Emmanuel revient de cinq jours à Berlin où il a rencontré des représentants de médias étudiants européens. Ensemble, ils ont discuté liberté de la presse, humour et caricatures, et se sont lamentés sur la précarité croissante des journalistes. Au détour d’une conversation, il a fait la connaissance d’une jeune moldave et a découvert qu’ils avaient une connaissance commune : une rédactrice, compatriote de la demoiselle, ayant écrit quelques mois auparavant un article pour l’association d’Emmanuel. L’article en question portait sur le conflit en Transnitrie, sujet qui a occupé nos deux amis pendant une bonne heure.
Vous n’avez jamais entendu parler de cette petite bande de terre enclavée entre l’Ukraine et la Moldavie, en perpétuelle guerre civile depuis la chute de l’URSS ?  » Moi non plus, avant ce fameux papier  » confesse Emmanuel. Et c’est pour entendre parler de tous ces remous qui traversent l’Europe en passant inaperçus, que lui et ses amis font vivre, depuis deux ans, Europa, bimestriel gratuit d’une quarantaine de pages, entièrement rédigé par des plumes bénévoles venues de toute l’Union.  » Au départ le journal était une revue de presse façon Courrier International. Et puis on a eu envie d’avoir un autre regard sur l’actualité, de la faire raconter par ceux qui la vivaient en direct. Qui mieux qu’un jeune ukrainien ayant défilé dans les rues peut raconter la révolution Orange ? Notre idée était de rendre l’Europe plus concrète.  »


Brèches culturelles.

Et de fait, le continent et son actualité ont pris une place bien concrète dans la vie d’Emmanuel.  » 80 % de mon temps  » soupire cet étudiant en Master d’Info-Com. Cette année, il s’est même installé en colocation avec les cinq membres de l’équipe. Gérer un journal étudiant n’est pas de tout repos. En plus des traditionnelles recherches de financements, démarchages d’annonceurs et de partenariats, s’ajoutent de longues conversations avec la quarantaine de rédacteurs étrangers qui alimentent le journal.  » On communique beaucoup pour définir les grandes lignes de l’article, tenter de préciser ce que veut dire notre interlocuteur, comprendre ses nuances’‘. Avant d’être publiés, tous les articles sont retranscris dans la langue de Molière.  » Il est arrivé que certaines traductions ne soient pas tout à fait fidèles à ce que souhaitait exprimer le rédacteur. C’est compliqué car, les traducteurs ne suivant pas le cheminement que nous faisons avec les journalistes, ils ne comprennent pas toujours les subtilités ».
Mais la langue n’est pas la seule source d’incompréhension. Si le but d’Europa est de se rapprocher de nos voisins européens, les écarts ne sont pas toujours faciles à combler.  » Il existe d’importantes différences dans les références culturelles et la manière d’envisager le rôle des médias. On a pu le voir avec le scandale des caricatures de Mahomet : certains ont fait primer le respect des religions, d’autres la liberté de la presse. C’est difficile de communiquer avec des rédacteurs de pays dans lesquels il existe de la censure, ils n’ont pas toujours les mêmes réflexes que nous. à Berlin, on nous avait demandé de réaliser des petits dessins humoristiques sur nos pays respectifs. Certains représentants, comme ceux de la Russie, avaient du mal à être ironique, à ne pas s’auto-limiter  » raconte Emmanuel.
La démarche entamée par ces jeunes journalistes européens aura-t-elle raison des clichés sur les pays de l’Union ? Emmanuel l’espère, mais avec prudence.  » L’Europe ne s’est pas construite en un jour. On a mis du temps avant d’avoir des relations économiques libres, il nous faudra du temps avant de créer une véritable citoyenneté européenne.  » En attendant les blagues de Belges ont encore de l’avenir en France… Les blagues de Norvégiens en Suède et celles de Français en Allemagne.

 

Pour en savoir plus sur Europa (et sur la Transnitrie) :

www.journaleuropa.info

 

Zeitung
Nos voisins allemands sont connus pour être parmi les plus actifs artisans de la citoyenneté européenne. Leurs jeunes journalistes le prouvent à travers leur fédération, Jurgen Press, qui tente depuis quelques années de mettre en place un système d’échanges de stagiaires entre pays européens. Le premier volet du projet verra le jour dès cet été avec le concours d’Animafac : dix jeunes français sélectionnés par le réseau seront accueillis dans les rédactions de quelques grands titres d’outre-Rhin. L’idée : permettre aux journalistes de demain de se familiariser avec la presse européenne. Peut-être les prémices d’un journal unique… ? Vous pouvez encore vous inscrire. Ecrivez à aelkhadiri@animafac.net.

 

Europe on the ground
Cinq mois, cinq villes, cinq journalistes de cinq nationalités et une question : comment l’Union Européenne est-elle vécue sur le terrain ? Pour le découvrir, Café Babel a envoyé Mariona de Barcelone, Karolin de Londres, Kinga de Bruxelles, Nicolas de San Francisco et Christian de Würzburg faire le tour de grandes villes de l’Union. Le 20 juillet, ils se sont rendus à Amsterdam et en ont rapporté des reportages très sérieux : condition de vie des prostituées, intégration des jeunes musulmans… Ou beaucoup plus légers : étude comparée de la vie sur les péniches en Hollande et en Angleterre, image d’Epinal du point de vue des fromagers et fleuristes… L’âme européenne se niche parfois dans les détails.
www.cafebabel.com

 

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