Lundi 23 janvier, Guillaume Vuillletet, membre de la section des relations extérieures au Conseil économique et social de 2003 à 2005, a présenté le rapport « COMPARAISON INTERNATIONALE DES POLITIQUES D’ACCUEIL DES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS : QUELLES FINALITÉS ? QUELS MOYENS ? » lors d’une conférence de presse au Conseil économique et social (CES). Cette étude, dont il est le rapporteur, a été adoptée par le bureau du CES le 25 octobre 2005.

Voici quelques points saillants de l’étude (dont vous trouverez le sommaire et l’intégralité en PDF ici), et les quelques pistes qu’elle lance.

 

Quelques points saillants

La langue. Le rapporteur de l’étude, Guillaume Vuilletet, a fait un véritable plaidoyer pour que davantage de cours de l’enseignement supérieur en France soient en anglais. Non pas pour les étudiants étrangers, mais pour tous les étudiants, dans un souci d’internationalisation au vu du contexte de mondialisation de la recherche. En effet, la barrière de la langue française n’en est pas une à proprement parler pour l’accueil des étudiants étrangers. 22 mille étudiants sont inscrits dans les Alliances françaises en Inde. Or on ne compte que 309 étudiants indiens sur le territoire. Les lycées français à l’étranger comptent 150 mille lycéens, dont 50% sont étrangers. De cette moitié, pas même 40% souhaitent étudier en France. Il existe donc un vrai gisement d’étudiants francophones, et si des barrières à l’accueil des étudiants étranges existent, elles sont ailleurs que dans la langue.

Suivi. Nos voisins européens ont une pratique beaucoup plus élaborée que la nôtre du suivi des étudiants étrangers. Si des suivis d’étudiants étrangers en master ou doctorat existent, les étudiants étrangers en premier cycle, dont l’effectif est plus massif, n’en bénéficient véritablement d’aucun.

Fuite des cerveaux. Les études en France coûtent beaucoup moins cher qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Jusqu’à la licence, l’attractivité joue à plein et de nombreux étudiants viennent faire leur premier cycle en France. Mais le manque de débouchés professionnels les pousse à partir aux Etats-Unis ou au Canada pour terminer leur deuxième, troisième cycle et décrocher leur premier emploi. Se détachent dès lors deux déterminants importants de l’attractivité d’un pays auprès de potentiels étudiants étrangers :
– les conditions matérielles d’études
– les débouchés professionels

Doit-on sélectionner les étudiants étrangers ? La France sait accueillir les meilleurs : ceci concerne quelques milliers d’étudiants. Reste à passer du dispositif artisanal au dispositif industriel : si la France veut changer d’échelle et accueillir plus massivement des étudiants étrangers, elle doit se reposer la question de ce que sont les « bons étudiants ». A cette échelle, les « bons étudiants » ne sont pas forcément ceux dont la moyenne est la meilleure, mais bien ceux dont le projet académique et professionnel est viable, réfléchi, et donc peu voué à l’échec. En ce sens, Guillaume Vuilletet croit beaucoup aux parrainages entre établissements français et étrangers, sur le modèle de ce que réalise l’école Centrale, car ils permettent une meilleure orientation des étudiants.

Différences de salariats étudiants. Aux Etats-Unis comme en France, le droit du travail permet à un étudiant étranger d’exercer un mi-temps. C’est le cadre qui diffère : la majorité des jobs étudiants américains se trouvent au sein même de la fac, il s’agit de postes d’assistant universitaire, de chargé d’entretien ou de vacataire administratif. En France, on assiste souvent à un véritable gâchis de compétences, lorsque des étudiants effectuent des tâches n’ayant rien à voir avec la formation qu’ils sont entrain de suivre. En ce sens, des dispositifs qui s’inspireraient de l’apprentissage seraient utiles aux étudiants (autant, si ce n’est plus qu’aux jeunes de 14 ans) : ce serait un moyen de leur permettre d’être dès leur premier job dans leur domaine d’activité.
Quelques pistes issues du constat dressé par l’étude

En Amont.
Une structure unique pour promouvoir et accueillir les étudiants étrangers. Aujourd’hui, les étudiants qui à l’étranger cherchent à s’adresser à une structure disposée à les renseigner sur des études qu’ils souhaitent mener en France s’y perdent un peu entre Egide, Edufrance, le CNOUS… une structure unique serait plus judicieuse. Ce qui impliquerait aussi un renforcement des moyens. L’office allemand d’échanges universitaires DAAD consacre par exemple un budget de 32 millions d’euros spécifiquement à la promotion de l’enseignement supérieur allemand à l’extérieur. Si l’on compare ces moyens à ceux de la France, il y a un vrai problème d’échelle.
– Promouvoir les systèmes de parrainage, de co-diplomation, à l’image de ce que fait l’école Centrale, permet d’arriver avec de bonnes conditions académiques sur le territoire.

Pendant.
Généraliser le guichet unique. Sur certains sites universitaires, la pratique du guichet unique permet aux étudiants étrangers de centraliser leurs démarches administratives : logement, banque, préfecture, sécurité sociale… sont regroupés au même endroit pour quelques jours à la rentrée, avec parfois même la présence salvatrice de traducteurs ou d’associations.
Valoriser le rôle des associations. Guillaume Vuilletet a souligné à ce titre le rôle des associations étudiantes, qu’il faut selon lui puissament aider et soutenir. Il est aussi nécessaire à ses yeux d’éviter que ces associations d’accueil des étudiants étrangers soient trop isolées, du fait d’un risque de communautarisme. Reconnues, soutenues, les associations d’accueil des étudiants étrangers sont de véritables tissus d’intégration. Un exemple réussi est celui de la Cité Internationale de Paris. Mais il faut généraliser ces bons exemples : une nouvelle fois, passer du dispositif artisanal au dispositif industriel. Ce qui implique là aussi un effort de moyens, consacré aussi à réduire le criant déficit de logement étudiant.

En aval.
Permettre une première expérience professionnelle sur le territoire. Réussir à ce que les étudiants étrangers, vecteurs de développement de leurs pays, restent en France après leurs études pour y débuter leur carrière professionnelle, est crucial. Il faudrait mettre en place des amicales, des associations d’anciens, qui permettraient ici et là-bas de suivre le parcours des étudiants étrangers, et de favoriser des réseaux qui permettraient une meilleure insertion professionnelle des futurs arrivants. A l’heure actuelle on s’en préoccupe peu, de ce suivi. Or, l’expression des solidarités et les mises en réseau par le biais d’associations par exemple ont un intérêt double. Un meilleur accueil, et des réseaux communautaires permettant une insertion professionnelle réussie sous tous rapports.

Ce rapport est envoyé à tous les membres du gouvernement, aux préfectures, aux conseils généraux, aux membres des 2 assemblées.

 

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