PARTI PRIS

Souleymane Kologo

Chimiste, ancien président de l’Union générale des étudiants burkinabés, membre de l’Association des étudiants du Burkina en France et Président d’Etudiants et développement.

« Etudiants étrangers, quelle insertion professionnelle en France ? Question a priori incongrue, puisque l’étudiant étranger venu acquérir une formation, et donc forcément de passage selon la conception française, doit, une fois ces diplômes acquis, retourner servir son pays d’origine. Les étudiants étrangers ont peu de chance de se faire une première expérience professionnelle à la fin de leur cursus en France. Pour les employeurs souhaitant les embaucher, les obstacles sont nombreux : leur est opposée la situation de l’emploi, des taxes et des procédures lourdes. La fin des études constitue ainsi pour nombre d’étudiants étrangers, notamment ceux originaires des pays en voie de développement, une période d’angoisse et de crainte. Crainte de se retrouver en situation irrégulière, crainte de retourner chez soi sans la certitude d’avoir un emploi digne.
Pour y faire face, jusque là, la parade consiste pour certains étudiants étrangers à multiplier les inscriptions, souvent dans des filières qui n’ont rien à voir avec leur formation de base, le seul but étant de justifier du statut d’étudiant, à contracter de faux mariages, et pouvoir ainsi prolonger leur séjour. Pour d’autres, c’est le chemin de l’exode vers d’autres pays développés (Etats-Unis, Canada, Angleterre) qui profitent ainsi à moindres frais de ressources humaines de qualité que la France aura chèrement formées.
Ceci est la conséquence d’une législation française qui semble ignorer l’enjeu que représente le travail des jeunes diplômés étrangers ou qui n’y voit qu’une source d’immigration supplémentaire. Pourtant d’une manière générale, la grande majorité des étudiants étrangers n’aspire qu’à acquérir ses diplômes, à se faire une première expérience professionnelle en nouant des partenariats dans son domaine et à repartir servir son pays. Très peu choisissent d’emblée de s’installer définitivement en France. La France gagne donc à reformer la législation sur cette question afin d’accompagner ces jeunes diplômés étrangers vers une insertion professionnelle réussie, étudiants qui seront alors de bons ambassadeurs de la France et de ses entreprises une fois chez eux. Il faut rompre avec la situation paradoxale actuelle où la France forme des élites étrangères tout en perdant auprès d’elle toute sympathie à cause justement des nombreux tracas administratifs relatifs au séjour et au travail de ces jeunes diplômés étrangers.
Les nouvelles dispositions de la loi sur l’immigration visant à permettre aux étudiants étrangers de niveau Master et plus d’acquérir une première expérience professionnelle en France, en leur octroyant un titre de séjour d’une durée de six mois après le diplôme peut être un début de réponse. Mais mon point de vue est que ce délai est beaucoup trop court, la durée pouvant être portée à un an pour tenir compte de la réalité du marché du travail en France. »

 

Gayo diallo

Association des Guinéens de l’Isère et président d’Entr’Apprendre (accueil et accompagnement au retour des étudiants étrangers) .
« Il semble d’abord important de clarifier le terme  » étudiants étrangers  ». Très rarement, en effet, la notion renvoie de manière globale à tous les étudiants d’origine étrangère en France. Selon le contexte, il s’agit soit d’étudiants Erasmus pour lesquels la problématique du retour n’est pas explicitement posée, soit d’étudiants venus à titre individuel, d’Afrique à 50 %, pour lesquels la question se pose de façon cruciale. Les activités que nous menons au sein d’Entr’Apprendre, membre du réseau GAME (Groupe d’Appui à la Micro Entreprise), nous montrent que la majorité de ces étudiants souhaitent repartir après leur cursus. La question qui se pose est de savoir comment : immédiatement, sans une première expérience ? Nous militons pour un meilleur accueil des étudiants étrangers avec une implication plus forte des établissements dans la recherche de stages, et pour que la préparation du retour soit intégrée dans le cycle pour les étudiants qui le souhaitent. Un séjour supplémentaire accordé après la fin de cycle, période de grand stress, est plus que souhaitable. »

 

Aspasia Nanaki

Membre fondatrice d’Autour du monde, asso d’étudiants internationaux. Chargée de mission à l’Association des chercheurs étrangers à Nantes.
« 
Nombreuses sont les entreprises cherchant à se développer à l’étranger pour lesquelles un étudiant provenant du pays en question serait une ressource précieuse. Moi-même Grecque, j’ai fait de la mise en relation et de la traduction pour une entreprise française de pisciculture cherchant à s’implanter en Grèce. Ne serait-ce que durant leurs études, les étudiants étrangers ont ainsi des qualités à apporter : peu d’acteurs font le lien entre l’université et les entreprises, alors qu’il y a une mine de compétences qu’on n’exploite pas. Autour du monde, travaille avec l’association Interfaces compétences qui a mis en place le dispositif www.pass-emploi.org pour l’Université de Nantes, afin de tenter de faire ce lien pendant les études et mieux intégrer les étudiants étrangers à leur environnement. Sachant toutefois qu’ils n’ont le droit de travailler que peu d’heures. La nouvelle loi selon laquelle un étudiant étranger niveau Master peut rester six mois après avoir fini ses études est une bonne chose. Ceci dit, mon sentiment est qu’il faudra toujours faire plus d’efforts pour obtenir un poste en France lorsqu’on est étranger. »

Serge Slama

Membre du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) et du Réseau université sans frontières (RUSF).
« 
Les circulaires françaises ont longtemps prévu qu’une fois leurs études terminées, les étudiants étrangers devaient retourner dans leur pays d’origine. En 2002, une circulaire a assoupli ce système en leur permettant d’obtenir un statut de travailleur, mais selon des conditions très restrictives : un emploi en parfaite adéquation avec leur cursus et qui offre une possibilité de retour au pays, des démarches administratives lourdes et un surcoût pouvant aller jusqu’à 2 000 euros pour l’employeur. La loi Sarkozy sur l’immigration de 2006, dont on attend les décrets, reprend ce système avec une nouveauté : les étudiants de niveau Master ont six mois pour chercher un emploi avec une autorisation de séjour. Ce système est à double tranchant. Pour bénéficier de ce droit, les étudiants doivent avoir terminé leurs études et perdent donc la possibilité de se réinscrire dans une autre filière universitaire afin de rester un peu plus sur le territoire avec le statut étudiant. La loi a aussi supprimé l’obligation de détenir une autorisation provisoire de travail : les étudiants peuvent travailler 60 % d’un plein temps sans autorisation. Au Réseau université sans frontières, nous tentons d’aider ces étudiants à obtenir des papiers, de les accompagner dans d’éventuelles démarches de changement de statut. »

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir