Le colloque-forum organisé par l’Université de Paris VIII avec France bénévolat a permis d’aborder une vingtaine de grandes questions sur les engagements bénévoles étudiants.

C’est autour des expériences de cinq personnes au parcours distinct que nous avons pu débattre de la reconnaissance politique du fait associatif. Deux élus représentant les étudiants dans les conseils de l’université de Paris 8 d’une part, deux associations intervenant « en ville » d’autre part, auxquels il convient encore d’ajouter un membre du collectif d’éducation populaire de Seine Saint Denis.


Hors des élus, point de salut ?

La présence à la tribune d’un animateur de l’UNEF et d’une responsable du syndicat local « babel » pour un débat sur la vie associative étudiante est révélatrice d’une tradition universitaire qui peine encore à considérer les engagements étudiants sans visée représentative. Hormis les élèves qu’ils encadrent au cours de leurs activités pédagogiques, l’essentiel des contacts étudiants que développent le président de l’établissement et son équipe se nouent dans les instances officielles, avec des élus. Et ceux-ci savent jouer un rôle revendicatif, pour accomplir leur objet de défendre les intérêts matériels et moraux des étudiants, mais aussi pour faire entendre leur originalité dans des cénacles souvent marqués par le mandarinat académique, voire faire valoir leur représentativité, au milieu d’un bouillonnement d’activités collectives étudiantes qui pourraient les noyer.

C’est ainsi que la première partie de nos échanges a tourné autour des difficultés classiques de la représentation étudiante pour travailler et gagner en audience. Nombre d’élus dans les conseils, écoute des représentants étudiants par ceux des enseignants-chercheurs, moyens mis à leur disposition pour instruire les dossiers sur lesquels ils sont amenés à se prononcer ou pour informer les étudiants des débats en cours, facilités d’organisation pour mener de front ses études et son mandat, auquel s’ajoutent éventuellement un emploi rémunérateur… Tous ces sujets qui sont régulièrement discutés entre la Direction de l’enseignement supérieur et les organisations représentatives étudiantes, sans que de grandes décisions ne soient prises, mais qui, bon an mal an, se traduisent malgré tout par de nettes évolutions locales dans la plupart des établissements. Ainsi faut-il en particulier remarquer la généralisation des postes de vice-président étudiant des universités (et d’ailleurs des conseils d’administration des CROUS), bien qu’il importe de noter que la définition de son rôle n’ait pas encore été éclaircie, entre membre de l’équipe du président ou principal porte-parole étudiant.

Avec les propos de la présidente de « la route des jeunes », du délégué francilien du Génépi et d’un représentant du collectif éducation populaire du département sommes nous rentrés de plein pied dans des problématiques associatives. Mais, avant d’aborder les questions que les intervenants ont pu soulever faut-il encore insister sur le paradoxe d’une vie associative étudiante d’autant plus visible qu’elle est extérieure au campus.


Légitimité électorale versus légitimité par l’action

Ce qui apparaissait clairement, c’est que, bien évidemment, la légitimité par l’action dont se prévalent les associations est infiniment plus délicate à évaluer que l’audience électorale d’un parti ou d’un syndicat. En matière de soutien matériel par exemple, il n’est pas très difficile conceptuellement de décider que toute organisation ralliant plus de 10% des suffrages disposera d’un local. En tout état de cause, les moyens à mobiliser au total sont prédéfinis et la clé de répartition est très simple à expliquer, donc à légitimer.

C’est immédiatement plus délicat avec les associations. Pour filer l’exemple, si des élections s’apparentent à un concours, avec un nombre de places à pourvoir prédéterminé, il n’y a pas le moindre cadre « d’examen » dans l’univers associatif, encore moins de contingentement des initiatives possibles. Ensuite, ce n’est pas plus simple de savoir ce que l’on attend d’une action associative. Est-ce le résultat pratique, c’est-à-dire, dans le cas de la « route des jeunes », un nombre donné de « fêtards » sensibilisés à la sécurité routière, ou, dans celui du Génépi, l’accomplissement d’une certaine quantité d’heures d’enseignement au bénéfice de personnes incarcérées ? Ou est-ce quelque chose de plus subtil, qui prenne en compte l’originalité du bénévolat, en tant que forme particulière de participation civique ?

Intérêt général

Le fait est que la culture politique de notre société prend mal en compte le monde associatif. Notre tradition républicaine considère que l’Etat, c’est-à-dire en pratique l’Administration, est seule porteur de l’intérêt général, et que les initiatives privées qui se targuent d’y contribuer sont vaines sinon dangereuses, car porteuses de germes communautaristes. Tant que responsables politiques et serviteurs de l’état ne comprendront pas combien il importe que les citoyens auto organisés sans visée lucrative contribuent à la cohésion sociale (républicaine), certaines avancées démocratiques resteront hors de portée.

Bien sûr, l’importance du monde associatif en France conduit chacun à faire preuve d’un réalisme plus souple que les théories traditionnelles ne le supposent. Puisque le service public d’éducation est insuffisant à répondre à la demande d’instruction et de dialogue des détenus, le Génépi peut prendre sa petite place dans les programmes de l’administration pénitentiaire. Puisque la violence routière sévit encore et que la puissance publique peine à l’éradiquer, la route des jeunes est invitée à multiplier les actions de prévention. Puisque l’école demeure un lieu de reproduction sociale et n’arrive pas à organiser toutes les activités souhaitables, l’éducation populaire est chargée de prendre à son compte d’indispensables marges périscolaires.


Evaluer

On se rend ici compte des difficultés d’évaluation de l’impact associatif. Les uns rapportent que leur partenaire public s’efforce de proposer des indicateurs très rigides, opératoires, qui déforment radicalement le projet associatif. Les autres nous montrent combien un bon passage à la télévision remplace avantageusement un programme de terrain réussi. De fait, lorsqu’elles sont reconnues pour leur action, les associations doivent encore veiller à ce que leur projet ne soit pas désarticulé, sous une pression technocratique ou sous celles des médias.

Dernier intervenant à prendre la parole, Bruno Leroux est simultanément député de Seine Saint Denis et président de la fédération Léo Lagrange. Sa présence, démonstration par un responsable politique de premier plan d’une réelle écoute de ce qu’ont à dire les jeunes engagés, et son invitation à faire preuve de ténacité et d’ambition n’ont pas manqué d’être un signal énergique encourageant à l’action.

 

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