Mise en place par d’anciens publicitaires, au niveau international par Adbusters.org (le siège est au Canada) et en France par plusieurs associations notamment : Résistance à l’agression publicitaire et Casseurs de pub [1], la semaine sans télé a lieu du 21 au 27 avril 2003.


Regardée 3h20 par jour par nos compatriotes, la télévision est l’un des outils favoris des publicitaires. Le seul moyen légal de lutter contre cette invasion de la publicité trouver par R.A.P. et Casseurs de Pub, s’est d’éteindre le téléviseur.

 

Et l’initiative va plus loin. D’abord en mettant à la disposition du public un magazine et des affiches anti-pub, c’est-à-dire en utilisant les armes des publicitaires contre les annonceurs de tout genre. Ensuite, en organisant collectivement des actions militantes : organisation de pique-niques, débats et projections lors de cette semaine sans télé, les téléspectateurs redevenant acteurs de leur quotidien.
Mais au-delà d’une dénonciation de la marchandisation du média télé, c’est le média lui-même qui est remis en cause.

 

Décriée, la télévision l’est d’autant plus que c’est le média de masse par excellence, le média-roi. Le lieu des dépenses somptuaires pour les émissions de variétés dans lesquelles le téléspectateur rêve de passer à en croire le succès de la télé réalité. L’espace où les accointances politiques sont les plus perceptibles, le scoop s’arrachant grâce à la connaissance d’un tel ou d’une telle, parce que Monsieur X passe devant plusieurs millions de téléspectateurs interviewé par le présentateur vedette de la chaîne. Au fond, le téléspectateur, si l’on s’arrête à ce niveau d’analyse, n’a d’autre choix que de zapper ou d’éteindre son téléviseur.

 

Cette critique de la télévision doit être entendue. Ceux qui l’ont véhiculée sont, à des niveaux différents, l’éminent sociologue Pierre Bourdieu [2] et dans une autre mesure, le journaliste Pierre Carles [3]. Ces deux auteurs sont d’ailleurs à l’honneur dans le programme de la semaine sans télé. Cependant, la télé mérite-t-elle d’être mise au grenier ?

 

La télévision est un outil médiatique sans équivalent aujourd’hui. Certes c’est un média qui n’est pas au dessus de tous soupçons, comme les autres médias, mais qui quand il est utilisé à bon escient et surtout compris par les téléspectateurs (donc décrypté par eux), permet de donner un point de vue incomparable. Deux exemples permettent de mieux cerner des propos. Dans le domaine du sport d’abord. En 1986, en quart de final de la Coupe du monde, si l’arbitre ne voit pas la main de Maradona, l’ensemble des téléspectateurs ne se fait pas avoir grâce à la télé. L’autre plus récent, lors de la guerre contre l’Irak, où les caméras ont montré dernièrement les pillages du musée de Bagdad, permettant ainsi que des mesures, bien que tardives, soient prises par les forces de la coalition. Outre ce type d’apports, une distinction mérite d’être faite.

 

Il n’y a pas LA télévision mais LES télévisions. La critique concerne avant tout les télévisions hertziennes qui se perdent dans les paillettes. Des télévisions comme la chaîne parlementaire qui ne diffusent pas de publicité et informe sur le travail de nos élus et la télévision associative [4] qui réalise un travail d’information de proximité avec une liberté de ton sans commune mesure doivent-elles être mis dans le même panier ? Dans ces deux cas, ce qui manque, c’est l’accessibilité et la gratuité.

 

Finalement, faire une semaine sans télé, si cela permet de prendre conscience des rapports collectifs qu’il faut que nous développions pour être dans une société moins individualiste, c’est aussi une manière de régler un problème de façon radicale, sans faire le  » tri sélectif  » entre le bon grain et l’ivraie.

 

Notes

[1] www.antipub.net

[2] « Sur la Télévision », de Pierre Bourdieu

[3] « Pas vu Pas Pris », documentaire dénonçant la connivence entre politique et journaliste.

[4] Par exemple, Zaléa TV, télé bocal… mais aussi, l’ORTE, fédération des télés étudiantes.

 

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