A l’heure où l’Union Européenne ouvre ses portes à dix pays supplémentaires, les pays membres semblent n’avoir qu’une seule préoccupation : trouver le moyen de fermer leurs frontières. Les partisans d’une politique d’immigration durcie gagnent, en effet, du terrain dans l’ensemble des gouvernements européens autour d’un credo : empêcher l’installation d’une main d’œuvre à faible valeur ajoutée (très majoritaire), encourager celle de financiers ou cerveaux susceptibles d’apporter des richesses aux pays (très minoritaires).

Italie

L’Italie a lancé le mouvement dès 2002 avec la loi Fini-Bossi. Celle-ci propose de fixer annuellement un quota d’immigrés autorisés à vivre et travailler dans la péninsule. Ils seront 170 000 en 2006 choisis en fonction des besoins du marché de l’emploi italien. La loi impose par ailleurs des critères très restrictifs pour le regroupement familial et l’accueil des  » clandestins « . Les candidats à l’immigration sans contrat de travail préalable ont ainsi 60 jours pour se faire reconnaître, délai après lequel ils sont cordialement invités à regagner leur pays d’origine. Ceux disposant d’un emploi ne sont guère mieux lotis : les conditions de régularisation ont été drastiquement durcies de sorte qu’il leur est aujourd’hui très difficile de regagner leur pays, même pour un court séjour, sous peine de perdre tous les droits acquis sur le sol italien.
Quatre ans après la promulgation de la loi, ses détracteurs lui trouvent de très nombreux effets pervers. Contrairement aux résultats attendus, les mesures Fini-Bossi auraient contribué à multiplier le nombre de travailleurs clandestins. Les 170 000  » postes «  d’immigrants autorisés suscitent, chaque année, un nombre triple de candidats. Ceux ne pouvant obtenir de permis de séjour, trouve dans l’économie souterraine qui constituent à 28% le marché du travail italien, des débouchés tous choisis… où règnent en maître non droit et exploitation.

Allemagne

La terminologie est différente, la finalité identique. Si nos voisins germaniques préfèrent parler d’immigration  » à points «  plutôt que de quotas, la loi en vigueur depuis janvier 2005 reprend, peu ou proue, les grandes lignes du texte italien. L’Allemagne accorde, sans restrictions de nombre ni de durée, des autorisations de séjour aux personnes hautement qualifiées et à leurs familles. Les indépendants voulant s’installer bénéficieront également d’autorisations de séjours à condition d’investir au moins 1 million d’euros en Allemagne et d’y créer des emplois. Les moins qualifiés, eux, ne seront accueillis que si l’Allemagne trouve utilité dans leur main d’œuvre… et renvoyés sitôt leurs compétences jugées inutiles .
Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne tente de mettre en place une immigration sélective. En août 2000, le gouvernement social-démocrate de Gherard Schröder entreprend de combler le déficit en ingénieurs informatiques dont souffre le pays. Les cerveaux allemands partent vers les Etats-Unis ? Qu’à cela ne tienne, l’Allemagne fera, elle, appelle aux ingénieurs indiens. Salaires importants, carte de séjour de cinq ans, regroupement familial… Le pays ne lésine pas sur les moyens pour faire venir les 30 000 employés désirés. L’opération n’aura en réalité fait venir que 5 300 candidats. Motif de ce manque de succès : les barrières culturelles mais surtout linguistiques entre les deux pays. Avec les  » cerveaux  » aussi, les pays européens devront faire le pari de l’intégration.

Grande-Bretagne

Qui de Nicolas Sarkozy ou de son homologue britannique Charles Clarke, réussira à faire voter le premier son projet de loi sur l’immigration ? La question peut se poser alors que les deux ministres ont proposé, à dix jours d’intervalle, des textes sensiblement identiques. Tous deux souhaitent qu’étudiants et personnel qualifié viennent remplacer travailleurs pauvres et candidats au regroupement familial aux guichets des douanes. Tous deux utilisent la rhétorique de l’immigration  » subie «  versus immigration  » choisie « . Une différence notable cependant : si la France se refuse à intégrer les pays de l’Est nouvellement membres de l’Union Européenne avant qu’ils ne soient officiellement intégrés à l’espace de Schengen, la Grande-Bretagne ne considère déjà plus ses citoyens comme des  » immigrés «  mais comme des ressortissants européens.
Comme en Allemagne, la politique britannique est basée sur un système de points inspirés des système en vigueur au Canada ou en Australie. Les ressortissants hors Union européenne sont classés en cinq catégories en fonction de leur formation et de leurs qualifications. Les médecins, ingénieurs et financiers arrivent en tête de ce  » top 5 «  avec, à la clé, des autorisations de séjour à durée indéterminée et sans conditions. Les travailleurs peu qualifiés sont relégués en queue de classement et ne pourront espérer goûter à  » l’english way of life «  qu’à condition d’avoir trouver préalablement un emploi.

La péninsule ibérique

Au milieu de cette vague de politiques migratoires utilitaristes, la péninsule ibérique fait figure d’Eldorado pour les immigrés sans qualifications. L’année dernière, le gouvernement de José Luis Zapatero a régularisé 700 000 travailleurs clandestins. Avec ce geste symbolique, le premier ministre socialiste voulait couper l’herbe sous le pied des réseaux d’immigration clandestine mafieux. Il est cependant loin d’avoir résolu le problème. La nouvelle de ces régularisations a en effet créer un phénoménal appel d’air en direction des pays pauvres du continent africains. Les enclaves espagnoles au Maroc, Ceuta et Melilla, se sont ainsi vu débordées par un afflux incontrôlable de clandestins , alors que les îles Canaries, au large du Sahara, voient débarquer chaque jour des milliers de candidats à l’immigration. Un débordement que ses voisins européens ne pardonnent pas à l’Espagne l’accusant de servir de porte ouverte sur l’Europe.
Traditionnel pays d’émigration, le Portugal se mue depuis peu en territoire d’immigration. Là-bas, ce ne sont cependant pas Maghrébins ou Africains qui servent de main d’œuvre bon marché mais des travailleurs venus de l’Est. En demande de bras pour combler le vide en infrastructure du pays, le gouvernement aurait plutôt tendance à encourager l’installation de ces nouveaux venus. 100 mille clandestins ont ainsi reçu, l’année dernière, des autorisations de séjours renouvelables. L’image pourrait faire sourire les anciennes terres d’asile européennes, Allemagne, France ou Angleterre. Il y a quelques décennies de cela, c’était elles qui accueillaient bras ouverts les immigrés qui devaient reconstruire leurs pays.

 

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