La terre est composée de 1 400 millions de km3 d’eau. Seuls 2,5% sont potentiellement buvables. Changements climatiques et pollution risquent encore d’amenuiser ces ressources. 1,5 milliards de personnes n’ont pas, aujourd’hui, accès à l’eau potable ; 30 000 meurent chaque jour d’avoir bu de l’eau polluée. L’accès à  » l’or bleu  » est déjà un enjeu dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. La mauvaise qualité des cours d’eau dans les pays industrialisés amène aujourd’hui des états comme la France à craindre pour leur capital hydraulique.

 

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Le Moyen-Orient est l’une des régions les plus touchées par la sécheresse. Pour résoudre ce problème et favoriser la paix, de nombreux projets de gestion collective de l’eau sont à l’étude.

Selon l’UNESCO, 2 à 7 milliards d’humains pourraient manquer d’eau d’ici 2050. Dès aujourd’hui, ce problème se pose avec acuité au Moyen-Orient où la majeure partie de la région se situe en-dessous du seuil d’aridité et fait régulièrement face à des sécheresses.
Les capacités hydriques de la région sont déjà insuffisantes : celles des territoires palestiniens sont inférieures au seuil minimal de 125 m3 par an et par personne, Israël et la Jordanie s’en rapprocheront d’ici 2025. Elle sont également surexploitées, à 217 % pour la zone aquifère de la bande de Gaza, avec des conséquences graves pour l’environnement. Avec le développement démographique et économique de la région et son urbanisation croissante, la demande en eau douce devrait, de plus, continuer à croître tandis que les ressources demeureront stables.

Pourtant, le problème réside moins dans le manque d’eau que dans son inégale répartition. La Turquie, et dans une moindre mesure l’Iran et la Syrie, font ainsi office de châteaux d’eau pour la région. On peut distinguer deux ensembles géographiques possédant des ressources hydriques significatives : le bassin de l’Euphrate et du Tigre partagé entre la Turquie, l’Irak, et la Syrie ; le bassin du Jourdain qui arrose la Syrie, Israël, la Jordanie et les Territoires Palestiniens. Par ailleurs, l’Iran et le Qatar, la Turquie et Israël, l’Irak et le Koweït ont signé, en 1989, des accords ou entretenu des relations commerciales concernant la fourniture d’eau. Ce qui frappe, c’est donc la profonde interdépendance des pays de la région pour le précieux liquide.

 » Jordan Valley Authority « 

L’eau est hélas souvent source de tensions entre utilisateurs d’un même point d’alimentation. Elle est ainsi au cœur du conflit israélo-arabe, que ce soit pour le contrôle des ponctions sur la zone aquifère en Cisjordanie, ou dans le cadre des négociations entre Israël et la Syrie sur le Golan, dont les sources alimentent le lac de Tibériade et représentent le tiers de la consommation d’eau israélienne. Elle s’est avérée être un levier entre les mains de la Turquie, lorsque la Syrie soutenait le PKK d’Oçalan. Le conflit entre l’Iran et l’Irak est quant à lui né d’un différend sur le Chatt-el-Arab, à la confluence du Tigre et de l’Euphrate.

Dans une région marquée par un contexte politique difficile, une grande méfiance entre états, la peur de la dépendance, l’eau apparaît – peut-être plus qu’ailleurs – comme une ressource stratégique, souvent instrumentalisée. Pourtant, un des moyens reconnus d’assurer une gestion efficace de cette ressource réside dans la coopération entre les acteurs. Des précédents existent. Ainsi, en 1936, un plan s’inspirant des travaux menés dans la Tennessee Valley aux états-Unis proposait la mise en place d’une  » Jordan Valley Authority  » placée sous surveillance internationale. Le plan Johnston de 1954 prévoyait également la répartition des eaux du Jourdain entre Syrie, Liban, Jordanie et Israël, supervisée par une autorité neutre.

Plus tard, en 1991, la Turquie a proposé une conférence internationale traitant des problèmes d’eau dans la région, restée sans suite en raison des réticences syriennes et américaines. Les discussions multilatérales de Moscou en janvier 1992, suites de la conférence de Madrid, incluaient également un groupe de travail sur l’eau.
Le principal espoir de paix réside dans un projet de grande ampleur : un gigantesque acqueduc reliant la mer Rouge et la mer Morte. Il permettrait de relever le niveau de la mer Morte, en pleine décrue. Si, comme cela est actuellement testé au sud-ouest d’Israël, était trouvée une méthode pour transformer l’eau de mer en eau potable, cet acqueduc permettrait surtout d’alimenter Israël, la Jordanie et la Palestine. Une solution qui pourrait favoriser la progression de la paix dans la région.

 

Journaliste spécialisé et concepteur de l’Université populaire de l’eau et du développement durable à Ivry

Quels sont les enjeux d’une gestion alternative de l’eau dans la ville ?

J-C. O. : Alternative à tout rejeter dans le réseau d’assainissement j’entends : il serait logique de ne pas gaspiller de l’eau potable pour le jardin, les toilettes ou les voitures. Rejeter l’eau de pluie dans les stations d’épuration, conduit à les surdimmensionner et à les rendre moins efficaces. De plus, l’imperméabilisation croissante des sols aggrave les inondations. Enfin, l’eau peut  » climatiser  » la ville. à Berlin, sur la Potsdamer Platz, un bassin alimenté par des eaux de toîture permet de rafraîchir le quartier en été : c’est mieux que d’acheter des climatiseurs !

Quelles pratiques alternatives de gestion de l’eau se sont développées en Europe ?

J-C. O. : Voici quelques exemples allemands. à Hanau, l’eau de pluie, plus efficace pour le lavage que l’eau potable car elle nécessite moins de détergents, est utilisée pour la station de bus de la ville. à Offenbach, un grand hôtel récupère l’eau des douches pour les toilettes et le lave-linge, et ce, dans un intérêt purement économique ! à Wettenberg, dans une zone de 25 hectares, il n’y a aucun rejet au réseau, l’eau est filtrée, décantée et revendue aux entreprises (horticulture), ou mise à la disposition des pompiers.

Quid de la qualité sanitaire de l’eau recyclée ?

J-C. O. : La récupération de l’eau de pluie mise en place voici 20 ans en Allema-gne produit une qualité  » eau de baignade  » selon une norme européenne : elle n’est pas considérée comme  » potable « , mais ne nuit pas à la santé si on l’avale accidentellement. En France, la réglementation très stricte n’autorise que l’usage de l’eau dite  » potable « . Alors, vérité ici, erreur Outre-Rhin ? Il est grand temps d’ouvrir le débat.

 

Cette année, 9% de la population française a bu de l’eau polluée aux pesticides. Difficile d’y échapper alors que 50 à 75% des eaux nationales sont fortement dégradées. Selon un rapport du Museum d’histoire naturelle paru en juin 2005, seules 25% des masses d’eau du pays présentent un « bon état probable ». 25% sont « à risques », 23% « douteuses » et 27% sont des eaux artificielles ou fortement modifiées.

Et encore, prévient l’auteur de l’étude, Jean-Claude Lefeuvre, les tests n’ont porté que sur la teneur en nitrates et pesticides. Les eaux douces contiennent, en réalité, bien d’autres polluants. Et pas des moindres. Les micro-polluants tels que les dioxines produites dans l’air à proximité des incinérateurs sont très dangereux pour la santé humaine car, persistants dans l’environnement, ils s’insèrent dans la chaîne alimentaire. On décèle également la présence de polluants d’origine microbiologique émettant des toxines. Selon une étude publiée dans le Quotidien du médecin, celles-ci seraient en partie responsables de maladies neurodégénératives comme Alzheimer.

Avant d’écrire, en 2005, cette étude « officielle » présentant l’état des lieux de l’eau en France, Jean-Claude Lefeuvre avait déjà écrit plusieurs rapport qui font aujourd’hui référence. Le premier, en 1970, est déjà alarmant mais passe presque inaperçu. Persuadé de la gravité de sa cause, le « monsieur eau » français lance un nouvel appel en 1981, parvenant cette fois à attirer l’attention des associations environnementalistes et de quelques politiques. En 2001, il est enfin entendu du grand public.

Entre-temps, l’Union Européenne s’est saisie du problème, votant une directive cadre sur l’eau (2000/60/CE) qui oblige les états membres à fournir un bilan de leurs eaux et, si besoin est, un plan de réhabilitation. L’objectif : que 75% des eaux européennes atteignent un  » bon état écologique  » d’ici 2015. En la matière, la France fait déjà figure de mauvais élève. Condamnée à plusieurs reprises pour les teneurs en nitrates et en pesticides de ses eaux, elle a prévenu : atteindre l’objectif fixé par l’Union Européene pour 2015 tient déjà du mirage.

Une gestion desastreuse.

A qui la faute ? Les études sont sans appel : cette dégradation est avant tout humaine. L’agriculture extensive et les élevages hors-sol pratiqués dans les années 1970, les rejets de produits chimiques industriels et les déchets ménagers seraient les premiers responsables. À cela s’ajoute une gestion désastreuse du problème par les différents gouvernements.

Dans les années 1990, constatant la forte dégradation des eaux brutes, les pouvoirs publics décident d’adopter des mesures d’assainissement à court terme plutôt que de régler le problème à la source. Fermeture des captages les plus pollués, dillution des eaux trop chargées en pesticides, mise en place de réseaux de dénitrification… Ces méthodes coûteuses permettent d’améliorer sensiblement la qualité des eaux de robinet, non sans faire grimper au passage la facture des consommateurs.

Le problème environnemental, lui, demeure. Les eaux brutes ne cessent de se dégrader et les captages de bonne qualité se réduisent comme peau de chagrin. A ce rythme, prévient Jean-Claude Lefeuvre, certaines régions particulièrement atteintes, comme la Bretagne, ne pourront plus produire d’eau potable d’ici quelques années.

En avril 2004, le gouvernement présente une loi sur l’eau. Les associations écologistes dénoncent un retour en arrière par rapport à la législation de 1992. La loi réfute notamment le principe du pollueur-payeur, qui veut que se soit à celui qui pollue d’assumer la charge de la prévention, de la réduction et de la lutte contre la pollution.
Ce type d’incitation permettrait pourtant de changer la donne. Si l’agriculture continue aujourd’hui de sinistrer les eaux françaises, c’est notamment parce que la Politique Agricole Commune (PAC) subventionne des cultures dommageables pour l’environnement. Pour combattre le problème efficacement, il serait donc nécessaire d’encourager financièrement les agriculteurs à se tourner vers des techniques plus respectueuses de la nature.

Les associations  » vertes « , WWF en tête, réclament également le réaménagement de filtres naturels, comme les talus séparant les zones agricoles des prairies ou les zones humides (lacs, étang, marais, tourbières…), aux pouvoirs d’épuration étonnants. Plus de la moitié de ces zones ont disparu au cours des 30 dernières années.
Elles recommandent, de plus, la mise en place d’un Observatoire de l’eau qui permettrait, comme celui créé pour l’air, d’identifier les différents polluants et de réfléchir aux moyens de lutter contre leur propagation. Une telle structure pourrait, de plus, surveiller plus étroitement les contrôles de l’eau, qui manquent de transparence. Ceux-ci se déroulent en effet à date fixe, ce qui empêche la détection des pics de pollution. Ils livrent, de plus, des résultats par région, occultant la situation alarmante de certains départements. Enfin, les contrôles ne sont effectués que pour les unités de plus de 10 000 personnes. La qualité de l’eau de plus de 17 millions de consommateurs n’est, ainsi, jamais contrôlée.

L’échéance fixée par l’Union représente, pour la France, une chance d’initier le sursaut qui lui permettrait de remédier à un problème trop longtemps occulté. Des solutions existent, manque la volonté politique de faire que la France ne se noie pas dans un verre d’eau… polluée.

Pour en savoir plus : http://www.wwf.fr/eaux_douces/index.php

 

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