s’y effectue à travers l’altruisme, par une capacité à créer du lien. Elle se fait également par l’apport de connaissances qui permettent de se développer en tant qu’individu et par l’apprentissage de l’autonomie.

Les membres de ces associations ont tous, lorsqu’ils ont été interrogés, évoqués spontanément ce que l’association leur a apporté, en mettant en avant les compétences qu’ils y ont acquises. La notion de compétences désigne la capacité à combiner des savoir-faire avec un savoir-être pour mettre en place des actions collectives. En ce sens, les associations de jeunes constituent de véritables écoles de militants et de cadres. Elles apprennent aux jeunes à diriger, et non pas sur le seul plan technique. Elles font acquérir un panel de compétences qui sont mobilisables sur un CV et négociables sur le marché de l’emploi.

À la suite de ces analyses, Catherine Lenzi revient sur les spécificités des associations de jeunes, plus particulièrement sur la première d’entre elles, qui est leur important turn-over. Celui-ci suppose une ingénierie de formation que toutes mettent en place de façon professionnelle.

Par les outils de formation qu’elles mettent à disposition de ses adhérents et par l’appropriation de ceux-ci qui en est faite, les associations de jeunes peuvent apporter un élément de réponse à un problème qui concerne les jeunes, celui de l’insertion professionnelle.

Face à l’angoisse des jeunes en ce domaine, il y a des ponts à faire pour que les compétences acquises dans le cadre associatif soient reconnues, plus particulièrement avec le monde associatif de manière large, qui connaît une crise de son secteur dirigeant, avec l’éducation populaire et avec l’économie sociale et solidaire.

Il est donc important de faire reconnaître la formation qu’apportent ces écoles de cadres-militants que sont les associations de jeunes et que les politiques reconnaissent les compétences de la jeunesse et entendent sa capacité à s’organiser.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

Interrogé par Mélanie Gratacos sur les manières de faire reconnaître les compétences acquises dans le cadre associatif, Philippe Da Costa affirme que notre société est bloquée par le cantonnement de la reconnaissance de compétences aux seuls milieux scolaires et universitaires, qui reste le domaine de référence y compris pour la VAE. Selon lui, notre société ne reconnaît pas assez les parcours de vie, notamment ceux proposés par les associations de jeunes, à l’inverse du monde anglo-saxon. Sans s’opposer à la logique de reconnaissance par l’université, il insiste sur la reconnaissance de la valeur supplémentaire qui se joue dans l’engagement et est militant d’une autre approche, celle du développement dans les chambres des métiers de certifications de compétences, c’est-à-dire de créations de mécanismes de reconnaissance des compétences par les corps de métier.

Pour Philippe Da Costa, l’éducation populaire est la réponse pour apporter des valeurs indispensables à notre société. Il y a dans les mouvements d’éducation populaire la possibilité de se frotter à du concept, et de formuler par conséquent des contenus et des valeurs sur de grands sujets.

En réponse à Mélanie Gratacos sur la politique de la jeunesse que l’on pourrait imaginer pour mettre en place une reconnaissance des expériences associatives, Martin Hirsch commence par évoquer ses propres responsabilités associatives passées et les réactions contrastées qu’elles ont suscitées. De fait, de manière générale, quand on évoque un engagement associatif, le discours de l’opinion varie entre une représentation négative (l’associatif est un rêveur, quelqu’un qui a du temps) et une représentation positive (il y a un caractère exemplaire de l’engagement qui témoigne d’un sens collectif et des responsabilités). L’enjeu est de faire basculer le discours sur le seul versant positif. On remarque déjà que ces engagements, qui sont placés sur les dernières lignes d’un CV, suscitent de l’intérêt, mais une évolution intéressante serait de pouvoir faire figurer ces engagements sur les premières lignes d’un CV.

Le haut commissaire mentionne l’angoisse réelle des jeunes face à la question de l’insertion professionnelle, qu’encourage le poids des choix fait dans l’institution scolaire à 14, 15 ou 18 ans, présentés comme des choix décisifs et influents pour toute la durée du parcours qui va suivre. Le fait de discuter avec des universitaires, des syndicats et des représentants du monde professionnel d’une politique de la jeunesse permet de se mettre face à ces problèmes et de faire changer les représentations de l’engagement.

Il faut selon lui, plus particulièrement, ne pas louper le coche de la création du service civique pour faire en sorte qu’il soit valorisé. La discussion reste ouverte sur les meilleurs leviers de reconnaissance (reconnaissance par l’État ? validation par l’Université ?), l’essentiel étant que ceux-ci conviennent à ceux qui s’y engagent.

Sur ce point, l’un des usages possibles du fonds d’expérimentation pourrait être de confier à des organisations de jeunes, sur le modèle de ce qui existe avec les agences de notation économique ou pour la notation sociale et environnementale, le pilotage d’une réflexion sur les bons critères déterminant la réussite d’un engagement et les éléments de reconnaissance qu’il peut apporter.

Le tour d’horizon sur la question de la reconnaissance des compétences acquises dans le cadre associatif se termine avec la question de l’existence d’autres espaces dans les universités pour celle-ci que celui de la validation académique. Sur ce sujet, Camille Galap développe l’idée que chaque individu a la possibilité de développer des compétences à tous les moments de sa vie.

Concernant les modalités de reconnaissance, il est possible d’envisager une forme de certification de l’engagement pour le faire reconnaître par les universités, non par l’ajout de crédit ECTS, mais comme un plus. La commission « vie de l’étudiant est actuellement en train de travailler à la constitution d’une charte sur l’engagement étudiant pour faire reconnaître celui-ci aux universités.

C’est un travail qui doit être mené. Dans les pays anglo-saxons, ces investissements sont beaucoup plus reconnus : à titre d’exemple, tous ceux qui ont été présidents de bureaux d’élèves l’indiquent sur leur CV, car c’est pour eux une réelle garantie d’employabilité.

Une autre piste de travail possible, dans le sens de la création d’une dynamique favorable à l’engagement, serait d’introduire des projets de sensibilisation, obligatoires la première année puis facultatifs les années suivantes. Sur le sujet du service civique, l’Université n’a pas encore effectué de véritable travail pour anticiper son éventuelle montée en puissance, mais Camille Galap insiste sur le fait que celui-ci doit être en plus de la formation.

Suite à la question posée par Mélanie Gratacos à propos de la faiblesse en nombre des associations de jeunes structurées, capables de créer des ponts avec d’autres acteurs, Philippe Da Costa insiste sur le fait qu’il est important de s’ouvrir à la perspective d’un élargissement du dialogue social, en créant des passerelles vers le monde associatif qui est un vivier de compétences. Les associations de jeunes contribuent à former à la citoyenneté et un transfert de compétences doit se jouer vers les autres associations. La société a selon lui besoin de porteurs, de gens qui ont une capacité à prendre des initiatives, pour revisiter le projet associatif. La plupart des associations qui ont une histoire et sont confrontées à des changements doivent pouvoir bénéficier de cette possibilité.

Pour Martin Hirsch, le problème auquel on est confronté quand on veut valoriser l’engagement des jeunes est la myriade d’associations existantes dont on ne peut connaître la valeur. Ce problème quantitatif peut cependant être pondéré par la reconnaissance de l’expertise mais pose le problème de la représentativité, qu’il faut pouvoir traiter. Le problème que soulève également la question de la place des organisations de jeunes dans le dialogue social est celui des ressources qu’il faut leur allouer pour qu’elles aient une autonomie et une influence. Il faut réfléchir aux ressources que l’on peut trouver, ressources qui permettraient d’investir ensuite dans d’autres actions, en lien avec la génération de parcours et d’emplois.

Pour Camille Galap, en vue de valoriser les actions d’associations qui ont une véritable valeur ajoutée dans la société, il serait utile de créer un réseau national d’associations par thèmes.

Philippe Da Costa poursuit la réflexion sur cette question, en indiquant que derrière le turn-over qui est vu comme quelque chose de positif, doit être vu l’effort de transmission et de formation. Cet effort mériterait selon lui d’être mieux connu pour être utilisé dans d’autres lieux qui s’interrogent sur la notion de parcours. Il n’y a pas de création de lien social, de vivre-ensemble qui se fasse sans travail collectif et le principe du turn-over rappelle l’importance de la reconnaissance, de la formation qui permet de donner des valeurs, de transporter de nouveaux repères avec les mots d’aujourd’hui. En ce sens, il constitue aussi une réponse quant au problème de savoir comment on rejoint les jeunes, comment on leur permet de créer un parcours.

Concernant les premières pistes esquissées depuis le début de la concertation sur l’autonomie des jeunes, Martin Hirsch explique que le contexte de la crise doit être saisi comme un moyen de bousculer les portillons et de rendre visible le discours sur l’insertion des jeunes. Avec la crise, un certain nombre de clichés dont les jeunes souffrent se brisent, parce qu’un consensus s’est noué pour dire que les jeunes sont les plus fragilisés par la crise et qu’une société qui ne reconnaît pas sa jeunesse est une société perdue. De plus, sur le plan démographique, la pyramide des âges montre qu’il y aura plus de places pour les jeunes dans les prochaines années. Il y a donc un discours à construire pour montrer qu’il est nécessaire d’élargir les places et d’investir dans les offres de formation.

Sur le plan de l’autonomie, Martin Hirsch rappelle que par le passé, les programmes initiés en direction de la jeunesse en vue de la facilitation de son insertion ont toujours été perçus comme une agression par les jeunes, car ils ont été élaborés sans eux (cf. tous les dispositifs fondés sur la réduction des coûts à l’embauche). L’enjeu est donc de pouvoir faire des choses avec les jeunes, pour que les dispositifs proposés soient vus comme des solutions.

Camille Galap renchérit sur ce point en expliquant que lorsqu’on met en réseau l’ensemble des acteurs qui contribuent à une reconnaissance des engagements étudiants, cela fonctionne. Il faut donc parvenir à faire reconnaître aux collectivités locales l’apport des associations étudiantes sur l’espace public, en les associant par exemple à des projets de ville, qui permettraient de faire cesser la peur des jeunes et permettrait d’accepter la diversité. C’est pour cela qu’il faut selon lui reconnaître l’importance des engagements dans la formation et développer les outils qui permettent à tous de prendre conscience de la valeur ajoutée dans de tels engagements. C’est dans cet esprit que l’université du Havre a créé le concept d’étudiant environné, qui tient compte de tout ce qui structure l’étudiant dans son environnement pour repérer ainsi tout ce qui est utile à l’insertion professionnelle.

En réponse à une intervention de l’audience à propos du renouvellement, Martin Hirsch exprime sa conviction que c’est une question qui concerne tout le monde et qu’il faut s’attacher à convaincre chacun de l’importance de donner une place aux jeunes. Il suggère ainsi d’utiliser un grand espace, type Grand Palais, que l’on pourrait proposer aux jeunes d’investir afin d’y monter une exposition où ils présenteraient leur vision du monde de demain et inviteraient tout le monde à s’y rendre pour permettre rencontres et débats.


Conclusion

Pour clore la matinée, en réponse à une autre intervention mentionnant le risque de cloisonnement de l’expertise des jeunes sur les seules questions de jeunesse, Philippe Da Costa estime que cette journée peut être vue comme une réponse à ce problème. L’évolution de la société passe par des évolutions, par exemple par le fait que l’on cherche à inclure dans le calcul de la richesse des indicateurs sociaux et environnementaux. Pour cela, il faut mettre la société face à ses responsabilités, d’où l’intérêt d’agir collectivement et de se rassembler. Dans ce débat, les jeunes ont une parole à apporter et les associations de jeunes sont un espace qui permet l’émergence d’une parole dans l’espace public. Il est essentiel de soutenir le tissu associatif et son fort maillage territorial, car il en va avec lui du lien social.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

Audrey Massie ouvre les travaux de l’atelier par un rappel de l’exposé du matin et des conclusions de l’étude sur les associations de jeunes qui ont mis en avant les compétences politiques, professionnelles et personnelles acquises dans un parcours d’engagement, par la mise en œuvre de projets. Le fil directeur de l’atelier sera ainsi l’acquisition de compétences dans le cadre associatif et leur valorisation.

Junior associations

La première intervention est celle de Stéphanie Rizet, qui a mené une étude sur les juniors associations, dispositif national qui permet à des jeunes n’ayant pas atteint la majorité de créer une association et de disposer pour celle-ci d’un compte en banque et d’une assurance. Cette étude a été menée en posant la problématique de savoir comment les adolescents qui ont bénéficié de ce dispositif on vécu cette expérience, ce qu’ils pensent y avoir appris et ce qu’ils font de ces apprentissages pour la suite ?

Si l’on s’intéresse au profil de ces adolescents qui s’investissent dans des juniors associations, il apparaît qu’ils ressortissent pour beaucoup d’entre eux de la classe moyenne. Près de la moitié ont des parents travaillant dans les professions sociales, beaucoup sont des enfants d’élus de petite localité. Pour plus de la moitié, ils sont des héritiers d’associatifs ou d’élus locaux.

Les membres de juniors associations sont souvent de bons élèves. Ils sont issus de filières diverses et leur trajectoire d’études n’est pas homogène, même si beaucoup se dirigent ensuite vers l’enseignement, l’économie sociale et solidaire ou le développement durable, en conservant souvent un engagement associatif, notamment dans les BDE, qui marque malgré tout une pause au moment de l’entrée dans la vie active.

Ces adolescents n’estiment pas que leur association contribue directement à leur projet professionnel mais mais qu’elle y apporte une aide. Beaucoup voient cette expérience comme une première expérience professionnelle, qui leur permet d’avoir quelque chose à avancer, en se montrant déjà expérimenté, responsable et mature ; ils anticipent la manière dont ils peuvent la reconvertir par la suite.

Cependant, l’amitié, le fait d’être ensemble, constitue le premier ciment de ces expériences qui s’inscrivent dans les années du lycée et de l’adolescence. Dans le regard qu’ils portent, les jeunes associatifs insistent sur l’amitié, le partage, la découverte et le fait des faire des choses ensemble.

Les juniors associations se situent donc dans un entre-deux : elles sont à la fois des expériences de groupes, faites entre jeunes en tant que jeunes, et des premiers lieux d’insertion dans l’ensemble social.

La Ligue de l’enseignement

Nadia Bellaoui ouvre son intervention par un rappel historique à propos de la Ligue de l’enseignement. Celle-ci s’était constituée pour la défense de l’école publique, laïque gratuite et obligatoire. Elle est aujourd’hui un acteur important de l’accès à la culture, mais a connu tout au long de ces dernières années des changements, notamment au niveau de ses modes de recrutement, avec une plus grande professionnalisation, mais aussi avec la fin des grandes idéologies. La Ligue, tout en s’assumant aujourd’hui comme corps intermédiaire indépendant du syndicalisme et de la gauche partisane, n’a cependant pas su construire de nouveaux grands projets tenant compte de cette professionnalisation et elle souffre du fait que le mouvement d’idée est pris en charge par une administration vieillissante qui ne modifie pas le logiciel de pensée confié aux acteurs du quotidien.

1995 aurait cependant pu inaugurer un tournant. Cette année vit arriver une nouvelle équipe dirigeante, qui considérait le besoin d’une nouvelle génération montante pour le monde associatif, et a laissé se développer des initiatives de l’extérieur, sur la base d’un simple compagnonnage de fond. Quinze ans plus tard tout reste à faire cependant. Il faut d’une part convaincre les associatifs, notamment ceux issus d’Animafac, qu’ils ont quelque chose à apporter et d’autre part que la Ligue montre qu’elle a envie de préparer l’avenir.

Le CJDES

Évoquant son parcours, Frédéric Massot explique qu’il a un « casier mutualiste chargé ». Administrateur de mutuelle étudiante, il a orienté son parcours universitaire au prisme de cet engagement et travaille aujourd’hui dans une mutuelle.

L’engagement militant est selon lui utile car il apprend à prendre la parole, à avoir confiance en soi, à savoir manager ou à gérer des partenariats tout en vivant des rapports humains et en œuvrant à la cohésion sociale.

Il faut cependant se méfier de la croyance selon laquelle l’engagement apprendrait à diriger et de l’idée d’une parfaite convertibilité du parcours associatif au monde professionnel, car les codes, les habitudes, le langage, les manières de monter des projets et les moteurs y sont différents. Par exemple, en entreprise on parle d’efficacité quand l’association parle d’efficience. En outre, dans la vie professionnelle on se retrouve avec des personnes ayant un bagage différent, et le surplus d’expérience que donne l’associatif n’y est pas forcément reconnu, le recrutement restant centré sur la formation initiale. Quand on est dirigeant d’association il faut au demeurant s’attendre à une rupture lorsque l’on arrive en entreprise, car l’on n’y est pas dirigeant de suite et cela est parfois mal vécu.

 

L’engagement associatif donne malgré tout des atouts indéniables, surtout en une période de crise qui nous montre que nous avons besoin d’acteurs capables de prendre de la distance, d’apporter des analyses nouvelles et qui sont davantage ancrés dans la réalité sociale. Frédéric Massot conclut en affirmant que l’associatif est un bon complément à la formation mais que l’on n’est pas recruté sur cette expérience.

Questions / réponses

Les échanges ont par la suite tourné autour de la question de la valorisation et des passerelles possibles vers le monde professionnel. Une personne a ainsi expliqué qu’elle se sentait compétente, qu’elle avait des expériences à faire valoir et la capacité d’avoir un discours structuré sur celles-ci mais qu’elle rencontrait malgré tout, de la part des employeurs, une absence de reconnaissance du professionnalisme qu’elle a pu déployer. Elle a le sentiment que si l’on acquiert des compétences dans les associations, celles-ci n’aident pas à les valoriser et ne préparent pas au fait que le langage de l’entreprise est différent.

Sur ces questions, d’autres interventions ont essayé de proposer des solutions, notamment la création d’un diplôme universitaire léger, diplôme qui serait envisagé comme complémentaire de la formation initiale et serait adossé à une formation spécifique aux questions propres à l’associatif et à ses règles, ou encore l’idée d’une formation du secteur des ressources humaines, pour le sensibiliser à la reconnaissance des compétences acquises dans le cadre associatif. Plus spécifiquement, des liens ont été mis en avant entre les associations et le secteur de l’économie sociale et solidaire, qui partagent des valeurs communes. Il serait ainsi intéressant pour ce secteur de pouvoir faire appel à des jeunes qui se sont engagés d’eux-mêmes dans un parcours dont il partage les valeurs.

Ont également été évoquées les possibilités de créer sa propre activité ou encore de travailler avec des juniors entreprises.

L’autre principal axe d’échanges dans la salle a tourné autour de la pertinence de la question de l’acquisition des compétences, certains soulevant que l’engagement associatif correspond d’abord à une mission d’intérêt général et qu’en un sens il serait dangereux de lui accoler un questionnement sur sa carrière.

Sur ce point, Frédéric Massot a cherché à démontrer qu’il ne faut pas opposer l’individuel et le collectif. Accomplir une tâche bénévole, c’est aussi un projet personnel, où on se construit en se projetant individuellement dans le collectif. En ce sens, il est important que les associatifs gardent leur envie de changer la société et puissent se réapproprier le terme d’entrepreneur.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

Les associations de jeunes ne sont pas une spécificité française et celles d’envergure nationale sont même plutôt peu présentes en France en comparaison de la moyenne européenne (moins de dix contre un chiffre compris entre 50 et 100 pour la plupart des pays européens). Comment l’expliquer ? La jeunesse française serait-elle plus pessimiste et moins entreprenante ou bien est-elle victime d’une moindre structuration nationale de ses associations et d’un moindre investissement public pour celles-ci ? Quels sont les terrains sur lesquels s’investissent les associations de jeunes à l’étranger ? Quelles sont, à l’échelle mondiale, les différentes politiques publiques mises en œuvre pour accompagner et encourager ces associations ? Quel est leur poids à l’étranger et sont-elles intégrées à des espaces de concertation avec la puissance publique ?

Vue de l’Europe

Durant cet atelier, il s’agissait de prendre conscience de la diversité des structures de représentation de la jeunesse en France, en les comparant avec celles existant sur d’autres continents ou dans une dimension européenne, faîtière, telle que le YFJ que représentait Ante Martic. Reconnue par les organisations onusiennes, Union Européenne, Conseil de l’Europe et autres instances internationales, le YFJ permet depuis sa création en 1979 de porter d’une seule voix des revendications de jeunes de toutes l’Europe et ainsi de potentiellement influer sur les politiques publiques européennes les concernant (90 Conseils nationaux de Jeunesse et Organisations internationales non gouvernementales de jeunesse le compose). Même si l’impact budgétaire est moindre, ce lobby est véritablement efficace auprès du Conseil de l’Europe (collaboration à l’élaboration des programmes dédiés, soutien politique…). Le YFJ promeut ce modèle de relation YFJ / Conseil de l’Europe auprès des organisations nationales pour que cette méthode ouverte de concertation soit imitée au niveau local. L’Union Européenne est quant à elle plus frileuse pour associer le YFJ à l’élaboration de ces programmes dédiés à la jeunesse. On notera concernant ces programmes que plusieurs lignes budgétaires font la part belle aux projets à forte dimension interculturelle ou promouvant la citoyenneté.

Vue d’Afrique

La présentation du CNAJGF nous a amené à considérer la situation sous l’angle africain, continent où la notion de jeunesse prend une autre dimension. En effet, en Afrique, les jeunes représentent plus de 60% de la population. De même, il faut repenser la notion de jeunesse : en Afrique, les jeunes ce sont les individus de 15 à 35 ans, selon la Charte Africaine de la Jeunesse de 2006, signée à Banjul. En théorie, elle proclame qu’aucune décision concernant la jeunesse ne soit prise sans leur

validation préalable. La mobilisation de Bamako qui y a fait suite réaffirmait la volonté des jeunes africains de prendre part à l’élaboration des politiques qui leur était dédiées. La Guinée Conakry a d’ailleurs pu voir l’application de l’art.5 de cette charte, à travers la mise en place du Fonds Emploi Jeune, qui est géré par un jeune. Pour ce qui concerne ce pays particulier qui compte dix millions d’habitants, beaucoup de ses jeunes se sont expatriés. Pour ceux qui restent, en ville comme en zone rurale, se constituer en association est possible depuis la libéralisation du mouvement associatif en 1984.

L’association permet de répondre à des besoins immédiats, notamment en développant collectivement des activités génératrices de revenus. Grâce à d’autres interventions d’associatifs africains, il est apparu rapidement que les associations de jeunes en Afrique prennent rapidement une dimension politique, qui les positionnent de fait.

Dans leur pays de résidence aussi, les jeunes Guinéens se constituent souvent en associations. Grâce à la création du CNAJGF en 2008, ce foisonnement peut gagner en visibilité et en dimension de projets, pour un message plus fort et un dialogue facilité.

Les participants à l’atelier ont insisté sur l’importance du fonctionnement en réseau, regroupement de ces multiples associations de jeunes, afin de gagner en visibilité, lisibilité pour une meilleure représentativité, en premier lieu à l’échelon national où beaucoup reste à faire pour être entendu et pris en considération. De même, des ponts et échanges d’expériences intercontinentaux sont à inventer pour que chacun profite de l’expérience et des conseils de ses homologues évoluant dans différents environnements socio-culturels, afin que chacun profite de l’expertise de l’autre.

Vue du Canada

Sur le continent américain cette fois, Yann nous a fait part de son expérience étudiante et de son implication associative au Canada. En effet, lors de son cursus, il a été coordinateur (2006-2007) du programme de campus durable de la Coalition Jeunesse Sierra, une initiative lancée par des étudiants québécois du campus. Cette branche jeunesse d’une des plus grosses ONG environnementales en Amérique du Nord a été créée en 1996 par un groupe de jeunes issus de différentes universités à travers le Canada afin de coordonner les actions dans les domaines de l’environnement et de la justice sociale à l’échelle nationale. Cette campagne spécifique des Campus Durables a commencé en 1999 pour offrir un espace d’échanges et de coopération entre les étudiants intéressés à améliorer leur milieu de vie et qui étaient confrontés aux mêmes problématiques sur leurs campus respectifs. Elle vise aujourd’hui à donner aux étudiants les outils nécessaires à la mise en place d’initiatives sur les campus visant l’établissement de meilleures pratiques dans les domaines sociaux, écologiques et économiques. Elle offre désormais de multiples outils et guides d’action dans les deux langues officielles du pays, ainsi qu’une plate-forme complète d’échanges et de partage d’informations entre tous les groupes étudiants des universités partenaires. Le résultat d’une bonne collaboration entre les différents acteurs de la communauté universitaire, et principalement entre les étudiants et l’administration. Un exemple : le Projet Concordia Durable, issu d’une initiative étudiante il y a cinq ans, qui s’est progressivement institutionnalisé sans perdre de son dynamisme et continue toujours à être piloté par les étudiants en étroite collaboration avec l’administration.

Dans les dernières avancées sur le territoire québécois, on notera la création d’un Fonds Québécois pour le Développement Durable, qui a permis la création de postes d’animateurs sur les campus pour porter cette politique de campus durables. Les étudiants de l’université Concordia ont voté pour cotiser chacun lors de l’inscription à un fonds pour les projets étudiants en matière de développement durable. A chaque dollar canadien versé par un étudiant, le gouvernement ajoute sa participation d’un dollar également. C’est ensuite un comité collectif (administration et étudiants) qui attribue les financements. Une initiative canadienne qui n’est pas sans avoir fait réagir les participants, reconnaissant dans cette initiative le FSDIE (Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Etudiantes) adapté à la thématique de développement durable.

Conclusion

Les échanges entre participants et intervenants ont montré que ces initiatives d’organisations de jeunesse à l’international font la preuve de la diversité des formes de représentations, mais également des prises en compte de la voix jeune par les instances qui statuent sur les politiques dédiées à la jeunesse. En France comme ailleurs, il reste du chemin à parcourir pour que les propositions des jeunes soient réellement prises au sérieux et finalement prises en compte. Les intervenants de cet atelier a exhorté chacun à être acteur du changement de perspective : « Soyez une partie de la solution » a encouragé Ante Martic, « La jeunesse c’est l’avenir, mais c’est aussi le présent : bâtons-nous pour nos idéaux et nos projets collectifs » a ajouté Gayo Diallo et Yann Louvel de conclure « Il ne faut pas chercher à idéaliser l’ailleurs mais s’inspirer de sa mobilisation et de son organisation ».

 

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

La société dresse un portrait souvent négatif de sa jeunesse. Face à ce constat, il apparaît urgent de changer de regard : comment permettre à la jeunesse d’être porteuse d’un discours sur elle-même et sur le monde ?

Historique de la jeunesse

Dans un premier temps, Olivier Galland présente quelques éléments historiques. La jeunesse a toujours été présentée comme une catégorie plus ou moins stigmatisée. Au 19ème siècle par exemple, les jeunes étaient vus comme des êtres dévoyés. On pensait à l’époque que la société moderne avait ouvert la voie à un sentiment de liberté qui allait conduire la jeunesse à sa perte. Celle-ci était donc perçue à la fois comme une catégorie à protéger contre elle-même et ses possibles instincts mauvais, et comme une catégorie à redresser.

Les sociologues eux-mêmes n’avait pas une image très positive de cette jeunesse. Les enfants et les jeunes n’étaient pas considérés comme membres à part entière de la société, mais plutôt comme des « sous-citoyens ». Cette idée a eu la vie dure, comme en témoigne cette phrase de Bourdieu : « La jeunesse n’est qu’un mot ».

Cette composante morale, traduite par l’idée qu’il faut protéger la jeunesse et l’encadrer, a été très forte dans les politiques sociales mises en oeuvre en direction de la jeunesse.

Par ailleurs, l’antagonisme entre la société et sa jeunesse est à mettre en parallèle d’une tradition d’insubversion des jeunes gens : on assiste périodiquement à des soulèvements, à des mouvements contestataires. A partir des années 1960, cet antagonisme devient culturel et générationnel. On observe la montée d’un sentiment de peur de la jeunesse.

En 1981 paraît le rapport Schwartz sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Les conclusions de ces travaux dessinent une nouvelle approche politique : face à la montée du chômage, les jeunes sont désormais considérés comme des victimes de la société et de ses impératifs.

Les représentations des jeunes tournent autour du triptyque d’une jeunesse immorale, victime et dangereuse. Les jeunes sont toujours à la marge, ils ne sont jamais vus comme des acteurs à part entière, comme une force de dynamisme et de renouvellement.

La jeunesse elle-même intègre cette image dépréciée. La formation y est pour quelque chose. Le système éducatif, basé sur la méritocratie, est très élitiste et valorise le conformisme.

Il alimente l’idée que le destin social serait dicté par le destin scolaire, ce qui entraîne chez les jeunes beaucoup de doute quant à leurs capacités et n’est pas favorable à l’émergence d’une jeunesse qui prendrait son avenir en main.

Pour conclure, Olivier Galland insiste sur le fait qu’il est nécessaire de ne pas représenter les jeunes uniquement comme des victimes.

La jeunesse et les médias

Véronique Soulé est journaliste à Libération, chargée des questions d’éducation. Elle évite généralement d’employer l’expression « les jeunes » dans ses articles, car elle estime que ce terme globalisant traduit mal la réalité.

Elle note que les informations qui déclenchent l’écriture et la parution d’articles sur la jeunesse sont souvent négatives, et reconnaît que le traitement qui est fait de ces informations par la presse est souvent réducteur. Il est ainsi presque toujours question d’alcool, de drogue, de pratiques illégales comme le téléchargement, de violence (des dérapages liés aux mouvements contestataires des étudiants et lycéens aux voitures brûlées dans les banlieues…) ou encore d’intégration sociale et professionnelle (discrimination, chômage…).

Cette description alarmiste de la jeunesse ne date pas d’hier, même s’il est important de souligner que le traitement de l’information diffère d’un média à l’autre : la presse écrite et la télévision n’ont pas la même approche. Véronique Soulé privilégie par exemple la dimension humaine dans ses reportages : interview, enquête de terrain…

Elle essaye de présenter des exemples positifs : elle cite une expérience à Grigny, sur l’accompagnement et la réinsertion de jeunes décrocheurs qui quittent le collège après la 3ème.

Il est difficile de faire des papiers définitifs sur la jeunesse. Il faut pouvoir parler des initiatives réussies mais aussi des sujets qui gênent.


« Stop aux clichés »

Jean Massiet représente l’association Jets d’encre, association nationale pour la promotion et la défense de la presse d’initiative jeune.

Il présente l’opération « Stop aux clichés ». Ce prix, « créé par des jeunes et décerné par des jeunes, récompense les journalistes qui donnent la parole aux jeunes en faisant appel à des points de vue différents sans verser dans l’amalgame ou les clichés ».

Pour Jean Massiet, les jeunes créent des journaux car ils souhaitent s’approprier leurs lieux de vie (lycée, université…), et parce qu’ils se sentent peu ou mal représentés dans la presse traditionnelle. C’est notamment pour essayer d’aller au-delà de ces représentations négatives qu’a été créé le concours « Stop aux clichés ».

Questions / réponses

Suite à ces interventions, les participants à l’atelier sont revenus sur différents points.

Une image négative des jeunes véhiculée par les médias Un participant, membre de l’association Equiterre, revient tout de suite sur cet aspect : il regrette que l’on ne parle jamais dans la presse des initiatives associatives portées par des jeunes.

Un membre du MRJC propose que des articles soient réalisés en collaboration avec des jeunes : il serait intéressant de s’appuyer sur leurs pratiques et leurs analyses. Par ailleurs, il souligne que l’on parle plus des phénomènes de violence lorsqu’il s’agit des jeunes. Il semblerait qu’il existe une distorsion dans le traitement de l’information, selon les catégories de population.

Un troisième participant, représentant de la section « Jeunes » de la CFDT, salue la volonté de Véronique Soulé de dépasser la stigmatisation de la jeunesse. Il se demande si au sein de la rédaction de Libération tout le monde partage ce point de vue…

Olivier Galland souligne que c’est une tendance générale des médias de parler des problèmes et non des réussites. Il y a également un effet grossissant de l’information, qui peut parfois être un peu réducteur. Mais il n’est pas vrai non plus que tout ce qu’on dit sur les jeunes dans la presse relève de la manipulation médiatique. La violence juvénile existe bel et bien.

Véronique Soulé remarque que la presse est dûrement traitée, mais elle reconnaît que « c’est le jeu ». Elle précise que les informations qui « tombent » sur les journalistes citent généralement des problèmes. Il s’agit alors d’aller sur le terrain pour confronter ces informations à la réalité. Une série de portraits, témoignant de la diversité sociale de la jeunesse, est parue dans Libération. Elle s’attache à écrire des choses précises, à nommer les gens, à faire référence à des choses concrètes.

Elle explique également qu’au sein des écoles de journalisme, on apprend aux étudiants à parler des « trains qui arrivent en retard », et non de ceux qui arrivent à l’heure…

D’une manière générale, le travail de la presse est selon elle méconnu. Les journalistes dialoguent beaucoup avec les personnes. Elle souhaite autant que possible leur donner la parole, et utilise souvent le verbatim. Un numéro de Libération a par ailleurs été réalisé par des étudiants. Elle mentionne également le climat de peur qui règne actuellement : il y a exploitation politique de la violence juvénile, pour accentuer le fossé entre une société vieillissante et sa jeunesse.

Enfin, elle précise que le comité de rédaction de Libération est un lieu d’échange, les journalistes présents n’ont pas tellement de préjugés sur la jeunesse.

Jean Massiet explique que lorsque l’on reproche aux journalistes de propager des clichés sur la jeunesse, ils répondent qu’ils ne font que parler de la réalité. Pour lui ce n’est pas faux, mais la réalité rapportée n’est que très partielle.
Selon lui, à force de retranscrire dans les médias uniquement des événements dramatiques mettant en scène des jeunes, on alimente une peur sociale du jeune.

Par ailleurs, il souligne que plusieurs initiatives ont été mises en place pour associer des jeunes à la production d’articles. Cependant, ce sont souvent des actes isolés, et il aimerait que cela rentre plus dans le travail quotidien des journalistes.


Valoriser les initiatives jeunes

Un participant, membre de Radio Campus Tours, souligne que si on donnait un vrai pouvoir d’innovation aux jeunes, ils feraient de grandes choses. Pour lui, la peur du jeune entraîne la faible participation des jeunes aux différentes instances de représentation et de décision : les jeunes ne se reconnaissent pas dans ces organes. Enfin, il dit aussi que les initiatives associatives ne sont pas assez valorisées, alors qu’elles répondent souvent à des manquements de la part de l’Etat.

Camille Galap, président de l’Université du Havre, présente une initiative mise en place dans sa localité pour pallier à ce déficit d’image de la jeunesse : une rubrique « L’université dans la cité » a été créée dans la presse régionale. Il se demande si on ne pourrait pas développer une réflexion similaire au niveau national. Pour lui, c’est une façon de valoriser un certain nombre d’actions. Petit à petit, l’image des jeunes redeviendra ainsi un peu plus positive.

Le délégué général de l’ANACEJ (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes) remarque une vraie évolution depuis l’année 2005-2006 (émeutes des banlieues et mouvement anti-CPE) : pour lui, l’univers médiatique a opéré une véritable prise de conscience sur les questions de jeunesse.

Il note que les étudiants sont mieux représentés que les jeunes en général, et qu’il y a une hypersensibilité des jeunes par rapport à leur image. Il regrette que ceux-ci soient considérés presque uniquement comme des victimes ou comme des (f)auteurs de troubles…

Pour lui, nos organisations ont une responsabilité dans le traitement médiatique de la question jeune. Quand on n’a rien à dire ou qu’on ne sait pas comment s’exprimer il est normal qu’on ne soit pas repris. Il cite l’exemple de Jeudi noir ou Génération Précaire, qui mettent en place des actions innovantes et qui ont un bon écho dans la presse. Il rappelle enfin que la question des jeunes dans le débat public ne concerne pas que les médias, loin s’en faut. Il évoque les différentes instances de représentation, en précisant que les jeunes viennent dans les concertations quand ça sert à quelque chose. Quand il n’y a pas d’enjeux, les espaces sont désertés, et c’est un peu la même chose pour les « adultes »…

Pour Véronique Soulé, les médias ne peuvent pas parler tout le temps de tout… et ce n’est pas forcément la presse qui crée la mauvaise image. Elle pense qu’il est intéressant de se demander comment interpeller la presse, de savoir relever les priorités d’actualité, les angles d’accroche. Les nouvelles formes de mobilisation et d’expression sont à développer. Leur travail en tant que journaliste est aussi de déceler des choses intéressantes dans la somme d’informations à leur disposition.

Olivier Galland constate tout de même une faible représentation des jeunes dans les instances qui les concernent. Par ailleurs, les organes dédiés aux jeunes ne portent pas sur les vrais enjeux. Il souligne également que les étudiants sont mieux représentés que les non-étudiants, alors que la situation de ces derniers est loin d’être plus simple.
Quand on regarde historiquement la façon dont la société parle des jeunes, on constate qu’en général elle parle d’elle-même. Aujourd’hui, la violence est une question qui taraude la société, et les jeunes sont des analyseurs des difficultés que celle-ci rencontre sur ce point.

Véronique Soulé rappelle enfin que les moyens d’expression sont multiples : réseaux sociaux, blogs, listes de diffusion… Elle cite l’exemple réussi du Bondy Blog. Il n’y a pas que la presse écrite. Par ailleurs, elle souligne que les jeunes associatifs présents sont ceux qu’on entend le plus. Il y a d’autres catégories (apprentis, jeunes salariés…) qui sont complètement absents des débats.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

Cécile Charmoille amorce la réflexion en rappelant que la crise sociale que nous connaissons n’est pas seulement conjoncturelle mais qu’elle est structurelle. Elle renvoie aux travaux de Louis Chauvel, qui a décrit le déclassement social de toute une génération, et pose la question de savoir si parler de renouvellement est seulement une question de génération ou renvoie à un problème plus général.

Jean-Baptiste Prévot rappelle que ces dernières années, des crises impliquant la jeunesse se sont manifestées de façon très régulière et ont à chaque fois interpellé la société tout entière. Parler de renouveler la vie publique, c’est donc chercher à donner aux jeunes une réponse à leur aspiration. Mais c’est une erreur, qui est souvent faite, que de dire des jeunes qu’ils ne s’expriment que sur eux. Lorsque la jeunesse revendique une meilleure place, ce n’est pas juste pour les problèmes qui la concernent. L’enjeu n’est pas de résoudre un conflit de générations, mais de faire voir que la parole des jeunes concerne l’ensemble de la société.

Philippe Deplanque exprime quant à lui une certaine perplexité face à ce qui pourrait se présenter comme une opposition de générations. Il n’est pas très à l’aise face à cette question, dont il n’est pas sûr que de se la poser ainsi permette de faire des bons choix. Ne risque-t-on pas au final de promouvoir l’ordre existant ? Après tout, parmi les élites de ce pays, beaucoup sont passées par des circuits d’aspiration de la jeunesse. Pour lui, il importe davantage de se placer dans une situation où « je » et « nous » ne s’opposent pas, pas plus que les associations de jeunes et les autres associations, et de s’interroger sur le projet que l’on veut porter.

Quitterie Delmas à l’inverse assume pleinement l’idée d’un conflit de générations. Cependant, selon elle, il faut cesser d’aller quémander des places auprès des représentants de la génération d’au-dessus, car c’est au final se minimiser. Il faut plutôt prendre acte de la fin de ce monde qui ne donne pas sa place à la jeunesse. Nous sommes dans un moment où tout est flou, où les repères traditionnels, notamment politiques, se brouillent, où les médias évoluent et où par conséquent des repères nouveaux sont à construire. Il vaut par conséquent mieux mettre son énergie dans ce nouveau monde à construire que de pleurer pour trouver une place dans l’ancien qui disparaît.

Jeudi Noir et Génération précaire

Interrogé par Cécile Charmoille sur les modes d’actions innovants de Jeudi noir et Génération précaire et quant au fait de savoir si le fait qu’ils trouvent un écho n’est pas l’illustration d’une certaine faillite du dialogue civique, Julien Bayou explique qu’à l’origine de ces collectifs se trouve l’idée qu’il fallait porter sur le devant de la scène un certain nombre de crispations et d’aspirations de la jeunesse qui ne sont pas prises en compte et relayées par les syndicats. Pour la jeunesse d’aujourd’hui, ce n’est plus la question des mœurs qui prévaut mais celle des conditions matérielles, et notamment les problèmes d’emploi et de logement. D’où la création des collectifs Génération précaire et Jeudi noir dont l’idée était de soulever ces problèmes par des actions visibles et décalées, de les mettre sur l’agenda politique, dans l’espoir que par la suite partis et syndicats s’en saisissent. Julien Bayou ne conçoit pas son engagement sur le modèle classique du militantisme, il a un souhait d’agir rapidement sur du concret, mais dans l’attente que ces actions soient relayées par les institutions plus classiques et véritablement discutées au sein de celles-ci.

Répondant à une question de Cécile Charmoille sur la faiblesse des associations de jeunes en France, Jean-Baptiste Prévost fait part de son sentiment que l’on cumule un certain nombre de handicaps. De son point de vue, il y a en France un paternalisme très fort qui fait que la parole des jeunes se voit confisquée et que la jeunesse est toujours en position de devoir faire ses preuves. Ceci a pour conséquence un temps d’insertion beaucoup plus long et une difficulté à être installé qui peuvent expliquer les difficultés de l’engagement. À ceci s’ajoutent la faiblesse des moyens mis à disposition et la survalorisation de l’aspect politique de l’engagement, seul vu comme noble, qui entraîne un manque de reconnaissance de l’engagement comme temps d’émancipation personnelle.

Pour répondre à la question que lui pose Cécile Charmoille sur la mobilisation des jeunes dans les associations d’éducation populaire, Philippe Deplanque commence par prendre un peu de recul. Selon lui, ce qui est en jeu, c’est une réinterrogation plus globale sur la société. À côté des mouvements de dénonciation, il est nécessaire de poser les termes de la réflexion et de rendre ainsi plus appropriables les questions sur la manière dont on veut que la société fonctionne. Il est utile de se décentrer de ses angoisses pour être à même de rejoindre des projets qui peuvent y apporter des réponses.

Le problème de la mobilisation dépend donc d’abord du projet que l’on se donne et de sa clarté. Quand il y a clarté sur le projet, il n’y a pas de problèmes de mobilisation , mais il reste encore à travailler sur la meilleure articulation des ressources de chaque association. Sur ce point, il faut notamment travailler à mieux articuler les associations de jeunes centrées sur la formation et celles plus centrées sur un projet.

Questions / réponses

Au cours des échanges avec la salle, le débat s’est recentré sur la question du renouvellement de la vie publique. Julien Bayou a rappelé son importance, en précisant qu’il fallait rendre cohérent l’âge de la majorité avec l’âge de la majorité économique, donner les conditions d’une véritable autonomie et apporter la réponse aux besoins matériels vitaux, c’est-à-dire l’emploi et le logement, de la jeunesse. Philippe Deplanque a insisté pour sa part sur le fait que la question du renouvellement de la vie publique ne passe pas par la seule question des générations et pour que soit également soulevé, par exemple, le problème de l’inadaptation des syndicats, dont les repères sont ceux d’une société industrielle, à l’évolution des entreprises, relevant aujourd’hui majoritairement du secteur tertiaire. Un membre de l’audience a quant à lui rappelé qu’il s’agit de nous interroger d’abord sur notre pacte social : il faut se demander ce qui peut faire société pour une société formée de plusieurs générations et comment éviter que tous les pouvoirs soient concentrés entre les mains d’une seule d’entre elles pour éviter un conflit intergénérationnel dommageable.

Le débat a ensuite glissé sur les modalités de ce renouvellement et sur le rôle à y accorder aux institutions existantes. Les divergences ont principalement tourné autour de la position de Quitterie Delmas, qui prétend se situer désormais à l’écart des partis politiques et des grandes organisations. Pour elle, la convergence des alternatives importe plus que la convergence des luttes, la capacité à incarner le changement auquel on croit par des petits gestes et des projets concrets vaut mieux que la formulation de paroles et de discours qui n’ont plus d’impact et sur lesquels on ne peut compter. L’essentiel selon Quitterie Delmas est de déployer son énergie à accomplir des projets et faire des projets : au manque d’exemplarité des institutions doit répondre l’exemplarité d’individus fidèles à leurs choix qui se retrouvent en réseau.

En réaction à cette position, s’est élevée l’idée qu’il faut réinvestir tous les champs, repenser les structurations et modes de fonctionnement des partis, des associations et des syndicats pour faire en sorte qu’ils tiennent davantage compte de la structuration horizontale de la société – avec laquelle leur modèle hiérarchique vertical est en décalage – et remédient à l’incrustation d’une seule génération à tous les niveaux de la société. Un des membres de l’audience a rappelé que si les jeunes ne sont pas aujourd’hui majoritaires dans les syndicats, dans les années à venir un grand nombre de militants et de cadres vont partir, créant ainsi l’opportunité, qu’il faudra saisir, de renouveler l’espace syndical.

Philippe Deplanque a lui estimé que nous manquons un peu de « grands soirs » et qu’il fallait que toutes les organisations puissent se prononcer sur des projets de société à long terme. Nous ne sommes par exemple pas allés au bout de la réflexion sur la démocratie participative et il faut réfléchir aux manières de créer des liens entre toutes les composantes de la société.

Julien Bayou a tenu à rappeler que ce n’était qu’avec les organisations et les syndicats qu’il était possible de créer un rapport de force favorable au changement.

CRÉDITS PHOTOS : DELPHINE CHAPUIS

 

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