ANIMATEUR :
Harouna Kaboré, président de l’ AEBF (Association des Etudiants Burkinabés en France).

INTERVENANT :
Ridha Ennafaa, enseignant chercheur à l’université de Paris 8 et à l’Observatoire de la vie étudiante.

Ridha Ennafaa a travaillé en Afrique, en Amérique du Sud et en particulier au Brésil. Il a réalisé en 2005 une étude auprès de 1715 étudiants étrangers, interrogés sur leurs conditions d’études et de vie. La définition d’  » étudiant étranger «  dans ce travail est la suivante : étudiant n’ayant pas passé plus de deux ans en France avant ses études supérieures.

La CNIL ne permettant pas de faire des statistiques en se basant sur des critères de nationalité, leur travail a différencié des régions géographiques de provenance des étudiants, telles que Maghreb, Asie, Afrique Subsaharienne, Amérique du Sud. Voici les résultats de cette enquête :

4/5 des étudiants étrangers appartiennent à l’espace francophone, ce qui est intéressant du point de vue du rapport à la langue.

2/3 des étudiants étrangers a déjà un diplôme avant d’arriver en France. 1/4 vient pour commencer des études. 1/10 vient pour se réorienter.

– La majorité vient en France dans le cadre d’une initiative individuelle sans avoir d’aide financière institutionnelle.

– Pour les projets d’avenir, c’est l’incertitude. Moins de 30% envisagent de rentrer au pays une fois les études terminées. Les étudiants d’Asie du Sud-Est sont ceux qui veulent le plus rentrer chez eux. Ceux du Maghreb sont ceux qui veulent le moins rentrer chez eux.

– Il s’agit d’une population d’origine sociale basse, ce qui montre un certaine démocratisation de l’enseignement supérieur dans leurs pays. Le saut est énorme parfois : une étudiante de troisième cycle interrogée dans le cadre de l’étude a une maman analphabète.

– Beaucoup d’étudiants africains se dirigent vers les filières économiques et juridiques.

– A la question  » quelle idée vous faites-vous de votre avenir ? « , 2/3 ne pensent pas facilement trouver du travail. Aujourd’hui, nous n’avons pas de chiffres sur l’insertion professionnelle des étudiants étrangers dans leur pays ou ailleurs une fois leurs études terminées. Mais on peut avancer que l’idée qu’ils se font de leur avenir est basée sur le constat qu’ils font de la situation de leurs compatriotes qui ont déjà terminé leurs études. La réponse à cette question est donc la mesure la moins biaisée possible aujourd’hui pour se faire une idée de cette insertion professionnelle. 22% pensent trouver du travail facilement. On remarque que certains pays ont une politique offensive pour ramener leurs étudiants sur le marché du travail national après qu’ils aient fait leurs études à l’étranger, à l’image de la Corée du Sud qui rapatrie ses étudiants coréens partis étudier aux Etats-Unis.

– On peut différencier différents profils d’étudiants étrangers : A : Ils sont bac+5, leurs parents sont éduqués, ils peuvent aller dans un autre pays étranger après avoir étudié en France, et sont surtout européens. D : Ils viennent de l’autre Europe, de l’Asie du Sud-Est. Ils sont venus pour découvrir, pour profiter de l’ouverture que procure un séjour d’études à l’étranger. E : Ils souhaitent rentrer rapidement au pays, viennent souvent du Moyen-Orient pour des formations de 3e cycle, des doctorats. B et C : Ils viennent du Maghreb. Ils s’inscrivent surtout dans les filières des sciences et techniques. Leurs deux parents ont un niveau inférieur ou égal au secondaire.

– Plusieurs logiques de séjour d’études peuvent être listées :

1) La logique professionnelle
L’étudiant étranger pense mettre toutes les chances de son côté. L’émigration est justifiée par la recherche d’une bonne formation.

2) La logique migratoire avec une stratégie d’installation
L’étudiant s’inscrit dans une discipline d’études où il pense qu’il va trouver du travail. Les études sont une étape intermédiaire dans l’installation.

3) La logique intégratrice
L’étudiant reste parce qu’il a fait une rencontre amoureuse, des liens d’amitiés, a développé une affection avec le mode de vie, le cadre. Il développe une approche de l’altérité.

4) La logique existentielle
Il s’agit souvent de femmes parties d’un pays où elles se sentent moins libres. L’étudiant éprouve un bonheur intime, un goût à la liberté. Ces étudiants renoncent parfois à leur carrière pour fuir l’humiliation.

Le mot de la fin :

Malgré les réclamations sur le logement et les conditions de vie, 81% des étudiants sont contents de leurs études en France.

Interventions

Au départ, les étudiants ont la question du retour très présente. Mais le projet professionnel n’est pas encore défini, ils prolongent leur séjour puis ils restent  » piégés  » parce qu’ils ont fait une rencontre amoureuse, etc. Une aide au retour serait une bonne chose pour ceux qui souhaitent rentrer mais se disent qu’ils n’ont plus aucun réseau dans leur pays d’origine. L’association des étudiants et stagiaires camerounais de Lyon essaie avec l’ambassade du Cameroun de permettre des retours ponctuels, des vacances d’hiver fructueuses, où les étudiants travaillent dans les administrations camerounaises pour s’imprégner des réalités locales.

Etudier en France c’est moins cher qu’ailleurs, mais c’est quand même un budget pour une famille. Il y a un certain  » retour sur investissement «  nécessaire : les étudiants qui ont fait un master restent après leurs études travailler dans un fast food parce que c’est plus rémunérateur qu’un travail dans leur domaine d’études dans leur pays.

Stage à Londres : à la différence de la France, où les stagiaires sont mal considérés, la chance et la confiance qui est donnée à Londres, et les responsabilités, même si pas la rémunération, font de Londres une opportunité professionnelle pour les jeunes. C’est l’occasion de se donner confiance dans sa capacité à bâtir des projets.

Erasmus : le  » plus  » d’un séjour se situe dans la maîtrise d’une autre langue. D’autre part, les employeurs, même si c’est pour travailler dans une entreprise en France, apprécient les salariés mobiles. La mobilité est valorisée sur le marché du travail.

Remarque de l’intervenant : Des réseaux d’anciens mondiaux se constituent. Il faut arrêter de se dire que c’est aux pouvoirs publics de tout faire. Le réseau, c’est primordial pour s’insérer professionnellement. Dès qu’on est étudiant, il faut travailler à mettre en place ces réseaux. Cette ouverture se constitue dès qu’on entre à l’université. Ce qui n’empêche pas de mener des projets avec les ambassades.

Interventions

Le séjour à l’étranger est toujours un plus. Deux Roumains se croisant en France auront peut-être l’envie de monter une entreprise en Roumanie, c’est l’ouverture du voyage qui permet aussi de monter des projets. La France permet de rencontrer des gens, et au final de rentrer plus tôt pour faire des projets, de moins balbutier. Pour un Camerounais, c’est lors d’un séjour au Sierra Leone que son projet professionnel s’est créé. La mobilité internationale permet des découvertes intéressantes.

Délocalisation d’universités. Il serait intéressant de faire des projets de développement d’antennes d’universités françaises dans des pays du Sud. Des incubatrices sont ainsi implantées au Brésil, où se mêlent au sein d’une fac brésilienne des usines de retraitement de déchets, des professeurs du monde entier, des ONG. Il existe aussi des co-tutelles : des diplômes partagés par deux universités. L’agence universitaire de la francophonie fait cela. Des pesanteurs existent en Afrique dans le public, ces projets sont plus faciles à mener dans le privé. L’université catholique au Cameroun forme des cadres de très haut niveau parce qu’en partenariat avec la France, les Etats-Unis, le Canada.

L’avenir de la mobilité est-il la virtualité ? En Guinée, une entreprise avait besoin de former ses cadres en management. Ne disposant pas d’assez de moyens pour les envoyer à l’étranger, elle a utilisé la parade d’Internet, en mettant à disposition des professeurs d’université de Washington et du Canada. Encore une fois, c’est plus facile à mettre en place dans le privé.

Conclusion

La mobilité internationale est un atout fantastique pour l’insertion professionnelle. C’est une expérience positive. Des moyens sont à développer tels que les vidéoconférences. Mais il faut faire cette expérience du voyage, c’est une expérience de vie à ne pas manquer.

En savoir plus et apporter son témoignage à Ridha Ennafaa : ridhaennafaa@mac.com

Voir le powerpoint de sa présentation

 

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