INTERVENANTE : Claudine Perez-Diaz, chercheuse CNRS au CESAME (Centre de Recherche Psychotrope, santé mentale, société).

ANIMATRICE : Laetitia Hamot, vice-présidente d’Animafac

Les comportements à risque sont des comportements susceptibles de nuire à soi ou à autrui, les jeunes sont des cibles privilégiées de ces comportements et il est donc important d’étudier les éléments qui déterminent ces comportements.

L’adolescence est en effet une période de bouleversements physiques et mentaux dénuée de rites dans nos sociétés, il s’y opère néanmoins des mutations nouvelles à l’intérieur des réseaux de sociabilité. Les jeunes sont alors très vulnérables, ils cherchent une place dans le groupe et disposent pour y parvenir de nouveaux moyens techniques : véhicules, sports à risque, multiples substances… Or ils ne sont pas compétents pour les utiliser sans risque.

Il existe un socle commun de la prise de risque, qu’on peut assez aisément assimiler au mal-être. On note aussi qu’il y a un continuum entre pas, peu et beaucoup de risque, ainsi qu’entre pathologie ou non.

 

1. DES DISCIPLINES POUR COMPRENDRE LES CHOIX

 

La sociologie des représentations

Elle étudie la constante solidarité entre les croyances et les actes. Les croyances dépendent de valeurs, de normes, de savoirs. Elle essaie alors de déterminer les représentations des croyances, ainsi une personne se comporte sur la route en fonction de la façon dont elle se représente un bon conducteur. Mais le choix des comportements dépend aussi de facteurs internes et externes d’où la nécessité d’analyses transdisciplinaires. Il est amusant de constater que les publicitaires font des études sur comment nous faire acheter ce dont on n’a pas besoin. Les autres disciplines utilisent les résultats des ces recherches.

 

La théorie des risques selon les thèses probabilistes

Il s’agit à ce niveau d’étudier le risque :

– La hiérarchie des risques est différente selon les groupes

– Le choix du comportement dépend du sentiment d’être, de soi ou de ses proches

– Il existe plusieurs frontières au sein du risque : individuel/collectif, subi/choisi

– Chacun se fixe un certain seuil d’acceptation qui varie pour chaque risque en fonction des ses valeurs, de la connaissance acquise des situations…

 

La psychologie

Le choix des comportements dépend du risque perçu qui n’est pas forcément le risque réel. En effet, un individu ne se perçoit pas comme la cible du risque et l’explication de la responsabilité des événements relève, selon les cas, de facteurs internes ou externes. Les personnes n’intègrent pas les données scientifiques et le savoir ne guide pas les actes.

 

En fait, selon la théorie de la décision, on se rend compte que le comportement dépend du risque perçu, qui peut être plus ou moins éloigné du risque réel. Plus il est éloigné, plus il y a de danger. Par exemple, un chercheur du nom de Fadden a montré en 2004 que la consommation et l’épargne dépendent du risque subjectif individuel de mortalité, c’est-à-dire de la perception que l’on a de l’âge auquel on va mourir. La preuve en est que la plupart des gens meurent sans faire de testament, ils supposaient donc qu’ils allaient mourir plus tard.

 

On se rend compte aussi que la plupart des gens s’estiment être de bon conducteurs, par exemple. En Europe, 80% des gens considèrent qu’ils sont meilleurs conducteurs que les autres… Il y a là réduction des dissonances cognitives. Sachant que, d’une part, les lobbies économiques vont tirer parti de ça et, d’autre part, que le savoir ne guide pas les actes. La prévention consistera alors à relancer les dissonances cognitives, c’est à dire à faire que la perception du risque soit moins éloignés du risque réel.

 

2. LES DEUX GROUPES D’INDIVIDUS À RISQUE

 

Les individualistes optimistes qui cherchent à se valoriser

Ils éprouvent un désir d’aventure inassouvi qu’ils expriment à travers le sport ou sur la route. Ils sont perpétuellement dans l’action et croient en leur chance.

C’est l’image même du héros antique ou de l’aventurier. Ce sont par exemple :

– des jeunes qui désirent s’affirmer

– des entrepreneurs qui pensent qu’ils  » boivent mieux « 

– des ouvriers qui veulent prouver leur habilité, montrer leurs capacités viriles à travailler sans protection ou boire

– les groupes sociaux qui prônent les sports à risque

– des jeunes désocialisés qui prennent des risques pour devenir ou rester chefs de bande.

 

Les fatalistes sujets à l’inattention et la négligence

Ils sont subordonnés à un ordre établi. Les malheurs sont attribués à la malchance et ils nient le risque pour ne pas remettre en cause leur inaction dans le monde. Ils ne maîtrisent rien et ne prennent aucune précaution. Le monde extérieur apparaît comme incertain et hostile. Ce sont par exemple :

– les jeunes, les personnes les moins insérées, les plus défavorisées ou les plus âgées

– les gens ayant un comportement ordalique (s’en remettre au choix de Dieu), un peu comme ces tribus qui ont des rituels pour savoir si l’individu a le droit de vivre.

– Des ouvriers qui dévalorisent le risque pour oublier le stress

– Les membres de bande qui prennent des risques pour se conformer aux normes du groupe

 

On se rend compte qu’en France, on est optimiste par rapport au risque alors qu’on est pessimiste sur l’économie.

 

3. LES ADDICTIONS : L’EXEMPLE DE L’ALCOOL

 

Plusieurs facteurs « déterminent » une conduite à risque : le contexte familial, la situation scolaire, l’influence des pairs et la disponibilité des produits. L’installation de l’addiction dépend des traits de la personnalité et de l’éventuelle recherche de sensations nouvelles. L’alcool est la première cause de décès prématurés en France. La précocité de la première consommation d’alcool ou de la première ivresse peut conduire à l’alcoolisme. De même une femme enceinte qui boit beaucoup d’alcool favorise le terrain alcoolique de son enfant.

 

4. CONCLUSION

 

En ce qui concerne nos associations, nous avons de quoi être optimistes : elles permettent d’abord d’informer (et quelqu’un d’informé est quelqu’un qui a le choix), et sont un vecteur de lien social, qui est l’un des premiers médicaments contre le mal-être, la prise de risque ou l’addiction. Dans cette société, il y a besoin de relais d’information, et les associations sont de bons relais. Il faut trouver le vocabulaire adéquat pour faire de la prévention. Claudine Perez-Diaz conclue ainsi : « La société nous donne le goût de vivre, les acteurs du lien social nous donnent la technique. »

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