Les universités sont de plus en plus nombreuses à proposer des dispositifs de reconnaissance pédagogique des expériences étudiantes. Devant la diversité des formes proposées et devant les interrogations soulevées par cette démarche, Animafac a mené une étude auprès d’étudiants et de services universitaires pour débroussailler la question et souligner les enjeux.

 


 

Ce dossier est tiré d’une étude réalisée par Animafac : « Les dispositifs de validation pédagogique des engagements étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur« 

Vous pouvez consulter par ailleurs l’intervention de Nadia Bellaoui lors du séminaire « Citoyenneté et Démocratie Etudiante » organisé par la Conférence des présidents d’Université le 23 septembre 2005.

 


 

 

Un outil de plus dans les politiques de soutien à la vie associative étudiante

Le milieu des années 90 voit émerger de multiples associations étudiantes « à projets » qui se distinguent des syndicats et des associations corporatives : fondées souvent par un groupe d’amis partageant des préoccupations communes, ces associations s’attellent à la culture, la solidarité internationale en passant par les solidarités urbaines, la prévention des risques, etc.

La contribution de ce mouvement à la vie de la cité et à l’animation des campus, à l’épanouissement des étudiants, à leur préparation au milieu professionnel mais aussi, et c’est le plus important, au développement d’une prise de conscience citoyenne chez les jeunes, est petit à petit perçue par les établissements d’enseignement supérieur. Des politiques de reconnaissance de ces engagements sont alors mises en place : d’abord par la mise à disposition de locaux, puis par la création de fonds de soutien aux initiatives étudiantes gérés paritairement, de bureaux de la vie étudiante chargés d’accompagner les associations, etc.

La reconnaissance pédagogique des expériences bénévoles est une étape supplémentaire dans ce processus. Encouragées par la mise en place du LMD qui offre de nouveaux outils pour diversifier les cursus et par une circulaire du ministère de 2001 (cf encadré), les universités commencent à proposer des Unités d’Enseignements libres « engagements étudiants ». Il s’agit de donner une autre dimension à ces politiques de soutien à la vie associative.

Chacune s’engage à tâtons sur ce terrain vierge et agit en fonction de ses préoccupations et de celles des étudiants, de ses moyens dédiés, du tissu associatif en présence, du nombre d’étudiants potentiels intéressés. Pour les éclairer, Animafac a mené une étude auprès des étudiants et de certaines universités afin de dresser un panorama de l’existant et lister quelques recommandations.


Que font les établissements d’enseignement supérieur ?

Ecoles supérieures et universités diffèrent dans leur approche des engagements étudiants. Ainsi, les initiatives étudiantes sont souvent dynamiques dans les écoles qui les encouragent en privilégiant souvent l’acquisition de compétences valorisables sur le plan professionnels. A tel point qu’il est parfois obligatoire de s’engager ! La reconnaissance peut consister en une bonification de la moyenne pour compenser la baisse de résultats scolaires due à un engagement, en une aide au passage, une notation de projets collectifs ou une validation de l’expérience associative au titre de stage, etc.

Les universités se distinguent entre elles par les variations faites autour des paramètres suivants : le types d’associations et de bénévoles reconnus, l’offre de contenus pédagogiques et le mode d’évaluation.


Le type d’associations et de bénévoles reconnus

Sans entrer dans les détails, il s’agit d’abord de savoir si on reconnaît uniquement l’engagement en association étudiante ou plutôt de façon indépendante du type de structure, du moment qu’une certaine responsabilité est assumée par l’étudiant. Le bénévolat certes est légitime quelle que soit la structure d’accueil, le choix à l’heure d’évaluer se situe plutôt dans le fait d’encourager ou non les initiatives étudiantes sur un territoire, ou de se baser ou non sur la valeur civique de l’engagement.

L’offre de contenus pédagogiques

Entre un programme inexistant et une offre lourde (15 à 20 heures sur un semestre), il s’agit d’arbitrer entre le temps libéré pour permettre les activités associatives, et les accompagner par des formations adaptées voire calquées sur l’activité associative : la loi 1901, la méthodologie de projet, mais aussi, et nous y tenons, une sensibilisation au sens du bénévolat et d’un projet associatif peuvent être au programme.

L’évaluation

La difficulté est bien évidemment de parvenir à identifier des indicateurs de l’engagement de l’étudiant qui doivent permettre une notation par le biais de rendus (dossier écrit, oral). Ces critères sont plus ou moins souples : d’une confiance aveugle en l’expérience comme moyen d’acquérir des compétences, à l’élaboration d’une grille détaillée qui permet au jury d’apprécier l’assiduité de l’étudiant, l’utilisation des cours sur le terrain, l’analyse sur son engagement ; la palette est large.

Une reconnaissance qui pose question

A première vue, on ne peut qu’applaudir à cet effort des universités vers davantage de reconnaissance des expériences bénévoles étudiantes. On distingue cependant rapidement la complexité de la question et les enjeux qu’elle recèle.

La force du symbole

La reconnaissance pédagogique est avant tout un signal fort envoyé par les universités aux étudiants engagés. Au-delà de la forme du dispositif, l’université reconnaît que l’activité extrascolaire n’est pas préjudiciable aux études mais peut être enrichissante. Elle reconnaît aussi en l’expérience de terrain un autre lieu d’acquisition de compétences qui est complémentaire du savoir universitaire théorique.

Une dénaturation de l’engagement ?

Mais en s’aventurant dans le champ de l’extra scolaire, l’université suscite les réticences de bon nombre d’universitaires et d’associatifs qui s’interrogent sur le pouvoir d’attirance des crédits sur des « passagers clandestins » davantage intéressés par les points que par une activité bénévole par nature désintéressée. D’autres ajoutent que si l’on s’engage en association, ce n’est pas pour se voir « intégré » à nouveau dans un cursus scolaire dont on cherchait justement à s’éloigner. Reconnaître les expériences bénévoles étudiantes reviendrait ainsi à l’encadrement normatif et infantilisant d’une activité relevant de la sphère personnelle et surtout extrascolaire.

La valeur civique de l’engagement ne s’évalue pas académiquement

De manière plus subtile, la reconnaissance pédagogique peut mener à certaines dérives qu’il s’agit aujourd’hui de prévenir. L’université ne saurait réduire la vie associative à un lieu d’acquisition de compétences valorisantes sur le marché du travail et instrumentaliser les associations à cet effet. De l’autre côté, les associations ne doivent pas être comptables de la valeur citoyenne de leurs actions dans le cadre de ces dispositifs. L’évaluation pédagogique s’attache à l’individu et à son développement intellectuel dans une expérience circonscrite. Les universités sont avant tout là pour former.

Une offre de formation indispensable

Former justement. Certaines universités proposent des offres pédagogiques intéressantes pour aider les étudiants à monter leurs projets mais aussi pour mieux appréhender l’esprit associatif. L’offre de formation doit être le pilier de la reconnaissance des engagements à l’université. Elle légitime l’université à intégrer l’engagement associatif dans les cursus car former est son cœur de métier.

Développer la vie associative étudiante

La reconnaissance pédagogique permettra-t-elle de développer la vie associative étudiante ? Le simple fait de parler de ces dispositifs apportera certainement une visibilité aux engagements étudiants. De là à ce que les étudiants s’engagent en masse, il s’en faut de beaucoup. La plupart des étudiants qui participent à ces UE sont déjà engagés ou se seraient engagés même en l’absence d’un dispositif. Le dispositif en lui-même n’aura pas un impact décisif mais sera une pierre de plus dans l’édifice de reconnaissance des engagements.

Consulter les associations

Au final, il s’agit de respecter les subtils équilibres de fonctionnement des petites associations étudiantes. De tels dispositifs ne peuvent être acceptés et fonctionner que par une consultation des associations en amont. En instaurant une culture du dialogue, l’université reconnaît en outre les associations comme des interlocuteurs à part entière. Elle contribue à une meilleure connaissance mutuelle entre les universités et les associations, et donne de la profondeur à sa politique de soutien des initiatives étudiantes. La reconnaissance pédagogique montre ici bien sa nature : elle est un outil parmi d’autres de soutien à la vie associative étudiante. Gageons qu’il sera mis en œuvre à bon escient pour le bénéfice de tous.

 


La reconnaissance pédagogique des engagements dans la réforme LMD

La mise en place du LMD favorise la mise en place de parcours souples plus individualisés et professionnalisants, intégrant des approches transdisciplinaires, des modes d’apprentissage et d’évaluation différents. Le système d’Unités d’Enseignement obligatoires, libres ou optionnelles facilite ainsi la construction de maquettes pédagogiques intégrant des options diversifiées dont la reconnaissance pédagogique de l’expérience associative.

 


La circulaire sur le développement de l’engagement associatif et des initiatives étudiantes (N°2001-159 DU 29-8-2001)

En 2001, une circulaire du ministère encourage la reconnaissance des engagements associatifs étudiants qui doit contribuer à « aider les étudiants à monter et développer leurs projets ». « S’il est indispensable de laisser leur pleine autonomie aux engagements étudiants, des liens intelligents peuvent en effet être imaginés entre l’action bénévole et les formations suivies par les étudiants. L’unité d’enseignement optionnelle constitue sans aucun doute le meilleur moyen de validation de l’action étudiante dans le cadre de la formation. Mais cela peut aussi prendre la forme de stages, de rédaction d’un mémoire ou d’un rapport, de mention sur le diplôme voire de bonification. »

 

 

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