L’intervention de Yves Dalmau, conseiller à la délégation interministérielle à l’orientation, a permis d’apporter les éclairages nécessaires concernant les orientations prises suite au débat national Université-Emploi.

La Commission Université-Emploi, mise en place en avril 2006, fait suite à la crise du CPE, l’objectif étant de lancer un débat sur la problématique de l’insertion professionnelle des jeunes. Cette commission a ainsi donnée naissance à la délégation interministérielle afin d’élaborer un schéma national de l’orientation et de l’insertion, dont la mise en œuvre est prévue à partir de février 2007.

L’insertion professionnelle : un enjeu majeur

Un consensus existe : l’insertion professionnelle doit devenir un sujet majeur, ce qui n’a pas été le cas jusqu’ici. On peut citer en exemple l’absence de budget spécifique à l’orientation et à l’insertion dans le supérieur, contrairement à ce qui se passe à l’étranger ou dans les grandes écoles.

Outre l’insertion, l’orientation n’est pas assez prise en compte alors que la massification de l’enseignement et la complexification des systèmes de formation rendent l’orientation des jeunes de plus en plus difficile.

La prédominance de la recherche par rapport à l’enseignement académique, la faiblesse des moyens humains et financiers sont quelques causes pouvant justifier des lacunes de l’université dans ce domaine.

Les objectifs du schéma général

Le rapport de la commission Hetzel propose plusieurs orientations qui sont de nature à mieux relier l’Université et l’Emploi. Yves Dalmau souligne quatre objectifs spécifiques :

Repenser l’information et l’orientation : remettre l’orientation au centre de l’enseignement, du collège aux doctorants

Les actions d’orientation doivent être renforcées, et ce à tous les niveaux :
– à destination des collèges et lycées (découverte professionnelle, TPE…)
– à destination de l’enseignement supérieur : accueil en premier cycle et réorientation (renforcement des passerelles pour qu’il n’y ait plus de choix sans retour), PPE (projet personnel étudiant), découverte des enjeux professionnels vers les licences

Yves Dalmau a également mentionné l’expérience du dossier unique de candidature à Nantes. Ce dossier, mis en place à partir de la première jusqu’à la fin du cursus universitaire, recense toutes les formations en France.

Il permet ainsi de proposer un panorama complet des formations disponibles, à égalité de hiérarchie et, par conséquent, d’orienter plus facilement les jeunes dans leur cursus. Cette initiative pourrait s’appliquer à l’ensemble du territoire.

– Faire reconnaître l’insertion comme une préoccupation majeure de l’ensemble du corps universitaire

Il s’agira notamment de faire reconnaître l’insertion/l’orientation dans le statut des enseignants-chercheurs, qui ne doivent plus se considérer comme des seuls diffuseurs de savoir.

Personnaliser l’orientation

Malgré la masse d’informations présentes lors des divers forums ou salons étudiants, la visibilité et l’efficacité de ces actions restent faibles, plus particulièrement pour les universités. A titre d’exemple, les grandes écoles, grâce à une promotion de leur formation réalisée par les étudiants eux-mêmes, offrent une image dynamique, ce qui n’est souvent pas le cas des universités.

Mettre l’accent sur la professionnalisation

– Développer les diplômes professionnels : les places en IUT, en BTS et en licence professionnelle doivent se construire davantage en lien avec les professionnels.

Le développement des licences professionnelles par exemple, a été tel depuis 1999, qu’on dénombre aujourd’hui plus de 1500 formations très disparates. Ce type d’offre nécessite d’être, d’une part rationalisé, d’autre part élaboré conjointement avec des professionnels.

Développer les modules professionnels : langues vivantes étrangères, informatique, recherche d’emploi, etc.

Encourager les parcours en apprentissage et en alternance Les grandes écoles sont largement en avance par rapport à l’université sur ces questions. Par exemple, 30 à 40% des diplômés de l’ESSEC sont issus de l’apprentissage.

– Création d’un comité Université-Emploi dans chaque université pour traiter des questions d’insertion et d’orientation

Cette structure, pour être plus efficace que celles existant actuellement, devrait être dirigée par un enseignant. Un service « stages » mais également un service « insertion professionnelle » seraient mis en place. La création d’une vice-présidence « insertion/orientation » est également envisagée.

La création d’une maison des anciens

Au sein de cette nouvelle entité pourrait s’organiser une « Maison des anciens » afin d’intégrer la notion de réseau au sein des universités. Les associations étudiantes ont un rôle majeur à jouer dans l’animation de ce lieu d’échanges entre étudiants et diplômés. Toutefois, l’administration devra également fixer le cadre de cette nouvelle collaboration.

Enfin, d’autres actions transversales viendront également alimenter ce schéma général, notamment une coopération renforcée entre les ministères de l’Education Nationale, de l’Emploi et de la Formation ou encore de Jeunesse et Sport afin de proposer des actions cohérentes.

Les échanges ont été nombreux lors de ce débat, les attentes étant grandes de la part des associations étudiantes impliquées dans les démarches d’insertion professionnelle. Plusieurs thèmes d’échanges peuvent être mis en évidence :

– le problème de l’image véhiculée par l’université et le non-sentiment d’appartenance à une entité définie. Ce phénomène est surtout propre à la France, les universités en Chine par exemple ont une forte notoriété et une image de prestige.

– L’absence de dialogue entre l’université et les étudiants.

– Le manque de reconnaissance de l’université pour l’engagement associatif des étudiants qui n’est pas suffisamment valorisé et encouragé, contrairement aux grandes écoles où l’implication dans une association est fortement recommandée, voire obligatoire.

– Le manque d’implication de l’administration universitaire sur le champ de l’insertion professionnelle : pas de banalisation des cours lors des forums emploi ou métiers…

– Le défaut de notoriété de l’université pour les entreprises. Le fait que le secteur privé ne s’adresse pas aux universités s’explique notamment par le fait qu’il ne le connaît pas. A titre d’exemple, Danone a fait appel à une société de consulting pour identifier les bons masters…

– L’influence des associations pour favoriser l’insertion professionnelle, qui sont à la charnière entre l’université et le monde professionnel. Les associations d’anciens, à travers des conférences ou forums, ont également comme atout de rendre compte de l’adéquation entre le marché du travail et le positionnement du métier auquel ils sont formés.

Le schéma général semble apporter des éléments de réponses à certaines problématiques évoquées. Yves Dalmau souligne la réelle volonté des acteurs institutionnels d’avancer en précisant toutefois qu’il faut que cela soit suivi sur le terrain. Les associations doivent jouer un rôle dans ce pari, un cadre administratif pourrait aider à cette mise en place.

Retrouvez le rapport de la commission Hetzel

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