Le bénévolat a la cote. Plébiscité par les Français, qui déclarent volontiers leur flamme associative, il est, c’est nouveau, de plus en plus loué par la classe politique et par toutes sortes de personnalités. Seuls les médias boudent encore souvent ces activités trop consensuelles pour pouvoir se prêter à une polémique spectaculaire.

On lui trouve toutes les vertus. Ses résultats sont cruciaux pour la cohésion sociale. Il permet la diffusion de compétences pratiques qui complètent utilement un système scolaire ambitieux mais très tourné vers la théorie. Pour les plus audacieux, il serait même un vecteur de vivacité démocratique au moment où notre société souffre d’une crise de légitimité de son système politique.

Cette récente évolution des mentalités n’empêche pas les malentendus. Longtemps, la culture politique française s’est inquiétée de cette zone grise entre l’individu et la nation, entre le marché et l’état. Aux yeux des courants idéologiques dominants, la vie associative au sens large et le bénévolat en particulier présentaient les défauts d’encourager un communautarisme anti – républicain, d’obérer des emplois potentiels et de perturber le libre jeu de la concurrence marchande.

Si la mode a changé, les quiproquos demeurent. Pour les uns, les bénévoles ne sont que des agents complémentaires et gratuits des professionnels, notamment fonctionnaires, de la lutte contre l’exclusion. On les cantonne aux Restaurants du cœur ou au Secours populaire et encore, à condition qu’ils agissent sans rien contester. Pour les autres, ils sont l’avenir de la politique : les partis sont morts, vivent les ONG. Dans l’enseignement supérieur, ils seraient des stagiaires d’un nouveau genre, s’engageant sur les sujets déterminés par leurs enseignants, à qui ils rendront compte pour une évaluation académique de leur expérience sociale, de leur capacité à animer une équipe ou à conduire un projet.

Le bénévolat repose d’abord sur le libre arbitre. Plusieurs langues comme l’espagnol ou l’anglais ne s’y trompent pas, utilisant la racine du mot « volontaire » pour désigner les bénévoles. Leurs engagements proviennent par essence d’un choix personnel décidé en toute autonomie. Ils n’entraînent aucune rémunération financière, ce qui n’exclut pas d’autres formes de rétribution. Le bénévolat peut être source d’épanouissement, de reconnaissance sociale, voire, on l’a dit, d’acquisition de compétences. De façon générale, sa prestation ne fait pas l’objet d’un contrat écrit et ne comporte pas d’obligations autres que morales. Elle se déroule au cours du temps libre dont dispose chaque individu.

Ce rappel n’efface pas l’obligation de lucidité. Le libre choix des individus est influencé par les comportements observés autour de lui, par ses marges de manœuvre. Le temps de travail, le niveau de vie comme la norme sociale jouent beaucoup sur l’expression puis la réalisation d’une envie d’agir.

Or, pour ne parler que de l’enseignement supérieur, les obstacles à l’engagement sont nombreux. La situation sociale d’étudiants issus de classes populaires ne favorise pas leur accès à cet épanouissement civique et solidaire. Les limites de l’accompagnement social dont ils profitent et particulièrement les montants insuffisants des bourses, fragilisent globalement leurs conditions de vie. Mais, plus spécifiquement, qui n’a pas entendu, en université, un enseignant déclamer qu’il est temps de se concentrer sur les choses sérieuses et d’abandonner ces distractions associatives ? Qui n’a pas, parmi les bénévoles étudiants, erré d’un bureau à l’autre en quête du service compétent pour s’informer sur les subventions envisageables, la réservation d’un lieu, l’accès à une formation à la conduite du projet ?

Le climat est différent dans la plupart des écoles supérieures, où, jusqu’à l’excès, la vie associative est favorisée en complément de la formation académique. Il faut tout de même apprécier tous les progrès accomplis, à l’aide du Ministère et autour de quelques universités pilotes. Mais dans de trop nombreux établissements, mentalités et insuffisances de moyens s’allient pour freiner tout essor du bénévolat étudiant. Il est bien temps de gagner en maturité face à ces enjeux primordiaux. Tout le monde parle à l’envi d’internationalisation de l’enseignement supérieur. A quand un bénévolat étudiant en France encouragé comme en Suède ou au Canada ?

 

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