Environnement – 29 avril 2007

INTERVENANTE : Hélène Grossetie, responsable de la campagne Campus Responsables de Graines de changement.

ANIMATRICE : Audrey Limozin, ancienne présidente d’Issue Environnement et administratrice Animafac

 

PRÉSENTATION DE LA CAMPAGNE CAMPUS RESPONSABLE

L’éducation à l’environnement est un moyen de changer les comportements. Cela est d’autant plus important lorsqu’il s’agit de sensibiliser des jeunes qui seront les dirigeants de demain. Graines de changement, une agence de communication spécialisée dans l’information « positive », a donc décidé de lancer une campagne pour l’environnement centrée sur les établissements d’enseignement supérieur : écoles, universités…
Les universités françaises sont très en retard en matière de développement durable. Aux Etats-Unis, non seulement chaque campus dispose de bureaux « développement durable » chargés de mettre en place des politiques « vertes » dans l’université, mais ces universités ont également mis en place une démarche de réseau leur permettant de mutualiser leurs compétences. En France, même si les choses commencent à bouger grâce aux associations étudiantes, aucune démarche de fond n’a été initiée.

La campagne Campus responsable est lancée en septembre 2006, à l’occasion de la Semaine du développement durable. Elle bénéficie de soutiens tels que François Lemarchand (fondateur de Natures et découvertes), Daniel Richard (président de WWF), Yann Arthus-Bertrand, Anne-Marie Sacquet (présidente du Comité 21) ou Daniel Lebègue (président de Transparency International). Des partenariats sont également noués avec Max Havelaar, Solar Generation (Greenpeace), Fac Verte, Eco-école, Mobility+ et Climat Mundi.
Ses objectifs : inciter et accompagner les établissements d’enseignement supérieur afin qu’ils intègrent le développement durable sur leurs campus et dans leur cursus, et mettre en place une logique de réseau comparable à celle existant aux Etats-Unis.

Quelques établissements d’enseignement supérieur, en majorité des grandes écoles, ont déjà accepté de s’impliquer dans la campagne : HEC, ESCP-EAP, Euromed Marseille, Bordeaux EM, l’UTT, ESCEM, HEMA.
Afin d’acter l’implication de ces écoles, Campus responsable demande aux directions, outre la signature d’une charte d’engagement, une cotisation annuelle de 1 000 euros. Cette côtisation a pour but de donner des garanties quant à leur engagement : pour débourser ces 1 000 euros, l’établissement doit en effet l’acter dans son budget, ce qui permet d’être sûr que la totalité de la direction est d’accord pour adhérer au programme.
Une conférence annuelle est également mise en place avec l’ensemble des administrations des établissements impliqués afin qu’elles puissent échanger leurs bonnes pratiques.

L’outil principal de la campagne est le site Internet www.campusresponsables.com. Celui-ci propose :

– Des bonnes pratiques : à la fois à travers des exemples de politiques de développement durable mises en place sur des campus américains, mais également avec des fiches pratiques réalisées par les établissements engagés dans la campagne pour mutualiser leurs expériences.

– Des ressources : publications, études, témoignages, initiatives similaires, etc. destinés à fournir aux étudiants comme aux professeurs ou membres de l’administration des arguments sur l’opportunité de mettre en place des politiques de développement durable sur les Campus.

– Des outils, accessibles et téléchargeables gratuitement pour tous
– Une charte d’engagement  » type « 
– Des outils de sensibilisation : questionnaires permettant de tester les connaissances de chacun en matière de développement durable ; posters, affiches et économiseurs d’écrans récapitulant les « gestes verts » à adopter sur un campus…
– Des éléments pour établir un « diagnostic développement durable » de votre campus : gestion de l’eau, des déchets, de l’électricité…
– Un guide pratique pour élaborer le rapport développement durable de son campus
– Un questionnaire d’auto-évaluation des performances du Campus : intégration de la sensibilisation dans la formation, dialogue établi avec les associations travaillant sur le développement durable…
– Une base de donnée de prestataires par domaine.

Campus responsables a également pour projet d’éditer un Guide vert des campus français. Le but n’est pas de classer les établissements de l’enseignement supérieur en bons et mauvais élèves, mais de permettre aux étudiants et aux administrations de voir où ils se situent, quelles politiques ont été mis en place ailleurs…

DÉBATS AVEC LA SALLE

De nombreux associatifs présents expriment la crainte de voir leurs actions en faveur du développement durable récupérées par l’administration.
Certaines associations rapportent que, lorsque l’on demande aux universités ce qu’elles font en matière de développement durable, beaucoup ont tendance à puiser dans les projets menés par les étudiants en se les appropriant. Ils craignent qu’une démarche telle que celle du Guide Vert incite encore plus les administrations à se reposer sur les associations étudiantes plutôt qu’à mener de vraies actions. Cela est, précisent-ils, d’autant plus ironique que ces mêmes administrations ont plutôt tendance à freiner leurs projets qu’à les encourager.
Hélène Grossetie témoigne, en effet, que la liaison entre les projets menés par l’administration et les projets des associations étudiantes est souvent mal faite. Elle s’est ainsi aperçue, en prenant contact avec des associations étudiantes d’établissements engagées dans la campagne, que celles-ci n’étaient même pas au courant que leur école faisait partie de Campus responsable. La campagne est encore jeune et doit se roder : désormais, lorsqu’elle prend contact avec des écoles, elle exige une liste de contact chez les étudiants afin de pouvoir dialoguer avec les deux parties.

Quelle place pour l’administration / quelle place pour les associations étudiantes ?
Un débat entre les associatifs présents se lance autour du rôle qu’ont à jouer les administrations dans la mise en place de politiques de développement durable. Certains estiment que ce mouvement doit venir des étudiants et non de l’administration : le respect de l’environnement doit être le résultat d’un changement profond des mentalités et non de politiques imposées par une administration centrale. À quoi sert de mettre en place des politiques de développement durable si les étudiants, une fois chez eux, n’adoptent pas un comportement respectueux du développement durable ?
D’autres estiment au contraire que les grandes avancées sur le campus ne peuvent se faire qu’avec le concours de l’administration : inciter les élèves à éteindre la lumière, c’est bien, mais décider au niveau administratif de poser des ampoules basses consommation permet d’économiser beaucoup plus d’énergie. Cela ne doit cependant pas empêcher les associations étudiantes de mettre en place des campagnes de sensibilisation afin que les mentalités évoluent en profondeur.

De manière plus générale, les associatifs étudiants se plaignent de leur difficulté à sensibiliser leurs pairs.
Beaucoup expriment leur découragement face au peu d’intérêt porté par les étudiants aux enjeux écologiques, à leurs réticences à modifier leurs comportements. De nombreuses associations témoignent du peu d’effet de leur campagne de sensibilisation qui, bien que suivies par les étudiants, ne permettent pas du tout de faire évoluer les comportements.
Icare et Dolce Vita conseillent de mettre en place des actions ludiques qui permettent de capter l’attention des étudiants et de leur fournir des éléments de réflexion sans avoir l’air de leur faire la morale. Icare avait ainsi mis en place un questionnaire ludique sur le développement durable qui permettait aux participants de gagner des petits lots : ampoules basses consommations, éoliennes miniatures… Dolce Vita organise des buffets « équitables » afin de promouvoir le commerce équitable.
Hélène Grossetie conseille aux associatifs présents de visionner le brainstorming de l’équipe développement durable d’HEC sur la manière dont ils pourraient sensibiliser leurs pairs : leurs réflexions sont instructives et les résultats assez amusants. Ils avaient, par exemple, suspendu des déchets dans les arbres afin de montrer que certains déchets pouvaient être réutilisés…
Ahmed El Khadiri rapporte, pour sa part, que pour avoir navigué entre plusieurs chantiers, le découragement face à l’indifférence des étudiants est partagé par une majorité d’associations, quelque soit la thématique investie. Il lui semble que les associatifs sont peut-être un peu trop exigeants avec eux-mêmes, qu’ils attendent trop des évènements de sensibilisation qui, s’ils ont un impact certains sur les étudiants, ne sauraient amener d’emblée à des résultats spectaculaires.

LE BILAN DES RENCONTRES

Les étudiants notent avec satisfaction qu’un effort a été fait pour rendre les rencontres plus écologiques notamment avec l’économie des gobelets en plastique. Il leur semble néanmoins que plus d’efforts pourraient être entrepris en la matière et qu’il serait bon qu’Animafac prenne contact avec les associations environnementales afin qu’elles leur donnent des contacts, adresses, etc.

Des pistes de sujets

– Comment organiser un événement écologique ? Échange de pratique ou atelier permettant de lister des contacts et bonnes pratiques : le tout pourrait déboucher sur un guide / fiche pratique auquel les associatifs étudiants pourraient se référer lorsqu’ils organisent des évènements sur leurs campus.

– Rencontrer des partenaires potentiels : Les associations présentes expriment leur souhait de rencontrer des structures instituées telles que l’Ademe, mais également des cabinets d’audit et d’observation sur le développement durable.

 

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