Un nouveau mode de financement émerge des profondeurs du net, le crowdfunding. Reposant sur la participation et les dons des internautes, les sites spécialisés investissent progressivement la toile française. Face aux difficultés qu’implique une demande de financement et en constante recherche de fonds, les associations étudiantes considèrent désormais cette piste comme une option économique cohérente. Assistons-nous à l’essor d’une véritable alternative aux financeurs traditionnels ? Quel impact et quelle valorisation pour les projets associatifs ? Associatifs, enseignants et acteurs du secteur proposent des éléments de réponse.

 

Sous l’impulsion du succès de la « référence » KickStarter aux Etats-Unis, les sites de crowdfunding émergent progressivement sur le web français. Ulule, KissKissBankBank ou encore babeldoor s’imposent désormais comme des interlocuteurs viables pour les internautes à la recherche des fonds qui leur permettront de développer un projet. Le concept repose sur le financement participatif et la mutualisation des coûts, un mode d’action efficace qui permet chaque année la concrétisation de milliers de festivals, d’expositions, de webdocumentaires. A lui seul, le site Ulule a déjà contribué au financement de près de 600 projets issus de 76 pays différents. S’il a tout d’abord convaincu les jeunes pousses de la musique, les réalisateurs de web-documentaires et autres cinéastes, le phénomène du crowdfunding et son approche collaborative connaissent une expansion rapide et s’infiltrent désormais au coeur même des campus.

 

Vers de nouveaux modes de financement plus participatif

 

Donner corps à son projet et le voir financé par le public est une perspective que les associations étudiantes prennent de plus en plus au sérieux, à l’image de l’association l‘Envolée Bleue qui a financé une partie de son festival artistique Pola de cette manière. Marion Pradelle, organisatrice de ce festival est en effet convaincue que le crowdfunding est une solution d’avenir : « C’est une alternative viable aux sources de financement dits classiques. Aujourd’hui, les restrictions budgétaires font que les subventions ne correspondent pas à nos besoins. Les choses sont de plus en plus difficiles pour nous et monter un tel dossier représente beaucoup de travail pour un résultat finalement moindre ».

 

Un avis que ne partage cependant pas Manon Martin. Responsable de formation au sein du Master II Direction artistique de projets culturels à l’université de Montpellier II, elle encadre des projets associatifs dans le cadre du cursus des étudiants. Pour elle, la priorité doit rester aux financements classiques. Loin d’en faire une solution d’avenir, cette ancienne membre de l’association Lez’Arts M3 voit dans ce concept un complément aux ressources actuelles. « Cela doit rester un apport, un petit plus (…) Le système de financement français a sans doute beaucoup de défauts, mais il a le mérite d’exister. Chaque année, il permet à des associations de se développer et d’être reconnues ». Elle poursuit en assurant qu’une transition vers un financement participatif comme référence absolue sonnerait le glas des aspirations du modèle français. Elle laisse entendre que « si nous passons à un système reposant entièrement sur ce principe, nous perdrons énormément des valeurs et de la logique culturelle que nous avons actuellement en France ».


Le crowdfunding : nouveau relais de communication ?

 

Autre aspect crucial de la démarche, la communication autour du projet constitue souvent un écueil pour les associations. Aller vers le public, attirer son attention sur son projet associatif n’est jamais simple. Dans ce contexte, les plateformes multiplient les aménagements pour permettre aux porteurs de projets d’interpeler efficacement et de mobiliser leurs réseaux. En revanche, l’intérêt des plateformes semble davantage axé sur les dossiers d’envergure. Une stratégie qui, selon Marion, exclut les petits projets. « Les plateformes de crowdfunding communiquent beaucoup sur certains projets. Souvent les plus gros. A ce titre, le festival Pola n’a pas pu profiter de cette visibilité. L’Envolée Bleue s’est donc efforcée de relayer l’information auprès de ses propres réseaux et de diriger les curieux vers la page de l’événement ».

Les organisateurs du festival ont donc eu l’idée de donner rendez-vous aux curieux le 5 juin prochain autour d’un verre pour fédérer encore plus de monde autour de leur dossier. Une démarche qu’Adrien Aumont, co-fondateur de la plateforme KissKissBankBank, recommande vivement à tous les porteurs de projets de la communauté : « C’est le créateur qui doit mobiliser sa communauté. L’effort qu’il consent va lui permettre de se rapprocher de sa communauté et donnera une dynamique au projet ». Il prévient par ailleurs des dangers de l’attentisme en affirmant que les gens qui s’inscrivent en pensant que tout viendrait « comme par magie » seront déçus.

 

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– Comment financer son projet associatif ?

Zoom sur sur les différents modes de financement de vos projets

Tout voir

Responsable de formation au sein du Master II Direction artistique d’événements culturels à l’université de Montpellier II, Manon Martin accompagne des étudiants dans le développement et le financement de projets tout au long de l’année universitaire. Ancienne membre de l’association Lez’Arts M3, elle contribua notamment à l’organisation d’une exposition financée sur Ulule. C’est donc nourrie d’une double expérience qu’elle nous parle de l’expansion de ce mode de financement dans le cadre associatif.

 

Dans quelle mesure le crowdfunding correspond aux besoins de vos élèves ?

 

Au travers de la formation que je conduis, le principal objectif des étudiants est de monter un événement culturel autofinancé, respectant les critères de qualité du monde professionnel. Pour y parvenir, il faut impérativement récolter une somme d’argent conséquente. Les calendriers universitaires étant totalement décalés par rapport aux calendriers administratifs, l’accès aux subventions habituelles est quasiment impossible. A ce titre, le crowdfunding constitue un élément essentiel du financement des projets.

 

En tant qu’ancienne associative étudiante, quel regard portez-vous sur cette source de financement ?

 

Lorsque j’étais coordinatrice de projets pour l’association Le’zArts M3, les membres de l’équipe ont tout d’abord été sceptiques. Ne sachant pas qui pourrait être intéressé par la perspective de financer le projet, nous avons longuement hésité avant de nous lancer. Nous voulions également que notre démarche soit valorisable auprès des professionnels sans que l’origine des dons reçus nous porte préjudice. Malgré cette appréhension, cela a fonctionné. Le caractère interactif de l’exposition cadrait tout à fait avec la communauté du site Ulule. Les spectateurs étaient d’ailleurs invités à s’impliquer, proposer des textes et à compléter l’exposition au fur et à mesure de leur visite. Nous voulions également conserver un lien direct avec les citoyens, la société civile, la démocratie. Dans ce cadre, le fait de demander un financement éminemment public nous a paru cohérent.

 

La valorisation d’un projet est-elle favorisée par l’aspect communautaire du crowdfunding ?

 

Je pense que c’est un très bon outil lorsqu’il est appliqué à un réseau proche. Le premier cercle d’amis, la famille… La véritable valorisation de notre projet a été assurée par les canaux classiques, qu’il s’agisse de supports papier ou de notre site internet. Un autre aspect intéressant de ces plateformes est que l’on peut rendre compte de la progression du projet. Il est possible de poster des vidéos, des articles, annoncer qu’une étape clef est franchie. Il est en revanche assez compliqué d’avoir une vision claire de l’impact de cette communication via ces sites du fait de l’anonymat de certains donateurs.

 

Pensez-vous que le crowdfunding puisse devenir une alternative crédible aux sources de financement classiques ?

 

Je ne l’espère pas. Le crowdfunding doit rester un apport, un petit plus. Mais que cela remplace progressivement le mode de financement actuel serait vraiment regrettable. Pour avoir travaillé sur des projets européens, je trouve que nous avons un système de financement qui a sans doute beaucoup de défauts mais qui existe. Chaque année, il permet à des associations de se développer et d’être reconnues. Si nous passons à un système reposant entièrement sur ce principe, nous perdrons énormément des valeurs et de la logique culturelle que nous avons actuellement en France.

 

Qu’en est-il du regard des institutions, de l’administration universitaire et des décideurs par rapport à ce type de financements ?

 

A partir du moment où une partie d’un projet est financé par ce type de plateformes, quel est le regard des professionnels de la culture ? Est-il valorisant d’attester du soutien d’un réseau de personnes proches ou est-ce synonyme d’amateurisme ? Ces interlocuteurs vont-ils penser que le crowdfunding se substitue à des subventions que l’on n’a pas pu percevoir ? Je ne peux pas en être certaine. Mais c’est une question centrale.

Tout juste âgée de deux ans, KissKissBankBank contribue au financement de projets artistiques et culturels. Son co-fondateur, Adrien Aumont, revient pour nous sur le concept de la plateforme et livre ses impressions sur l’essor du crowdfunding dans le monde associatif étudiant.

 

Quel est le concept de KissKissBankBank ?

 

KissKissBankBank est une plateforme de crowdfunding dédiée aux projets créatifs et innovants. Elle permet aux porteurs de trouver des financements auprès d’une communauté. Chacun d’entre eux se voit attribuer un conseiller qui l’accompagne du début à la fin de sa collecte. Ce conseiller tente de l’aider à évaluer son projet et en devient le premier spectateur au sein de l’équipe. Nous nous efforçons également de rendre le web un peu plus concret tout en évitant de laisser un internaute livré à lui-même sur le site.

 

Quels sont les principaux enjeux du crowdfunding, selon vous ?

 

Le crowdfunding, c’est avant tout l’ouverture d’un nouveau champ des possibles. Il permet de répondre à des problématiques très spécifiques. Lorsque l’on débute, que l’on porte un premier projet, les subventions et les financements privés sont particulièrement difficiles à décrocher. L’existence de ce nouveau mode de financement rend les choses possibles. Nous sommes des révélateurs de personnalités et de projets, une source de confiance et d’accomplissement. Par ailleurs, le crowdfunding constitue un véritable apport pour la société civile car il crée du lien entre les porteurs et le public. Pour moi, ce sont les aspects les plus palpitants du concept.

 

Quel regard portez-vous sur l’intérêt croissant des associations étudiantes pour le crowdfunding ?

 

Les associatifs font face à une diminution quotidienne des subventions qui sont allouées aux initiatives étudiantes. Or, cette situation coïncide avec un constat. Les jeunes associatifs étudiants prennent en effet conscience que des outils numériques comme KissKissBankBank leur donnent accès à une force communautaire dont ils peuvent se servir pour financer leurs projets correctement.

 

Outre les projets ponctuels, est-il concevable qu’une association vienne un jour financer son projet global, sa démarche, sur votre plateforme ?

 

Il y a une culture historique de la collecte de fonds dans le monde associatif. Mais lorsque l’on parle de crowdfunding, cela correspond au financement d’un projet et non pas d’une structure. La dimension de projet est un élément fédérateur. C’est d’ailleurs le discours de l’équipe de KissKissBankBank. Plus la définition du projet est claire et précise et plus les gens ont envie d’y contribuer, de s’y identifier.

 

Outre la perspective de financement, l’aspect communautaire porté par KissKissBankBank et les plateformes de crowdfunding est-il un argument de poids pour une association ?

 

Il faut toujours envisager cet aspect sous l’angle de la communauté du créateur de projet. C’est tout d’abord son cercle de connaissances qui va s’investir et se mobiliser. Le créateur doit donc être méthodique, partir des personnes qui lui sont le plus proches pour aller vers les inconnus, le grand public. C’est véritablement le créateur qui a son destin en main. Dans l’imaginaire collectif, les gens imaginent qu’il suffit de poster un projet sur une plateforme de crowdfunding pour que la machine soit lancée. Or, ça ne se passe pas comme ça. C’est le créateur qui doit mobiliser sa communauté et générer du lien social. L’effort qu’il consent va lui permettre en retour de générer du lien social, de se rapprocher de sa communauté et donner une dynamique au projet. Autre facette de l’aspect communautaire, les porteurs de projets ne repartent pas de KissKissBankBank qu’avec des fonds. Ils rencontrent également des éditeurs, des diffuseurs, des graphistes qui contribuent à leur tour à l’essor des démarches.

FSDIE, Culture-ActionS ou encore partenaires privés… En marge du crowdfunding, de nombreuses sources de financement classiques existent. Pour vous y retrouver, nous mettons à votre disposition différents outils pratiques pour y voir plus clair.

 

Les associations disposent pour leurs projets de nombreuses sources de financement. Encore faut-il les connaître et les comprendre. Document de référence, la fiche pratique Financer un projet étudiant revient sur les fondamentaux en vous proposant un décryptage du paysage institutionnel français et de vos principaux interlocuteurs.

 

Communément appelé FSDIE, le Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Etudiantes constitue une importante source de financemement pour les projets étudiants. Chaque université définissant ses propres critères d’éligibilité, l’obtention du soutien du FSDIE peut vite devenir un casse-tête pour les personnes les moins aguerries. Mais rassurez-vous, la fiche pratique Obtenir des financements du FSDIE vous permettra de démêler notions importantes, critères d’acceptations et particularités du dispositif.

 

Soutenant des projets ambitieux et innovants, le programme Culture-Actions se décline en quatre volets. Appuyant aussi bien les démarches artistiques que scientifiques, il valorise les initiatives qui privilégient le partage des connaissances et la transmission du savoir. Un vaste programme au sein duquel de nombreuses association peuvent se reconnaitre. Mais encore faut-il connaitre les critères d’obtention et les démarches nécessaires. La fiche pratique Financer ses projets avec Culture-ActionS revient sur les éléments essentiels et vous donne de nombreuses astuces pour atteindre vos objectifs.

 

Au delà des sources universitaires, les associations étudiantes tentent également de diversifier l’origine de leurs fonds en sollicitant l’appui de financeurs privés. Mécenat, sponsoring ou simple partenariat, de nombreux modes d’action s’offrent à vous. Mais qu’en est-il des démarches et des réglementations ? La fiche pratique Rechercher et gérer des partenariats privés vous aide à répondre à cette question.

 

Mais avant de vous lancer dans votre recherche de financements, une étape cruciale doit être respectée : celle de la réalisation du dossier de présentation. Elément incontournable, l’exercice peut parfois tourner en votre défaveur si vous n’êtes pas au point. De la hiérarchie des idées aux notions de présentation, la fiche pratique Réaliser un dossier de présentation vous permettra de concevoir efficacement ce document fondamental.

 

Enfin, sachez qu’Animafac organise régulièrement des formations partout en France. Alors n’hésitez pas à vous tenir informés des prochaines sessions en contactant le relais associatif de votre ville et à y prendre part !

Dans le cadre du 8ème festival Nouveaux Cinémas, la Maison des Initiatives Etudiantes de Paris accueille ce mardi 26 juin une table ronde dédiée au financement participatif de courts-métrages. L’occasion pour les participants d’échanger avec des professionnels et de faire part de leurs expériences.

 

De plus en plus considéré comme une source de financement crédible pour les projets associatifs étudiants, le crowdfunding est également en passe de s’imposer dans le cercle des producteurs de courts-métrages. Fer de lance des plateformes spécialement dédiées aux productions audiovisuelles, TOuscoprod soutient les porteurs de projets depuis 2009. La structure a notamment permis à de nombreux projets de voir le jour grâce à la participation massive d’internautes cinéphiles. Près de 20 000 membres ont  investi plus de 1 000 000 € sur 50 films, documentaires et séries tv. Son fondateur, Nicolas Bailly répondra aux questions des participants et présentera les enjeux de ce mode de financement alternatif.

 

Par ailleurs, Davy Chou, le réalisateur du film Le Sommeil d’Or, interviendra pour évoquer son expérience, apporter un autre regard sur le concept et présenter son film à quelques mois de sa sortie nationale.

 

Inauguré le 22 juin dernier et organisé par l’association Cinéfac, le Festival Nouveaux Cinémas se prolongera jusqu’au 1er juillet. Retrouvez toute la programmation sur le site de l’association.

 

Entrée Gratuite 50 places disponibles maximum. Réservation conseillée par mail

 

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous connecter sur le site des Nouvaux Cinémas.

Maison des Initiatives Etudiantes
50, Rue des Tournelles
75 003 Paris
M° Chemin Vert ou Bastille

 

 

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