Inscrite dans les programmes, mais pas toujours bien intégrée par les équipes pédagogiques, l’éducation aux médias est encore peu pratiquée dans les établissements français. Pourquoi est-elle importante pour les jeunes générations ? Quel rôle les associations peuvent-elles jouer ?


INTERVENANTS :

Denis Rougé, président de Les Pieds dans le PAF Association Nationale des Téléspectateurs et Auditeurs, créée en 1988

Denis Hernandez du CLEMI de Nice, président de l’association Empoloci Éducation aux médias par le pluralisme des opinions ; Logique citoyenne

 

ANIMATEUR : Gislain Chantepie, IASTAR


Tous les participants ont rejoint ce débat sur une idée partagée : l’éducation aux médias s’avère nécessaire dans un monde où les médias sont omniprésents, notamment audiovisuels. Avec 3 h de télévision quotidienne en moyenne, il devient urgent pour tous d’apprendre à décrypter les informations qui y sont véhiculées.

 

Le CLEMI, Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information, est un établissement de l’Éducation nationale qui possède de nombreux outils d’éducation aux médias d’information ; ils sont mis à la disposition des formateurs et éducateurs. Avec son fonds documentaire mais également par des interventions pédagogiques auprès du public, les équipes locales des CLEMI proposent une gamme variée de prestations pour décrypter le langage des médias.

 

Si la nécessité d’une éducation aux médias fait toujours débat, elle s’est pourtant imposée en France dès le XIXème siècle. Une approche transversale est privilégiée par l’Education nationale même si sa mise en oeuvre reste marginale. En Argentine, elle fait même l’objet d’une discipline à part entière, avec des publications à usage des familles. Pour un des participants qui s’intéresse particulièrement à ces questions, son application dans le cursus scolaire français est rendu techniquement impossible par les programmes proposés. Une seule intervention de 90 minutes par an ne saurait suffire à donner des outils de base aux publics jeunes. Ainsi, malgré l’existence des CLEMI depuis 1983, seuls 2 participants à l’atelier en connaissent l’existence.

 

De son côté, l’association Les pieds dans le PAF a décidé de s’investir depuis 1988 dans une éducation populaire des médias. Ses membres ont en effet pris conscience de la place importante de la télévision dans la vie des Français. Un objet dont le nombre s’est multiplié au sein d’un même foyer. Un petit écran qui influe considérablement sur nos comportements de citoyen et de consommateur… Son caractère de proximité implique une meilleure connaissance des langages qui lui sont associés mais dont la grande majorité des usagers ignore les codes. L’association défend ainsi l’idée de redevance qui seule peut faire naître (ou perdurer) une conscience du téléspectateur de sa participation à l’existence de la télévision. Il reste également regrettable que de leur côté, les chaînes ne paient pas pour émettre sur un canal !

 

A travers des exercices pratiques, il est facile pour l’association Les Pieds dans le PAF de rapidement faire prendre conscience de certaines manipulations possibles de l’image : l’association préconise ainsi d’arrêter le flux des images (enregistrement des émissions), de jouer à retrouver le type d’émission qui suit la pause publicitaire, de prendre conscience des effets visuels liés à une mise en scène des images… Ces exercices visent à faire prendre conscience à tout usager de la télévision des codes qui régissent la télévision.

Un média étudiant peut tout à fait s’inscrire dans cette démarche d’éducation aux médias. Il peut déjà donner des clefs de compréhension plus générales : donner sa ligne rédactionnelle expliquer ces choix… ; autant de rappels pour le lecteur/auditeur téléspectateur que des choix éditoriaux ont été faits. Il ne s’agit pas de rechercher l’objectivité mais d’être honnête avec son public.

 

Un participant s’interroge sur un volet économie des médias…Cette notion est-elle abordée dans l’éducation aux médias proposée ? Pour cette question, tout dépend du public investi… L’important est de faire prendre conscience que derrière une chaîne de télévision, il y a une idéologie. Et si le téléspectateur est souvent « considéré comme un veau », l’association est convaincue qu’en lui donnant des clefs de lecture, il est à même d’expliquer et de critiquer ses choix. Une autre association insiste sur son côté pédagogique : avec son choix éditorial, il propose à ses lecteurs une bibliographie pour aller plus loin.

 

Denis Hernandez insiste sur la transversalité de l’éducation aux médias. Elle doit transpirer dans tous les cours proposés. Le hiatus vient du manque d’outils dans les formations initiales (des enseignants et formateurs) et de la culture française (enseignement par discipline). De plus, il existe une confusion lexicale des enseignants, entre éducation aux médias et par les médias. Pour rapprocher ces différents acteurs de cette éducation aux médias, le CLEMI organise chaque année la JJJ (Journée du Journaliste Junior). Il instaure ainsi une proximité entre professionnels des médias, jeune public et monde éducatif. Un moment privilégié où les réseaux se créent et les relations se tissent.

 

Sur cette même question lexicale, un débat sur le choix des termes est né au sein des participants pour qualifier cette éducation aux médias. Tout le monde ne met pas la même notion derrière « décrypter » ou « décoder », et beaucoup se refuse à utiliser « analyser » qui se rapproche « d’interpréter ». Une guerre des mots dont l’idée maîtresse fait tout de même consensus : il s’agit d’amener à un regard différent.

 

[ L’émission « Arrêt sur images », qui avait le mérite de permettre le décryptage des images télévisées, a été évincée du paysage audiovisuel. Néanmoins, elle prônait un monopole dommageable de la critique audiovisuelle]

Si les acteurs d’éducation aux médias restent peu nombreux, il est de la responsabilité des téléspectateurs de s’éduquer aux médias. La prise de conscience ne suffit pas à aboutir à un contenu satisfaisant et sain. Elle doit être reliée à un discours politique. Tous les acteurs, usagers comme professionnels des médias, ont un rôle à y jouer.

 

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