A l’approche de l’édition 2010 du mois de l’économie sociale et solidaire, le présent dossier vous propose de découvrir les fondements et enjeux de celle-ci, des témoignages d’acteurs s’y investissant et des conseils pratiques.

* Pour plus d’informations sur le mois de l’économie sociale et solidaire rendez-vous sur lemois-ess.org

Tout voir

Riche d’une histoire de deux siècles, l’économie dite « sociale et solidaire » prouve qu’il existe, quelque part entre le collectivisme dogmatique et le libéralisme effréné, un espace où il est possible d’entreprendre autrement.

Concilier l’esprit d’entreprise avec la responsabilité citoyenne, dans une démarche démocratique, tel est le pari relevé par toutes les entreprises dont l’action s’inscrit dans le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Malgré ses mutuelles et ses banques coopératives qui font partie de notre paysage quotidien, cette dernière reste relativement peu connue dans sa démarche. Elle représente pourtant 10% de l’activité économique, part qui pourrait être appelée à croître, tant sa démarche semble apporter une réponse pertinente aux préoccupations soulevées par la crise et l’intensification de la mondialisation.

Des caractéristiques communes fortes pour une diversité de démarches

Il est délicat de donner une définition unique de l’ESS. En effet, les nombreuses initiatives qui s’en réclament sont variées, répondent à des besoins et préoccupations différentes, les unes mettant l’accent sur l’aspect social, les autres sur la dimension solidaire. Si elle ne forme pas un champ parfaitement unifié, l’ESS se distingue cependant par un certain nombre de traits caractéristiques, que l’on retrouve dans chacune de ses composantes.

Au premier rang d’entre elles figure le principe de gouvernance démocratique, résumé par la formule « une personne, une voix ». Tous les individus s’associant à un projet de l’ESS, quel que soit leur statut (dirigeants, salariés, adhérents) ou leur apport en capital sont parties prenantes des grandes décisions et pèsent du même poids.
Autre grand principe unificateur : la lucrativité limitée. Si les entreprises de l’ESS peuvent réaliser des excédents, ceux-ci ne sont pas destinés à rémunérer les capitaux investis initialement par les actionnaires et ne sont pas redistribués à titre individuel.
Enfin, toute personne adhérant à une entreprise de l’ESS doit le faire de façon libre. La libre adhésion distingue l’ESS de tous les organismes gérés par l’État au rattachement obligatoire.
En d’autres termes, et comme le souligne l’économiste Alain Lipietz dans un rapport remis en 2001 [1], « le pouvoir dans l’économie sociale n’est pas réglé par l’apport en capital, mais par l’adhésion des personnes ».

Parallèlement à ces obligations statutaires existent d’autres fondements que rappelle la « charte de l’économie sociale ». Parlant de « participer au développement harmonieux de la société dans une perspective de promotion individuelle et collective », elle souligne que l’ESS place l’homme au centre de ses préoccupations, en travaillant à des missions d’intérêt général, d’utilité sociale reconnue. L’ESS n’est pas au service d’intérêts privés particuliers, mais d’un territoire, d’un groupe social ou d’une idée, en ayant toujours en ligne de mire l’amélioration de la société, vers plus de justice et un meilleur partage des richesses. Dans son rapport, Alain Lipietz évoque ainsi un « halo sociétal », soulignant que « l’existence de ce secteur apporte un avantage collectif à la société ».

L’ESS se laisse ainsi définir selon sa dimension statutaire (gouvernance démocratique et non lucrativité) et sa visée sociale (utilité collective la plus large possible). Elle trouve à s’incarner dans les formes d’organisation suivantes : associations, fondations, coopératives et mutuelles. Chacune de ces formes présentent des avantages et spécificités à évaluer selon le type de projets que l’on souhaite mener [2]. Elles sont apparues au fil d’une histoire qui prend sa source dans la première moitié du XIXe siècle.

Des pratiques anciennes toujours en devenir

L’économie sociale apparaît dans le paysage français dans les années 1830. En cette période de changements profonds de la société, marquée par l’industrialisation et des bouleversements politiques, l’économie sociale propose la création de nouveaux liens de solidarité : forme d’économie alternative, elle est également porteuse d’un projet politique.
Sur le registre théorique, elle puise son inspiration à différentes sources : libéralisme – dans sa défense de la libre initiative des individus et de leur capacité à prendre leur destinée en main –, christianisme social et socialisme défenseur de l’idéal associationniste.

L’économie sociale naît ainsi à travers la constitution de coopératives ouvrières et de sociétés de secours mutuel, destinées à parer aux accidents de la vie et à faciliter l’accès aux besoins de première nécessité. Il s’agit de « mettre sur pied des entités productives qui inscrivent la solidarité au cœur de l’économie et où se mêlent la forme mutuelle, coopérative et syndicale » [3]. Jean-Pierre Beluze, disciple du socialiste utopiste Cabet, décrit ainsi ces premières initiatives, nées de mouvements spontanés : « Qu’est-ce que le système coopératif ? C’est l’alliance du principe libéral avec le principe de solidarité. C’est l’initiative individuelle renforcée par la puissance de la collectivité. » [4]

Le mouvement va progressivement prendre de l’ampleur, s’étendant au monde agricole et inspirant la formation de sociétés de crédits. Il bénéficie en outre d’une reconnaissance institutionnelle, sous l’impulsion notamment de l’économiste Charles Gide, titulaire d’une chaire au Collège de France, qui rédige, à l’occasion de l’exposition universelle de 1900, pour le pavillon de l’économie sociale, un rapport complet sur le sujet. Cette reconnaissance va également être marquée par la mise en place de dispositifs juridiques, parmi lesquels la célèbre loi 1901 bien connue de tous les associatifs. Autre exemple, en 1947, la grande loi sur la coopération va fournir un cadre pour le développement du crédit et l’accès à celui-ci, encourageant ainsi l’action de certaines banques coopératives dans leur soutien à la modernisation de l’agriculture.

Ce mouvement d’institutionnalisation va contribuer, au cours du XXe siècle, à normaliser l’action des entreprises pionnières de l’économie sociale. Du fait de l’encadrement législatif croissant, celles-ci vont se concentrer sur l’aspect gestionnaire de leur activité et, pour certaines, inclinent à devenir des partenaires de l’action de l’État-providence, désormais porteur du projet politique de la solidarité.

Au cours des années 1970, l’idée d’économie solidaire prend son élan, avec l’émergence de projets alternatifs. L’amélioration de la qualité de la vie, la revendication d’une consommation plus responsable et d’une plus grande implication citoyenne dans les mécanismes de production, les questions environnementales ou la création de nouvelles solidarités, internationales et intergénérationnelles, sont autant de sujets dont l’importance n’a cessé de croître au cours des trente dernières années. Ces préoccupations vont de pair avec des changements structurels importants : recul de l’État-providence, identités éclatées, remises en cause de la bureaucratie et d’une centralisation trop forte, faillite du modèle social d’après-guerre et hausse du chômage. Cette conjoncture favorise l’émergence de mouvements disparates, aux actions variées, visant à répondre aux problèmes nouveaux en offrant aux citoyens la possibilité de s’investir.
Selon Philippe Chanial et Jean-Louis Laville [5], dans ce bouillonnement multiforme de l’économie solidaire, quatre grands registres d’activité sont à distinguer : le commerce équitable, les finances solidaires (développement du micro-crédit), la création de réseaux d’échanges non-monétaires (SEL, etc.) et le développement des services à la personne.

L’économie solidaire est donc une réponse apportée à des aspirations sociétales fortes.

Les enjeux sociétaux de l’ESS

Dans un contexte morose, marqué par la crise économique et les craintes liées au libéralisme et aux perturbations qu’il introduit dans les rapports humains (creusement des inégalités, souffrance au travail, esprit de compétition, etc.), l’ESS se voit parée de nombreuses vertus qui sont autant de réponses à ces inquiétudes.

Tous ses acteurs s’accordent sur un point essentiel : l’ESS est une économie qui s’engage au service de l’homme en le plaçant au centre de sa démarche. L’introduction de l’ouvrage collectif issu des premières rencontres du Mont-Blanc [6] rappelle qu’elle est guidée par la volonté de « faire ensemble », de « faire pour autrui » et de « faire avec du sens » [7]. L’ESS ouvre en effet un espace où l’entrepreneuriat va de pair avec une démarche collective, soucieuse d’ « aborder les problématiques sociétales en cherchant les réponses adaptées au plus grand nombre » et de « pratiquer des activités humaines de façon démocratique et durable » [8].

L’ensemble des activités que regroupe l’ESS constitue un large panel de propositions et de réponses aux problèmes que soulèvent la mondialisation, la précarisation de la société et la fragilisation des rapports humains : de nombreuses associations s’investissent dans la lutte contre la pauvreté ou agissent en faveur de la réinsertion des personnes les plus fragilisées ; à des échelles différentes, le commerce équitable ou les AMAP agissent pour la garantie d’un revenu décent aux producteurs agricoles en même temps que pour le maintien de conditions de production respectueuses de l’environnement ; des coopératives encouragent la création de nouvelles activités et préservent l’économie locale des territoires ; etc.

L’ESS doit cependant faire face à un certain nombre de critiques. Pour certains auteurs, elle ne serait qu’un palliatif à un capitalisme débridé, dont elle atténuerait les dégâts sans pour autant le remettre profondément en cause. Pour d’autres, son essor est dû avant tout à la démission de l’État qui préfère contractualiser certaines missions plutôt que de répondre à ses obligations, et irait de pair avec la constitution d’un nouveau marché du travail, ni privé ni public, aux contours indéfinis et d’où la précarité ne serait pas absente [9].

Face à ces critiques, l’enjeu pour l’ESS est d’affirmer et de faire reconnaître son utilité sociale. S’inscrivant dans une « économie plurielle », l’ESS, et ce depuis les démarches pionnières des sociétés d’entraide, permet aux citoyens de se prendre en charge, de façon autonome et démocratique, dans un esprit de solidarité, pour apporter des solutions collectives à leurs besoins. Elle rappelle qu’à côté des indicateurs de richesse s’appuyant sur la seule production existe une véritable richesse humaine, tout aussi importante. Un défi d’autant plus d’actualité, à l’heure où l’on parle, encore trop timidement, de faire évoluer nos indicateurs de richesses. Et si, finalement, l’ESS était à l’avant-garde de l’avenir de nos sociétés ?

 

Notes :

[1] Alain Lipietz, Sur l’opportunité d’un nouveau type de société à vocation sociale, 2001
[2] Pour plus de précisions, se référer au guide pratique Animafac L’Économie sociale à portée de main
[3] Philippe Chanial et Jean-Louis Laville, « L’économie solidaire : une question politique » in Mouvements, 19, 2002; p. 13
[4] Cité par Maurice Parodi, « L’économie sociale et solidaire, une alternative à l’économie « capitaliste » ? »
[5] Art. cit., p. 17
[6] Les rencontres du Mont-Blanc sont des rencontres annuelles, « rendez-vous des dirigeants de l’économie sociale ». La quatrième édition aura lieu les 9 et 10 novembre 2009.
[7] Thierry Jeantet et Jean-Philippe Poulnot (dir.), L’Économie sociale, une alternative planétaire. Mondialiser au profit de tous, éd. Charles-Léopold Mayer, Gennevilliers, 2007.
[8] Ibid.
[9] Pour une synthèse de ces critiques, cf, notamment : Matthieu Hély, « L’économie sociale et solidaire n’existe pas », La vie des idées et Jean-Marie Harribey, « L’économie sociale et solidaire, un appendice ou un faux-fuyant ? » in Mouvements, op.cit., pp. 42 – 49.

 

A lire :

– le dossier : « Economie sociale et solidaire : une économie différente »
– le guide pratique « L’économie sociale à portée de main ».

 

* Crédit photo : Ecosol-online

Interview de Marc Rigolot – Directeur de la communication institutionnelle, de l’action mutualiste et de l’engagement sociétal de la MAIF

La MAIF est partenaire du mois de l’économie sociale et solidaire qui a lieu en novembre. Quels sont les objectifs de cet événement ?

L’objectif de cet événement est de promouvoir auprès du grand public les actions menées par l’économie sociale et solidaire et ainsi de démontrer qu’une autre forme d’économie est possible. Lors de ce mois, les acteurs de l’économie sociale s’engagent pour valoriser des actions et mettre un coup de projecteur sur cette économie qui « sait où elle va », pour reprendre le slogan de l’édition 2009 du mois de l’économie sociale et solidaire.

Les acteurs de l’économie sociale organisent de nombreux événements, tout au long de l’année, grâce notamment au relais des Chambres régionales d’économie sociale (CRES). Mais au cours de ce mois, plus particulièrement, nous essayons de regrouper les actions fortes et d’en mettre le plus possible en avant.

Quelles actions seront menées par la MAIF à l’occasion de cette édition 2009 du mois de l’économie sociale et solidaire ?

Nous allons proposer de nombreuses conférences partout en France, portant sur des sujets de société, à destination aussi bien de nos sociétaires que des publics affinitaires. Ces conférences porteront, entre autres, sur : la pauvreté ; la responsabilité des enseignants ; l’adolescence et les conduites à risque ; le risque climatique ; la solidarité ou encore la violence scolaire.

Au-delà de ces conférences, nous allons participer par exemple aux journées de l’économie à Lyon et à la semaine de la finance solidaire.

Comment définiriez-vous l’économie sociale et solidaire ?

Il s’agit d’un projet politique et philosophique qui place l’homme au centre des préoccupations et l’économie au service de l’homme. Ce projet trouve à s’incarner dans des coopératives, des mutuelles, des associations ou des fondations, et se développe à travers un sens de l’éthique et des valeurs communes : le respect de la personne et la solidarité.

Quelle est l’histoire de la MAIF ?

La MAIF est née en 1934, à une époque où l’automobile se développait et où les tarifs d’assurance dans ce domaine, monopolisés par les sociétés capitalistes, étaient très élevés. Les instituteurs, qui commençaient à avoir des voitures, se sont alors organisés pour s’auto-assurer. La MAIF est au départ un mouvement corporatiste de solidarité entre instituteurs, géré démocratiquement.

La MAIF s’est ensuite développée. Elle a aidé à la constitution d’autres mutuelles, la MAAF et la MACIF par exemple, dont les sièges se situent, au même titre que celui de la MAIF, à Niort. Dans les années 1960 à 1980, de nouveaux produits ont été proposés (assurance auto, assurance logement). En 1988 a été créée filia-MAIF qui permettait aux enfants de personnels de l’éducation et aux personnes ayant quitté le monde de l’éducation d’adhérer à la MAIF. Les statuts pour l’adhésion ont ensuite été progressivement élargis et aujourd’hui tout un chacun peut adhérer à la MAIF.

Enfin, ces dernières années, nous avons noué des partenariats et continué de développer de nouvelles offres.

Comment la MAIF s’inscrit-elle dans l’économie sociale et solidaire ?

Aux racines de notre fonctionnement se trouvent la primauté de la personne et de l’objet social sur le capital, l’adhésion volontaire et ouverte, le contrôle démocratique par les membres et la conjonction des intérêts des sociétaires avec l’intérêt général. Dans notre esprit, nos assurés ont des droits mais aussi des devoirs et ce sont en général des acteurs sociaux, responsables et concernés par ce qui se passe autour d’eux. Nous mettons ainsi en œuvre des principes de responsabilité et de solidarité et travaillons sur des thèmes sociétaux comme l’accès au savoir pour tous.

Quelles sont les réponses que peut apporter l’économie sociale et solidaire aux crises contemporaines ?

Le système de l’économie libérale a montré qu’il était faillible et parfois basé sur du virtuel. Malgré la crise, tout repart aujourd’hui comme si de rien n’était, si bien qu’on peut présupposer une nouvelle crise. D’où l’intérêt de dire qu’il y a une autre forme d’économie qui essaie de réguler, en se tournant plus vers les hommes que vers les bourses, en essayant d’apporter plus d’équité, en s’inscrivant dans des démarches sociétales à long terme.

 

A lire :

– le dossier : « Economie sociale et solidaire : une économie différente »

Interview de Mohamed Yahiaoui, président de l’association TerrESStre

Quelle définition donneriez-vous de l’économie sociale et solidaire ?

L’économie sociale et solidaire (ESS) est une économie au service de l’homme et non du capital. Elle permet le montage de projets qui prennent en compte l’épanouissement de l’homme et le bien-être social.
La charte de l’économie sociale insiste sur le respect de deux critères : le mode de gouvernance démocratique – l’idée selon laquelle « un homme = une voix » – et le principe de non lucrativité ou de lucrativité limitée.

Voyez-vous une distinction à faire entre l’économie sociale et l’économie solidaire ?

Il y a des partisans de l’économie sociale qui sont réticents au terme solidaire, notamment au niveau des entreprises « leader » de l’ESS. C’est un débat encore en cours, compliqué, qui se répercute par exemple sur la dénomination des chambres régionales, certaines s’appelant CRES (Chambre régionale de l’économie sociale), d’autres CRESS (Chambres régionales de l’économie sociale et solidaire).
L’économie sociale a une histoire longue, qui démarre dans les années 1830, avec le développement des mutuelles et des coopératives. Peut-être y a-t-il alors chez certains une forme de prudence pour éviter les amalgames, dans la crainte que la notion d’économie solidaire ne devienne vite un fourre-tout.

Je pense qu’il faut conserver une distinction entre solidaire et social, la dimension solidaire renvoyant d’abord à la finalité de l’entreprise tandis que l’aspect social concerne en premier lieu les statuts, soit le respect de la gouvernance démocratique et du principe de non-lucrativité. Par exemple, je lisais récemment dans L’Entreprise un article sur un projet présenté comme une initiative de l’ESS. Il s’agissait de la création d’une entreprise de stations de lavage à sec employant des jeunes issus des quartiers, à qui était offerte la possibilité d’ouvrir des antennes par la suite. Une telle démarche, soucieuse de l’environnement et de l’insertion des jeunes, est indiscutablement solidaire. Cependant, c’est une SARL. Son mode de gouvernance n’est pas démocratique et elle comporte une dimension de lucrativité. Elle ne peut donc pas prôner une appartenance à l’économie sociale.

S’il faut donc séparer solidaire et social, malgré tout, dans la majorité des cas, les deux termes vont ensemble. La majorité des initiatives solidaires viennent de l’économie sociale.

Quelles sont les réponses que peut apporter l’ESS aux crises actuelles, financières aussi bien qu’environnementales ?

L’ESS est pour moi une solution concrète à toutes les préoccupations du moment.

Par rapport à l’environnement, une des finalités de l’ESS est le bien-être social, la solidarité et notamment la solidarité intergénérationnelle qui, synonyme de souci des générations futures, implique intrinsèquement l’idée de développement durable.

Par rapport à la crise financière, alors que l’on connaît maintenant les dangers des bulles spéculatives, je trouve qu’il est dommage que les structures de l’ESS n’en aient pas profité pour mettre davantage en avant leurs propositions. Par exemple, lorsque des entreprises sont mises en difficulté, il peut exister d’autres solutions que la fermeture, comme leur reprise par les salariés sous une forme coopérative, en impliquant chacun dans la gestion.

Pourriez-vous présentez l’association TerrESStre ? Quelles sont ses actions ? De quelle manière s’inscrit-elle dans le champ de l’ESS ?

TerrESStre est une association fondée par les étudiants du master « ingénierie de projets en économie sociale et solidaire » de l’université de Haute-Alsace de Mulhouse.
Elle a pour objectif de promouvoir l’ESS et de la faire connaître aux gens. L’information et la sensibilisation sont nécessaires afin que la notion d’économie sociale et les valeurs qu’elle défend ne soient un secret pour personne.
TerrESStre vise également à promouvoir le master, de création récente, puisque la première promotion est sortie en 2006.

Nous menons des actions de sensibilisation, via des conférences, des portes ouvertes ou des stands sur des salons. Nous organisons également des sorties d’études, visites d’entreprises de l’ESS afin d’en étudier les étapes de création et le fonctionnement, ainsi que des projections de films suivies de débats.

Les étudiants du master y sont fortement impliqués. Lors de notre dernière assemblée générale, 70% d’entre eux étaient présents. Mais nous travaillons à ne pas rester cantonné dans le milieu universitaire et à nous ouvrir à un public plus large. Nous avons ainsi mis en place des commissions où sont systématiquement impliquées des personnes extérieures à l’association.
Nous travaillons également avec d’autres associations, comme ATTAC 68 ou le collectif ATOS pour une démocratie évolutive, ainsi qu’avec la CRES Alsace.

Quelles actions allez-vous mener à l’occasion du mois de l’ESS ?

L’année dernière, où l’événement était pour la première fois de portée nationale et où il était organisé pour la première fois en Alsace, nous avions organisé une semaine de projections de films suivies de débats.

Cette année, avec l’association DECLIC de Strasbourg spécialisée dans la réinsertion post-carcérale, nous organisons une journée de conférences le 19 novembre 2009, de 10h à 19h, à la Fonderie à Mulhouse, sur ce thème. Cette journée portera sur un volet juridique, un volet sociologique et fera intervenir des gens ayant une expérience de terrain.


* Plus d’informations sur le site Internet de l’association TerrESStre

 

A lire :

– le dossier : « Economie sociale et solidaire : une économie différente »

Interview de Fransez Poisson, co-président de l’association ESPoIR

Quelles sont les actions menées par l’association Économie solidaire pour l’initiative et la réussite (ESPoIR) ?

ESPoIR est une association créée en septembre 2008 à Rennes par une quinzaine d’étudiants, majoritairement en droit, qui cherche à agir, à son échelle, pour réduire les inégalités Nord/Sud.

Nous organisons des événements artistiques et sportifs ainsi que des conférences qui ont pour vocation de faire découvrir les enjeux du développement, de sensibiliser aux questions liées à l’économie internationale et de fournir des outils pour réfléchir.
L’autre partie de notre activité est tournée vers l’international. Nous mettons actuellement en place un projet au Bénin basé sur le microcrédit et nous avons un projet en prévision, en Amérique du Sud, centré sur la souveraineté alimentaire.

Vous avez entrepris cet été un tour d’Europe en vélo. En quoi consistait exactement cette démarche ?

Nous sommes trois membres de l’association à avoir effectué cette traversée de l’Europe à vélo. Nous sommes partis de la Roumanie, puis sommes passés par la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, l’Allemagne et la Belgique avant de retourner en France.

Nous avons rencontré lors de ce parcours, dans les différents pays traversés, des acteurs de l’économie solidaire : des élus, des associatifs, des entrepreneurs, travaillant dans le champ de la microfinance, du commerce équitable ou de la consommation responsable. Nous nous sommes plus particulièrement attardés dans les villes en jumelage avec Rennes : Leuven en Belgique, Erlangen en Allemagne, Brno en République tchèque et Sibiu en Roumanie.

L’objectif était de pouvoir échanger autour des projets et d’apprendre des démarches des autres. Pour la semaine de la solidarité internationale, nous allons organiser des rencontres, afin de faire échanger les personnes croisées lors de notre parcours avec des acteurs locaux de Rennes. Nous mettons en place à cette occasion une série de conférences portant sur l’insertion par l’économie sociale et solidaire, sur la consommation responsable, sur la souveraineté alimentaire et sur l’aide à la création d’activités dans le champ de l’économie sociale et solidaire.

Cette initiative nous a également permis, grâce à du parrainage, de récolter des fonds pour notre projet au Bénin. Notre objectif est d’aider les femmes de pêcheurs, qui vont vendre les poissons pêchés par leur mari au marché, à développer leur activité économique pour qu’elles améliorent leur niveau de vie et puissent scolariser leurs enfants. Par exemple, un octroi de crédit leur permettra d’acheter une barque et de ne plus se retrouver bloquée, dans l’incapacité de se déplacer et donc de vendre, au cours de la saison des pluies.

Observe-t-on en Europe un même intérêt pour l’économie sociale et solidaire ? Les démarches entreprises dans ce domaine diffèrent-elles d’un pays à l’autre ?

Les choses sont assez différentes selon les pays. Si l’on prend la République tchèque et plus encore la Roumanie, l’économie de ces pays est une économie assez locale, où l’humain est au centre. Sans que l’on y parle d’économie sociale et solidaire, celle-ci existe car l’homme y est au centre. Nous avons par exemple visité en Roumanie un marché autogéré où les agriculteurs viennent vendre directement leurs productions. On observe malgré tout des changements et il n’est pas sûr que la situation reste la même.

Les choses sont différentes en Belgique et en Allemagne, dont l’économie est davantage industrielle. Les préoccupations ne sont pas les mêmes. Les actions menées dans le grand parc industriel dédié à l’économie sociale et solidaire que nous avons visité en Belgique vont ainsi dans le sens de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, des immigrés et des chômeurs de longue durée. L’économie sociale et solidaire est assez marginale en Allemagne et Belgique, plus encore qu’en France où par exemple la microfinance est davantage développée.

Quelle est votre définition de l’économie sociale et solidaire ?

C’est une économie qui place l’homme au centre, qui prend en considération les besoins de l’homme et qui, dans une logique non lucrative, prend en compte la création de richesse humaine. Bref, c’est une économie plus humaine que financière.

*Plus d’informations sur le site Internet de l’association ESPoIR
* Retrouvez le détail de la traversée de l’Europe en vélo par trois membres de l’association sur le blog relatant ce voyage  

 

A lire :

– le dossier : « Economie sociale et solidaire : une économie différente »

Comment promouvoir l’entrepreneuriat social auprès des étudiants ?
Concilier aspiration entrepreneuriale et esprit de solidarité? C’est possible avec l’entrepreneuriat social, une nouvelle façon d’entreprendre qui place l’humain au coeur de ses préoccupations. Comment donc faire découvrir au plus grand nombre ce modèle économique?

Animateurs / Intervenants
– Aymeric Marmorat, Entrepreneurs sans Frontières
– Matthieu Grosset, Association AVISE
– Coralie Martin, AIESEC France

Dans le cadre de ses projets et réflexions sur l’entrepreneuriat social l’AIESEC travaille avec l’association Entrepreneurs sans Frontière sur plusieurs cycles de formation. De la même façon, Entrepreneurs sans Frontières interagit beaucoup avec l’AVISE sur ces questions. Les trois intervenants ont donc préparé une intervention concertée, privilégiant l’interactivité.
Parce que la plupart des associations présentes méconnaissent ce champ spécifique de l’entrepreneuriat social, elles sont invitées à réfléchir par petits groupes sur ce qui caractérise ce type d’entreprise.
Lors de la restitution, ce sont les interrogations qui ressortent en premier:
Le commerce équitable est-il inclus dans ce champ ? Si oui, est-il équitable ? au sens de qui ? Ce type d’entreprise induit-il une répartition équitable des bénéfices ? Si les bénéfices sont redistribués au salariat, l’entreprise peut-elle être viable ? durable ? Comment valoriser le profit ? A partir de quand (quelle durée ?) parle-t-on d’entrepreneuriat social ? Existent-ils plusieurs degrés ? Est-ce seulement une bonne conscience que se donne l’entrepreneur en ajoutant le « social » au commercial ? Quels sont les principes, le fonctionnement qui régiraient un tel fonctionnement ?
Finalement l’entrepreneuriat social, est-ce un mythe ou une réalité ?

Intervention d’Aymeric Marmorat, Entrepreneurs sans Frontières et Matthieu Grosset, Association AVISE.
« Citons un exemple. Dans un atelier où les Juniors Entreprises côtoyaient les associations d’accueil des étudiants étrangers, il a fallu multiplier les exemples d’entreprises qui marchent et perdurent depuis des années pour réussir à convaincre les plus sceptiques. Ainsi, avec des exemples de très petites entreprises ou de petites et moyennes entreprises en France, en Amérique Latine ou en Afrique, l’entrepreneuriat social s’est fait une place dans les velléités d’entreprise des étudiants présents. »

Différencier l’entrepreneuriat social d’autres procédures ou initiatives :
– À l’inverse du troc ancestral, l’économie sociale et solidaire a une autre temporalité. Elle suppose des intermédiaires et a une structuration différente

– L’entrepreneuriat social, contrairement à d’autres initiatives à la marge dans une entreprise classique, se différencie également par l’intention première de l’entrepreneur lorsqu’il conçoit son projet. Une philosophie altruiste l’anime, son projet économique est pensé en même temps que son projet social.

– L’entrepreneuriat social n’implique pas la duplication du même modèle d’entreprise partout. Si l’entrepreneur social peut mettre en oeuvre des projets dans différents environnements, son projet sera intimement lié au contexte local.

– Le projet partira des besoins spécifiques d’un milieu donné. Il sera attentif aux personnes cibles. Côté financement, l’économie sociale a développé depuis longtemps des financements propres à la temporalité de ses projets. La plupart de ces financements se retrouvent sous le label Finansol, organisme de finances solidaires.

Fondé sur des valeurs sociales fortes, De la TPE à la PME, cet entrepreneuriat marche. De la toute jeune initiative Architech of the Community, à la reprise sous statut SCOP, de la société OONOPS par ses employés, en encore de l’aventure Ndaam distribution à Dakar, à la fantastique épopée de la marque de commerce équitable « Ethiquable », la famille de l’entrepreneuriat social s’étend et le modèle ne
se dément pas.

Malgré toutes ces belles entreprises, ce secteur souffre toujours d’un manque de visibilité. En effet, intervenants et participants séduits déplorent un manque de formations, d’interventions sur ce domaine. Des voix s’élèvent pour que cette autre économie soit intégrée aux cursus, dès le secondaire !
Pour d’autres, il est même décevant que l’économie sociale et solidaire soit présentée comme une alternative, sous-entendant par là que le système capitalisme qui domine le marché actuellement est la « normalité » économique.

Pour clore les échanges, les participants sont invités, par groupe de 5 à réfléchir collectivement sous forme de jeu intitulé « Café Social – L’intelligence collective ».

 

Deux cycles sont proposés :
– Quelle logique sous-tend l’entrepreneuriat social
– Quel est le rôle des étudiants ? Comment peuvent-ils diffuser l’information aux autres étudiants de manière innovante et à faibles coûts ?


Les propositions:

– Développer des success stories à mettre en avant dans les formations économiques classiques

– Intégrer des « stages solidaires » (dans des entreprises sociales) dans le cursus – Créer des blogs associatifs, un journal de l’entrepreneuriat social avec des témoignages

– Créer des programmes d’échanges inter-universitaires sur la question (incluant professeurs et étudiants)

– Mettre en place des forums dans les associations du réseau

– Promouvoir l’entrepreneuriat social par l’exemple, notamment à travers création de Juniors Associations sociales

– Proposer des sondages avant / après les formations sur l’entrepreneuriat qui pourraient bénéficier aux professeurs

– Encourager le bénévolat associatif pour une première approche du social

Télécharger le PDF

Soyons sociaux
Réagir c'est agir