Le 14 février s’est tenu un colloque organisé par l’AFIJ « L’accès à emploi des jeunes diplômés issus de l’immigration ». Animafac s’est rendu sur les lieux et vous propose une petite sélection des « meilleurs moments ».

Partons d’abord du constat, pour le moins pessimiste. La dégradation de l’emploi des jeunes diplômés n’est pas nouvelle mais ne s’améliore pas : des CDI minoritaires (30% pour les premiers emplois), des salaires d’embauche bas (l’accès au statut cadre concerne 1 jeune sur 10), des déqualifications vers les contrats d’exécution, une inadéquation formation/emploi…

Jusque là, même s’il est bon de le rappeler, il n’y a rien de bien nouveau sur les faibles perspectives données aux jeunes. Sauf peut-être l’écart grandissant entre la « jeunesse dorée », comme l’indique Vincent Merle, directeur de la prospective de VEOLIA, et celle issue de l’immigration. Et de rajouter : « La situation est telle aujourd’hui qu’un diplôme est de plus en plus nécessaire pour accéder à un emploi mais n’est plus suffisant. Il y a ceux qui tirent leur épingle du jeu grâce à un soutien financier, familial, culturel… et les autres, qui sont condamnés à poursuivre leurs études avec des conditions matérielles difficiles. »

Discrimination à l’embauche

La discrimination à l’embauche est un phénomène dorénavant reconnu. Les jeunes les plus discriminés sont ceux qui cumulent les circonstances défavorables -contexte familial- et les types de discriminations : origine de l’individu, genre, apparence physique, etc. Par nature, les jeunes femmes issues de l’immigration subissent une double discrimination.

Les statistiques proposées par l’AFIJ, selon un panel de jeunes diplômés suivis par cette association, sont édifiantes : une concentration massive dans les formations supérieures courtes, une défaillance de l’orientation scolaire et universitaire, des handicaps liés à l’absence de stages, des emplois plus précaires, moins bien rémunérés… bref, la liste est longue.

Quelles solutions ?

Côté université, l’alternance s’avère être une solution à privilégier pour un passage progressif vers le marché de l’emploi. Selon Patrick Hetzel, Président de la commission « Université Emploi », l’université doit généraliser la mise en place de dispositif tel que le contrat d’alternance « Il faut compenser le manque de capital social par des capitaux institutionnels », nous explique-t-il.

Côté entreprises, les problèmes doivent être traités en interne. Chez ADECCO, après une étude confirmant l’existence de pratiques discriminatoires dans le travail temporaire, des réflexions en interne ont permis de faire naître le projet LATITUDE. Ce projet européen intègre des actions de formations – 1800 permanents, agents et personnels de l’encadrement, formés depuis 2001 – ainsi que des actions de sensibilisation vers les collaborateurs intérimaires et les clients.

Autre solution mise en évidence lors du colloque : bénéficier des opportunités de la Fonction Publique. On constate que, faute d’orientation et d’information, les jeunes issus de l’immigration pensent rarement aux concours de la fonction publique dont l’une des spécificités est le recrutement par voie de concours. Il faut toutefois noter qu’aujourd’hui, très peu d’indicateurs sur les « recrutés » de la fonction publique (niveau de diplôme/catégorie, etc.) sont disponibles ; il est de ce fait difficile d’identifier le candidat « idéal » et de voir les effets de la politique de diversité engagée.

Des services pour accompagner les jeunes issus de l’immigration

Certains organismes, associations pour la plupart, contribuent à faciliter l’accès à l’emploi chez les jeunes diplômés issus de l’immigration. L’AFIJ en fait partie et développe différents dispositifs :

Le Parrainage
Les professionnels sont amenés à faire profiter les jeunes, au cours de rendez-vous individuels, de leur expertise du monde du travail, d’un secteur, d’un domaine d’activité, etc. Ces rencontres peuvent par ailleurs déboucher sur des emplois, comme en témoigne un intervenant d’une TPE, Thomas Louvet.

Les Rencontres Improbables
Depuis 2005, l’AFIJ organise des journées d’entretiens de pré-recrutement réunissant jeunes diplômés susceptibles d’être victimes de discrimination et recruteurs de grandes entreprises autour d’offres d’emploi qualifié. Les résultats apparaissent encourageants.

Le Sésame de la Réussite
Dispositif visant à réduire les facteurs d’inégalité des chances, le Sésame de la Réussite s’inscrit dans une démarche de long terme prévoyant un accompagnement individualisé pour un public de jeunes sélectionnés en classes de terminale, sur toute la durée de leur parcours de formation supérieure. Depuis 2000, 85 jeunes de Midi-Pyrénées ont bénéficié de ce dispositif.

Les échanges avec la salle ont été riches : le sujet est sensible, les témoignages de jeunes victimes de discrimination sont nombreux.

Catherine Vautrin, Ministre déléguée à la Cohésion Sociale et à la Parité, est venue clôturer ce colloque. Elle a souligné le manquement à nos valeurs républicaines. « Les jeunes issus de l’immigration ont joué le jeu de la République en suivant des études. Finalement, on les montre du doigt, c’est inacceptable. » Elle a toutefois su mettre en avant les bonnes pratiques existantes.

Pour conclure, elle a souligné la prise conscience des entreprises face au défi démographique de la France. « Il y a une fenêtre de tir pour réparer l’injustice des jeunes qui veulent accéder à l’emploi ».

Soyons sociaux
Réagir c'est agir