Tous les étés, les bénévoles des associations Dessine moi un sourire de Croatie, Bosnie, Italie et France se retrouvent dans des villages marqués par la guerre en ex-Yougoslavie pour redonner le goût du jeu aux enfants.


Quand on parle solidarité internationale, on imagine volontiers des étudiants partis explorer les terres lointaines d’Afrique ou d’Amérique du Sud en quête de projets d’aide au développement. Pourtant à nos portes, les pays d’Europe de l’Est, parfois dévastés par la guerre, souvent dans des situations économiques, politiques et sociales désastreuses, reçoivent beaucoup plus rarement la visite de ces jeunes associatifs. Peut-être est-ce ce constat qui a poussé, voici huit ans, une salariée de l’association Acteur de Solidarité, Élise, à monter un projet d’animation pour les enfants d’ex-Yougoslavie.

Un projet qui a bien failli ne pas voir le jour puisque, quelques semaines avant le départ, Acteur de Solidarité périclite et disparaît. Trop investie, Élise décide de ne pas laisser tomber et de partir quand même, avec les bénévoles qu’elle a recrutés pour l’occasion. Cet été-là, ils partiront en Croatie, dans un village au cœur de l’une des zones de conflit les plus violentes de la guerre qui a frappé, quatre ans auparavant, l’ex-Yougoslavie. Rejoints par des étudiants de Zagreb qui serviront de traducteurs, ils proposent jeux, activités manuelles et artistiques aux enfants. De retour en France, séduits, les bénévoles décident de constituer l’association Dessine moi un sourire pour renouveler l’expérience, tous les ans.

L’association étudiante a d’abord pour ambition de former, pendant ses voyages, de jeunes Croates et Bosniaques à l’animation afin qu’ils puissent prendre, à terme, le relais. Cette idée ne verra jamais le jour, mais elle permet aux membres de Dessine moi un sourire de rencontrer de nombreux étudiants motivés dans ces pays. En 2000, une association jumelle est créée en Croatie. Quelques années plus tard, la formule fait également des émules en Italie ou un Dessine moi un sourire version romaine est mise en place.

Échanges de jeunes animateurs d’Est et d’Ouest.

Ces liens entre jeunes européens permettent à l’association d’obtenir des financements du programme jeunesse de la Commission européenne. « Pas négligeables », précise Sigolène Saunier, vice-présidente de l’association. « Environ 70 % du prix des trajets et un forfait journalier à hauteur de 20 euros par jour et par personne pendant la durée du voyage. »
Un forum Internet est créé afin qu’associatifs français, italiens, croates et bosniaques communiquent entre eux tout au long de l’année, pour monter le projet. Chaque année, outre des discussions sur le jeu et l’animation, les Dessine moi un sourire se fixent un thème de réflexion qui sera ensuite utilisé comme fil rouge pour les activités proposées aux enfants durant l’été. L’année dernière, c’est sur la notion de frontière qu’ils ont décidé de se pencher. « Ça nous a permis de nous rendre compte de sacrées différences de mode de vie. Lorsqu’on est Français ou Italien et qu’on veut partir visiter un pays étranger, on met un peu d’argent de côté et on y va. Pour les Serbes et Bosniaques, c’est tout simplement impossible. D’abord parce qu’ils ont souvent beaucoup moins de moyens, mais surtout parce que quitter leur pays est loin d’être aussi simple que pour nous » raconte Sigolène.

Chaque été, les bénévoles de différentes nationalités se retrouvent, quinze jours durant, dans quatre villages bosniaques et croates. « Les habitants nous accueillent très chaleureusement. Il faut dire qu’ils ne voient pas beaucoup de touristes dans le coin : on est bien loin de côtes ! » La présence de bénévoles « locaux » sachant décoder certaines énigmes est un atout considérable. « Il nous est arrivé de voir des enfants à l’écart des autres. Heureusement que les associatifs croates étaient là pour nous expliquer que les autres ne voulaient pas jouer avec lui parce qu’il était Serbe. C’est difficile pour nous de le deviner. Eux s’en rendent comptent à la sonorité des noms… » se souvient Sigolène qui ajoute : « Mais notre ignorance a parfois du bon. On fait jouer les enfants tous ensemble, sans distinction. » De l’intérêt d’un projet qui mêle cultures et nationalités.

En savoir plus : http://dessinemoiunsourire.free.fr/

 

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