ll y a des mots qui font mal.  » La Violence « , singulière et élevée à la majuscule, s’affiche aujourd’hui sans vergogne dans le vocabulaire. Parce que c’est aussi par les mots qu’on combat le mal, des jeunes du Val d’Oise ont publié le Manifeste  » Stop la violence « .


Un palier a été franchi. On entend qu’il faut lutter contre  » la violence « . On ne dit plus qu’il faut combattre les violences xénophobes ou domestiques ou telle ou telle. Un phénomène global et irrationnel, empreint de fatalisme, plane aujourd’hui comme un nuage radioactif qui ferait fi des frontières, au-dessus de nos urbanités, au cœur des médias. Doit-on se féliciter d’une prise de conscience ou craindre une dérive sécuritaire ? La surenchère est-elle dans la violence où dans l’écho renvoyé ? Le cercle est vicieux : parler sans trêve d’insécurité entretient l’insécurité. Et mettre à l’index les  » quartiers périphériques «  – telles une séquelle de ces faubourgs de mauvaise réputation qui faisaient frémir en leur temps le bourgeois intra-muros – stigmatiser les banlieues, en faire la souche d’une violence endémique, ne peuvent que faire le lit de la xénophobie et d’un sectarisme social, et conséquemment d’un surcroît de violence. La peur de l’encerclement, de l’état de siège, a la vie dure et, comme toutes les vieilles angoisses, ne demande que peu d’entretien.

Cela dit, on ne peut rester sans rien faire. Pour autant, il y a une réelle insécurité, il y a des actes de violence, dans les quartiers et ailleurs. Il s’agit d’agir, mais agir c’est parler de la violence, et en parler c’est l’entretenir. Difficile, oui, d’en sortir, de ce dilemme cornelo-shakespearien. Difficile de ne pas trouver quelque chose à redire aux diverses initiatives qui naissent ça et là ( » trop politisées « ,  » récupérées « ,  » angéliques » ou  » policées « ), difficile de soi-même oser se lancer dans la bagarre.

Après toutes ces préventions, que dira-t-on de  » Stop la violence «  ? Tout le monde, surtout s’il est parisien, a lu ou entendu parler de ce manifeste lancé par des jeunes d’une ville  » excentrée « , Bouffémont, après le meurtre au couteau de Stéphane Coulibaly, 22 ans. C’est un journaliste de Nova Mag, Christophe Nick, qui donne au texte l’ampleur médiatique qu’on lui sait. Publié à la une de Nova, soutenu rapidement par d’autres médias, comme l’Événement ou Canal Plus, cité par Jean-Pierre Chevènement à l’Assemblée nationale ( » J’ai lu avec attention le texte de cet appel, qui rejoint l’idée souvent proclamée que la sûreté est un droit pour tous « ), le manifeste voit enfler autour de lui une bulle médiatique qui transforme en bœuf la grenouille.

Grenouille ou bœuf, finalement ? Déroulant ses dix articles comme autant de commandements d’un décalogue des banlieues ( » si tu veux le respect, commence par respecter les autres « ), le manifeste a plutôt des allures de code de conduite à destination des jeunes, d’une charte du tu-n’agresseras-point qui déplace la lutte contre la violence sur le terrain (vague ?) de la morale. Le texte est accrocheur, et ses auteurs ne cachent pas leurs ambitions : mettre la non-violence à la mode.

Alors, bien sûr, on pourrait commencer par trouver des travers à cette initiative, comme à toute autre. Veut-on y voir la naissance d’un mouvement d’ampleur nationale ? En ce cas, on peut émettre des doutes sur sa représentativité, quand on essaie d’évaluer le nombre réel de ses militants ou quand on prête l’oreille aux dissonances, aux critiques sourdes venues de groupes spontanément et isolément apparus dans d’autres villes sous l’égide du label.
On peut aussi crier à la récupération, politique et médiatique, douter des intentions de certains, grincer des dents, par principe, quand les jeunes de  » Stop la Violence  » serrent des mains éligibles devant les caméras, ou faire des comparaisons plus ou moins justifiées avec l’évolution de SOS Racisme. On peut encore dire que le manifeste fait de nouveau de la violence l’affaire des seules banlieues, qu’il souligne les symptômes du mal mais en tait les causes (sociales, économiques et urbanistiques…). On peut enfin, là on chipoterait presque, rester un brin songeur à la lecture de certaines phrases, par exemple :  » quand on était petit, on rêvait tous d’être policier… « 

Voilà, on a commencé à en écrire du mal, parce qu’on en pensait du bien. Parce qu’une fois évoqués ces aspects polémiques, il reste que l’initiative est positive, louable même, au-delà du simple fait d’exister et d’être rare. Écrit par des jeunes pour des jeunes – peu courantes sont les actions positives, venues de banlieues, dont les médias se font l’écho – destiné à ceux qui subissent une violence inscrite au quotidien autant qu’à ceux qui la suscitent, sans placer de frontière entre les bons et les autres, sans condamner ni diaboliser, le manifeste veut montrer que la violence s’établit en marge de la société, non en marge de la ville, qu’on peut la combattre en renouvelant le liant social, en donnant à chacun le sentiment d’appartenir à un groupe – où la violence n’a pas de sens puisqu’il n’y a pas d’Autre – qui soit plus large qu’une bande, ou plus large qu’un quartier. Il s’agit de travailler à consolider le vivre-ensemble, et ne plus se bercer d’un éphémère effet Coupe du Monde, qui dure le temps qu’un ballon rond s’essouffle.

 » Stop la violence «  : ce pourrait être une étincelle, un déclencheur, voir une bannière efficace pour des initiatives qu’on veut de plus en plus nombreuses. Le manifeste organise, pour sa part, une grande marche, le 29 mai à Paris. Du bruit pour faire taire la fureur.

Le manifeste « Stop laviolence » – Tél. : 01 40 01 93 86

http://www.novaplanet.com

 

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