INTERVENANTE

– Erell Delesvaux, : administratrice déléguée à la prévention à la Mutuelle des Etudiants

 

ANIMATRICE

– Radija Jabbouri : secrétaire nationale à Animafac

 

On distingue trois alcools dans la consommation :

1- Bière

2- Vin

3- Alcools forts

La consommation d’alcools forts est plus fortement liée à un public jeune, celle de vin à un public plus âgé.

La questions des « Prémixs »

Ces mélanges d’alcools forts et de soft préparées à l’avance permettent de toucher un nouveau public. Leur forte teneur en sucre augmente l’absorption d’éthanol Jusqu’à récemment , ces boissons étaient avantageuses pour les industries d’alcool car ils bénéficiaient d’une TVA inadaptée à la réalité de la teneur en alcool de ces boissons.

 

La représentation de l’alcool chez les jeunes :

73% des étudiants boivent « entre amis ». L’’alcool est donc associé au plaisir, à la détente, à la convivialité, etc. : en bref, une image très positive. Les rares personnes qui ne véhiculent pas cette image sont surtout les « abstinents » qui ne boivent pas. Changer les comportements n’est pas suffisant : il faut également agir sur les représentations.

 

Les effets de l’alcool :

Dans l’immédiat, l’acool provoque une euphorie. Absorbé de manière abusive, l’alcool peut rapidement produire des effets nocifs comme le coma éthylique. L’alcool a également des effets « cumulatifs » : notre corps enregistre la consommation cumulée d’alcool et finit par en subir les symptômes. Cet argument touche cependant assez peu les étudiants qui se sentent sans doute trop jeunes pour anticiper les effets de long terme de leur consommation.

NB : Attention à la lenteur d’absorption (image des entonnoirs successifs bouche-oesophage-estomac-intestin)

 

Les risques liés à l’alcool :

– Accidents de la route, qui incluent piétons et cyclistes accidents domestiques

– Violences et voies de fait

– Viols

– Rapports sexuels non protégés

Ces trois deniers « risques » sont à prendre spécialement en compte face à un public étudiant en milieu festif.

 

Les différentes typologies de « buveurs »

– occasionnel

– occasionnel excessif

– régulier

– régulier excessif

Les frontières sont ténues entre ces différents type de buveur. Dans tous les cas, la prévention doit se réaliser en trois temps : une sensibilisation, qui amène à une prise de conscience qui doit déboucher sur une prise en charge. Les consommateurs d’alcool sont souvent des polyconsommateurs (tabac, THC, cocaïne, etc.) : ceci ouvre de nombreuses portes pour la sensibilisation.

 

La notion de « Plaisir sans risques »

La Conférence des Grandes écoles a récemment imposé aux BDE une charte afin de réguler la consommation d’alcool en soirée. Celle-ci bannit notamment les « opens bars » qui ne limitaient pas, voire encourageaient la consommation excessive d’alcool. Elle propose également de surtaxer l’alcool par rapport aux « soft » afin d’encourager la consommation de ces derniers.

Un dosage raisonnable des boissons alcoolisées en soirée peut également permettre de réduire la consommation effective. La responsabilisation des organisateurs, enfin, est un moyen d’inciter à une meilleure surveillance de la consommation en soirée.

 

Interventions de la salle

Ne faut-il pas faire attention à l’excès de réglementation, notamment sur les prix et la liberté des participants, qui risque de braquer le public étudiant ?

Le problème s’est posé dans une boîte de nuit à Nantes : en supprimant les tarifs préférentiels pour les étudiants, leurs soirées sont devenues hors de prix pour ce public. Comment rendre ses soirées attractives ? En proposant des soirées à thèmes ? En cherchant de nouveaux publics ? En offrant des cadeaux ?

 

Les week-end d’intégration

Il est important que la prévention au « risque alcool » commence dès les week-end d’intégration, voire avant. Pour donner le ton, les soirées qui sont organisées durant ce week-end ne doivent pas proposer d’open bar et l’alcool doit être interdit dans les cars. Il est évidemment difficile de contrôler que les étudiants n’apportent pas leurs propres bouteilles, dans la mesure où une fouille des sacs et périlleuse.

Afin de limiter la consommation d’alcool, des après-midi et soirées chargées, laissant peu de temps entre les différentes activités, peuvent être une bonne solution. Les étudiants sont en effet capables d’ingurgiter de grosses quantités d’alcool en très peu de temps si on leur en laisse le loisir.

Limiter l’achat d’alcool pour la soirée et multiplier le nombre d’encadrants sont également des recours. Même si se pose toujours la question du meilleur moyen de limiter la consommation : volontarisme ou prévention ?

 

La sensibilisation

La LMDE suggère de toucher d’abord les buveurs les moins excessifs et les moins réguliers qui seront les plus réceptifs.

Afin que l’alcool ne devienne pas un argument qui défavoriserait certaines soirées, il est important de se concerter entre associations afin d’adopter des règles similaires.

Passer par la notion de plaisir peut être également un bon moyen de désamorcer une consommation excessive : apprendre à apprécier le bon vin à travers des cours d’oenologie, inciter les étudiants à y associer un repas, revaloriser notre rapport au corps… toutes ces démarches peuvent permettre de conserver la notion de « plaisir » sans tomber dans un excès préjudiciable pour la santé et facteur de prise de risque.

Il faut également partir du principe que les étudiants sont un public responsable, voire intelligent et insister sur l’idée que des soirées sans alcool sont possible. Un exemple : le baptême de l’eau chez les Faluchards.

 

Où trouver des outils pour la prévention alcool ?

Prévention : voir avec l’Agence Nationale pour la Prévention de l’Alcoolisme et de l’addictologie (ANPAA).

– Réduction des risques : éthyltests, capitaines de soirées, etc.sont disponibles auprès d’associations comme la Prévention routière.

Attention : les outils ne se suffisent pas et peuvent être à double tranchant.

 

Les bons arguments pour faire de la prévention…

– La question de la baisse des performances sexuelles, notamment chez les hommes, fait souvent un certain effet.

– L’argument selon lequel l’alcool fait grossir fait souvent mouche auprès d’un public plus… féminin.

– L’excès d’alcool, voire sa simple consommation, nuisent fortement à la capacité de séduction.

– Il est important de parler des risques liés à la consommation, notamment les viols, les rapports non protégés, etc.

– La prévention transversale permet d’aborder l’alcool à partir ou en complémentarité avec d’autres axes, tels que le sexe, les MST, l’audition, la polyconsommation, etc. ( voir le Collectif Agissons).

– L’intervention de moyen de sensibilisation liés à la sécurité routière peut également être une approche convaincante (voitures-tonneaux, chocs à 30Km/h)

 

La prévention en public

– Donner les moyens de refuser la pression sociale, directe ou implicite

– Toucher des groupes de potes qui pourront s’influencer entre eux.

– Sensibiliser dès le collège et le lycée, encore difficiles d’accès et pourtant touchés.

– La prévention est difficile dans les lieux festifs : toutes les idées sont les bienvenues.

– Prévenir en amont

 

La prévention doit être complémentaire de la réduction des risques, et réciproquement. Pour réduire des risques :

– Pensez à proposer un système permettant de raccompagner les buveurs (Voiture&Co…)

– Prévoyez des bouteilles d’eau à disposition et/ou distribuées gratuitement

– Revaloriser le rapport au corps en proposant des activités ludiques, dans un cadre avec peu ou pas d’alcool. La danse, par exemple, permet un cadre sain d’échanges corporels et un outil pour la séduction : trop boire empêche de danser, danser permet d’éliminier des toxines, danser est convivial, etc. Les soirées coiffures sont également très efficaces : prendre soin de soi, de son corps, échanger et discuter dans un autre cadre, etc.

 

Trouver des subventions :

De grosses subventions sont facilement accessibles dans le domaine de la prévention des risques. Les acteurs veulent toucher les jeunes, mais ne savent pas comment s’y prendre : ils n’attendent que nous…

La LMDE est actuellement en train de constituer un fonds et propose des formations. Elle se propose par ailleurs d’intervenir directement dans les soirées comme acteur de la prévention.

 

Quelques conseils en conclusion…

– Rappeler les risques : de manière pertinente, en trouvant les bons leviers, en s’adaptant au public.

– Se faire connaître : être présents en soirée (et si c’est le cas, assumer de boire…), mais aussi en dehors des soirées. L’imitation des pairs est encore puissante chez les étudiants, et c’est à double tranchant : boire comme tout le monde, ou s’en servir comme levier pour la prévention ?

– Avoir un discours ludique et pédagogique : éviter le ton moralisateur, donneur de leçon.

– Cibler son public.

– Garder le fil rouge de la prévention lors des soirées.

– Rappeler TOUS les risques : sécurité routière, alcoolo-dépendance (6 cuites par an ; 2-3 verres par jour), etc.

– Se rappeler les spécificités du public étudiant : encore adolescent, déjà adulte, responsabilisable, etc.

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