Comment mesurer les discriminations ? Avant, pendant et après l’université, quels sont les enjeux liés aux inégalités d’accès à l’enseignement supérieur ?

En 2006, Animafac publiait en partenariat avec le Fasild « Regards de jeunes sur les discriminations », un état des lieux des discriminations dans 6 régions de France réalisé par de jeunes associatifs. Deux ans après, nous avons cherché à voir les réponses qui ont pu émerger pour résorber les discriminations sociales, territoriales, ethniques sévissant dans l’enseignement français et sur le marché du travail des jeunes diplômés.

Un pas en avant, deux pas en arrière ? En attendant que les mentalités évoluent, nous mettons à votre disposition des outils pratiques pour permettre à vos associations de mettre la main à la pâte dans le champ de la lutte contre les discriminations dans l’enseignement supérieur.

 

POINTS DE REPÈRE

 

Comment mesurer les discriminations

Une question clé avec l’Observatoire des inégalités. Deux possibilités : mesurer des écarts entre des populations (de diplôme, de niveau scolaire), car certaines inégalités fournissent des présomptions de discrimination, ou réaliser des testings.

Démocratisation de l’enseignement : quésaco ?

Le lien entre origine sociale et trajectoire scolaire est au coeur de la question des inégalités et de la démocratisation du système éducatif en France. Un bon article d’ancrage sur Wikipédia pour ne plus vous perdre dans les débats sur les inégalités de l’enseignement en France.

 

AVANT L’UNIVERSITÉ


Les enfants d’étrangers ou d’immigrés réussissent moins bien à l’école. Surtout du fait de leurs origines sociales.

Les élèves d’origine étrangère : le poids des difficultés sociales

Selon l’Observatoire des inégalités, le système scolaire ne serait pas discriminant vis-à-vis des populations étrangères ou immigrées, contrairement au marché de l’emploi.

 

Ecartés des filières générales ?

Dès le collège pourtant, les élèves issus de l’immigration ou des classes populaires pouvaient voir leur accès aux filières générales découragé, comme le ressentaient ceux interviewés par l’association Et les gosses à Strasbourg en 2006. Un extrait « Regards de jeunes ».

 

A L’UNIVERSITÉ

 

Une fois le bac en poche, l’accès à l’enseignement supérieur s’est massifié. Mais dans les très grandes écoles (les « écoles de pouvoir », (ENS, HEC Paris, polytechnique, ENA), la proportion d’enfants d’origine aisée s’est accrue au cours des vingt dernières années. Et au sein même des différentes filières universitaires, divers phénomènes discriminatoires sont à l’oeuvre.


Remarques sur les inégalités à l’Université

Le mensuel de l’université, média interuniversitaire étudiant, a reccueilli le point de vue de François Dubet pour essayer de comprendre la formation des inégalités à l’Université. François Dubet est professeur de sociologie à l’université de Bordeaux II et directeur d’études à l’EHESS.

 

Discriminations et reproduction des élites en milieu scolaire

Face à cette inégalité d’accès et la dichotomie entre grandes écoles et universités dans le supérieur, des réponses ont émergé. Les grandes écoles, d’abord, ont mis en place divers dispositifs pour l’égalité des chaces.Rapp est allée voir deux de ces établissements à Lyon en 2006 : L’INSA et l’EM. Elle a aussi reccueilli les attentes du secondaire dans ce dispositif en interrogeant le collège Lamartine et le lycée Doisneau. Un extrait « Regards de jeunes ».

 

…Et passé au crible de la diversité

La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a également chargé Michel Wieviorka, sociologue et chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, d’une mission d’études sur la question de la diversité dans l’enseignement supérieur. Il rendra ses conclusions à la rentrée universitaire 2008.

 

APRES L’UNIVERSITÉ

 

Après le diplôme, le fameux plafond de verre… Le constat est sans appel : études statistiques et testings montrent combien les jeunes diplômés sont inégaux dans la course à l’emploi selon leur filière d’étude (université ou école), leur lieu de résidence, leur nationalité, leur nom ou leur apparence.

 

Pourquoi les étudiants d’université ont du mal à trouver un emploi ?

Au jeu de la dégradation de l’emploi des jeunes diplômés, ceux issus de l’université sont rois. Et au sein même des diplômés de l’université, ceux issus d’universités des quartiers populaires sont les plus mal lotis. Un dossier de 2007, à relire.

 

« Discrimination à l’embauche : un testing sur les jeunes de banlieue d’Ile-de-France », Mars 2007

Ce testing du Centre d’analyse stratégique de mars 2007 mesure les effets de la commune de résidence (favorisée ou non), de la nationalité (française ou marocaine), de la consonance du nom et du prénom, sur les chances d’obtenir un entretien d’embauche en réponse à une offre d’emploi. Deux professions différentes sont testées : les serveurs (niveau BEP et baccalauréat) et les comptables (niveau baccalauréat et BTS).

 

Kreyols agit pour l’insertion professionnelle des étudiants caribéens

Face aux discriminations à l’embauche liées à la nationalité ou l’appartenance à une minorité visible, L’Association des étudiants afro-caraïbéens de l’université Paris 8 réagit. Elle a mis en ligne la première base de données recensant les compétences des diplômés ou futurs diplômés antillo-guyanais et vous donne rendez-vous le 19 avril 2008.

 

Opération « cartes de visite » entre grands patrons et jeunes des quartiers

Sur le Bondy blog, Hanane Kaddour raconte la signature lundi 17 février 2008 d’un contrat d’engagement entre l’Etat et 37 entreprises du CAC 40 portant sur la création de 10 900 emplois en 2008. Lors de cette journée, qui survenait moins d’une semaine après le lancement de la feuille de route Espoir Banlieue, des étudiants étaient invités à rencontrer les grands patrons.


DES OUTILS PRATIQUES


Pour lutter contre les discriminations en amont de l’enseignement supérieur par l’accompagnement scolaire :

Fiche 88 : Intervenir en milieu scolaire

Fiche 27 : Agir pour l’orientation des lycéens

Fiche 18 : Accueillir les nouveaux étudiants

Les Rencontres du chantier « accompagnement à la scolarité »


Pour lutter contre les effets des discriminations en aval de l’enseignement supérieur par l’insertion professionnelle :

Fiche n° 122 : Organiser un forum pour l’emploi des jeunes diplômés

Fiche 127 : Créer et animer un réseau d’anciens

Les Rencontres du chantier « insertion professionnelle »


Pour mesurer les discriminations, dans l’enseignement supérieur et ailleurs :

128 – Faire du testing en toute légalité

 

Tout voir

L’AUTEUR

PATRICE CORREA, de l’association Africapac, a 27 ans. Il est en thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication.

 

 » Mon sentiment en tant qu’étudiant étranger engagé pour la cause étudiante est que le colloque du RESUP, auquel j’ai assisté , est un signe de prise de conscience de la gravité des difficultés dans la formation et l’insertion professionnelle des jeunes en France. J’ai senti là un réel effort sur le plan de la recherche et de la lutte associative, pour l’amélioration les conditions d’études et de réussite de tout étudiant sans distinction aucune. Toutefois, je ne crie pas trop vite victoire. Car il y a vraiment du travail en perspective pour donner à tous des moyens égalitaires et équilibrer les chances de réussite. En outre, il ne faut pas se limiter aux difficultés académiques, mais s’attacher à celles qui sont civiles, administratives et juridiques, notamment pour les étrangers. Je reste tout de même optimiste. »

 

ANALYSE

 

Le caractère central de la question des discriminations et son actualité se sont invités au colloque du Réseau d’Etudes sur l’Enseignement Supérieur, organisé les 8 et 9 juin 2006 à l’université de Bordeaux II.

 

Intitulé “ Regards croisés sur la question étudiante : parcours, diplômes et insertion ”, le colloque organisé par le RESUP comptait un atelier “ discriminations et ethnicité à l’université ”, thématique dont je veux rendre compte ici pour son caractère névralgique. Dans sa communication, Georges Felouszi, professeur de sociologie à Bordeaux II et directeur du RESUP, a ainsi déclaré : “ On n’a jamais autant parlé d’égalité, de démocratie, de mérite et d’ouverture à tous qu’aujourd’hui pour un enseignement supérieur dont les clivages sociaux, culturels et scolaires sont considérables, si l’on en juge par les inégalités de répartition des étudiants selon l’origine sociale et scolaire dans les différentes filières du supérieur. ”

 

Discrimination territoriale.

 

Cette remarque est vraiment révélatrice d’un aveu de l’existence de dysfonctionnements dûs, entre autres, à un déséquilibre de traitement des étudiants. Une étude de cas en pays de la Loire peut, à cet effet, constituer une illustration pertinente. Il s’agit des travaux de Servet Ertul et Frédéric Gonthier, sociologues à l’université du Maine, qui se sont penchés sur la question.

Dans la foulée de ses recherches antérieures, consacrées aux disparités territoriales et régionales dans l’éducation, Servet Ertul décrit une discrimination territoriale généralisée à travers laquelle on peut comprendre les diverses formes de discriminations universitaires. Il note ainsi qu’il existe une “ répartition inégale des offres de formation et des effectifs par filière d’orientation (logique tubulaire). ” Cela revient à dire que “ les offres de formation subissent non seulement le découpage du système entre l’enseignement public et l’enseignement privé, mais aussi le découpage centre-ville, périphérie, espace périurbain et rural. ”

Sur une population de 8 000 étudiants, un échantillon représentant le cinquième a permis de procéder à des analyses empiriques avec l’hypothèse suivante : “ Le sentiment de discrimination et la représentation de la justice sociale dépendent fortement de l’origine culturelle voire ethnique des étudiants. ”

 

Du mérite ?

 

Abordant la même thématique, Frédéric Gonthier pose le problème des “ modèles de justice chez les étudiants ” en insistant sur les “ normes sociales à l’épreuve de l’ethnicité ”. Ce qui mène à un questionnement sur la justice des institutions, scolaires et universitaires, le caractère objectif et consensuel de la notion de mérite comme critère fondamental de récompense des étudiants.

Ses hypothèses sous-entendent une adhésion des étudiants “ allochtones ” à des principes de nivellement des avantages sociaux et culturels, à “ l’égalisation relative des rétributions individuelles ” et une propension des étudiants “ autochtones ” aux principes méritocratiques. En d’autres termes, les étudiants étrangers seraient plus favorables à l’égalité des chances et éventuellement à une discrimination positive tandis que les étudiants français opteraient plutôt pour le mérite.

De telles hypothèses supposeraient que le système universitaire fonctionne à plusieurs vitesses en fonction des origines sociales, culturelles ou scolaires des étudiants ; et d’autres clivages comme la nationalité, la religion, l’âge ou le sexe. C’est aussi dire que l’institution est potentiellement responsable de l’accès des uns aux formations et diplômes les plus professionnalisants et de l’échec des autres.

Que peuvent bien inspirer ces questions et hypothèses ? Que les discriminations universitaires ont une dimension structurelle puis qu’elles sont inscrites dans le système et participent de son fonctionnement. Que les clivages socio-culturels, d’âge, de sexe, de nationalité, etc. déterminent fortement le jugement de l’université par les acteurs universitaires et les étudiants en particulier. Que l’université peine encore à trouver un modèle de justice sociale qui allie des critères de sélection et de sanction consensuels.

Mais la question finale qui se pose est de savoir pourquoi il existe un tel échec dans la mise en œuvre de politiques universitaires plus justes en dépit des expériences capitalisées et des recherches accumulées.

 

A SAVOIR : Le Réseau d’Etudes sur l’Enseignement Supérieur (Resup) a pour vocation de fédérer et de susciter la recherche en sociologie, sciences politique, sciences de l’éducation et économie, dans le domaine de l’enseignement supérieur.

L’Agence de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche a été installée par le ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la recherche, mercredi 21 mars 2007.

 

Lors de son discours du 7 décembre 2007 (à l’occasion du colloque « Enseignement supérieur et recherche : des évaluations à la décision ») qui présentait la nouvelle agence, Valérie Pécresse a clairement lié les enjeux de l’évaluation et ceux de la lutte contre les inégalités :

 

« En faisant de l’évaluation un impératif absolu, nous nous donnons donc les moyens de lutter contre la naissance d’un enseignement supérieur et d’une recherche à deux vitesses. Car il n’y a pas de pire moyen d’entériner des inégalités que de les laisser prospérer au vu et au su de tout le monde, sans que nul n’ose pour autant en parler et encore moins y remédier. »

 

« En somme, avec le développement de l’évaluation, nous sommes fidèles à la leçon la plus aboutie de l’œuvre de Bourdieu : les inégalités les plus profondément enracinées sont celles que chacun croit innées alors qu’elles sont acquises. Eh bien, notre projet est précisément celui-là : ne pas faire du seul hasard ou seul talent la source de toute réussite, mais se donner les moyens de mieux la comprendre pour mieux la reproduire ! »

 

Lire le discours de Valérie Pécresse

 

Bilan provisoire. Après quelques mois de fonctionnement, 30 universités de la vague B de contractualisation ont été évaluées par la nouvelle agence ainsi que les 70 écoles doctorales (3 vagues sont prévues). Les rapports d’évaluation avec la réponse des présidents et des directeurs sont consultables sur le site de l’agence. La vague B représente une période intermédiaire puisque les unités de recherche de cette vague ont été pour la dernière fois évaluées par la mission scientifique technique et pédagogique (MSTP) du ministère. Pour la vague C, l’ensemble des établissements, grandes écoles incluses, ainsi que toutes les unités de recherche quelles qu’en soient les tutelles et toutes les formations seront évaluées par l’AERES. Enfin, en 2008, l’AERES procèdera à une évaluation globale de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).

 

Reste qu’il est un peu tôt pour prendre la mesure des progrès que peut générer cette nouvelle agence d’évaluation de l’enseignement supérieur, en termes de lutte contre les inégalités.

 

EN SAVOIR PLUS :

http://www.aeres-evaluation.fr/

Créé en 1986, IMS-Entreprendre pour la Cité fédère un réseau de plus de 160 entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale.

 

Au quotidien, cette association d’entreprises favorise les échanges inter-entreprises et accompagne ses adhérents dans la définition et la mise en œuvre de leurs démarches de mécénat et d’engagement citoyen, d’insertion des publics en difficultés, de gestion de la diversité, et de soutien au développement socio-économique local, notamment dans les quartiers sensibles.

 

L’IMS assure depuis 2005 le secrétariat de la charte de la diversité, qui compte 1600 signataires. Depuis son lancement en octobre 2004, la charte de la diversité incite les entreprises à garantir la promotion et le respect de la diversité dans leurs effectifs. En la signant, ces entreprises s’engagent à lutter contre toute forme de discrimination et à mettre en place une démarche en faveur de la diversité.

 

Le site des entreprises qui s’engagent dans la diversité

 

– Une rubrique rassemble des outils pour mettre en oeuvre la charte de la diversité : des DVD, des tests, des quizz, des guides pour les responsables d’entreprises et dirigeants RH. La Halde a ainsi réalisé un programme de E-learning qui s’adresse aux employeurs et recense toutes les étapes à mettre en œuvre dans les processus de ressources humaines et de management.

 

– « La diversité de A à Z » vous propose un glossaire où vous retrouverez les définitions de mots tels que ’minorités visibles », « équité », et d’institutions telles que la HALDE ou L’ACSE.

 

– Une rubrique du type « annuaire » rassemble les acteurs qui accompagnent l’entreprise. Cet espace permet de mettre en relation les entreprises qui souhaitent progresser dans leur démarche diversité avec des acteurs susceptibles de les accompagner. Tout acteur qui désire faire connaître sa capacité à accompagner les entreprises dans sa démarche diversité peut également s’inscrire en ligne.

 

EN SAVOIR PLUS

http://www.imsentreprendre.com/

http://www.charte-diversite.com/

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