INTERVENANTE : Sophie Caillat, journaliste à 20 minutes
ANIMATEUR : Emmanuel Lemoine, membre d’Europa et relais associatif volontaire Animafac à Nantes.

 

En Introduction, Sophie Caillat précise qu’elle connaît mal la presse étudiante car celle-ci était moins développée quand elle était étudiante. Concernant la presse papier en général, son sentiment est que l’on assiste à une révolution technologique qui menace le modèle économique du papier sans que celui du net ne soit encore trouvé.

 

PRÉSENTATION DE 20 MINUTES

La presse gratuite, dans laquelle elle travaille, est en voie de développement. Elle est reconnue aujourd’hui comme une presse en soi, plus accessible pour les lecteurs, mais disposant de moins de moyens, ce qui nuit parfois à la qualité. Il existe aujourd’hui 4 grands journaux gratuits « généralistes » : Métro, 20 minutes, Matin Plus et Direct Soir.


Sophie Caillat travaille dans la rubrique « Grand Paris » de 20 minutes. L’information qui y est publiée se rapproche de la presse quotidienne régionale (PQR), plus exhaustive, en terme d’actualité locale, que la presse nationale.
Le journal s’adresse à un public de jeunes actifs urbains. Un même journal est lu par environ trois personnes.

 

La ligne éditoriale dépend moins des annonceurs que du nombre de lecteurs.
Le journal compte environ 150 salariés, pour moitié des journalistes, pour moitié des commerciaux. Ces deux groupes salariaux se côtoient peu dans le travail, les commerciaux n’intervenant pas dans le travail de la rédaction.
Le contrat de 20 minutes est qu’il y ait au grand maximum la moitié des pages consacrées à la publicité. En réalité, ce chiffre est plutôt de l’ordre de 30%. Il est arrivé que les journalistes râlent parce qu’il y avait trop de publicité. Ils ont néanmoins conscience que, en tant que gratuit, 20 minutes est financé uniquement par la publicité.

 

DÉBATS AVEC LA SALLE


Les sources d’information

 

À la question de savoir pourquoi les brèves et articles de 20 minutes font parfois « copié collé de l’AFP », Sophie Caillat détaille la politique du journal : quatre personnes travaillent dans la rubrique « Grand Paris ». Chaque page contient des brèves et des reprises de l’AFP réécrites à tour de rôle par l’un des quatres rédacteurs. Les pages contiennent, par ailleurs, toujours des articles entièrement réalisés par les journalistes de 20 minutes.
Une responsable associative souligne que, au Parisien, toutes les informations, brèves et articles sont auto-produits et demande à Sophie Caillat si la solution mise en place par 20 minutes ne relève pas d’un problème de sous-effectif.
Pour Sophie Caillat, couvrir l’ensemble de l’information en auto-production est une perte de temps et n’est pas forcément intéressant, certaines informations n’ayant, de toute manière, pas vocation à être relayées sur plus de cinq lignes.

 

Pour les étudiants qui ne connaissent pas l’AFP (Agence France presse), Sophie Caillat précise qu’il s’agit d’une agence de presse en partie financée par l’Etat, ce qui est une particularité française. Comme toute autre agence de presse, l’AFP tire néanmoins une grosse partie de ses revenus de la vente de ses services. Avec Reuters et American Presse, elle est l’une des 3 grandes agences de presse internationales. L’AFP est tenue à une position de neutralité et doit interroger toutes les parties prenantes. Les journalistes de l’AFP rédigent de l’information brute qui est ensuite revendue aux journaux. C’est un atout pour la presse française car l’AFP joue un peu un rôle de « big brother » de l’information. Il existe néanmoins un jeu entre l’AFP et le reste de la presse qui tente d’obtenir des informations que n’a pas l’AFP afin de se démarquer des autres journaux.

 

Un associatif présent remarque que le reproche fait à 20 minutes n’est pas tant de reprendre les dépêches AFP que de le faire sans analyse. Sophie Caillat répond que cela est voulu.

 

La salle s’interroge également sur l’objectivité de l’AFP dans le choix de ses informations : ils ont le sentiment que l’agence est tellement généraliste qu’elle refuse de s’aventurer dans des sujets « à risque ». Pour les associatifs présents, cet aspect généraliste de l’AFP est également un problème dans la mesure où elle fournit de l’information à 400 000 médias qui la relayent puis se relaient entre eux : 20 minutes n’est alors qu’un relais de relais d’information.
En réponse, Sophie Caillat explique que tout le travail du journaliste sera de ne pas louper une information afin de ne pas perdre de lectorat au profit d’autres journaux, tout en parvenant à se démarquer des sentiers battus en publiant des informations insolites.

 

La salle fait également valoir que le lectorat de 20 minutes est différent de celui des journaux payants en cela qu’il ne s’agit pas de lecteurs faisant la démarche d’acheter un journal, mais de passants à qui l’on « colle » le journal dans la main. Ils se demandent si ces lecteurs font réellement la différence entre 20 minutes et d’autres journaux gratuits.
Sophie Caillat reconnaît que l’on fait souvent l’amalgame entre Métro et 20 minutes, ce qui est un tort car 20 minutes s’apparente tout de même plus à un journal classique : les effectifs y sont deux fois plus importants que ceux de Métro, les sources d’informations plus variées et mieux vérifiées, la maquette et le choix des photos plus soignés…
Sophie Caillat note que l’information est souvent dure à obtenir pour les médias étudiants car les personnes qu’ils tentent d’interviewer, souvent très occupées, ne voient pas quel intérêt elles pourraient en retirer. Sophie Caillat raconte ainsi que, étudiante en journalisme, elle avait tenté d’interviewer la biographe d’Hillary Clinton, mais s’était retrouvée en concurrence avec de très nombreux journalistes : à chacun, alors, de faire valoir ses arguments pour obtenir un rendez-vous. Les conférences de presse permettent d’avoir accès à des informations, mais, là encore, la plus-value d’une publication résidera dans la capacité du journaliste à obtenir des commentaires en marge de la conférence.

 

Sur la question de la hiérarchisation de l’information, Sophie Caillat explique que c’est le rédacteur en chef qui décide selon sa sensibilité. Celui de 20 minutes avait ainsi décidé de valoriser une information sur les vélos en libre service dans Paris (vélib) qui n’aurait dû, à la base, n’être traitée que par une brève. Il a cependant senti cela intéresserait les lecteurs et le numéro a eu beaucoup de succès. C’est ça aussi être journaliste : écouter ce que les gens ont à dire, comprendre leurs préoccupations et y répondre.
La salle s’interroge néanmoins sur les raisons qui poussent à traiter un sujet sous un angle plutôt qu’un autre : en Afrique, notamment, on parle beaucoup de la famine mais jamais des côtés positifs.
Sophie Caillat explique qu’il y a également un problème de temps et de place : on ne peut pas tout traiter et a priorité va donc aux sujets qui semblent les plus importants. Il faut trouver un équilibre entre donner une information qui interpelle mais aussi des informations positives. Mais cet équilibre ne pourra jamais être parfait.
Sur l’objectivité de l’information, Sophie Caillat témoigne que, dans le cas, de 20 minutes, le rédacteur en chef ne censure pas d’articles.

 

Les associatifs s ‘interrogent sur la manière de faire passer une information à un journal aussi sollicité. Sophie Caillat répond que cela marche lorsqu’on s’y prend au bon moment et que l’on matraque la rédaction de mails, 2 semaines avant l’événement, la semaine précédente, le jour même, etc. Il faut également mettre son information en scène : montrer que l’on a des partenaires, grossir l’événement…

 

Le rôle de la publicité


La salle revient sur la publicité : les lecteurs ne risquent-ils pas de s’écœurer de la publicité, omniprésente dans les journaux, comme ils l’ont été de la publicité dans leurs boîtes aux lettres ? Par ailleurs, certains s’interrogent sur l’objectivité de l’information dès lors que les journaux sont financés par la publicité et non par la qualité de leurs reportages.
Pour Sophie Caillat, c’est la presse spécialisée qui est la plus soumise à la pression des annonceurs. Une publication comme Le Moniteur, magazine spécialisé dans le BTP uniquement financé par les pubs de ce secteur, est ainsi beaucoup plus tributaire de la volonté de ses annonceurs. Plus ces derniers sont diversifiés, moins ils auront leur mot à dire sur le contenu éditorial du journal.
Sophie Caillat pointe également la pression exercée par les imprimeurs de presse qui ont un monopole en la matière : les tarifs d’impression et de distribution sont les plus chers d’Europe.

 

Globalement, Sophie Caillat est pessimiste sur l’avenir de la presse écrite. L’information est de plus en plus « bradée » sur Internet. La presse embauche de plus en plus de jeunes mal payés et exploités, et cette précarité nuit à la qualité de l’information.

 

Une associative présente demande à Sophie Caillat comment elle ressent le fait de travailler pour 20 minutes.
Sophie Caillat répond que cela ne lui pose pas de problèmes éthiques. Il y a bien sur, des modes de travail qu’elle n’approuve pas : traduire des dépêches, hiérarchiser l’information sur Yahoo !… Mais toutes les publications ont leurs soucis : à Challenge ou Le Monde initiative où elle était pigiste, elle écrivait ainsi des articles le plus long possible car les piges sont rémunérés au nombre de signes ! Aujourd’hui, les journalistes font aussi ce qu’ils peuvent pour s’en sortir dans un métier où il y a beaucoup de chômage. Mais elle estime qu’on peut quand même faire du bon travail dans la presse gratuite.

 

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