8 décembre 2007

INTERVENANTS
– Damien Demailly : chargé de mission énergie Climat au WWF-France
– François Delattre : volontaire civil à l’association Issue Environnement (Cergy Pontoise)

ANIMATRICE
Marie-Jeanne Charrier : secrétaire nationale à Animafac
En introduction, Marie-Jeanne Charrier précise que le but n’est pas, dans cet atelier, de prendre parti sur le Grenelle, mais de réfléchir à la manière dont les associations étudiantes pourraient se saisir des propositions qui y ont été faites pour les inclure dans leurs projets.
– Dans un premier temps, Damien Demailly expliquera quelques décisions du Grenelle, correspondant aux types de projets menés par les associations étudiantes.
– Celles-ci témoigneront ensuite de leurs expériences et discuteront des moyens d’aller plus loin. François Delattre, notamment, racontera le projet « Campus Vert » mené par l’association Issue Environnement sur l’université de Cergy-Pontoise.

QUELQUES MESURES PASSÉES AU CRIBLE…

Habitat

L’habitat a été le point positif du Grenelle, ce qui n’était pas une surprise dans la mesure où il existait, dès le départ, un consensus entre ONG et entreprises sur les objectifs à atteindre.
L’habitat représente actuellement 40 % de la consommation énergétique. L’objectif affiché était d’aller jusqu’à 40 % de réduction de la consommation d’énergie d’ici 2020. NB : La consommation énergétique de l’habitat comprend l’eau chaude et le chauffage.
Pour les bâtiments neufs, cela signifie durcir la réglementation thermique fixant la norme de consommation énergétique pour les nouvelles constructions. Lors de la table ronde finale du Grenelle, le ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, a proposé de faire passer cette norme de 240 kWh/m2/an actuellement, à 50 kWh/m2/an d’ici 2012, soit une division par cinq de la consommation. Un objectif qui a surpris les ONG. Non seulement elles n’en attendaient pas tant, mais elles considèrent également que ce chiffre sera difficile à atteindre en si peu de temps, la France ne disposant, pour l’instant, ni des technologies, ni des compétences nécessaires.
Pour les bâtiments anciens, les conclusions du Grenelle proposent un plan d’isolation de 400 000 logements par an, ce qui correspond au nombre d’habitats remis chaque année sur le marché (changement de locataire, vente, etc.). Les ONG demandent à ce que des normes simples et généralisées soient fixées : isolation standard, double vitrage obligatoire, etc. Cela afin de faciliter le travail des artisans, peu nombreux à disposer des qualifications nécessaires pour évaluer les travaux nécessaires, mais également pour permettre aux entreprises de produire massivement les matières premières. Les modalités d’application de cette mesure restent cependant assez floues : qui aura la charge de ces travaux ? l’État va-t-il aider les ménages à bas revenus ? L’opacité généralisée quant à l’application des décisions du Grenelle a conduit l’Alliance pour la planète à suspendre momentanément, début décembre, sa participation aux négociations.
Les bâtiments publics, enfin, devront effectuer un Bilan carbone d’ici 2009. Actuellement, ils n’ont d’obligation que pour un « Diagnostic de dépense énergétique » qui ne prend pas en compte l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre.

Transports.

Les transports sont le secteur dont les émissions ont le plus augmenté ces dernières années. ONG et différents collèges du Grenelle étaient d’accord sur l’objectif global : réduire de 20 % les émissions d’ici 2020. La cible n’est pas très ambitieuse, ou en tout cas insuffisante pour atteindre l’objectif français d’une division par quatre des émissions d’ici 2050 (Facteur 4). Mais réduire sensiblement l’impact des transports impliqerait de convaincre les usagers de moins utiliser la voiture, or changer les mentalités prend du temps.
L’une des revendications des ONG était un moratoire sur la construction de nouvelles autoroutes. Dans son discours sur les mesures du Grenelle, le Président, Nicolas Sarkozy, a plus ou moins repris cet objectif… en y ajoutant quelques restrictions : pas de nouvelles routes, excepté pour des raisons de congestion, de sécurité et d’intérêts locaux. Ce dernier bémol permet, en réalité, de justifier toutes sortes de nouveaux projets : des élus locaux viennent ainsi d’invoquer ce motif pour la construction d’un contournement sur l’autoroute A65.
Concernant la promotion de transports alternatifs, le gouvernement s’est engagé à rétablir une participation de l’État pour la construction de voies de bus, de tramways ou de voies cyclables. Ceci ne représente, en réalité, qu’un retour à la situation qui prévalait jusqu’en 2004, date à laquelle le gouvernement Raffarin avait supprimé cette participation étatique. Les conclusions du Grenelle prévoient par ailleurs, la construction de 1500 kilomètres de rails de tramways supplémentaires d’ici 2020.
La mise en place d’un bonus-malus pour les voitures selon leur pollution est l’un des points du Grenelle les plus contesté par les ONG. Lors des négociations, l’idée d’attribuer annuellement ce Bonus-malus avait en effet été avalisée. Les premières transpositions effectives semblent cependant se diriger vers un bonus-malus à l’achat : peu incitatif selon les associations environnementales. De plus, les malus « forts » ne concernent qu’1% du parc. À l’inverse, les bonus, qui devaient permettre d’inciter les ménages à investir dans des véhicules propres via des primes, sont trop peu élevés pour avoir un rôle déterminant à l’achat. Sans compter que, contrairement à ce qui avait été demandé par les ONG, ces primes ne sont pas majorées pour les ménages pauvres, leur coupant pratiquement l’accès aux véhicules propres souvent plus chers.
Le gouvernement s’est engagé, durant le Grenelle à soutenir la Commission Européenne pour une législation contraignante afin que les véhicules neufs émettent moins de 120 gr de CO2 par kilomètre parcouru.
Concernant les transports aériens, le Grenelle ne marque pas de réelle rupture avec la politique traditionnelle de la France, toujours réticente à imposer des restrictions à ce marché dont Air France est l’un des leaders
. Le gouvernement s’est, certes, engagé à ne plus s’opposer à ce que les compagnies aériennes soient intégrées dans le marché européen des émissions carbones, mais les modalités ne sont pas encore fixées : les quotas seront-ils distribués gratuitement ou vendus ? Seront-ils contraignants ou généreux ?

Questions de la salle :
– Ne vaut-il pas mieux prolonger la durée de vie des voitures plutôt que de mettre en place des « primes à la casse » comme cela a été proposé au Grenelle ?

Au regard de la production de déchets, le renouvellement fréquent du parc est une catastrophe. Du seul point de vue des émissions de gaz à effet de serre, c’est en revanche une politique positive : les voitures consomment 10 fois plus à l’usage qu’à la construction, et les modèles neufs émettent bien moins que les anciens.
Des associatifs présents évoquent également de nouvelles technologies permettant de « rouler propre » : le moteur pantone, qui fonctionne en circuit fermé, réutilisant les gaz émis pour fournir de l’énergie, permettrait notamment de n’émettre aucun gaz à effet de serre. Certains insistent sur le fait que les prouesses de ce moteur Pantone ne sont, pour l’instant, démontrées par aucune étude scientifique.
– Quelles mesures ont été prises pour réduire l’impact des transports de marchandises routiers qui représentent une part non négligeable du secteur transports (25 %, pour les poids lourds, 40 % si l’on inclut les utilitaires légers NDLR) ?
Les mesures du Grenelles prévoient de doubler les lignes à grandes vitesses et de développer le fret fluvial.

Énergies renouvelables.

L’objectif affiché au Grenelle était de produire 20 millions de tonnes d’équivalent pétrole en énergies renouvelables en plus d’ici 2020, ce qui revient à multiplier par deux leur production. Dans les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy à l’issue des négociations, cet objectif se traduit par le « lancement d’un programme national des énergies renouvelables pour dépasser l’objectif européen de 20% de la part de consommation d’énergie à l’horizon 2020 ».
Si l’objectif est louable, les mesures proposées sont en revanche assez pauvres. Dans son discours, Nicolas Sarode proposait notamment de consacrer un euro au développement d’énergies renouvelables pour chaque euro consacré au nucléaire : c’est peu au regard de l’investissement qui serait nécessaire pour rattraper le retard français en matière d’énergies renouvelables. La France s’est toujours montrée très réfractaire à développer les énergies renouvelables au niveau européen. Son leitmotiv : demander à ce que l’on parle d’énergie « sans carbone » plutôt que de « renouvelables », ce qui permettrait d’inclure le nucléaire. Ce serait cependant oublier que, lorsque l’on parle d’énergie, cela ne comprend pas seulement l’électricité. Or, si le nucléaire représente effectivement 80 % de l’électricité, il ne couvre en revanche que 17% de la dépense énergétique totale dans l’hexagone.
La France se veut en revanche « à la pointe » pour la production de biocarburants, ce qui s’explique par le nombre important d’agriculteurs sur le territoire et la manne financière que représenterait pour eux un tel marché. Pourtant, les biocarburants sont très controversés : non seulement car leur production fait concurrence à l’usage de la terre à des fins alimentaires, mais aussi car cela demande de mettre en place une agriculture intensive qui génère proportionnellement plus de gaz à effet de serre que les gains obtenus en utilisant ce type de carburants. Les chercheurs parlent aujourd’hui d’une « deuxième génération » de biocarburants, plus efficaces et moins émetteurs de gaz à effet de serre. Une deuxième génération qui ne verrait cependant pas le jour avant une bonne dizaine d’années…

Question de la salle :
– L’énergie éolienne, connue pour être intermittente et dépendre des aléas météorologiques, peut-elle réellement remplacer le nucléaire ?

Un parc assez important d’éoliennes, bien réparti sur le territoire, permet de remédier au problème de l’intermittence. Par ailleurs, il ne s’agit pas de faire de l’éolienne la seule énergie en France, mais de voir comment l’on peut combiner l’ensemble des énergies renouvelables pour répondre à la demande.

COMMENT INTÉGRER LES MESURES DU GRENELLE DANS NOS PROJETS ?

Habitat et énergie.

L’expérience d’Issue Environnement, l’association des étudiants du Master Sciences de l’Environnement Milieux Urbains & Industriels de l’Université de Cergy-Pontoise. (François Delattre)
Outre un objectif de sensibilisation qui l’amène à organiser chaque année une journée du développement durable sur le campus, Issue Environnement s’est également lancée, voici deux ans, dans un projet « campus vert » avec l’appui du réseau Solar Generation.
Dans un premier temps, l’association a mené sur le campus un diagnostic énergétique : étant une association de filière spécialisée sur l’environnement, les étudiants avaient les compétences nécessaires pour le mener et ont même réussi à intégrer cet « audit » en tant que projet professionnel dans leur cursus. Ce premier bilan énergétique leur a permis de proposer des économies d’énergie sur le campus.
Cette année, l’association s’est fixée un nouvel objectif : poser des panneaux photovoltaïques sur l’un des sites de la fac. Si ce projet fonctionne, il sera envisagé de poser des panneaux sur l’ensemble des sites du campus.
Pour mener à bien ce projet, l’association a bénéficié d’un important soutien du Président de l’université. Ils ont su lui montrer les économies financières concrètes qu’il pourrait réaliser en réduisant la consommation énergétique de l’université et en se tournant vers des énergies renouvelables. Proche de la présidente de l’université de Versailles qui a créé l’association Fondaterra, le Président était, de plus, très sensible aux questions environnementales.
L’association n’a, en revanche, pas réussi à agir sur les bâtiments de l’université. Le site le plus problématique est un bâtiment neuf entièrement en verre et donc très mal isolé. Pour des raisons esthétiques, la pose de panneaux isolants sur les fenêtres est exclu. Des associatifs présents dans la salle suggèrent la pose de volets, ce qui permettrait une meilleure isolation, au moins en été, sans détruire la physionomie du bâtiment.

Des associations étudiantes font part de leurs difficultés à mettre en place ce type de projets sur leurs campus.
Face au refus de l’administration de s’inscrire dans une démarche « Campus Vert » gérée par Greenpeace, Oïkos Paris a dû se lancer dans un projet indépendant : « Campus Durable ». Son conseil : il est impossible de ne pas prendre en compte la volonté de l’administration lorsque l’on souhaite mener ce type de projet.
L’association Ar Vuez à Rennes a également tenté de s’associer au réseau « Campus Vert » de Solar Generation. Déçu par le soutien apporté, elle a choisi de mener son propre projet. Les relations avec l’administration ont néanmoins été problématiques. Celles-ci a refusé le principe des énergies renouvelables car elle venait de conclure un contrat avec EDF. Le CA s’est montré, dans l’ensemble, peu réceptif au projet ne voyant que les dépenses qu’occasionnerait une telle démarche.

De nombreuses associations insistent sur la nécessité de mener un audit énergétique pour donner des objectifs chiffrés à l’administration.
Cet audit permet de plus de faire pression sur l’administration en lui promettant une « mauvaise presse » si elle refuse d’avaliser le projet.
Comment mener un tel audit si les membres de l’association n’ont pas les compétences requises et que l’université refuse de débloquer les fonds nécessaires ? Réaction des associations : c’est précisément l’intérêt d’un réseau permettant de rencontrer des associations aux compétences complémentaires.

Pour en savoir plus : Lire la fiche pratique « Convaincre son établissement de se mettre au vert »

Les transports.

De nombreuses associations ont tenté de mettre en place, sur le campus, des projets pour proposer des transports alternatifs.
Le vélo est l’un des moyens de transport le plus plébiscité. Les associations évoquent l’expérience des Vélocampus, aujourd’hui présents dans plusieurs villes de France et qui proposent de louer des vélos pour des prix modiques aux étudiants. Certaines associations proposent également une « bourse aux vélos » qui permet à ceux qui quittent le campus de revendre leurs bicyclettes aux nouveaux arrivants : seul hic, convaincre l’université de leur prêter un local pour stocker les vélos durant l’été. Trouver des locaux et infrastructures pour garer ou stocker les vélos semble être un problème partagé par la plupart des associations. Pour convaincre son école de multiplier les anneaux à vélos, Dolce Vita tient le compte des étudiants obligés d’accrocher leur vélo à un poteau ou sur la voie publique faute de place : une moyenne sera remise à l’administration prochainement. Ce manque de solutions de parking pose également un problème de sécurité : les étudiants qui se font voler leur vélo sont peu incités à continuer d’adopter ce mode de transport.
L’association L3DD, nouvellement créée, souhaiterait de son côté mettre en place un système de co-voiturage à l’université Lyon 3.

Pour en savoir plus : Lire la fiche pratique « Promouvoir les transports alternatifs »

L’alimentation sur les campus.

Dans les mesures du Grenelle, figure l’engagement de proposer un repas bio par semaine dans les cantines publiques.
La plupart des associations ayant tenté de mettre en place de tels projets sur leurs campus se sont heurtés au refus de leur Resto U : pas de moyens, trop compliqué… Si cela semble effectivement complexe, les expériences de l’association Objectif 21 à l’INSA de Lyon et du Resto U de Lorient prouvent que cela est possible.
Pour en savoir plus : Lire la fiche pratique « Rendre son Resto U écologique ».

Les associations évoquent également la possibilité de monter une AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) sur le campus. Fac Verte ou Ar Vuez, l’ont déjà fait. Les obstacles rencontrés sont de plusieurs ordres : difficulté à trouver des producteurs (notamment sur Paris), problèmes pour trouver des locaux à usage commercial sur le campus (une AMAP implique en effet un échange commercial ente producteurs et étudiants), obstacles financiers empêchant les étudiants de payer par avance le producteur….

Pour en savoir plus :
– Lire la fiche pratique « Créer et animer une AMAP »
Voir le site des AMAP

 

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