Lancée au mois de mars dernier sous l’impulsion du haut commissaire à la Jeunesse, la concertation sur l’autonomie des jeunes affiche l’objectif ambitieux d’une refonte globale de la politique jeunesse. Pour mener cette réflexion, plusieurs groupes de travail ont été constitués : emploi et formation, orientation, logement, citoyenneté, santé, ressources. Après plusieurs semaines de réflexion et d’échanges, chacun de ces groupes vient de livrer ses conclusions lors de séances plénières. L’ensemble des propositions formulées vont désormais servir de base à la rédaction d’un livre vert. S’ouvrira alors, avec la mise en débat public de ce livre vert, la nouvelle phase de la concertation.

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4 questions à Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement


1 )A quels groupes de travail participez-vous et comment se passe le déroulement des travaux ?

Nous participons aux réunions plénières et nous avons participé aux comités de pilotage en aval. Ce travail a deux objectifs : avoir une vue d’ensemble de l’avancé du travail des groupes tout en restant attentifs à l’actualité du moment, car face à la crise, des décisions doivent être prises en parallèle à la commission. Par ailleurs, en tant que corps intermédiaire, nous jugeons important de prendre part à cette commission à un moment où l’Etat se concerte sur un sujet qui nous concerne et où l’on peut y croiser l’ensemble des acteurs de la jeunesse.


2) En tant que mouvement d’éducation populaire, quelles devraient être selon vous les priorités du gouvernement à l’égard des jeunes ? Le gouvernement a pour objectif de refonder une politique de la jeunesse, quelles devraient être selon vous ses priorités en la matière ?

On remarque une sorte d’obsession pour les questions d’insertion professionnelle, qui est légitime car les chiffres sont importants, mais ce ne peut pas être le seul enjeu. Il faut aussi réfléchir au bien être des jeunes de manière plus large et aux questions de démocratie. D’ailleurs, à l’origine, il ne devait pas y avoir de groupe de travail sur les questions de citoyenneté au sein de la commission. Ce groupe a été proposé et rajouté, ce qui est très bien pourtant il reste encore certains aspects qui sont niés. Comme la culture par exemple, il n’y a rien.

3) Que pensez-vous de l’objectif de la commission qui est de « ne pas laisser un jeune sans emploi, sans formation et/ou sans ressources et / sans accompagnement »Y a-t-il des points à rajouter ? Cet objectif vous semble-t-il viable ?

Cet objectif est important mais il met l’accent sur les problèmes et pas sur la place des jeunes dans la société. Le sort des jeunes doit être un critère de l’ensemble de la politique publique. Par ailleurs, ce message est contrebalancé par Martin Hirsch lui-même quand il souligne que les jeunes sont une ressource. La notion d’avenir est une réponse à une société qui ne se renouvelle pas. Les jeunes ont d’abord besoin d’avoir un avenir, ce que toutes les politiques publiques prennent en compte mais sans les insérer dans des questions qui pourtant les concernent directement. Les jeunes devraient être consultés sur les questions par exemple des retraites, du développement durable mais aussi de l’Europe qui a pour responsabilité de mettre en place des pratiques destinées à réduire les inégalités. C’est aussi un espace démocratique que les gens doivent s’approprier pour s’épanouir.

4) Vous-même, comment participez-vous à améliorer les conditions de vie des jeunes ? Que mettez-vous en place à votre échelle ?

La Ligue de l’enseignement est d’abord une fédération d’associations locales mais elle organise également des activités où les jeunes sont très présents, notamment par exemple dans les secteurs du sport ou du tourisme social. Notre objectif, par le biais de l’éducation, est de permettre aux gens d’exercer leur rôle de citoyen, d’éduquer au suffrage universel. Nous mettons donc en place des activités aidant à l’émancipation des individus. Les jeunes sont aussi des acteurs de nos activités, ils trouvent à la Ligue, des espaces de culture et d’éducation, peuvent prendre du recul sur eux-mêmes. Indirectement, l’estime de soi, le savoir-être appris par la culture rejaillit sur des parcours professionnels.

 

4 questions à Cécile Charmoille, secrétaire générale du MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne).
Cécile Charmoille intervient au sein de la commission aux noms du MRJC et du CNAJEP.

1) A quels groupes de travail participez-vous et comment se passe le déroulement des travaux ?

Nous intervenons dans la plénière de la concertation et je suis plus particulièrement le groupe de travail sur les ressources. La difficulté principale de ce travail est de parvenir à segmenter les différentes questions qui se posent (emploi, formation, ressources, logement, citoyenneté…) et d’assurer, dans le même temps, la cohérence globale des constats et des propositions. De plus, ce travail est à faire dans un temps record, ce qui ne facilite pas notre implication dans les travaux. Nous avons plus le sentiment d’être consulté par les collaborateurs de Martin Hirsch que de véritablement participer à une construction collective.


2) En tant que responsable d’une association de jeunes, quelles devraient être selon vous les priorités du gouvernement à l’égard des jeunes ? Le gouvernement a pour objectif de refonder une politique de la jeunesse, quelles devraient être selon vous ses priorités en la matière ?

Au cours des réunions, nous avons convenu que deux postures étaient possibles pour construire une nouvelle politique jeunesse : soit améliorer l’ensemble des dispositifs existants pour qu’ils gagnent en efficacité et touchent plus de jeunes soit refondre totalement les différents systèmes d’aides (bourse, APL, aides sociale…) pour faire une proposition nouvelle. Pour le MRJC comme pour le CNAJEP, la proposition d’une politique jeunesse ambitieuse doit aller jusqu’à questionner le système français « familialiste » qui privilégie les aides à la famille (CAF, bourses, demi-part fiscale) plutôt que les aides directes aux jeunes.

Globalement, nous sommes donc favorables à une refonte des politiques jeunesses. Nous souhaitons avant tout mettre fin à des politiques qui « saucissonnent » les jeunes et qui n’assurent pas la cohérence globale des propositions.

Pour nous, la priorité à l’égard des jeunes, c’est de les considérer comme une ressource pour la société et donc d’accepter d’investir dans la jeunesse pour permettre à chacun une insertion sociale et professionnelle la plus sereine possible.

Il nous semble que le travail engagé jusque là ne fait pas une place suffisante aux questions liées à la participation des jeunes et à leur accès à la citoyenneté. Pour notre association, la question de la participation n’est pas superflue. Elle participe de la construction des jeunes. Si nous devons permettre à chaque jeune de décider de son avenir, nous devons également créer les conditions pour que la jeunesse participe collectivement à l’avenir de notre société.

3) Que pensez vous de l’objectif de la commission qui est de « ne pas laisser un jeune sans emploi, sans formation et/ou sans ressources et / sans accompagnement » ? Y a-t-il des points à rajouter ? Cet objectif vous semble-t-il viable ?

Dire qu’aucun jeune ne doit passer entre les mailles du filet constitue un objectif louable mais cela donne l’impression qu’on met les jeunes dans des cases. Encore une fois, il faut des politiques jeunesses qui les considèrent dans leur globalité. Nous ne sommes jamais réductibles à un statut : étudiant, chômeur, en formation….Nous sommes avant tout des citoyens en construction. Nos parcours sont divers et constitués de plusieurs étapes. L’enjeu est de permettre à chacun de sécuriser ce parcours, de permettre de vivre des expériences, et même des échecs, des retours en arrière…

4) Vous-même, comment participez-vous à améliorer les conditions de vie des jeunes ? Que mettez-vous en place à votre échelle ?

Le MRJC est une association gérée et animée par des jeunes de 14 à 30 ans qui mènent des projets d’animation et de développement en milieu rural. A travers des projets locaux et des formations, les jeunes expérimentent la prise de responsabilité, la conduite de projet. Ils apprennent à exercer un regard critique sur eux mêmes et sur la société.

Les actions que nous proposons peuvent concerner l’animation locale, les liens intergénérationnels, la citoyenneté, la culture mais également, avec des jeunes plus âgés, les questions d’insertion professionnelles et de développement des territoires ruraux. A travers ces expériences, nous accompagnons des jeunes dans la formulation de leurs projets de vie : travail, logement, mode de vie, engagement…Notre originalité, c’est d’aborder ces questions en collectif et de permettre ainsi à chacun de confronter son projet , de l’enrichir avec d’autres, de le critiquer.

 

4 questions à Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF


1) A quels groupes de travail participez-vous et comment se passe le déroulement des travaux ?

L’UNEF fait partie des groupes de travail ressources, logement et emploi. En participant à la commission, nous avons pour objectifs de faire un état des lieux sur les difficultés des jeunes aujourd’hui dues aux politiques de l’emploi et aux dispositifs de protection sociale du gouvernement. Nous avons pu constater que l’âge des jeunes s’est allongé. La jeunesse est un nouvel âge de la vie qui bénéficie de peu de politique d’accompagnement.

Nous voulons donc mettre en avant, la « mise en sécurité sociale » de la jeunesse par exemple avec l’allocation autonomie, pour sortir de la famille et des petits boulots ; protéger socialement les jeunes durant la période de recherche d’emploi et proposer une aide à la recherche. La jeunesse est comme une zone de non droit social dans tous les domaines, par exemple, le logement pour lequel il n’y a pas de politique dédiée ; il faudrait également ouvrir des droits nouveaux, comme un vrai droit à une formation initiale de qualité.

Concernant le déroulement des travaux, nous sommes un peu dubitatifs sur le fonctionnement de la commission et ses objectifs. La commission a-t-elle pour objet de mettre en place un dispositif d’urgence ou bien de poser les bases d’une politique plus coûteuse ? Cette question ne facilite pas l’avancée des travaux. Par ailleurs, on ne sait pas ce que l’on doit vraiment rédiger, chacun fait part de ses propositions mais rien n’est établi.

2) En tant que syndicat étudiant, quelles devraient être selon vous les priorités du gouvernement à l’égard des jeunes ?

Pour nous, il y a 3 priorités essentielles : une nouvelle protection sociale, un statut social pour rompre avec la dépendance familiale ; un renforcement de l’accès à la formation et à la qualification car le diplôme est la première arme contre le chômage ; enfin, parce que la France fait face à une pénurie d’emploi qualifié, il faut intervenir en matière d’emploi pour trouver une solution d’embauche stable et durable, intégrée dans le droit commun sur le marché de l’emploi.

3) Que pensez vous de l’objectif de la commission qui est de « ne pas laisser un jeune sans emploi, sans formation et/ou sans ressources et / sans accompagnement »Y a-t-il des points à rajouter ? Cet objectif vous semble-t-il viable ?

Les objectifs doivent être plus ambitieux. En effet, il ne s’agit pas de trouver une occupation aux jeunes. Il faut renforcer l’accès des jeunes à une formation qualifiante, sans mettre en place une politique où l’on va pousser les jeunes qui galèrent très vite dans l’emploi alors qu’il leur faudrait une formation.

Par ailleurs, nous sommes opposés à une division des jeunes entre eux, jeunesse dorée contre jeunesse au chômage. Il y a une même condition de la précarité et tous les jeunes ont besoin de formation et d’autonomie

Cette commission ne doit pas être un aménagement. Il faut mettre en place des dispositifs d’ensemble qui ont un coût et une dimension de dignité. Nous sommes perplexes quant à l’efficacité de la commission à ouvrir les brèches possibles dans un cadre contraint. On ne sait pas trop où elle va. Il manque une vraie politique en amont.

4) Vous-même, comment participez vous à améliorer les conditions de vie des jeunes ? Que mettez vous en place à votre échelle ?

En tant que syndicat étudiant, nous travaillons essentiellement sur les questions universitaires pour renforcer les droits des étudiants. Par exemple pour les critères d’attribution des bourses, le 6e échelon est le fruit de l’action syndicale. Nous organisons aussi la solidarité entre les étudiants sur les campus et mettons à disposition des infos, un système de mutualisation des cours…

 

4 questions à Olivier Galland, sociologue (CNRS), président du comité scientifique de l’Observatoire de la vie étudiante, auteur du livre, Les Jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur chez Armand Colin.

1) A quels groupes de travail participez-vous et comment se passe le déroulement des travaux ?

Je participe aux groupes citoyenneté et orientation. Dans le groupe citoyenneté, je suis co-animateur avec Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac et le rapporteur du cabinet, Loïc Duroselle. Le groupe réunit un nombre important de participants, environ 40 personnes, pour la plupart représentants de mouvements associatifs qui travaillent dans le domaine de la jeunesse et apportent un point de vue très riche car ils sont acteurs de terrain et ont une expérience variée. Au début des travaux, quelques documents préparatoires ont été distribués, ce qui nous a permis de faire un état des lieux de la représentation des jeunes et de leur implication dans la société. Le problème est désormais de dépasser le constat sur lequel tout le monde est d’accord. Au cours des 3 dernières réunions, nous avons pu établir qu’effectivement, les jeunes sont mal représentés, et que leur participation dans le débat public est faible. La question aujourd’hui est de définir les propositions à faire.

Dans le groupe orientation, qui est une question centrale, les participants sont pour beaucoup des représentants d’institution comme l’ONISEP, les missions locales, les centres d’informations des jeunes chacun défendant également son institution. Il est difficile de savoir comment gérer tout cela car cette superposition d’institutions qui parfois se chevauchent ne contribue pas à une bonne visibilité d’un système qu’il faudrait unifier. Même si la méthode du groupe est basée sur la concertation et le consensus, il va forcément y avoir des mécontents.

Dans le groupe citoyenneté, l’objectif est de faire en sorte que la jeunesse soit mieux entendue, de trouver une forme de participation des jeunes qui soit plus effective et qui porte sur de véritables enjeux, une participation qui compte vraiment, différente de ce qui se fait actuellement, avec par exemple, dans les lycées, les comités de vie étudiante qui sont purement consultatifs. Ensuite se pose la question de la représentation de la jeunesse, faut-il une institution qui représente la jeunesse ? comme le CNJ ? Peut être, mais là se pose un problème de légitimité. La jeunesse a 3 grands problèmes : la représentation, la participation et un dernier un peu différent, l’engagement solidaire. Comment favoriser cet engagement et mieux le reconnaître ? A ce sujet, nous avons d’ailleurs également eu une réunion sur le service civique. A l’issue des réunions, un livre vert est prévu fin mai et le groupe devra faire des propositions qui seront présentées en séances plénières.

2) En tant que sociologue spécialisé sur les thématiques de la jeunesse, quelles devraient être selon vous les priorités du gouvernement à l’égard des jeunes ? Le gouvernement a pour objectif de refonder une politique de la jeunesse, quelles devraient être selon vous ses priorités en la matière ?

En effet, mettre en place une politique transversale est une très bonne chose. Il faut une politique qui prenne en compte tous les aspects d’une jeunesse qui, en une vingtaine d’année s’est transformée. La transition vers l’âge adulte s’est allongée ; il y a une phase de tâtonnement. Il faut un accompagnement public des jeunes : orientation, information ainsi qu’une aide ponctuelle financière, pour le logement par exemple.

3) Que pensez vous de l’objectif de la commission qui est de « ne pas laisser un jeune sans emploi, sans formation et/ou sans ressources et / sans accompagnement » ? Y a-t-il des points à rajouter ? Cet objectif vous semble-t-il viable ?

Cet objectif est viable, mais le problème est que la politique de l’emploi des jeunes de ces 20 dernières années est un échec. Cela a créé des formes de sous-emploi, des sous statuts dans le public. Cette politique pallie l’urgence mais les statuts stigmatisent les jeunes, les étiquettent comme des jeunes en difficulté et créent des sortes d’enclavement d’où l’on a du mal à sortir. Les problèmes à traiter au départ sont d’ordres structurels : l’échec scolaire, 20% des jeunes, à partir du brevet des collèges, sortent sans diplôme ; Il faudrait réformer le marché du travail en créant par exemple un contrat unique dont les droits se renforceraient au fur et à mesure du temps passé dans l’entreprise. En France, la flexibilité de l’économie se concentre sur la jeunesse. Le marché du travail fonctionne sur la dichotomie CDD – CDI. Les pays où le chômage des jeunes est plus faible ont des marchés plus souples. Enfin, il y a la question du coût du travail. Le salaire minimum est efficace pour réduire les inégalités mais peut constituer un handicap pour l’accès à l’emploi de jeunes sans qualification. Dans ce cas, le salaire minimum est souvent trop élevé pour beaucoup d’entreprises.

4) Vous-même, comment participez vous à améliorer les conditions de vie des jeunes ? Que mettez vous en place à votre échelle ?

Je ne suis pas un acteur de terrain, ni engagé dans des contrats politiques ou associatif, mais j’ai des convictions et des idées qui viennent de travaux que j’ai réalisés qui ont pu faire passer quelques idées favorables à la jeunesse et qui peuvent faire avancer les jeunes. Ces travaux sont souvent mal connus et parfois non pédagogiques mais apportent beaucoup de connaissances sur les jeunes et sont utiles à la société.

 

Lancée au mois de mars dernier sous l’impulsion du haut commissaire à la Jeunesse, la concertation sur l’autonomie des jeunes affiche l’objectif ambitieux d’une refonte globale de la politique jeunesse. Quelles revendications et propositions ont été mise en avant au cours des discussions de la commission ?

Pour mener la réflexion sur l’autonomie des jeunes, plusieurs groupes de travail ont été constitués : emploi et formation, orientation, logement, citoyenneté, santé, ressources. L’avis de plusieurs des acteurs de ces groupes converge pour approuver l’ambition d’une refonte globale de la politique de la jeunesse capable de considérer cette période de la vie selon tous ses aspects.

Une jeunesse en constante évolution

Pour le sociologue Olivier Galland : « Il faut une politique qui prenne en compte tous les aspects d’une jeunesse qui, en une vingtaine d’années, s’est transformée. »

Il ressort en effet des travaux menés un constat : la jeunesse a connu des mutations, dont la principale est son allongement. La transition vers l’âge adulte s’effectue sur un temps plus long, l’accès à une pleine autonomie, c’est-à-dire la possibilité d’avoir son logement et son indépendance financière, étant plus compliquée qu’auparavant. Les difficultés de la jeunesse ne sont donc pas dues à des problèmes conjoncturels – même si ceux-ci peuvent contribuer à les aggraver -, mais bel et bien structurels.


« Des citoyens en construction »

Quelles sont alors les priorités relevées et quelles solutions apporter ? Il semble important en premier lieu d’accorder à la jeunesse la reconnaissance de sa spécificité et d’examiner les droits qui pourraient y être associée, sans pour autant la réduire à un statut qui légitimerait des politiques au rabais, comme cela a trop souvent été le cas tout au long de ces dernières années, sous la formule de contrats aidés. Selon Olivier Galland, ces politiques n’ont fait que « [pallier] l’urgence », en créant des « sous-statuts » qui « stigmatisent les jeunes », les « étiquettent » et « créent des sortes d’enclavement ».
Pour Cécile Charmoille, secrétaire générale du MRJC, il est important de ne pas réduire les jeunes à un statut, et de voir qu’ils sont d’abord des « citoyens en construction » dont le parcours doit être sécurisé. Sur cette question des droits et des ressources, émerge l’idée d’une refonte des dispositifs d’aide. Cécile Charmoille évoque ainsi un possible « [questionnement] du système français qui privilégie les aides à la famille plutôt que les aides directes aux jeunes », tandis que Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF, insiste sur la nécessité d’ « une nouvelle protection sociale » et avance l’idée d’une allocation d’autonomie. Ces aides doivent également pouvoir s’accompagner d’un « renforcement de l’accès à la formation ».

Si les questions de ressources, de formation et d’insertion professionnelle sont importantes, elles ne sauraient, ainsi que le rappelle Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement, « être le seul enjeu ». Il est également important de « réfléchir au bien-être des jeunes de manière plus large et aux questions de démocratie ». À cet égard, les travaux du groupe citoyenneté ont mis en avant l’enjeu de la prise en compte de la parole des jeunes, en posant la question des moyens d’améliorer l’effectivité des formes de leur participation et des modes de représentation qui lui seraient adaptés.


Des objectifs ambitieux

Face à l’ampleur de ces enjeux, l’efficacité et le fonctionnement de la commission posent parfois question. Cécile Charmoille estime ainsi que les débats ont été menés en un « temps record », qui ne permettait pas forcément de distinguer au mieux les différentes questions qui se posaient et de prendre suffisamment de hauteur pour assurer aux propositions une cohésion globale. Elle exprime ainsi le sentiment de davantage avoir été consultée que de « véritablement participer à une construction collective ».

Les différents groupes de travail ont tous clôturé leurs travaux dans des séances plénières, qui vont servir de base à la rédaction d’un livre vert, actuellement en cours de rédaction. Celui-ci sera achevé prochainement et reprendra un certain nombre de propositions émises. S’ouvrira alors, avec la mise en débat public des ces propositions, la nouvelle phase de la concertation.

À lire :

– L’interview de Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement.
– L’interview de Cécile Charmoille, secrétaire générale du MRJC.
– L’interview d’Olivier Galland, sociologue et président du comité scientifique de l’OVE.
– L’interview de Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF.

 

Animafac a animé les débats du groupe citoyenneté de la commission de concertation sur l’autonomie des jeunes. Suite à la séance plénière de ce groupe, le point sur les propositions qui y ont été émises.

Les travaux du groupe citoyenneté de la commission de concertation sur l’autonomie des jeunes se sont achevés le 19 mai dernier, lors de la séance plénière, qui clôturait et concluait la réflexion menée lors des quatre séances précédentes.

Les axes de réflexion privilégiés ont été les suivants :
– Comment améliorer la prise en compte de la parole des jeunes ?
– Comment favoriser et valoriser l’engagement ?
– Comment et en vue de quels objectifs promouvoir un service civique ?

Des propositions pour favoriser l’engagement

Les contributions apportées dans le groupe citoyenneté, dont Animafac a assuré la coprésidence avec le sociologue Olivier Galland, ont permis l’émergence d’un certain nombre de propositions.

Sur le plan de l’amélioration de la prise en compte de la parole des jeunes, des pistes ont ainsi été esquissées parmi lesquelles un renforcement de la place des jeunes dans les institutions démocratiques et le développement de structures de représentation de la jeunesse, type CNJ. Martin Hirsch, dans la vidéo présentant les conclusions du débat, a souligné les difficultés liées à cette question du fait de la diversité de la situation des jeunes (étudiants, salariés, en apprentissage, sans emploi, etc.) et évoque la possibilité de développer des jurys citoyens de jeunes pour y pallier.

Sur le plan de l’encouragement et de la valorisation de l’engagement, l’accent a été mis sur la nécessité d’aller davantage à la rencontre des jeunes pour les sensibiliser, de rendre plus visible les dispositifs d’aide et d’améliorer l’accompagnement de projets sur le long terme pour assurer leur pérennité. L’axe de la reconnaissance et de la valorisation de l’engagement, et notamment des compétences acquises dans le cadre bénévole, a également été développé.

Plus spécifiquement, le service civique a été au centre des attentions du groupe de travail citoyenneté. Un large consensus sur celui-ci a émergé sur ses principes et ses fondamentaux, avec en vue l’objectif de 10 % d’une classe d’âge accédant à ce dispositif. Selon une très large majorité des personnes participant aux travaux du groupe, le service civique doit permettre un véritable engagement sur une période longue, marquant une étape de vie, et doit s’effectuer dans des structures à but non lucratif, principalement des associations, mais aussi éventuellement dans les collectivités publiques.


Vers la rédaction du livre vert

Ces propositions se retrouveront dans le livre vert de la concertation, actuellement en cours d’élaboration. Il doit permettre de formaliser les conclusions des travaux, qui seront ensuite soumises au débat, dans l’optique finale de préparer l’évolution des politiques publiques de la jeunesse.

À voir :

– La vidéo reprenant les principales conclusions du groupe de travail citoyenneté et présentant les premières orientations du livre vert sur le sujet.

 

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