Une table-ronde, composée de représentants d’organisations patronales et d’un observatoire d’insertion de l’université, a permis de mettre en exergue la volonté des différents partis pour rapprocher universités et entreprises et d’identifier les avancées qui étaient faites en la matière.

ANIMATEUR : Abdelkrim Marchani

INTERVENANTS :
Elie de SAINT JORES, Direction de l’Education et de la Formation, chef de service Formation Initiale du MEDEF
Didier GENEVOIS, président de la CGPME du Val-de-Marne (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises)
François SOULAGE, administrateur du CEGES (Conseil des Entreprises, Employeurs et Groupements de l’Economie Sociale)
Matthieu GRUNFLED, directeur de l’OFIPE (Observatoire des Formations et des Insertions Professionnelles, Évaluations) de l’Université de Marne-la-Vallée

Les intervenants ont présenté succinctement leurs organismes et nous ont fait part de leur constat face au fossé actuel qui existait entre universités et entreprises. Des pistes d’actions ont également été avancées.

MEDEF : « Les secteurs professionnels sont prêt à travailler avec l’université main dans la main »

Le MEDEF représente plus de 750 000 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs (85 fédérations professionnels) sur l’ensemble du territoire, les 2/3 de ses adhérents ayant moins de 50 salariés. A noter que le MEDEF dispose d’un espace réservé aux jeunes sur son site internet, qui reste encore trop peu consulté par les étudiants.

Selon M. de Saint Jores, le contact entre université et monde professionnel a beaucoup de mal à prendre. La situation est néanmoins en train de se débloquer, un diagnostic commun a été réalisé.

En s’appuyant sur un sondage réalisé par l’IFOP en septembre 2006 pour le Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement « Les jeunes face à l’emploi », le représentant du MEDEF met en évidence le sentiment que les jeunes sont mal préparés à l’emploi. L’apprentissage d’une part, les filières courtes et concrètes d’autre part (BTS, IUT et DUT) sont perçus comme préparant bien à l’emploi. A l’inverse, seul un jeune sur trois adhère à l’idée que l’université joue un rôle satisfaisant en matière d’insertion professionnelle. Pour M. de Saint Jores, l’université a été fondée sur d’autres objectifs que celui de trouver un emploi.

La crise du CPE a été révélateur d’un malaise universitaire, le rapport Hetzel qui lui fait suite propose des pistes intéressantes liées à l’emploi, à l’apprentissage…

L’alternance peut être une des solutions pour réconcilier les deux entités. Elle est encore trop peu développée au sein des universités (moins de 2%), la marge de progression est donc grande.

Concernant les actions concrètes initiées, le MEDEF a annoncé récemment le lancement d’un partenariat avec l’université de Marne-la-Vallée pour favoriser le recrutement des étudiants issus de l’université. Baptisée Phénix, cette opération pilote va proposer à 70 étudiants volontaires de niveau Master 2 (bac + 5) en lettres, en sciences humaines ou sociales, ou en sciences d’être recrutés à un niveau cadre en contrat à durée indéterminée.

CGPME : « Nous voulons amplifier les échanges avec l’université »

La CGPME est une organisation patronale qui, à la différence du MEDEF, est davantage concernée par les TPE et TPI.

M. Genevois souligne la volonté forte de la CGPME de faire avancer les choses en matière d’insertion professionnelle des jeunes issus de l’université. A titre d’exemple, la CGPME est à l’initiative du BTS assistant gestion PME/PMI et de la mise en place d’un référentiel commun de cette formation au niveau européen. En outre, la CGPME contribue à la promotion du contrat de professionnalisation, notamment grâce à une campagne de communication.

CEGES : « La pratique associative au sein de l’université ouvre de larges opportunités dans le secteur de l’économie sociale »

Le CEGES regroupe l’ensemble des entreprises de l’économie sociale, que représente les associations, les coopératives et les mutuelles. L’économie sociale et solidaire est un secteur qui se développe dans des secteurs très nouveaux tels que les services à la personne, le commerce équitable, etc.

M. Soulage précise que les modes de recrutement au sein de ce secteur peuvent être différents dans la mesure où les professionnels recrutés sont autant évalués sur leurs diplômes que sur leur engagement social. La pratique associative au sein de l’université apparaît donc essentielle pour rejoindre le secteur de l’économie sociale et solidaire.

OFIPE – Université Marne-la-Vallée

L’OFIPE, Observatoire des Formations et des Insertions Professionnelles, Évaluations, est un exemple d’outil développé par l’université pour piloter les démarches de professionnalisation des étudiants. A noter toutefois que ces observatoires sont propres à chaque université, ils n’existent donc pas partout et n’ont pas tous le même dynamisme.

L’Université nouvelle de Marne-la-Vallée, depuis sa création, a fait le choix de mettre la professionnalisation au coeur de ses préoccupations. Elle développe des liens directs avec les entreprises et développe des dispositifs comme la formation continu, l’apprentissage, etc. (sur 12 000 étudiants, 1/10 sont en apprentissage).

Les résultats des différentes enquêtes menées par l’OFIPE (taux et durée d’insertion, débouchés professionnels…) permet non seulement d’adapter les formations en les modifiant ou en les supprimant mais aussi de mettre en évidence certaines problématiques non recherchées, comme par exemple la diversité des débouchés, dont les résultats seront alors réutilisés pour une meilleure orientation des étudiants actuels.

L’université, à travers l’OFIPE, reconnaît qu’aujourd’hui, les relations universités/entreprises évoluent favorablement. Tandis qu’hier les discours prévalaient sur les actes, on constate qu’aujourd’hui des mesures concrètes sont prises. Bien sur, le chemin reste encore long…

Les échanges avec la salle ont été nombreux, les attentes étant grandes de la part des associations étudiantes impliquées dans les démarches d’insertion professionnelle. Plusieurs thèmes ont été évoqués :

Les partenariats entre associations étudiantes et entreprises
Au-delà du rapprochement entre universités et employeurs, les associations étudiantes ont elles aussi à coeur d’établir des relations étroites avec les employeurs. Outre l’appui sur leur réseau d’anciens, développé grâce à la mise en place d’un annuaire d’anciens, de rencontres formelles ou informelles, les associations étudiantes tentent de développer des contacts ciblés avec les employeurs en lien avec leur formation.

Les organismes patronaux présents ont déclaré être tout à fait prêt à s’engager avec les associations pour mener des actions spécifiques, ces associations étant d’ailleurs nécessaires pour donner une identité à la formation. Le MEDEF a d’ailleurs précisé que des actions étaient déjà menées avec des réseaux d’écoles privés.

Animafac, en sa qualité de réseau d’associations étudiantes, a rencontré le MEDEF et la CGPME en début d’année afin d’établir des partenariats qui profiteraient à l’ensemble des associations étudiantes universitaires, associations souffrant le plus d’absence de réseau. L’objectif est d’impulser une dynamique locale permettant de prendre en compte les spécificités du territoire et de favoriser les échanges locaux entre associations, employeurs et professionnels de l’insertion.

Les moyens de professionnalisation : le stage et l’alternance

Les stages sont une préoccupation des étudiants, l’alternance celle des employeurs. La majorité des responsables associatifs étant au milieu, voire à la fin, de leur cursus universitaire, ceux-ci ont bien souvent suivis un cursus normal, qui implique généralement une période de stage.

Sur la question des stages, les organisations patronales sont partagées. Alors que la CGPME souligne la difficulté des employeurs pour trouver des stagiaires et le manque d’implication des jeunes qui ont tendance à présenter le stage comme une obligation (« je dois faire un stage »), le CEGES quant à lui fait le constat que les stages sont de moins en moins plébiscités par les employeurs qui, dans le cadre d’une petite entreprise, peinent à trouver le temps nécessaire pour former un stagiaire. Ils se tourneront alors davantage vers l’alternance. D’où la difficulté pour les étudiants de trouver ces stages tant convoités.

La difficulté pour un étudiant de trouver un stage réside à la fois dans la technique de recherche utilisée mais également dans le réseau qu’il aura préalablement développé. Bien que les intervenants soulignent que l’engagement associatif est un moyen de développer son réseau et de se professionnaliser, nombreux sont les responsables associatifs qui ne voient pas les résultats de cette implication. Concernant les techniques de recherche, le MEDEF travaille à l’élaboration d’une charte, d’un mode d’emploi pour trouver les stages.

En outre, il est également utile de rappeler que beaucoup d’étudiants utilisent le cadre juridique du stage dans une logique de construction de parcours professionnel qui se rapproche alors davantage d’une logique d’alternance.

L’adéquation entre les besoins de l’entreprise et les formations

Les intervenants, notamment le MEDEF, ont insisté sur la nécessité de développer des formations pluridisciplinaires, hybrides au sein des universités. Les nouvelles formations proposées par les universités doivent être définis en étroite coopération avec les organisations patronales et davantage s’adapter aux besoins des entreprises. Il faut néanmoins rester vigilant sur les limites à donner pour « professionnaliser » l’université.

En conclusion, pour les organismes patronaux de même que pour l’université (OFIPE), les associations étudiantes ont un rôle à jouer dans les nouveaux échanges entre universités et entreprises, ceci tout précisant que les associations étudiantes ont un pouvoir limité ; les universités doivent accompagner l’insertion professionnelle, un travail doit cependant être mené par les associations étudiantes pour être identifiées comme acteur indispensable sur cette question.* Et même si les stages constituent un véritable parcours du combattant, réjouissons-nous néanmoins de l’évolution positive de l’image des étudiants universitaires pour les entreprises…

 

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