Après trois éditions successives à Porto Alegre principalement axées sur un diagnostic de l’état du monde, la rencontre du FSM en Inde devrait amorcer la recherche d’une alternative viable à la mondialisation néolibérale.

 

Triste constat que celui qui peut aujourd’hui être dressé en matière d’aide publique au développement. Que penser en effet d’un système où près de la moitié des aides se retrouvent de fait captées par les pays émetteurs, les supposés bénéficiaires de ces dernières n’héritant concrètement que de la portion congrue ? Ajoutez à cela le fait que bon nombre de schémas de développement renforcent au final davantage l’expertise du Nord qu’ils ne génèrent de dynamiques durables au sein des pays destinataires des aides.
Ce système s’avère indiscutablement bancal et, dans une certaine mesure, encore plus injuste que celui qui prévalait sous les colonies. En effet, s’il était difficilement justifiable sur le plan moral, le système colonial a pourtant favorisé le développement d’un rapport paternaliste, se traduisant chez l’administrant par des préoccupations d’amélioration de la situation de l’administré. En revanche, la logique ultra-libérale qui prévaut aujourd’hui au Nord se traduit par une forte propension à remettre les problématiques d’équité et de justice sociale aux calendes grecques. En témoigne la baisse constante des fonds d’aide au développement dans la grande majorité des pays du Nord, baisse de surcroît maquillée par des réductions de dettes.

 

Face à cet état de fait, il paraît aujourd’hui nécessaire de construire un axe Sud – Sud. Dans ce contexte, les ONG du Nord ont évidemment un rôle à jouer. Par un militantisme appuyé auprès de leurs propres gouvernements tout d’abord, afin d’annuler la dette par exemple. Des ONG qui doivent également démontrer au Sud que le modèle de développement qui a cours au Nord n’est pas forcément le plus approprié. Le cas du communisme ou, plus récemment, des ex-pays de l’Est, demeure à cet effet assez emblématique des limites d’un modèle de développement unique. L’ensemble de ces actions, certes initialement impulsées au Nord, devrait concourir à redonner un début de sens à un rapport Nord-Sud dont l’égalité des chances et la justice sociale sont encore les parents pauvres.

 

Les méthodologies avancées pour parvenir à ce but sont multiples et souvent teintées d’idéologies concurrentes. Quoi qu’il en soit, les thèses actuelles semblent pencher en faveur d’un partenariat Nord – Sud – Sud. Soit un modèle de développement horizontal et non plus seulement radioconcentrique comme cela a pu être le cas jusqu’à présent. C’est dans cet esprit qu’Architecture et Développement envoie systématiquement sur divers chantiers internationaux des binômes mixtes, composés d’étudiants de pays du Nord et du Sud. Avec à terme l’objectif affiché de dépêcher des binômes Sud – Sud.

 

Principal avantage de cette formule : elle échappe à toute logique démonstrative du Nord vers le Sud. Certes, le réseautage Sud – Sud doit encore passer par le Nord, seul capable de fournir à la fois les contacts et les capacités de financement. Mais il n’existe aucune solution idéale, et la construction de modèles alternatifs de développement caractérisés par des axes Sud – Sud apparaît comme l’un des enjeux majeurs des forums sociaux à venir.

 

Le FSM de Mumbai est ainsi clairement sous-tendu par ces logiques de construction de modes de  » vivre-ensemble « . Cette construction, dont les contours restent à dessiner, ne doit en revanche pas se traduire que par l’émergence d’idées, aussi novatrices soient-elles ; elle doit faire aboutir des projets et des partenariats, vecteurs de diffusion de pratiques (sous la forme de montages pilotes et surtout pas de réplications systématiques) et générateurs d’une culture commune.

 

Au risque de renforcer le sentiment de brassage voire d’  » auberge espagnole «  que l’on peut rencontrer dans certains forums sociaux, il convient d’encourager une diversité de prises de position, terreau essentiel pour la construction harmonieuse d’une société civile internationale. L’exemple de l’émergence d’un axe Brésil – Afrique du Sud – Inde – Chine, véritable résurgence du mouvement des non-alignés et principal responsable de l’échec des négociations de Cancun, a montré qu’il était possible de déstabiliser la logique ultra-libérale qui a cours d’un bout à l’autre de la planète.

 

Une brèche est ouverte. Reste aujourd’hui à faire le Cancun de la société civile ; à nous pour cela de construire les alliances et les partenariats qui feront de cette dernière une réalité capable de peser et de faire entendre ses voix. En gardant toutefois à l’esprit que le FSM demeure un lieu de construction, non de décision. Un lieu d’échanges, dont le but n’est pas d’harmoniser mais au contraire de continuer à revendiquer ce singulier pluriel.

 

Ludovic JONARD est Architecte et délégué général de l’association Architecture et Développement
www.archidev.org

 

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