Le 18 octobre dernier, dans le cadre d’une formation civique et citoyenne, une trentaine de volontaires s’était donnée rendez-vous dans l’un des centres d’hébergement gérés par les Enfants du Canal, une association luttant contre la précarité et l’isolement des sans-abris à Paris. Accueillis par Christophe Louis, le directeur de la structure, ils ont pu découvrir son fonctionnement et aborder des thèmes, hélas, toujours d’actualité.

 

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit tour en arrière s’impose… Il y a presque sept ans jour pour jour, des dizaines de tentes rouges fleurissent au bord d’un canal St Martin engourdi par le froid hivernal. Une association, les Enfants de Don Quichotte, emmenée par Augustin Legrand, investit alors les lieux pour mettre en lumière les conditions de vie des plus défavorisés. Un documentaire et quelques promesses politiciennes plus tard, les membres fondateurs de la structure décident de créer les Enfants du Canal, une nouvelle entité devant répondre concrètement aux besoins des sans abris. Une démarche éthique et responsable que Christophe Louis, son directeur défend au quotidien.

 

Balayer les clichés sur les sans abris

 

Lors de cette journée, les volontaires engagés en service civique découvrent le fameux documentaire porté par les fidèles du mouvement « Les Enfants de Don Quichotte, Acte 1 ». L’occasion pour Christophe Louis de balayer quelques clichés largement relayés par les médias et qui ont la peau dure. Malgré la sensibilité saisonnière de certaines rédactions, il n’y a pas plus de morts dans la rue en hiver qu’en été. Rappelons également que 25% des décès de sans-abris meurent sont de cause violente. Autre idée reçue tenace, il n’y a qu’un léger différentiel entre le nombre de déficients mentaux dans la rue et dans la population française. Ils sont en effet 30% chez les SDF et 25% dans le reste de la société. Voilà qui est dit !

 

Une démarche dense et exigeante

 

Outre ce rappel, Christophe explique aux jeunes que les plans d’hébergement d’urgence sont plus contreproductifs qu’autre chose et que la seule voie souhaitable consiste en un accompagnement durable des sans abris vers une réinsertion pleine et entière. La démarche des Enfants du Canal est simple mais dense : Décrypter les nombreuses et longues étapes nécessaires à la réinsertion sociale d’un sans abris, soigner les éventuelles addictions et maladies… Mais surtout, recréer du lien social entre les individus. Cela passe par la redécouverte d’une intimité, l’obtention d’un logement et la réappropriation de gestes oubliés. Mais au delà de cette démarche, l’association milite pour l’adoption d’un système de prévention hélas presque inexistant en France pour aider les personnes en difficulté à ne pas glisser vers l’abîme. Apprécié par les participants, ce temps d’échange permet aux volontaires de poser des questions sur la démarche et le rôle des acteurs de la structure. Du concret, rien que du concret.

 

Deux centres et un « Busabri »

 

Suite à cette projection, le public est scindé en deux groupes pour comprendre l’étendue des enjeux de la démarche. L’un restant au centre tandis que l’autre part à la découverte des services nomades. Pour aider les sans abris et favoriser leur retour dans la société, l’association gère en effet deux centres d’accueil ainsi qu’un « Busabri ». Deux types d’outils forgés sur des valeurs fortes : responsabilité, autonomie, initiative et vie en collectivité. Chaque résident des centres est accueilli pour une durée moyenne de 18 mois, peut vivre avec son animal de compagnie (cas rare, pour ne pas dire unique), peut inviter des amis ou membres de sa famille et consommer de l’alcool dans sa chambre. Durant cette période, ils sont orientés vers des dispositifs de droit commun pour favoriser leur réinsertion. Le « Busabri », quant à lui, est un centre d’accueil de jour fonctionnant grâce à une équipe pluridisciplinaire alliant des travailleurs sociaux, des jeunes en service civique et des travailleurs pairs. Ces travailleurs pairs sont en fait d’anciens SDF en contrat d’insertion qui assurent un lien et instaurent le dialogue entre l’association et les sans abris. Le « Busabri » propose des espaces repos et animation, un café ainsi que l’accès à des travailleurs sociaux sans rendez-vous.

 

Début novembre, l’association mènera une action au coeur d’un bidonville de la région parisienne. Elle accueillera à cette occasion 24 jeunes en service civique dont 16 Rroms qui collaboreront avec des travailleurs sociaux pour contribuer à l’insertion scolaire des enfants du bidonville, faciliter l’accès des adultes au travail et garantir un accès aux soins élémentaires.

 

Pour tout savoir sur la démarche des Enfants du Canal, contribuer à leur projet ou tout simplement vous informer, rendez-vous sur le site de l’association.

 

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