Les discriminations à l’emploi, malgré les efforts réalisés ces dernières années (création de la HALDE, de la charte de la diversité…), restent encore un sujet d’actualité, préoccupant pour les étudiants entrant sur le marché du travail.
Sébastien Lailheugue, chargée de mission à l’AFIP, et Jonathan Kichenin, président de l’association Kreyol’s, nous font part de leurs initiatives pour lutter contre les discriminations. 

 

L’AFIP, un partenaire pour les jeunes diplômés issus des minorités visibles.

L’AFIP (Association pour Favoriser l’Insertion Professionnelle) a été créée en 2003, suite aux difficultés rencontrées par un jeune diplômé pour trouver un emploi, en raison de son lieu d’habitation et de son manque de réseau.
L’AFIP est donc un service, un programme d’aide aux jeunes diplômés issus des minorités visibles, pour les aider à s’adresser aux entreprises (codes spécifiques). Un consultant aide ainsi à bétonner le projet professionnel, à réaliser son CV, à faire un bilan de compétences. Il y a certes de la discrimination en France, mais l’objectif est de repositionner ses jeunes sur leurs compétences.

L’AFIP met en place un réseau de tuteurs (50 professionnels en activité) qui souhaitent accompagner les jeunes. Tout est misé sur l’équité. L’objectif est de les aider à accéder à un réseau professionnel, et de garantir un accès à des interlocuteurs non discriminants.
L’AFIP effectue un travail avec les entreprises sur la non-discrimination : définition et analyse, formation des collaborateurs, valorisation des bonnes pratiques, travail sur les stéréotypes, jeux d’inversion des rôles, management de la diversité…
Enfin, elle met en relation les entreprises et les jeunes diplômés. L’association présélectionne les candidats selon leur profil par rapport à l’offre, et les oriente vers l’entreprise, en les préparant à l’entretien. Après l’entretien, il y a un débriefing avec le jeune, ainsi qu’avec l’entreprise. Seules les compétences sont en jeu. Si l’entretien n’aboutit pas, l’entreprise doit justifier son refus.

Aujourd’hui, un réseau de parrains se développe dans chacune des 45 entreprises partenaires. L’accompagnement des jeunes se fait tout au long des études. Un travail en collèges et lycées est mis en place, avec définition des projets professionnels, mise en relation via des réseaux… Un accompagnement est également réalisé auprès des universités et grandes écoles dans leur politique de lutte contre les discriminations.


ÉCHANGES AVEC LA SALLE

Concernant l’objectivité de votre action, un recruteur peut éliminer un candidat sur le prétexte du CV alors qu’il peut s’agir de discrimination. Comment contournez-vous ce problème ? Et par rapport à la personnalité des jeunes, quelles actions avez-vous ?
L’AFIP ne peut pas garantir la non-discrimination, mais en règle générale les entreprises partenaires jouent le jeu, car elles doivent justifier précisément leur refus. S’il y a discrimination, l’AFIP insiste auprès de la hiérarchie. Quant aux jeunes, ils sont préparés pour qu’ils subissent moins la discrimination.

Travaillez-vous avec les administrations qui attribuent les logements sociaux, qui souvent ne favorisent pas la mixité sociale ?
Il y a un travail avec l’administration qui est fait pour favoriser l’accès aux concours administratifs. Au collège et lycée, l’AFIP aide à accéder à des réseaux, favorisant ainsi la mixité.

Où est implantée l’AFIP ? Comment l’intégrer ? Les postes proposés sont-ils vraiment vacants ?
L’association est basée dans le 20ème à Paris, et agit en Ile de France, sur Lille, Grenoble et Bordeaux. Pour l’intégrer, il suffit d’envoyer un mail et un CV. Concernant les offres d’emploi, ce sont les entreprises qui les communiquent, et l’AFIP vérifie que le poste est réel, que l’offre est précise. Alors elle envoie le CV d’un candidat et fait un suivi.

Dans les entreprises partenaires, est-ce que la nationalité française est préférée voire obligatoire ? Est-ce un motif de refus ?
Oui car sinon, un changement de statut est nécessaire, et cela nécessite des moyens. Certaines entreprises sont prêtes à le faire, d’autres pas.

La première discrimination est juridique. Dans dans la loi, ça coûte plus cher d’embaucher un étranger qu’un Français. Quelles sont vos actions à ce niveau ?
Quand les compétences sont présentes chez le candidat, l’AFIP négocie pour l’embauche. Il y a également un travail en interne avec les pouvoirs publics (lobbying).

Qu’en est-il de la discrimination sur le sexe, notamment dans les métiers dits masculins (BTP…) ?
L’égalité homme/femme est garantie au niveau européen. Avec les entreprises partenaires, cela doit aussi être garanti. Au cours des formations, cette question est rappelée systématiquement.

Avez-vous des actions au niveau des jobs étudiants ou des maisons des étudiants ?
Il y a un travail avec les entreprises à ce niveau, mais pas avec les MDE.

Agissez-vous sur les questions du handicap, de l’origine sociale ?
Le travail est essentiellement fait avec les minorités visibles et sur les jeunes des quartiers. Le sexisme est une question traitée sur la double-discrimination.
Sur les questions d’orientation sexuelle, un travail est fait avec l’Autre Cercle, et il y a mutualisation des compétences avec d’autres organismes.

L’AFIP a-t-elle déjà conduit un chef d’entreprise devant les tribunaux ?
Ce n’est pas l’objectif de l’association, qui est de faire de l’accompagnement et de la sensibilisation. D’autres associations mènent des actions juridiques : SOS Racisme, la Halde… L’AFIP n’en a pas les moyens.

Y a-t-il un bilan réalisé sur les personnes insérées ?
Environ 160 jeunes ont été suivis ces trois derniers mois. Le taux de placement est de 40%. Le problème réside dans le fait que certains ne gardent pas contact.

La discrimination ne se fait pas seulement à l’embauche, mais parfois tout au long de la carrière. Quelles actions avez-vous ?
Le problème réside dans le fait que les gens embauchés ne gardent pas toujours contact, et ne préviennent pas forcément en amont lorsqu’il y a un souci. Mais quand il y a suivi, l’évolution de la carrière est examinée de près et il peut y avoir intervention.

Envisagez-vous d’étendre géographiquement vos actions ?
Les antennes de l’association sont garanties par l’association nationale des directeurs de ressources humaines, et par les autres partenaires locaux (fondations, maisons de l’emploi…). Mais l’AFIP reste ouverte au contact d’associations étudiantes qui pourraient faire le relais.

Qui peut être suivi par l’AFIP ? Quels sont les critères de sélection ?
Le niveau requis est bac + 2, jusqu’à 40 ans. Même les personnes blanches peuvent l’intégrer, même si le cœur de cible est les minorités visibles.

Quelle méthodologie employez-vous pour sensibiliser et inciter les professionnels à être parrain ?
Cela passe par du travail de terrain (colloques, salons…), par des négociations avec les entreprises, par des témoignages. Des modules d’une journée sont organisés pour traiter de la loi en la matière, de la définition des termes, pour faire le jeu d’inversion de rôles, et enfin mettre en place un plan d’action. Plus tard, des accords-cadre sont établis. Certaines entreprises viennent spontanément à l’AFIP.

Ces entreprises utilisent-elles l’AFIP pour soigner leur image ?
Oui, c’est ce qu’on appelle le marketing RH. Mais ils doivent jouer le jeu, et il y a des négociations. Les syndicats ont également un rôle à jouer dans la lutte contre les discriminations.

KREYOL’S s’engage pour l’insertion professionnelle des étudiants caribéens

Kreyol’s est l’association des étudiants afro-caraïbéenne de l’université de Paris 8. Elle organise une journée de l’emploi aux Antilles et plus généralement dans les DOM. Elle constitue l’interface entre les besoins des DOM et le vivier de compétences des étudiants. Elle dispose d’une base de données, qui fournit une réponse statistique sur la discrimination, en croisant le nombre de diplômés et le nombre d’emplois occupés.

 


ÉCHANGES AVEC LA SALLE

Comment avez-vous créé votre base de données ?
Un groupe de travail s’est monté au sein de l’association, avec des gens compétents, pendant un an. Il est nécessaire de connaître l’informatique, d’orienter le squelette de la base en fonction de ses besoins et de ses objectifs. Pour la remplir, elle est accessible en ligne sur le site de Kreyol’s. Il y a des personnes recensées dans le monde entier. Des médias communautaires en ont assuré la publicité.

Des entreprises viennent-elles aux colloques ?
Ca dépend des secteurs d’activité. Ceux qui ont d’énormes besoins se déplacent. Des speed dating de recrutement sont même organisés pendant la journée.

Comment favoriser le retour des compétences vers les pays d’origine ?
Des informations sont demandées aux autorités locales pour savoir quelles sont les compétences dont ils ont besoin.

Ismaël Sacko, animateur du chantier et président de l’ADEM (Association des Diplômés et Etudiants Maliens de France), précise qu’au Mali, son association dispose de contacts avec les structures en charge de l’emploi, et qu’elle organise en France une conférence sur les opportunités d’emploi au pays. Par ailleurs, grâce à la base Animafac, elle a mis en place un système de questionnaire téléphonique à destination des étudiants maliens.
Le Salon Afrique Talents, par Afric Search, est également une piste (contact : Mme Bah, 01 42 25 18 78).

Explication sur la loi CESEDA : elle statue que les étudiants étrangers, à la fin de leurs études, disposent de 6 mois pour trouver un emploi, sinon sont renvoyés dans leur pays d’origine. Si des Français sont candidats sur le poste, ils sont prioritaires. Cette loi n’est pas encore appliquée partout, elle vise à suivre l’étudiant tout au long de son parcours. La carte Compétences et Talents a été mise en place, mais les étudiants semblent méfiants à son égard, et préfèrent se réinscrire à la fac pour disposer de plus de temps. Il y a nécessité d’informer les entreprises et les états sur le changement de statut.

 

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