La dette contractée par les pays pauvres hypothèque leur développement et pèse lourdement sur les populations. Une cinquantaine d’associations françaises se sont rassemblées pour lancer, en relais de la campagne internationale Jubilé 2000, une opération de sensibilisation de l’opinion publique.

 

Rebondissant sur la valeur symbolique du « Jubilé » catholique de l’année 2000 – la tradition biblique faisant référence à des jubilés qui, tous les cinquante ans, étaient l’occasion d’un nouveau départ (libération des esclaves, partage des terres, effacement des dettes…) – la campagne  » Pour l’an 2000, annulons la dette ! « , fédérant les actions de nombreux mouvements confessionnels ou laïques à travers le monde, veut mobiliser l’opinion publique des grands pays créanciers, afin que ceux-ci, à l’occasion du prochain G8 en juin, prennent des décisions favorables à l’annulation.

 

La dette : un frein au développement.
D’après le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), les Pays pauvres très endettés (PPTE) présentent des taux de mortalité infantile, d’analphabétisme et de malnutrition plus élevés que ceux des autres pays en développement.

 

Si la dette n’est pas seule en cause, elle est un boulet aux chevilles trop lourd à tirer, de plus en plus lourd. Les chiffres sont parlants, parfois : la dette extérieure du Nicaragua, par exemple, valait en 1995 presque six fois le Produit national brut. En 1995 toujours, le Mozambique dépensait le tiers de son budget pour le service de la dette (le remboursement des intérêts ajoutés au principal), alors que dans le même temps, seuls 3,3 % étaient consacrés à la santé, 7,9 % à l’éducation…

 

Les créances sont remboursées aux dépens de la population et de l’environnement (du fait de la surexploitation anarchique des richesses naturelles) et en prennent un caractère inique, insoutenable. D’autant que la conjoncture est loin d’être favorable pour les pays de la « périphérie ». Les prix des matières premières s’effondrent, ce qui n’est pas le cas des taux d’intérêt. Du coup, le cercle est loin de la vertu : les pays endettés doivent emprunter pour rembourser leur dette.

 

Aujourd’hui, les institutions financières internationales reconnaissent que la charge qui pèse sur les pays les plus endettés handicape leur développement et, de fait, rend impossible le remboursement de ladite dette. En 96, la Banque mondiale et le FMI arrêtaient un plan de réduction de la dette à un niveau « remboursable », et l’appelaient (sans ironie ?)  » l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés ». Mais ces derniers, au nombre de 41, doivent, pour voir leur dette réduite, se contraindre à une série de mesures de redressement de leur économie à la sauce libérale, qui, de façon « collatérale », pénalise les populations et participe d’une vision du monde où il est plus important de faciliter la circulation des capitaux que d’améliorer le niveau de vie global. Ces conditions drastiques imposées par le FMI ont accentué les différences de revenus dans ces pays, entre les détenteurs d’un capital toujours plus grand et fuyant vers l’étranger et le reste, sans commune proportion, de la population.

 

Agir pour un développement durable.
Annuler la dette semble ainsi la seule voie vers un développement durable et équitable. Mais l’annulation doit, pour avoir un réel impact sur le niveau de vie et échapper aux intérêts personnels, être transparente, s’accompagner d’une réforme profonde des relations financières internationales. Pour que l’argent ainsi « gagné » le soit pour le développement, il faut s’assurer qu’aucun mouvement de balancier (par la diminution, par exemple de l’aide publique vers ces pays) ne vienne obérer le bénéfice de l’annulation, il faut geler les avoirs à l’étranger des dirigeants dont la corruption est avérée, il faut investir les sommes restituées dans des projets profitables à la population. La société civile internationale, par l’intermédiaire des ONG, des associations notamment, a un rôle à jouer dans cet accompagnement nécessaire.

 

On voit que la partie n’est pas gagnée, tant les enjeux sont complexes et les intérêts contradictoires. Jusqu’ici, les transactions se sont faites souterraines et les négociations ont su rester à l’abri du regard indiscret des mécréants, dans l’ombre du FMI ou du Club de Paris. Cette opacité fait de la dette une imparable arme politique aux mains des pays créanciers. On comprendra qu’elle soit difficile à rendre.

 

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