En cette année 2006, le Forum social mondial se veut intercontinental. La première session s’ouvre à Bamako au Mali ce 19 janvier. Le 24 janvier, ce sera au tour de Karachi au Pakistan et de Caracas au Venezuela d’accueillir intervenants et associations mondiales pour discuter et encourager les projets cherchant à construire un monde différent. Si l’Europe n’accueille pas cette gigantesque boîte de dialogue internationale, elle est tout aussi concernée par l’aventure. Pour le prouver, nous avons choisi de nous intéresser aux initiatives menées près de chez nous pour faire avancer le commerce équitable et le lien social.

 

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Associer préservation de l’environnement, commerce de proximité et insertion sociale ? Les Jardins de Cocagne relèvent le défi.

Dans les quelques hectares de ces jardins-là se côtoient courgettes bio, SDF en quête de réinsertion, paysans et citadins bohèmes. Un vrai pays de cocagne imaginé au début des années 1990 par un travailleur social de Chaleuze, Jean-Guy Henckel, qui se demande comment insérer les exclus du milieu social. S’inspirant de jardins collectifs suisses, il a l’idée de créer des petits maraîchers employant cette population précaire, adoptant les méthodes de l’agriculture bio et pratiquant la vente directe. Le lien privilégié avec les clients, le travail de la terre et la fréquentation quotidienne de travailleurs ruraux doivent leur permettre de se réinsérer progressivement. Nous sommes en 1991, le premier Jardin de Cocagne est né.

Depuis, la formule a fait des petits, 75 exactement. Pour faire face, l’association s’est constituée en réseau. Chaque Jardin est géré indépendamment mais doit respecter une charte commune. L’accent est mis, avant tout, sur l’insertion : les Jardins ne sont pas des lieux de placements. Ils doivent mettre en place un suivi social de leurs travailleurs en leur fournissant un logement et des soins, en veillant à les former pour qu’ils puissent plus tard, entrer dans le monde du travail. Entre les champs, le secrétariat, les livraisons, la vente, etc., le réseau emploie aujourd’hui 2500 salariés en insertion. 30% d’entre eux sortent du dispositif avec un emploi, 15 à 20 % avec une formation qualifiante.

Chantiers bio. Les Jardins doivent également respecter des méthodes d’agriculture biologique. Au fil des ans, ils sont devenus de véritables laboratoires des nouvelles techniques écologistes : gestion des déchets, revivification de l’écosystème… Sans, pour autant, entrer en concurrence avec les agriculteurs bio du coin. La charte exige en effet que les Jardins prennent contact avec eux avant de s’implanter dans une région et qu’ils trouvent un accord de collaboration.

Enfin, les Jardins doivent s’engager à vendre en priorité à un réseau d’adhérents. Ces derniers, près de 12 000 en 2005, achètent, pour 10 euros par semaine, un panier hebdomadaire de légumes. Ils peuvent ensuite choisir entre être livrés à domicile, récupérer leurs victuailles dans un local de quartier ou, et c’est cette solution que privilégient les fondateurs, venir les chercher directement dans les Jardins. Car c’est là le nœud du lien social que tentent de créer ces structures : amener des gens de tous horizons à se rencontrer, à se parler et à partager ensemble un petit bout de terre.

Pour adhérer à un Jardin, faire du bénévolat ou soutenir financièrement les Jardins de Cocagne, www.reseaucocagne.asso.fr

 

 

Depuis 1999, l’association Kokopelli s’efforce de rassembler toutes les variétés de graines pour préserver le patrimoine national et international. Elle les redistribue ensuite aux paysans, en Europe et dans les pays du Tiers-monde.

Il est des choses que l’on ne voit plus sur les étals des marchés. Qui se souvient par exemple, qu’une tomate peut être noire ou verte, ovale ou plate de la taille d’un melon ou d’un grain de raisin ?
Des centaines d’espèces potagères et maraîchères ont ainsi disparu des champs français et européen. Soit que les exploitations agricoles préfèrent se fournir chez les grainetiers plutôt que d’utiliser les semences issues de leurs récoltes, soit que leurs graines soient manipulées de manière à ne pouvoir se reproduire, on assiste à une uniformisation des cultures fort nuisible à la biodiversité.
C’est là que Kokopelli intervient. Créé en 1999, cette association à but non lucratif a eu l’idée de récolter les graines de toutes ces espèces en voie de disparition, de les stocker et, éventuellement, de les distribuer. Premier objectif : maintenir la biodiversité dans les pays européens. Deuxième objectif : distribuer aux pays les plus pauvres des graines biodynamiques, c’est-à-dire capables de se reproduire, de manière à assurer l’autonomie alimentaire de ces populations. Les petits paysans sont en effet trop pauvres pour se fournir auprès des grandes compagnies de graines. Ces dernières vendant, par ailleurs, des graines stériles aux grandes exploitations de ces pays, tout développement d’un marché intérieur de graine devient impossible.

Semeurs de trouble. L’initiative de l’association n’est pas du goût de tous. On lui reproche, d’abord, de répandre dans les champs des espèces envahissantes puisque capables, au moindre coup de vent, de semer des graines à même de germer dans les champs alentours. On lui reproche, surtout, de distribuer pour la culture des semences d’espèces non répertoriées dans le catalogue officiel. Or, depuis 2005, la loi est très stricte là-dessus : interdiction de cultiver et de commercialiser les variétés qui n’y sont pas inscrites. Deux accusations qui lui ont valu, le 9 décembres 2005, d’être assignée à comparaître au tribunal de grande instance de Nancy par la société Graines Baumaux.
Kokopelli rétorque que ses graines appartiennent toutes au patrimoine national et international et que, si les autorités ne veulent pas les reconnaître, ce n’est pas à Kokopelli de débourser les sommes nécessaires à une inscription sur le catalogue officiel. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à répertorier scrupuleusement toutes les espèces potagères et maraîchères existantes. Pour soutenir son action, l’association a fait appel à des  » parrains et marraines d’espèces  » qui, pour 1 euro symbolique, s’engagent à soutenir une variété.
Chaque année, de nouvelles graines arrivent dans le grenier de Kokopelli  » de 1000 à 1500 espèces venues de jardiniers amateurs, mais aussi de maraîchers professionnels et des producteurs de l’association » rapporte Sissi Albiero, responsable de la coordination de la campagne  » semences sans frontières « .

Espèces en voie d’apparition. Les envois de graines aux paysans du tiers-monde ont, elles aussi, connu un certain succès : plus de 150 000 sachets de semences envoyés aux pays les plus pauvres en 5 ans. Depuis son antenne d’Auroville, dans le sud de l’Inde, Kokopelli a ainsi pu mettre en place des champs de production permettant de tester la compatibilité de ces graines au climat .  » On se retrouve dans une situation absurde : les guerres et les sécheresses ayant tué les espèces naturelles de ces régions, nous devons exporter des semences qui ne sont pas du tout habituées à ces latitudes «  rapporte Sissi Albiero.
Le rêve de l’association ? Ne plus avoir à exister.  » A terme, les populations devraient acquérir une autonomie agricole et alimentaire garantie et protégée par les Etats. Ils n’auront plus, alors, besoin d’une banque de semences et nous pourront disparaître ou nous consacrer à la formation pour apprendre aux agriculteurs à sélectionner et cultiver leurs propres semences  » explique Sissi Albiero. A terme, car pour l’heure Kokopelli sait qu’elle a encore beaucoup à planter.

Pour parraîner une espèce, envoyer ou acheter des graines, ou simplement en savoir plus

www.kokopelli.asso.fr

 

 

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